Terminator : Genisys - pourquoi c'est une catastrophe industrielle qui doit servir de leçon

Geoffrey Crété | 13 octobre 2019
Geoffrey Crété | 13 octobre 2019

À l'occasion de la sortie de Terminator : Dark Fate, retour sur Terminator : Genisys, exemple parfait d'une catastrophe industrielle.

C'était le grand retour d'Arnold Schwarzenegger absent de Terminator : Renaissance, celui de Sarah Connor tuée pour Terminator 3 : Le soulèvement des Machines, et le début d'une nouvelle trilogie espérée par les producteurs. Ça a été un désastre à peu près absolu, avec un box-office loin des attentes, des rumeurs d'une production compliquée confirmées par l'équipe depuis, et un accueil glacial côté critique et public.

C'est Terminator : Genisys, d'Alan Taylor, avec Emilia Clarke en Sarah Connor, Jason Clarke en John Connor, Jai Courtney en Kyle Reese, Schwarzenegger en T-800, et Byung-hun Lee en nouveau méchant Terminator. C'est un désastre, et c'est un cas d'école qui mérite d'être rediscuté.

 

 

DU DROIT D'AVOIR LES DROITS 

En 2003, Terminator 3 : Le soulèvement des Machines ouvrait pour de bon les portes post-apocalyptiques avec sa fin. En 2009, Terminator : Renaissance s'y est engouffré, et vautré. S'il mérite d'être réévalué, le film de McG avec Christian Bale a été un petit échec financier, avec environ 371 millions récoltés au box-office pour un budget officiel de 200 millions (sans compter le marketing). 

Un facteur qui a joué dans l'annulation des suites programmées puisque la société The Halcyon Company, qui avait acheté en 2007 tous les droits de la saga à Mario Kassar et Andrew G. Vajna pour 25-30 millions, a déposé le bilan trois mois après la sortie de Renaissance. La franchise initiée par James Cameron a alors été remise sur le marché. En 2010, c'est Pacificor qui remporte la mise, au nez de Sony (distributeur de Renaissance) et Lionsgate, et pour moins de 30 millions. Pourquoi ? Parce que Pacificor était le principal créancier de Halcyon, qui effaçait ainsi sa lourde dette, et gagnait même un pourcentage sur les futurs films. Les concurrents énervés ont tenté de contrer la vente, mais la justice l'a validée.

Pacificor remet les droits en vente, et le futur de la saga reste flou. En 2010, après une annonce en fanfare, le film d'animation Terminator 3000 est enterré par Pacificor, qui cherche à relancer la saga.

 

 "On m'avait parlé d'une suite"

 

En 2011, la carcasse est réanimée. La rumeur parle d'un cinquième Terminator avec Schwarznegger, réalisé par Justin Lin et écrit par Chris Morgan. Universal serait en pleines négociations. Les mois passent et il se murmure que Pacificor tente de vendre le package du film à toute l'industrie, et notamment à Sony, Universal, Lionsgate et CBS Films. 

Surprise : c'est Annapurna Pictures, la société de Megan Ellison spécialisée dans le cinéma d'auteur de luxe, qui remporte la mise. Le cadre et le prix sont réévalués (20 millions selon la rumeur), puisque James Cameron récupèrera forcément les droits en 2019, pour des raisons légales, 35 ans après le premier film. Les étoiles s'alignent : Annapurna, Skydance (tenu par le frère, David Ellison) et Paramount se partagent la poire métallique en trois.

 

Le vrai visage du business

 

RASSEMBLER LES PIÈCES DÉTACHÉES

Fin 2012, tout est signé et lancé, ou presque. Justin Lin est parti sur Fast & Furious 6, et les Ellison redémarrent de zéro. James Cameron leur donne quelques conseils, et les producteurs courent après deux scénaristes : Laeta Kalogridis (scénariste d'Alexandre et Shutter Island, et proche de Cameron puisque productrice d'Avatar) et Patrick Lussier (réalisateur de Dracula 2001 et Hell Driver). Ils refusent trois fois, mais Cameron les convainc.

En juin 2013, la Paramount officialise le retour d'Arnold Schwarzenegger et la date de sortie : juin 2015. En septembre, Alan Taylor est choisi pour réaliser le blockbuster. Il sort de Thor : Le Monde des ténèbres et a signé des épisodes de Game of ThronesAng Lee (qui avait déjà failli réaliser Terminator 3), Rian Johnson et Denis Villeneuve auraient été approchés. Tout semble avancer, sauf que...

 

Photo , Terminator 6Une production simple, une équipe sereine

 

En janvier 2014, Annapurna se retire. Megan Ellison annonce que sa société ne produira plus le film, et qu'elle restera simplement productrice exécutive. S'envole alors la magie Annapurna, dont l'investissement était aussi étrange qu'intrigant. Megan Ellison lâche un beau communiqué de presse pour chanter les louanges de l'équipe, et préciser que sa société se concentrera sur des projets indépendants.

