Terminator : Dark Fate - critique du futur imparfait

Geoffrey Crété | 16 mars 2021
Geoffrey Crété | 16 mars 2021

Terminator : Dark Fate, ce soir à 20h50 sur Canal+ Cinéma.

Après Terminator : Renaissance qui a ouvert les portes du futur post-apocalyptique, après Terminator : Genisys qui a rembobiné la mythologie pour la réécrire, Terminator : Dark Fate arrive pour tout nettoyer, encore. Théoriquement repris en main par James Cameron (ici producteur, et crédité sur l'histoire), ce sixième épisode zappe toutes les suites pour se placer directement après Terminator 2 : Le Jugement dernierLinda Hamilton reprend donc le rôle de Sarah Connor, face à Arnold Schwarzenegger, mais aussi Mackenzie Davis et Natalia Reyes. Le renouveau tant espéré pour la saga, ou un nouveau clou dans son cercueil ?

TERMINATOR : DARK GENISYS

Après 35 ans, 6 films et au moins deux tentatives de reprendre en main la saga, l'heure est grave. La franchise Terminator semble partager l'horizon apocalyptique de ses personnages, condamnée à répéter les mêmes erreurs, recommencer la même mission, vaincre un même adversaire film après film, comme un Sisyphe moderne. Retour de James Cameron (qui a récupéré les droits de sa création et a été largement mis en avant comme la tête pensante), retour de Linda Hamilton et réunion avec Arnold Schwarzenegger, reconnexion aux deux premiers films avec la légitimité du cinéaste original : Dark Fate devait être le remède à ce mal qui gangrène la saga, et plus généralement les franchises hollywoodiennes. En réalité, c'en est un nouveau symptôme.

Loin d'avoir appris des erreurs de Terminator : Genisys, considéré par beaucoup comme le pire moment de la franchise, ce Dark Fate en reproduit les failles. Moteur à combustion nostalgique hautement instable, fan service dispensable, répétition de la même formule, le film parvient à peine à surpasser le précédent opus avec ses tentatives côté action. Mais demeure une désagréable sensation, trop familière à ce stade : ce nouvel épisode n'a rien de plus à raconter, montrer ou démontrer, et est donc gentiment inutile.

 

photo, Linda Hamilton I'll be back (mais ne te sens pas obligée)

 

LE SOULÈVEMENT DES MACHINS

Venu des effets spéciaux, ayant collaboré aussi bien avec David Fincher que Marvel Studios, Tim Miller avait prouvé avec Deadpool sa capacité à manier un budget serré (à peine 60 millions). Il y avait donc une vraie attente de ce côté, surtout avec un budget estimé ici entre 160 et 200 millions (Genisys avait coûté à peine 160).

Moins dépaysant que Renaissance, mais moins fade que Genisys ou Le soulèvement des MachinesDark Fate essaie d'élargir un peu l'univers pour trouver son identité. Et hormis l'incontournable et banale course-poursuite en véhicule, Miller transporte l'action dans les airs et dans l'eau, et le film voyage avec les personnages, sortant des environnements urbains balisés pour prendre différentes couleurs au fil des péripéties.

 

photo Terminator Et le prix du Terminator le plus transparent est attribué à...

 

Mais peu importe puisque tout se résume vite aux mêmes vignettes (affronter l'ennemi, le ralentir, fuir, être rattrapé, et recommencer) où seul le décor évolue. Cette narration est d'une pauvreté folle. La lutte est téléguidée, et que tout se termine encore une fois dans un décor industriel rappelle que l'hommage est devenu rengaine. D'autant que les scènes d'action souffrent des maux ordinaires des blockbusters : doublures numériques ridicules, surdécoupage des cascades, manque de finesse des CGI... Le spectacle reste sommaire, dans la zone moyenne du blockbuster moyen, et manque d'envergure et de réalité physique.

Ce "nouveau" Terminator Rev-9 n'arrange rien, puisque c'est une menace basique ou ridicule, au choix : une simple variation du T-1000 (du métal liquide noir cette fois), du T-X (après l'homme blanc et la femme, le mexicain) et du T-3000 (qui lui, au moins, lançait ses lames pour toucher à distance). Le manque d'imagination est si navrant que la nouveauté de l'exosquelette qui dédouble le bestiau mécanique n'est jamais utilisée pour autre chose qu'occuper tous les héros une minute ou deux. Il y avait là la possibilité de grandir le danger, le multiplier, mais ce Rev-9 est un bête robot ni très malin, ni particulièrement puissant. Le choix du peu charismatique Gabriel Luna n'aide pas à caractériser cet antagoniste aussi générique que le T-3000, qui avait au moins la gentillesse de vite dégager de Genisys.

