Le mal-aimé : Alien, la résurrection, ou le pire épisode de la saga ?

Geoffrey Crété | 27 avril 2020 - MAJ : 27/04/2020 22:54
Geoffrey Crété | 27 avril 2020 - MAJ : 27/04/2020 22:54

Parce que le cinéma est un univers à géométrie variable, soumis aux modes et à la mauvaise foi, Ecran Large, pourfendeur de l'injustice, a une rubrique dédiée. Le but : sauver des abîmes un film oublié, mésestimé, amoché par la critique, le public, ou les deux à sa sortie. Place à Alien, la résurrection, souvent considéré comme très inférieur aux trois premiers.

 

Poster

"Un film éprouvant, nullement inquiétant" (Libération)

"Il n'y a pas un seul plan dans le film qui puisse émerveiller" (Roger Ebert)

"Pour faire simple, Jeunet était le mauvais choix absolu pour faire ce film" (IGN)

"Si vous lisez une critique pour décider d'aller voir Alien 4, vous ne devriez absolument pas y aller" (Los Angeles Time)

"L'impact émotionnel d'une boule de bowling, au mieux" (San Fancisco Chronicle)

 


 

L'HISTOIRE

200 ans après s'être suicidée (ou 5 ans après Alien 3 ) pour détruire la reine dans son ventre (et mettre fin à la saga), Ripley est résuscitée par de méchants scientifiques du futur. Ils veulent élever et dresser les aliens, qui préfèrent s'échapper pour les étriper. Devenue cynique, franchement bizarre et future entraîneuse de NBA, Ripley considère les aliens comme ses bébés, mais décide quand même de se barrer. Elle rejoint des pirates de l'espace Firefly-style (Hellboy, Dominique Pinon en fauteuil roulant, Winona Ryder en robot, et quelques Expendables).
Ripley finit par recroiser la reine alien (sa fille, donc), qui donne naissance à un hybride humain-alien (son petit fils, donc), accessoirement albinos. L'horrible bébé préfère l'odeur de Ripley, et décide donc d'éclater la face de la reine. Parce qu'il ne veut pas la lâcher, Ripley est obligée de le tuer avec les moyens du bord (aspiré par le vide spatial à travers un trou qui met à jour ses boyaux). Ripley retrouve enfin la Terre.
(Fin alternative : la Terre a été atomisée, et elle découvre Paris en ruines). 

Photo Sigourney WeaverTout brûler et recommencer

 

LES COULISSES

Peu importe si Ripley est morte dans Alien 3, et si la production de ce dernier a été un chaos du début à la fin, entre des versions annulées très tard en développement (comme celle de Vincent Ward, folle) et un David Fincher qui s'est battu contre le studio, au point de quasi renier le film depuis. La Fox ne veut pas abandonner le xénormophe aux œurs d'or.

L'idée de développer un film centré sur un autre personnage que Ripley est bien sûr étudiée et testée. Joss Whedon, alors en pleine gloire Buffy contre les vampires en plus d'être un script doctor réputé, est engagé pour écrire un scénario. Il expliquera à In Focus en 2005 : "L'histoire d'Alien, la résurrection est plutôt tordue parce que j'ai écrit un traitement de 30 pages pour un film différent. Ils voulaient faire un film sur un clone de Newt en héroïne. Parce que j'avais fait quelques films d'action et Buffy, ils se sont dit que je savais écrire des personnages de filles ado et des scènes d'action, donc donnons-lui sa chance. La franchise était quasi morte, j'ai écrit un traitement et ils m'ont dit, 'C'est vraiment bien. On veut relancer la saga. Mais on veut Ripley. Jette tout ça'. Cette version était ma préférée. Je pense que c'était une histoire mieux structurée que celle que j'ai finalement écrite."

 

Photo Sigourney Weaver, Carrie HennGet away from the franchise you bitch

 

Plusieurs versions existeront avant celle que le studio validera, avec plusieurs fois un climax qui se déroule sur Terre. Whedon expliquait : "Il y a eu cinq versions. Et c'était toujours 'Le réalisateur a une autre vision' ou bien un problème de budget. (...) La première fin, c'était dans dans une forêt avec une batteuse volante. La deuxième, dans une décharge futuriste. La troisième, dans une maternité. La quatrième, dans le désert. A ce stade, c'était une question d'argent, et j'ai dit, 'Ce désert ressemble à Mars, ce n'est pas la Terre. Ca ne va pas donner de sensations au public'. Mais j'ai quand même écrit la meilleure fin que je pouvais dans un désert. Et au final, ils m'ont dit, 'Bon, en fait on pense que ça ne sera pas sur Terre du tout'. Donc je leur ai juste filé des dialogues et des trucs, mais je ne me souviens pas avoir écrit, 'Une espèce de Pumpkinhead ridé et flétri se frotte à Ripley'. A peu près sûr que tout ça n'a jamais existé dans mes versions'. Bref, Joss Whedon n'est pas vraiment satisfait des choix du studio et Jeunet.

