Prometheus est-il un ratage infâme ou un grand film incompris ?

Créé : 20 mai 2017 - La Rédaction
Photo Michael Fassbender
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Pour la sortie d'Alien : Covenant, la rédaction revient sur le cas Prometheus, qui divise tant.

Qui sera surpris de constater qu'Alien : Covenant divise si violemment et passionnément le public ? En 2012, le très attendu Prometheus, qui marquait le retour inespéré de Ridley Scott sur le territoire des xénomorphes plus de trente ans après le premier film culte, a lui aussi alimenté des débats enflammés. Peu d'entente possible ainsi, entre ceux qui y voyaient un grand film de science-fiction, noble et magnifique, et ceux qui étaient frustrés et énervés face à un rendez-vous manqué, et une superproduction bancale truffée de défauts plus ou moins affreux.

Cinq ans après, le débat fait encore rage. A l'époque, Ecran Large avait officiellement défendu Prometheus dans une critique dithyrambique. Mais parce que la rédaction est à l'image du public, elle reste profondément divisée sur la question. La sortie de Covenant est donc l'occasion parfaite pour se pencher à nouveau sur ce cas, en laissant les deux "camps" s'affronter autour des points les plus importants.

3, 2, 1.... FIGHT !

 

 

 

"C'EST CON !"

NON ! Voilà une affirmation péremptoire assez curieuse, dans le sens où si Prometheus n’est pas exempt de défauts, la bêtise n’en fait pas partie. Le film s’avère même d’une sacrée sophistication, puisqu’il entreprend de ré-interpréter la symbolique de la saga Alien, tout en poussant la réflexion de Blade Runner sur le libre-arbitre.

Scott transforme ainsi l’angoisse de l’enfantement issue du Huitième Passager en une angoisse séminale, masculine, symbolisée par la semence noire et créatrice dont David use comme une arme. Ce dernier s’affirme parallèlement comme une prolongation du Roy Batty de Blade Runner, partagé entre sa tendresse pour l’humanité qu’il singe (voire l’incroyable intro où Fassbender erre dans le vaisseau) et sa volonté de la dépasser, quitte à la détruire. On pourra juger ce programme trop copieux, voire même à côté de la plaque, mais stupide, certainement pas.

 

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UN PEU QUAND MÊME... Certes : celui qui voudra rassembler les lourds motifs placés dans Prometheus pour trouver le sens y parviendront sans peine - à condition de piocher les éléments pertinents pour dézoomer et voir le film de loin, pour ce qu'il se rêve d'être. Au fond, il est clair que le film aborde des thématiques qui, à défaut d'être très originales ou approfondies, ne sont pas inintéressantes. Le problème, c'est qu'il peine à les creuser et les replacer au sein d'une intrigue et d'une dynamique cohérentes.

Que le personnage de David soit central et éventuellement excellent est une chose. Que le film n'ose pas l'assumer, s'encombre de héros et seconds couteaux grotesques, avec une suite de péripéties artificielles et une dramaturgie embarrassante, en est une autre. Qu'il abuse du joker du grand mystère et des énigmes "à suivre", se complaisant dans une posture fumeuse de prequel indirect, n'allège pas la chose. L'impression donc d'avoir affaire à une oeuvre certainement pas bête dans ses intentions, mais qui a tellement muté en cours de route (Ridley Scott a fait réécrire la première version de Jon Spaihts par Damon Lindelof, pour en modifier de nombreux éléments tout en gardant la structure) qu'elle est finalement profondément bancale, voire franchement ridicule et stupide dans ses pires moments. Du prétexte au voyage, avec cette fameuse carte recomposée dans les grottes, à la révélation Weyland, Prometheus sonne creux.

Car le film a beau servir un pseudo-discours profond autour de motifs classiques de la saga et de la SF, Prometheus repose sur une variétés de choses très maladroites : une intrigue à la fois basique et confuse, des personnages incohérents ou vides, des scènes à effets un peu gratuites, et une volonté d'origin story peu assumée et peu satisfaisante. En somme, tout ce qui fait qu'un film est un film, avant d'être le prétexte à une dissertation.