Skydance, qui a enchaîné G.I. Joe : ConspirationStar Trek Into Darkness, World War Z et The Ryan Initiative, récupère ainsi 2/3 du budget de Genisys. Le signal n'est pas très positif.

D'autant que les fans ont capté un message dans ce cirque : c'est Megan Ellison qui avait personnellement promis sur Twitter, en janvier 2012, que ce nouveau Terminator serait Rated R. Promesse d'un spectacle non mignon et familial fait par elle, et personne chez Paramount ou Skydance.

"Surprise" : Terminator : Genisys ne sera pas Rated R, mais PG-13, avec simple avertissement. De là à imaginer qu'Annapurna a quitté le projet à cause de différends artistiques à ce niveau, il n'y a qu'un pas.

 

Photo Arnold Schwarzenegger Quand tu découvres ton plan d'attaque, et n'y crois déjà plus

 

FUTUR IMPARFAIT 

Terminator : Genisys a coûté 158 millions (plus de 170 avec l'inflation). C'est moins que Le Soulèvement des machines (dans les 170 en 2003, soit plus de 230 avec l'inflation), et Renaissance (200 millions en 2009, soit près de 240 avec inflation).

John Connor revient donc, ici incarné par Jason Clarke. C'est le quatrième acteur à endosser ce rôle, après Edward FurlongNick Stahl et Christian Bale (et le cinquième en comptant Thomas Dekker dans la série Terminator : Les chroniques de Sarah Connor). Emilia Clarke et Jai Courtney sont choisis pour être les nouveaux Sarah Connor et Kyle Reese. Elle est en pleine gloire Game of Thrones, avec un rôle très populaire, et il a été le fils de Bruce Willis dans Die Hard : Belle journée pour mourir. Sur le papier, c'est un duo gagnant qui ratisse large.

Le retour d'Arnold Schwarzenegger étant un argument de vente massif, l'équipe trouve avec James Cameron une astuce : puisque le Terminator est recouvert de tissu vivant, le Terminator peut avoir l'air d'être un vieux de presque 70 ans.

 

photoI'll be back, for ever 

 

Pour la première fois de la saga, un épisode en zappe d'autres. Exit le Jugement dernier inévitable de Terminator 3, et le post-apocalyptique de Terminator 4. Grâce au gimmick du voyage dans le temps et de réalité parallèle, Genisys créé son propre monde, et pioche dans la mythologie comme dans les rayons d'un supermarché. Pourquoi avancer si on peut reculer ?

Prequel, remake, reboot : Genisys bouffe à tous les râteliers. Il montre la rencontre entre John Connor et Kyle Reese, et ce qui a mené à Terminator (en 2029, Skynet envoie un T-800 pour tuer Sarah Connor, et John envoie Kyle protéger sa mère, provoquant lui-même sa naissance). Mais avec une différence, puisque John est lui-même attaqué par une machine, ce qui change l'histoire. Alan Taylor remet même en scène quelques scènes du film de 1984 (impossible de réutiliser les vraies, pour des questions de droit).

 

Kyle ReeseOn ne brûle plus ses idoles : on leur marche dessus

 

Bienvenue dans Genisys, le futur passé alternatif, où Sarah Connor vit avec un Terminator alias Pops depuis son enfance, qui abat le T-800 envoyé pour tuer l'héroïne, et où Kyle est accueilli par un Terminator évolué dès son arrivée en 1984. C'est Sarah qui sauve Kyle, lequel a de soudains souvenirs de son enfance en partie réécrite, et c'est Genisys qui piétine le premier épisode pour s'y installer confortablement. "La fille pour qui tu as remonté le temps, elle n'existe plus", explique Sarah.

Mais ce petit manège moderne est bien une mascarade. Genisys n'est qu'un nouveau nom pour Skynet, le T-1000 laisse place à un T-3000, et le Jugement dernier est simplement déplacé de 1997 à 2017. Une vague histoire de nœud temporel dans le continuum arrange tout le monde, et sert de joker. L'imaginaire est tellement épuisé que John Connor est ici le Terminator nouveau modèle, dans un vain effort pour surprendre.

Savoir que ce Genisys a été présenté comme une suite directement rattachée aux deux premiers volets, exactement comme Terminator : Dark Fate, provoque un certain vertige du vide. L'équipe évacue toute idée de simple suite, reboot ou remake, et parle de "réimagination". Alan Taylor parade même en disant que le scénario est plus complexe que tous les autres épisodes, puisque centré sur divers voyages dans le temps.