 

photo, Gabriel LunaC'est officiel : la saga peut maintenant avancer sans son âme

 

WONDER WOMEN

Que la menace soit le scénario ou ce Rev-9 qui porte un nom de palette de maquillage, peu importe : en face, les héros incarnent le passé et le futur, comme pour signifier que la saga est à la croisée des chemins - encore. D'un côté, il y a les revenants avec Sarah Connor et le T-800. De l'autre, les héroïnes incarnées par Mackenzie Davis et Natalia Reyes. À tous les niveaux ou presque, c'est raté.

Le retour de Linda Hamilton était le grand argument de Dark Fate, le personnage ayant été tué pour Terminator 3 (John Connor explique qu'elle est morte d'une leucémie), avec une simple voix off dans Terminator : Renaissance. Et Sarah Connor est sans nul doute le personnage le moins maltraité du film : non seulement elle explore une zone totalement inconnue de sa mythologie, mais elle a en plus les rides et la voix rocailleuse de Linda Hamilton, que Tim Miller n'essaie pas de masquer. Le trait est grossier, et le personnage est la première victime du trop-plein de personnages, mais le peu d'émotion vient d'elle.

Schwarznegger, lui, est à l'opposé. Largement relégué au second plan, il incarne là la pire version du rôle, arrivé à court de carburant au point de devenir un triste gag en short qui sert des bières. Équivalent de la petite maison de Hawyeke dans la prairie d'Avengers : L'Ère d'Ultron, le retour du T-800 prête à rire jaune. Ce qui aurait dû donner lieu à une vraie tension dramatique est survolé, et quand il n'est pas occupé à taper fort avec sa tête de plomb dans des scènes classiques, Schwarzy redonne dans la blague Genisys-like. La mécanique est tellement artificielle que sa présence semble avoir été forcée.

 

photo, Mackenzie Davis Une actrice excellente, à (re)voir dans Halt and Catch Fire 

 

Rien à signaler côté Mackenzie Davis et Natalia Reyes, l'écriture étant aussi moyenne et superficielle que dans n'importe quel blockbuster sans identité. En revanche, ce qui se joue avec elles a de quoi interpeller et créer de futurs débats attendus. La mythologie Terminator est ici profondément revue, pour iconiser les femmes outre mesure, et bêtement donner des munitions à ceux qui voient dans ces héroïnes des signaux d'une dictature de la bien-pensance.

Dans Terminator 2 : Le Jugement dernier, Sarah Connor la mère et la guerrière devenait une icône à la hauteur d'Ellen Ripley, grâce à la simplicité et la pureté de James Cameron, également à l'œuvre dans Aliens, le retour. Dans Dark Fate, la voir revenir encore plus badass, aux côtés de Grace la soldat "augmentée" en Kyle Reese bis, et Dani en Sarah Connor bis, alourdit le film à tous les niveaux. Comme si rajouter deux couches allait effacer les défauts. Comme si de nobles intentions excusaient un forcing si pauvre. Aucun de ces personnages n'a le temps et l'espace pour exister, et les dialogues doivent alors expliciter la moindre idée. Il n'y a qu'à voir la scène où la vérité sur Dani (un clin d'œil drôle et cruel à Emilia Clarke ?) est révélée, pour constater le manque de finesse des ambitions.

Si c'était ça, la grande motivation derrière Terminator : Dark Fate, elle, est bien manquée. Et difficile d'imaginer que ce soit autre chose, tant le reste est en pilotage automatique. Le désintérêt total pour Skynet, appelé ici Legion après avoir été renommé Genisys, montre que le sens devait être ailleurs. À l'arrivée, il n'y en a aucun, hormis celui des billets verts. Le voilà, le sombre, mais attendu destin de Terminator, aussi inextricable que le Jugement dernier.

 

Affiche française

Résumé

Terminator : Dark Fate a beau être moins mauvais que Genisys, il reste vide et médiocre. Il répète les erreurs des précédents épisodes, empile les personnages et pseudo-nouveautés pour justifier son existence, mais finit dans le même dépotoir que les blockbusters impersonnels qu'il pensait piétiner.