 

Prometheus

"Donc là on court parce qu'on a peur... parce qu'on court ?"

 

"C'EST SUPER BEAU !"

OH OUI ! Ridley Scott étant parfois méprisé sous nos latitudes, on le caricature souvent comme un faiseur sans style. Pourtant, impossible de ne pas écarquiller les yeux devant ce soin incroyable en matière de composition des plans, devant son talent inné pour mêler progression de l’action, citations picturales, et mise en abîme philosophique.

Prometheus n’est pas seulement classieux et clinquant : c’est un mélange unique de space opera et de péplum (en termes de gestion de l’espace), doublé d’un travail du numérique et de la 3D prodigieux.

 

Photo Michael Fassbender

Un petit air de Ghostbusters version 2016 ?

 

OUI MAIS... Encore heureux que Prometheus ne soit pas laid ! Avec plus de trente ans de carrière hollywoodienne et un budget très confortable de 130 millions (quasi le double d'Alien, la résurrection), heureusement que le réalisateur d'Alien et Blade Runner a su emballer un spectacle visuellement enchanteur.

Mais questionner la beauté du film, c'est s'interroger sur son sens et son utilisation. Car derrière l'emballage séduisant, il y a l'impression de vide. Cette tempête qui frappe la planète est bien amusante, mais a t-elle une vraie utilité dramatique, autre que l'envie d'enfermer deux abrutis dans la pyramide et offrir un frisson du pauvre lorsque Shaw virevolte ? Le sacrifie spectaculaire de Janek et ses camarades a t-il un vrai sens pour les personnages, ou ne rentre t-il pas paresseusement dans le cahier des charges d'un troisième acte ? Certes, le cinéma à grand spectacle regorge de ces moments gratuits. Mais ceux-ci montrent une triste tendance de Ridley Scott à camoufler le fond par la forme, sûr de ses capacités évidentes à maîtriser une production de ce niveau. Pas d'accusation facile et stérile de formalisme : simplement l'impression désagréable qu'il y a beaucoup de bruits et parasites, pour bien peu. Que le cinéaste multiplie les effets de profondeur avec la 3D n'est pas une faute, loin de là ; mais que cet effort n'ait pas été distribué avec la même passion du côté de l'intrigue et des personnages, si.

Sans compter une direction artistique éventuellement laide sur quelques points, des ingénieurs aux airs d'albinos trisomiques sous stéroïdes, au poulpe géant qui n'a d'effrayant que sa présence au sein d'une production si premier degré, en passant par la tête d'ingénieur qui explose comme dans un mauvais gag sur la rhinopharyngite. Reste dans tous les cas la partition envoûtante de Marc Streitenfeld, qui renouvelle brillamment l'univers musical de la saga avec des thèmes magnifiques - pas étonnant que Covenant l'ait pillé.

 

Photo Ridley Scott

"Tu te rappelles la fin de Lost ? J'ai demandé au mec de réécrire le scénar, malin non ?"

 

"LES PERSONNAGES SONT TOTALEMENT STUPIDES !"

OUI ET NON. Voilà un des domaines les plus régulièrement attaqués du film, qui cristallise en effet plusieurs de ses défauts, mais qu’il convient de relativiser. Plutôt que débiles, les personnages du film sont trop nombreux, et souvent charcutés par le montage de la version cinéma. En résulte le sentiment qu’on les connaît trop peu pour accepter leurs actions (voir le sacrifice ridicule d’Idris Elba et de ses deux lieutenants parfaitement inutiles).

De même, le propos de Scott est de traiter d’humains orgueilleux, stupides, obnubilés par leurs convictions et leur foi, qui seront broyés par le destin et la volonté de transcendance assez Nietschéenne de David. Rien de très étonnant donc à ce que certains protagonistes soient présentés comme des imbéciles.