 

Photo Emilia Clarke Game of Thrones a donné une meilleure Sarah Connor : Lena Headey dans la série Terminator

 

PRO-MOU 

La machine déraille vite en public. En octobre 2014, les premières photos promo deviennent une source de blagues, puisque toute la bande est montrée sur un parking, en train de hurler avec de gros guns en main. Tout le monde, sauf Schwarzenegger, la vraie star du film.

En avril 2015, deux mois avant la sortie, une bande-annonce et une affiche dévoilent le twist du film : John Connor est un Terminator. Une idée marketing absurde, qu'Alan Taylor déplore publiquement... avant la sortie du film.

Genisys n'est même pas encore en salles que le réalisateur explique sans sourciller à Uproxx qu'il n'a absolument pas validé et apprécié les photos d'Entertainment Weekly, et qu'il y a bien eu des tensions sur la manière de vendre le film. Qu'il tacle Marvel et son mauvais Thor : Le Monde des ténèbres a en plus détourné l'attention.

Le rire arrive aussi sur le nouveau titre. Terminator : Genesis devient Terminator : Genisys, et tout le monde se demande pourquoi. Lors d'une des premières grandes projections du film, le producteur David Ellison, de Skydance, reconnaît l'erreur : "Ça ne marche pas. C'était un jeu de mots et ça n'a pas marché."

 

Terminator : Genisys"What the fuck" a été la réaction d'Alan Taylor face à ça (selon ses dires)

 

Fin juin, au dernier moment donc, les premières critiques tombent : au mieux, ce n'est pas aussi terrible que redouté, et au pire, c'est un ratage en bonne et due forme. Genisys récolte la pire note de la saga sur Metacritic et Rotten Tomatoes (26%, contre 33% pour Renaissance). Lorsque James Cameron vole au secours du film pour publiquement en dire du bien, juste avant la sortie, c'est trop gros pour être honnête.

Les studios y croient et sortent le film sur 3700 écrans (bien plus que les 2500 de Renaissance). Le réveil est difficile : Genisys démarre troisième, derrière Vice Versa et Jurassic World, pourtant en salles depuis plusieurs semaines. Il dégringole semaine après semaine au box-office américain, et s'incline sous la barre des 90 millions, soit le pire score de la saga.

Dans le reste du monde, quelques étincelles, notamment en Corée du Sud et Russie. Et la Chine leur évite le désastre total avec plus de 113 millions (une première pour la saga, inédite dans les salles chinoises). Avec environ 440 millions au final, le film s'en sort relativement bien (mieux que les 371 de Renaissance, plus cher à produire).

 

Photo Jason ClarkeJohn bad Connor

 

FUTUR BRÛLÉ

Avant la sortie, Terminator : Genisys est vendu comme une renaissance. Paramount annonce deux suites (censées revenir sur la métamorphose de John Connor), tournées en même temps, qui sortiront en mai 2017 et juin 2018. Sans oublier un projet de série, censé être lié à cette trilogie. Quelques mois après la sortie, tout est suspendu. Skydance se justifie ("Ce n'est pas vraiment suspendu, mais plutôt en plein réajustement") tout en reconnaissant poliment que le score du film n'a pas été à la hauteur côté domestique.

Début 2016, ces suites disparaissent purement et simplement du calendrier de Paramount.

Peu de temps après, Emilia Clarke répond sans hésiter qu'elle ne reviendra pas en Sarah Connor. Ce sera le début du pire service après-vente, puisque deux ans après, l'actrice remet une couche et se dit soulagée de ne pas avoir à reprendre son rôle grâce au bide de Genisys. Elle explique à Vanity Fair que "personne n'a pris de plaisir" à faire ce film, que le studio a bouffé Alan Taylor, et raconte même que le tournage a été si désagréable que le désastreux Les 4 Fantastiques, filmé en même temps, était une rigolade en comparaison. Les techniciens portaient apparemment un t-shirt "Au moins, on n'est pas sur Terminator", pour réagir au bad buzz.

 

photo, Emilia Clarke Jeter les bébés avec l'eau du bain

 

La blague continue puisque James Cameron revient finalement sur ses paroles en défense de Genisys, et affirme avoir uniquement dit ça par amitié pour Arnold. Car en réalité, il méprise toutes les suites de ses films - sauf Dark Fate, du moins jusque là.

En 2019, pour vendre son Terminator : Dark FateSchwarzenegger s'en prend à son tour au film : « J'en avais marre avec le dernier film, quand le studio a décidé d'en faire un PG-13 juste parce qu'ils pensaient ramasser plus d'argent comme ça. Je leur ai dit : "Les mecs vous êtes stupides..." (...) J'étais tellement énervé qu'ils essaient de couper tout le sang et le gore. »

Chacun a mis un clou dans le cercueil de Genisys et l'enterrement a officiellement lieu lorsque Terminator : Dark Fate est annoncé, et qu'il le piétine pour exister.