Sigourney Weaver reviendra donc dans la franchise, avec un poids inédit. Co-productrice et star, elle aurait été payée 11 millions pour revenir. Et elle soutiendra le choix de Jean-Pierre Jeunet dont elle a aimé Delicatessen. Danny Boyle était le premier choix des producteurs, mais après des discussions avancées, le réalisateur de Trainspotting décide de refuser. Peter Jackson et Bryan Singer auraient aussi été approchés, avant que le Français n'accepte. Il vient d'écrire le scénario du Fabuleux Destin d'Amélie Poulain, mais s'envole pour Los Angeles.

 

Photo , Judith Vittet, Ron PerlmanRon Perlman, de retour dans Alien pour Jeunet

 

Son co-réalisateur Caro, avec qui il a aussi fait La Cité des enfants perdus, commence à plancher sur le film, dessine des costumes et apporte des idées, mais ne reste pas longtemps. "Caro n'aime ni le soleil, ni conduire. À Los Angeles, il était mal barré. Il est quand même venu sur place, a commencé à dessiner les costumes, mais les contraintes imposées par le studio l'emmerdaient", racontera Jeunet à L'Express.

Sur France Culture, en 2020, Caro racontera : "Jean-Pierre a été appelé pour ce projet, et il m'a appelé pour lui filer un coup de main. Je me suis dit, 'Ah super ! Je peux faire la créature ?'. Non, c'était déjà pris en main par les mecs qui faisaient les animatroniques et tout ça. Les vaisseaux spatiaux alors ? Non, y'a un anglais qui s'en occupe. Donc je lui ai demandé, en quoi puis-je t'aider ? Et c'était les costumes. J'ai pu lui filer un petit coup de main sur les costumes. A vrai dire, je trouve qu'il y a que celui de Dominique Pinon, le fauteuil roulant tout ça... y'a des petits bouts comme ça, c'est ce qui reste des travaux que j'ai pu faire. Mais j'étais même pas sur le tournage, j'ai filé un coup de main en préparation.

Et globalement, la Fox laisse Jeunet s'approprier l'univers. Avec une vraie liberté selon le réalisateur, il amène sa touche décalée, reprend ses collaborateurs habituels (Darius Khondji à la photo, Pitof aux effets spéciaux, sa muse Pinon), et accepte sans sourciller de grosses coupes pour des raisons budgétaires (comme un plan de moustique qui se désintègre après avoir piqué Ripley). Le budget de 70 millions est plutôt confortable, même si Jeunet ne parle pas un mot anglais.

 

Photo Jean-Pierre JeunetWinona Ryder et Jean-Pierre Jeunet sur le tournage

 

LE BOX-OFFICE

Alien, la résurrection a enregistré le plus mauvais score de la série officielle sur le territoire américain, avec moins de 50 millions au box-office. Moins qu'Alien, le huitième passager (environ 80 millions), Aliens - Le retour (environ 85), et Alien 3 (environ 55). C'est également inférieur à Prometheus (126 millions) et Alien : Covenant (environ 75 millions).

Au box-office mondial, le quatrième opus dépasse les 160 millions de recettes. Là, c'est un bon score, dans le sillage d'Alien 3.

Depuis, Joss Whedon n'a pas caché son profond mépris pour un film qui, selon lui, a détruit son scénario : "On raconte l'histoire avec le casting. Un des personnages devait se révéler fou, et qu'est-ce qu'ils ont fait ? Ils ont pris Brad Dourif. Donc il n'y a plus de surprise. Brad est un bon acteur mais il a été cantonné à ces rôles. C'est juste un exemple mais il y en a des milliers dans le film." (Il dira la même chose à propos du X-Men de Singer, qui n'aurait pas compris comment interpréter ses dialogues censés être drôles).