Restent enfin une poignée d’entre eux que même les scènes coupées ne suffisent à sauver : notre géologue proto-punk demeure un abruti fini, inexplicablement terrifié par trois squelettes ; le comportement de certains seconds rôles est absurde, etc. C’est une réalité, mais on peut aussi se questionner sur la mauvaise foi d’une partie du public. Qui a crié au scandale dans le premier Alien en voyant le personnage de Dallas, s’aventurer seul dans un minuscule conduit d’aération, dans le noir, armé d’un lance-flammes ? Personne…

 

Photo Sean Harris

Ci-dessus : l'acteur Sean Harris, qui a cru que son look signifiait qu'il allait jouer un personnage

 

OH. QUE. OUI. Prétendre le contraire est si impossible que même celui qui aime Prometheus d'amour en est incapable. C'est bien simple : hormis David et Shaw, qui souffrent d'une écriture imparfaite mais très classique dans un blockbuster, tous les personnages sont inexistants, incohérents, ridicules, ou les trois à la fois. Le film lui-même semble s'interroger sur la nature précise de ces pantins, préférant allumer la machine à enfumer pour brouiller les pistes en espérant détourner l'attention.

Prometheus, c'est par exemple : Holloway qui tombe en déprime soudaine parce qu'il n'a pas trouvé ce qu'il cherchait après avoir visité rapidement une immense pyramide alien à l'autre bout de l'univers, ces individus sans nom ni identité qui sont tués dans la soute (gestion désastreuse de l'équipage du vaisseau, composé de chair à canon), ces intrigants figurants de luxe tapis dans l'ombre qui semblent apparemment être depuis le début du côté de Weyland. Sans oublier les classiques, devenus cultes en quelques mois : des scientifiques qui décident d'enlever leurs casques en milieu étranger parce que l'atmosphère semble bien (coucou Covenant), l'homme responsable de la cartographie qui se perd, son collègue biologiste qui a peur d'un squelette mais retire son gant pour titiller une créature des enfers, et l'inoubliable sprint de Vickers.

Mais au-delà de ce vaste réseau de farces, Prometheus laisse le sentiment confus d'une dramaturgie artificielle, d'éléments assemblés comme un mauvais puzzle, et d'une absence quasi totale d'investissement humain. C'est d'autant plus gênant que la dynamique de groupe est centrale dans la saga, et que chaque film a plus ou moins réussi à donner vie à ses protagonistes, créant ainsi des personnages mémorables malgré le poids des stéréotypes (Lambert, Vasquez, Hudson, Morse, Golic, Vriess, Elgyn). Ici, rien à signaler. Non seulement le film utilise des ficelles minables et risibles, mais il a en plus l'orgueil de ne même pas les masquer derrière des personnages attachants ou un minimum dessinés.

 

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"Attends tu veux dire que je meurs vraiment écrasée comme une merde, c'était pas une blague ?"

 

"C'EST PROFOND !"

OUI... Le gros problème de Ridley Scott, c'est que les gens ont une fausse image de lui et ce depuis le début de sa carrière en fait. En effet Scott est un réalisateur bien plus symbolique qu'il n'y parait et qui n'a jamais peur de plonger à corps perdu dans la psychanalyse pour raconter ses histoires

Si Alien nous présentait une histoire d'inconscient agressif qui attaque ses personnages à coups de complexe d'Oedipe mal réglé, Prometheus nous montre l'autre côté, le père. David, fils parfait, création du père mais sans âme qui cherche sa reconnaissance, Charlize Theron jalouse et envieuse en quête elle aussi de reconnaissance, Elizabeth Shaw dont la mort prématurée du père a laissé un trou béant qui la motive à rechercher ses origines : tout est là. Il n'y a qu'à regarder. Et Covenant poursuit la lecture de manière admirable. 

 

Prometheus

"Elle est stérile, mais elle tombe enceinte, mais c'est un alien... tacompri ?"