 

photoDans la prison des egos

 

Genisys a voulu relancer la saga en grand, et avait discrètement écarté les deux précédentes suites au passage. L'échec a été tel que Terminator : Dark Fate zappe officiellement et brutalement tous les films, y compris Genisys, depuis Terminator 2 : Le Jugement dernier. Triste ironie du sort pour une superproduction qui reste un cas d'école.

Guerre pour les droits, tir rectifié en cours de route, scénario qui repasse sur la mythologie, promo proche du désastre et reniée par le réalisateur, flop au box-office domestique, grands projets de suite enterrés en silence, équipe qui tacle le film et le studio : c'est un anti-guide du blockbuster moderne. Et rien que pour ça, ce Terminator : Genisys est un cas d'école fascinant. En espérant que Dark Fate ait retenu la leçon.

Le film de Tim Miller sort le 23 octobre.

 

Affiche française

 

commentaires

Endor
10/11/2019 à 16:36

on a hélas la réponse, la leçon n'a pas été retenue, Dark Fate est la même catastrophe industrielle, en pire encore. Les gros studios sont les skynet d'Hollywood : ils ne s'arrêtent jamais jusqu'à l'arrivée de la faillite, et on ne les pleurera pas.

Eowya
04/11/2019 à 14:58

Patrice 21/10/2019 à 08:28
Genisys est une bouse et c'est du en grande partie à Emilia Clarke qui a le charisme d'un veau et n'est absolument pas convaincante dans le rôle de Sarah Connor.

Emilia Clarke est une bonne actrice mais une très mauvaise Sarah Connor. Elle n'est pas faite pour ce genre de rôle, tout simplement. Et elle n'est pas la raison du fiasco, tout est mauvais :
Le scénario est horrible, le twist ridicule, Schwarzy plus parodique que jamais avec ses blagues bien lourde. L'acteur qui joue John Connor et l'acteur et celui qui joue Kyle Rease sont désastreux. Genre 1000 fois pire qu'Emilia Clarke, a qui ont impute une grande partie de l'échec comme si les autres avaient "bien joué" alors qu'ils sont désastreux.

Quand a Dark Fate... Faut croire qu'Hollywood n'apprend jamais de ses erreurs, vivement qu'ils perdent des millions pour enfin se remettre en question !

Patrice
21/10/2019 à 08:28

Genisys est une bouse et c'est du en grande partie à Emilia Clarke qui a le charisme d'un veau et n'est absolument pas convaincante dans le rôle de Sarah Connor.

Geoffrey Crété - Rédaction
20/10/2019 à 03:00

@Cacahuète

Oui. On s'engage à ne pas publier de critique avant une date-horaire précis. Mais la critique est publiée ça y est :)

Cacahuète
19/10/2019 à 21:09

Rebonjour, embargo veut dire que vous avez une deadline à respecter avant de publier ? Sinon au plaisir de lire votre critique car je meurs d’hésitation, je ne sais pas si le mauvais est aussi mauvais qu’il en a l’air ou si au contraire les trailers étaient de fausses pistes et que finalement (ce que je doute) le scénario soit bien meilleur...
présent à minuit ;)

Geoffrey Crété - Rédaction
19/10/2019 à 17:23

@Cacahuète

Comme on l'a dit plusieurs fois depuis : on a vu le film, mais il y a un embargo (chose assez courante).

Dès minuit, notre critique sera en ligne :)

Cacahuète
19/10/2019 à 17:22

C’est normal qu’il n’y a pas de projection pour les critiques ? Le film sort dans 4j et toujours rien, aucune critique pro, y’a un prblm...

Horsemen 57
18/10/2019 à 09:11

À tous fan des T1 et T2 je dis que T3 peut être considéré comme une suite et que T4 aurait dû être et qui sais dans un futur proche une suite logique à savoir ceci :
À la fin on sait que le jugement dernier à lieu alors pourquoi ne pas avoir exploité cette partie
Un T4 montrant la naissance de la résistance et l'expansion des machines.
Un T5 montrant la guerre entre humain et Skynet.
Un T6 montrant la victoire des humains.
Voilà saurais été une trilogie logique et pas besoin de ressortir les vieux truc qui avait fonctionnés

amds films
15/10/2019 à 16:33

Bon le truc bien avec les voyages dans le temps c'est qu'on peut réécrire l'histoire ad vitam. pour l'instant j'aime tous les films et la série donc je devrais aimé celui ci même si les trailers ne sont pas rassurants. j'aime tellement l'univers que je ne suis pas objectif , c'est possible ;)

Roger
15/10/2019 à 09:08

Ouais....

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