Autre avis Simon Riaux
On a beau sentir James Cameron derrière une poignée d'idées (le triple climax, l'écriture des personnages féminins...), l'ensemble frôle l'indigence et s'avère bien incapable d'égaler le premier Terminator en matière de spectacle ou d'investissement émotionnel.
Autre avis Lino Cassinat
Ok, c'est mieux que Genisys. Ok, le retour de Sarah Connor est plutôt réussi. Pour le reste, c'est encore une itération dispensable d'une mythologie qu'il est grand temps de laisser en paix. Dark Fate est à peine un film passable, à cause de scènes d'action pâteuses et de personnages allant du fade à l'insupportable. On s'ennuie vite et ferme.
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Lecteurs

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commentaires
Tuk
17/03/2021 à 19:40

Comme Kyle , j'ai bien aimé aussi, sans etre folichon, il reste plus lisible que les autres qui commençaient grave à s'embrouiller dans leur histoire temporelle. C'est toujours un peu casse gueule de jouer avec le temps. Pour moi, celui-ci ne s'en sort pas trop mal... Mais tellement de déception que je n'arrive plus à accrocher la franchise... Sniff !

Sayan14
17/03/2021 à 18:14

Pourquoi s'obstiner à développer l'avant apocalypse ? Ce que l on veut voir c'est le future entrevue dans terminator 1 et 2 puis dans commencer dans renaissance...

THX
17/03/2021 à 15:42

Pourquoi aller déterrer ce film que tout le monde essaye d'oublier !?!?

Zeorymer
17/03/2021 à 12:30

Malgré tous ses défauts j'ai pris plaisir à regarder cet opus contrairement au 5 qui ne racontait finalement rien.

*** spoiler inside ***

MacKenzie Davis est crédible en guerrière augmentée du futur mais n'a pas grand chose à rogner niveau background. Natalia Reyes et Diego Luna par contre c'est un choix de casting épouvantable. J'avais déjà trouvé Luna complètement transparent en Ghost Rider, je n'avais pas besoin de cette malheureuse confirmation. Il y avait pourtant à faire avec cette idée pas si mauvaise du Rev9.
Il y avait un vrai potentiel dans ce film c'est dommage d'avoir rushé la production avant d'avoir trouvé une vraie histoire plutôt qu'une redite totale du soldat renvoyé dans le passé pour sauver son "géniteur".

Melholly
17/03/2021 à 10:34

Bien meilleur que le 3 ! Certes une vision nouvelle du t800 et des autres, un girl power et une certaine Sarah Conor qui dépote encore. Une façon de clôturer le chapitre ?

Terminator73
17/03/2021 à 10:13

Je pense que cameron à participé volontairement à détruire la franchise.
Il est obnubilé avec les suites d'Avatar....
Et récolter le fruit de son investissement.
Arnold n'avait rien à faire dans se film, il y est ridicule...
J'aurais aimé le voir dans une suite de conan livrant son dernier conbat réalisé par verhoeven..... Dans une autre vie peut être.

Old, Obsolet and Terminated (by Globalists&feminists)
17/03/2021 à 08:36

finalement le Numero 3 avec la Terminatrix, que j'ai trouvé assez moisi en 2003, bien que la fin du film soit bonne, finalement, le n°3 devient donc tres bon comparé a a tout ce qui suit...

Kyle Reese
17/03/2021 à 07:48

@drexl

J’ose toujours dire que j’ai aimé même si pas encore revu le film depuis Lol
Mais le premier film et sa suite étaient pour moi déjà tres progressistes.

Emynoduesp
17/03/2021 à 03:05

Nul, nul, nul.
Deux choses de bien dans ce film:
-La ”femme” venue du futur, desole, j ai oublie son nom et je ne compte pas perdre mon temps a le chercher et encore moins a regarder cette daube encore une fois. Elle manque juste de developpement.
-la premiere scene du film, Lorsque John se fait dessouder. Ca c est Terminator! Le reste, c est de la meeeeeeeeeeerde!!!

Tout le reste du film n est que mauvaise parodie et surenchere. Je me contenterai de T1 et 2 en attendant un remake qui ne cherche pas a faire dans le debile.

zetagundam
16/03/2021 à 22:01

J'ai beau être fan de l'univers (film 1 & 2) et surtout du grand Arnold mais dans ce cas c'est direction poubelle pour ce film

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