  

NON... La posture de Charlize Theron, posée comme une marionnette dans un couloir bleuté du vaisseau pour "inquiéter", illustre toute la façade pseudo-sérieuse de Prometheus. Tout comme le lourd flashback sur le père croyant de Shaw, et ses pleurnicheries sur sa stérilité ("Je ne peux pas créer la vie...") avant sa grossesse monstrueuse. 

La question n'est pas de savoir si Prometheus est capable d'alimenter une dissertation grâce à quelques motifs profonds placés dans l'intrigue : comme la plupart des films de science-fiction, et à l'image de la saga, le film est décoré de diverses symboliques. En revanche, le manque tragique de finesse dans l'écriture, qui alourdit un propos classique avec des ficelles de scénaristes grossières, est un problème. En somme : Prometheus a beau être armé de nobles intentions (à défaut d'être follement originales), la mise en oeuvre est plus que maladroite. C'est la différence entre une belle note d'intention, et un film réussi. Citer des références raffinées, faire appel à des thématiques profondes et choisir un titre à la lourde charge symbolique est une forme d'intelligence de bas étage, voire un écran de fumée et une diversion en or.

C'est d'autant plus ridicule que Prometheus, qui aurait nécessité une écriture plus précise et fine pour ne pas couler avec des personnages inutiles et des scènes obligatoires, se permet quelques sorties de route gênantes, à l'image d'une parade de séduction dispensable entre Janek, son accordéon et Vickers.

 

Photo Logan Marshall-Green

 "Tom Hardy a dit non, donc on a pris Logan Marshall-Green : ça marche non, Ridley ?"

 

"AVAIT-ON ENVIE BESOIN DE CONNAÎTRE LES ORIGINES DES ALIENS ?"

OUI ET NON... On n’en n’avait pas besoin. Mais on ne va pas se mentir, on en avait très envie. Et c’est d’ailleurs tout le génie de Scott dans Prometheus, jouer continuellement avec les attentes du spectateur. Le Space Jockey ? Ce n’est plus un extra-terrestre mais une combinaison, qui abrite une créature inédite, laquelle ouvre de nouvelles portes mythologiques.

Et il en sera ainsi de tout le reste. Objet de vénération ? Arme de destruction massive ? Mythe ? On ne saura pas quel est le statut du Xénomorphe pour les Ingénieurs, seulement que, comme pour le spectateur, cette entité pré-existe, empreinte de mystère. Scott s’amuse avec nous, explore un univers nihiliste et poétique, sans jamais en livrer véritablement les clefs.

 

Photo ingénieur

Et si le cousin de Vin Diesel était atteint de la maladie des enfants de la lune ?

 

NON. Conséquence d'une industrie hollywoodienne qui se cannibalise pour entretenir à tout prix des marques, cette question est aussi centrale que délicate. Car au fond, si personne n'en avait besoin, personne n'était contre une nouvelle odyssée qui aurait repoussé la mythologie dans ses retranchements. 

Mais le problème est là : cette réécriture sous forme d'origin story, c'est celle d'un mythe qui se replie sur lui-même, fermant ainsi les immenses et fascinantes portes de l'espace. Le cas du Space Jokey est significatif : cette forme abstraite et cauchemardesque, qui hante l'imaginaire des fans depuis des décennies, sera donc la combinaison spatiale d'un alien humanoïde. Le xénormorphe, entité étrangère absolue, impossible à cerner et à comprendre (pas d'yeux pour voir, pas d'oreille pour entendre, pas de nourriture pour survivre dans les films), sera donc une création plus ou moins volontaire. Rationnaliser, étaler, et complexifier à outrance : le cycle de vie pur et primaire de l'alien, qui en faisait une créature si fascinante pour Ash, laisse place ici à une suite d'événements dignes d'un gag (l'huile noire sortie d'X-Files, dont David fait boire une goutte à Holloway, qui couche avec Shaw, qui tombe subitement enceinte, qui avorte d'un bébé poulpe, qui devient énorme, qui féconde un ingénieur, qui donne vie à une sorte d'alien aérodynamique). 

Donnons au moins une chose à Scott : sa cohérence. Covenant achève l'entreprise de rationnalisation de l'alien, dans un grand mouvement inverse à la saga originale, qui n'aura cessé de repousser ses limites.

 

Photo Michael Fassbender, Noomi Rapace

"Mon dieu, j'ai rêvé que les aliens, c'était en fait une histoire de whisky et de poulpe..."

 

"C'EST PAS VRAIMENT ALIEN !"

NON ET ALORS ? Ce n’est pas Alien, mais on s’en fiche. Certains ont le sentiment aujourd’hui que la saga dispose d’une mythologie « solide » : ils ont oublié que cette affirmation est parfaitement fausse. Chaque épisode de la saga a ainsi renié une partie de son héritage et modifié le canon, les codes. À chaque nouveau film, le public a poussé des cris d’orfraie, avant de digérer les ajouts faits à l’univers et d’inclure chaque épisode dans le corpus. Du coup, s’inquiéter de savoir si Prometheus relève de la saga ou non, c’est oublier que celle-ci a toujours fonctionné par dévoilement et ajouts successifs. Bref, c’est méconnaître Alien.

ENCORE HEUREUX ! Les gens ne sont jamais contents et ont parfois du mal à faire la part des choses entre leurs attentes et la vision d'un réalisateur. Prometheus a été présenté dès le départ comme un film prequel se déroulant dans l'univers d'Alien, et il ne fallait rien attendre d'autre chose que ce que l'on a eu. Ridley Sott, en tant que réalisateur visionnaire, n'allait certainement pas refaire ce qu'il avait déjà fait 35 ans plus tôt, ne serait-ce que parce qu'il n'est plus le même homme qu'à l'époque. Et forcément, il a d'autres choses à raconter. Alors oui, ce manque de ton assumé par rapport à la saga a pu en énerver certains mais on rappellera aux intégristes du xénomorphe que si l'on y regarde de plus près, à part une bestiole qui tue des gens dans un couloir, Alien c'est quand même super basique comme univers. Et vous voulez vraiment en vouloir à Scott de développer un univers qu'il a lui-même créé ? Ca va ou bien ? 
 
 

Photo Xénomorphe

"Coucou, je suis votre cauchemar pour les 50 prochaines années !" (Alien premier du nom, 1979)

 

NON, ET JUSTEMENT. On pourra tervigerser sur les méchants fans qui considèrent leur cinéphilie comme une tombe à ne pas profaner, mais une question : Prometheus avait-il besoin d'être un prequel d'Alien ? Que Ridley Scott ait demandé à Damon Lindelof de réécrire le scénario de Jon Spaihts pour en évacuer les éléments directement liés à la saga (la planète était LV-426, Shaw était fécondée par un facehugger) peut être perçu comme un aveu de désintérêt. Car l'histoire d'un équipage qui part à la recherche des pères de l'humanité à l'autre bout de l'espace, y trouve des formes de vie terrifiantes et réalise que leur charmant robot a la folie des grandeurs, aurait totalement pu être un film de science-fiction sans passer par la case Alien

D'un côté, Prometheus peine à remplir son contrat de prequel affiché. De l'autre, cette filiation a semble t-il été un terrain de lutte pour le cinéaste - à moins qu'il n'y ait qu'un mouvement cynique pour reculer le temps des réponses afin de justifier une nouvelle série de films, dans une dynamique Marvellienne désormais ordinaire. Dans tous les cas, difficile d'être satisfait par la chose. 

C'est sans parler de la nouvelle génération de bestioles, qui aura provoqué autant de rires que de frissons. Ingénieur albinos bodybuildé, serpent spatial et poulpe géant en CGI, apparition d'un xénormorphe aérodynamique : le bestiaire laisse songeur. La saga originale a bien sûr réinventé et modernisé la mythologie au fil des films et des cinéastes, mais dans une entreprise de construction, et non de destruction ou formatage. James Cameron a pu imaginer la Reine parce que Ridley Scott avait coupé une scène qui donnait des indices sur le cycle des vie des aliens, et les films de Fincher et de Jeunet conservent cet élément. Le troisième épisode montre que l'alien emprunte des caractéristiques physiques à son hôte, mais rien avant cela n'indiquait le contraire (le chien ou la vache, selon les versions, sont les premiers animaux montrés dans cette situation). Et lorsque Jeunet a finalement repoussé les limites en présentant un alien nouvelle génération hybride, il a récolté la colère des fans, Alien, la résurrection étant encore considéré par beaucoup comme une horreur. Logique donc que Ridley Scott récolte ce qu'il sème, malgré son statut de demi-dieu pour certains. 

 

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Qui défend honnêtement le newborn de Jeunet dans Alien, la résurrection ?

 

NON... L'Alien est l’un des monstres les plus fascinants de l’histoire du cinéma. Lors de sa première apparition en 1979, il a fait l’effet d’une bombe. Pour la première fois, on découvrait un être à la fois repoussant, dangereux, et d’une beauté envoûtante. Entouré d’une aura de mystère, l’Alien se suffisait à lui-même : on ne savait rien de cet extraterrestre, de ses origines, de son passé.

Outre l’esthétique du monstre lui-même, ce caractère inconnu renforçait la véritable peur. Dans les premières aventures de Ripley, on ne voyait que très peu l’Alien : tapi dans l’ombre, il planait comme une ombre menaçante, invisible, créant cette atmosphère paranoïaque. Chacune de ses apparitions donnait lieu à un frisson d'excitation.

Le retour sur ses origines, l’explication du pourquoi du comment, avec une volonté de donner une histoire à la créature, dénature l’origine de l’œuvre. Imagine-t-on un seul instant John Carpenter faire un prequel à The Thing sur les motivations de l’extraterrestre ? Ou Hitchcock sur le pourquoi des Oiseaux ? Un film sur les origines du Joker dans Batman ? Non, car la menace tire sa force de son mystère, qui crée l'interrogation, l'incompréhension, et donc l’épouvante et l’effroi. De film d’horreur angoissant et claustrophobe, la saga est passée au conte mythologique et philosophique sur le concept de création, de divinité. Ridley Scott est davantage un créateur d’images, de merveilles visuelles, qu’un véritable conteur. Preuve de l’accueil en demi-teinte de son Prometheus et plus récemment de son Covenant. Nul besoin d’Ingénieurs, de dérivés d’Alien tout blanc, ou d’hybrides : l’Alien se suffit à lui-même. 

 

Photo

"Mais ça veut dire quoi ce bordel Ridleyyyyyyyyyyy !?"

 

ATTENTION SPOILERS SUR ALIEN : COVENANT

 

"ALIEN : COVENANT VA TOUT RÉGLER..."

BIEN SÛR QUE NON ! Aux déçus de Prometheus qui attendaient que Covenant ne retrouve le droit chemin, la désillusion risque d'être grande. En effet, Covenant, dans le grand plan de Ridley Scott, est peut-être le film le plus périlleux de toute la saga parce qu'il est l'intermédiaire entre le nouveau et l'ancien, et qu'il doit néanmoins répondre à un cahier des charges très strict, surtout lorsqu'il s'agit d'expliquer les origines des xénomorphes.

Une partie dont Scott fait finalement peu de cas mais qu'il intègre intelligemment dans une réflexion beaucoup plus vaste que ce que l'on aurait pu attendre. Et s'il reprend quelques grosses ficelles et une dernière partie qui fait penser à du Alien light, c'est probablement parce qu'il cherche à tous nous contenter. Et forcément, cela le met en position de fragilité. Il faudra attendre le troisième film pour comprendre tous les enjeux et avoir une première vision d'ensemble cohérente du véritable propos du réalisateur. Patience donc, et arrêtons de penser qu'un film va tout régler.

 

Photo Katherine Waterston

Katherine Waterston, simili-héroïne de Covenant

 

CLAIREMENT, NON. Que David détruise apparemment la civilisation des Ingénieurs dans un court flashback, où il semble reprendre le rôle de Magneto, est lourd de sens. Le mystère des Ingénieurs, au coeur de Prometheus, est balayé en quelques instants, dans une séquence d'ailleurs balancée à la fin d'une tornade promotionnelle absurde.

Bien sûr, ceux qui aiment vanteront l'audace folle de Ridley Scott et sa toute puissance de narrateur - tout en blâmant le studio ou les fans pour ce qu'il rate. Mais en terme de simple cohérence, au niveau du payoff et de la gestion de l'univers présenté dans Prometheus, il y a de toute évidence un rétropédalage. Il y aura bien sûr de mauvais esprits pour accuser les déçus d'être trop carthésiens pour saisir les enjeux profonds, trop attachés à une lecture premier degré pour comprendre la chose. Il suffit pourtant d'écouter et regarder les deux films pour constater que les divers élements présentés en grande pompe dans Prometheus (l'huile noire, la haine des Ingénieurs pour l'Homme, la présence ostentatoire des aliens dans leur forme connue sur les fresques des Ingénieurs : soit à peu près tous les éléments ajoutés par Lindelof à la demande de Scott) sont évacués.

Après avoir emballé un film officiellement prequel d'Alien, avec une nouvelle mythologie énigmatique volontairement obscure et une conclusion tournée vers la rencontre entre Shaw et ces diaboliques créateurs, difficile de blâmer le spectateur d'être circonspect face à un Covenant qui semble prendre une autre tournure.

 

Photo Katherine Waterston, Ridley Scott

Si tu ne veux pas finir écrasée par un vaisseau, fais ce que je te dis !

 

Là encore, celui qui aime pourra utiliser les personnages de David et Walter pour recentrer la discussion sur ce qui semble passionner Ridley Scott. Sauf que ce robot machiavélique, aussi charmeur puisse t-il être, n'excuse et n'explique pas tout : il y a encore la sensation d'un film qui profite de la marque Alien pour étaler sa propre histoire, qui n'est ni follement originale ni véritablement assumée et exploitée à l'écran. 

Si Covenant confirme une chose, c'est bien que la mythologie de la saga est diminuée, dévaluée, ou du moins déplacée. L'alien, littéralement "étranger", ne serait donc qu'une création indirecte de l'espèce humaine : l'Homme a créé un monstre (l'intelligence artificielle), qui lui a échappé et a lui-même créé un monstre (le xénomorphe). Une boucle qui se referme tristement sur elle-même. Sans oublier les questions soulevées par l'apparition des oeufs sans reine, et une période de gestation ultra-rapide. Que les prequels forcent une nouvelle lecture de la saga originale, et que Ridley Scott ait oeuvré en coulisses pour saboter le cinquième Alien annoncé par Neil Blomkamp avec Sigourney Weaver, laissent penser que le cinéaste a décidé de reprendre un contrôle sauvage sur la marque. Pour le meilleur... et pour le pire. 

  

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commentaires

emile 14/10/2018 à 04:26

c'est pourtant simple :
il suffit de regarder prometheus avec attention pour se rendre compte que chaque plan est une copie d'Alien et pire, chacun d'eux arrive au même moment que dans Alien.
Quant à la forme, elle est le standard actuel : des effets léchés, une héroïne forcément mannequin, des sous-fifres insipides vaguement rigolos et une petite histoire triste pour relever un peu le macdo
Comme toutes les suites d'Alien, c'est une nullité. Y compris celui de Jeunet.
Alors pardonnez-moi, mais je n'irai pas voir covenant au cinéma. J'attendrai qu'il passe la téloche avec un bon sandwich dans le canap' c'est sans doute tout ce que ça mérite.

sylvinception 23/05/2017 à 14:26

Prometheus et Covenant même combat, des purges intergalactiques.

Ridley il serait temps de penser à la retraite tu crois pas ??

Stridy 22/05/2017 à 20:18

Pourquoi j'ai un message "No spam :p" quand j'essaye de poster?

corleon 22/05/2017 à 01:49

@West Si si je maintiens, c'est Prometheus, Exodus, Une Grande Année et surtout surtout le pathetique Robin de Bois qui font vraiment taches dans la filmo du maestro Ridley. Et contrairement à beaucoup, j'ai bien kiffé Cartel.

Kean 21/05/2017 à 22:50

@Mysterek
Merci d'être ds le coin pour relever un peu le niveau...

Geoffrey Crété - Rédaction 21/05/2017 à 21:31

@thierry

La publication d'un tel dossier ne pourrait signifier que deux choses : un piratage diabolique du site, ou une invasion type body snatchers qui a remplacé la rédaction.

;)

thierry 21/05/2017 à 21:26

Prochaine article d'EL : "Et si Suicide Squad était finalement un grand film ?"
(C'est juste pour taquiner :) les gars, frappez pas !)

MystereK 21/05/2017 à 21:24

"Le dossier attire les foules car tout le monde sait que le film est un film malade, le dossier fait réagir dans les commentaires..."

Non, le film n'est pas malade pour moi. Il faut arrêter de croire que ce que vous pensez est partagé par tout le monde. Merci.

MystereK 21/05/2017 à 21:21

@Alien

Vous pensez ce que vous voulez, mais il y a bien longtemps que les cette info d'une série de films pré-Alien sont évoquée dans les notules par les concurrents de la presse écrite d'EL. Bien avant que le projet ait même le nom de Prometheus. Et lorsque le projet est devenu finalement du concret, je me suis dit "enfin" et lorsque j'ai vu le film, j'ai apprécié. Voici la chronologie de ce j'ai vécu, si vous en avez vécu une autre, tant mieux pour vous.

Geoffrey Crété - Rédaction 21/05/2017 à 21:18

@Alien

Mais justement : ce qui est un fait pour vous ("tout le monde sait que c'est un film malade"), est discuté par beaucoup, dont certains membres de la rédaction (qu'un film ait des défauts et imperfections, ou soit une oeuvre malade, sont deux choses différentes, sur laquelle le débat peut être complexe). Non pas pour la posture et pour cyniquement créer la discussion, mais parce que c'est un avis, honnête, réfléchi, assumé.

Nous ne sommes pas menés par le SEO. C'est évidemment un facteur, puisque nous sommes un site internet. Mais derrière ce dossier, il y a de vives discussions, une vraie envie, et surtout le constat clair que Prometheus partage profondément le public. Il y avait aussi le sentiment qu'il était nécessaire de réagir aux violentes discussions autour de Covenant, pour afficher que la rédaction est à l'image du public : multiple, et partagée.

Nous avons pris le temps d'exposer clairement et longuement des arguments, bien au-delà de "faire du clic". Après, si la question est de savoir si nous prenons en compte l'actualité, si nous choisissons des titres en espérant que le lecteur viendra lire : c'est une évidence qui se passe d'arguments. Mais sachez que cela peut prendre de nombreux visages : la sortie d'Alliés a été l'occasion de revenir sur La Mort vous va si bien de Zemeckis, celle de Personal Shopper sur Demonlover, celle de Star Trek Sans limites sur un épisode culte de la série originale de Star Trek... Quand ça plaît et fait beaucoup réagir (comme Prometheus), c'est bien. Quand c'est plus confidentiel et discret, dommage ; mais ça ne nous empêchera pas de le refaire, et ne sera jamais la dictature pure et simple du clic à tous les étages. Notre rubrique "les mal-aimés" chaque week-end en est peut-être la meilleure illustration.

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