 

Alien 4Comité d'accueil

LE MEILLEUR

Naturellement et résolument construit en opposition aux trois premiers épisodes, Alien, la résurrection est plus qu'Aliens - Le retour de James Cameron et Alien 3 de David Fincher une réinvention de l'univers. En choisissant Jean-Pierre Jeunet pour mener à bien l'entreprise, le studio, et une Sigourney Weaver impliquée, ont clairement eu l'intention d'apporter des couleurs spéciales à l'aventure. Le réalisateur de Delicatessen et La Cité des enfants perdus a donc apporté avec lui son bric-à-brac pour poser son empreinte sur les xénomorphes, dans ce qui est la tradition de la saga. Le quatrième épisode trouve donc (presque) parfaitement sa place dans la saga en obéissant à la règle d'or de la série : offrir la bête à un réalisateur, et le laisser remâcher et tordre la mythologie à sa guise, selon son univers et ses obsessions.

 

photoUne renaissance fascinante et tordue pour Ripley

 

La lumière fabuleuse de Darius Khondji (le choc chromatique du bleu de l'eau au jaune étincellant de la salle dans la séquence des cuisines immergées), le découpage de Jeunet et son goût pour l'humour et la bizarrerie donnent à Alien, la résurrection une ambiance particulière, à la fois étrange et déstabilisante, moins préoccupée par l'idée de créer la peur que celle de tordre le mythe. D'où une suite d'images et créations étonnantes, où le xénomorphe n'est plus caché dans l'ombre mais exposé avec sa bave brillante, jusqu'à un rejeton final qui aura profondément remué l'esprit du public - et des fans. La superbe musique de John Frizzell est un atout pour cette ambiance.

Impossible de ne pas saluer l'interprétation de Sigourney Weaver, qui prend un plaisir manifeste à réécrire une Ripley sensuelle, reptilienne et à des années lumière de l'Ellen appréciée des fans. Voir l'héroïne métamorphosée en créature ambivalente, faussement innocente et vraiment effrayante, donne une touche nouvelle et riche à la saga.

 

photoDe l'alien en CG-aïe

 

LE PIRE

Mais le quatrième épisode souffre d'un scénario très plat qui, après une première partie excitante, avance en pilotage automatique avec des péripéties, personnages et twists pas toujours convaincants, voire utiles (Call, qui ressemble plus à un clin d'oeil aux fans qu'à un vrai outil dramatique ; d'où son prénom qui commence par un C, après Ash et Bishop).  

Pour une scène excitante (Ripley face à ses clones : une séquence que le studio a tenté de retirer, mais pour laquelle Weaver s'est battue), il y a un moment absurde (Michael Wincott qui s'aventure seul dans un couloir pour se faire tuer, parce qu'il a... entendu un bruit ?). Si bien qu'au final, Alien, la résurrection est loin d'offrir une aventure totalement convaincante. On peut même dire qu'avec son climax comico-gore (au mieux très bizarre, au pire raté), c'est le seul épisode à ne pas avoir un dernier acte explosif.

D'autant que contrairement au cas Alien 3, renié par David Fincher après une production cauchemardesque (la version longue révèle quelques passionnantes pistes sur ce qu'aurait pu être le film), le quatrième épisode n'a rien de plus que ce qu'il y a à l'écran : Jeunet a affirmé que la version sortie en salles était son director's cut, qu'il a livré le film qu'il voulait et que les quelques scènes coupées (dont une qui fait référence à Newt) n'étaient que du bonus pour les fans.

 

Alien 4Quelques choix... étonnants

 

LA SCENE CULTE

 



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commentaires

Atréides
29/04/2020 à 14:01

@Daddy Rich

Attention il n'y a pas de director's cut d'Alien 3. C'est une version longue assemblée par le studio pour la sortie DVD dans le beau coffret à l'époque. Fincher n'a jamais remis le nez dedans, il a refusé, donc c'est le vague projet rafistolé avec ce qu'ils avaient.

Daddy Rich
29/04/2020 à 13:53

Mon classement:
ALIEN
ALIEN3 (version director's cut)
ALIEN RESURRECTION
ALIENS

Pat Rick
29/04/2020 à 11:30

Vu 2 fois et toujours bien aimé ce film.

Guigui2001
28/04/2020 à 14:42

Le seul bon côté que je trouve à ce film, c'est son titre, qui me rappelle les 2 chefs d'œuvre et à mon avis le très bon film qui l'ont précédé. C'est sûr qu'on peut le trouver pas mal par rapport à prometheus ou covenant, mais franchement face à Aliens ou alien...

Ben
28/04/2020 à 12:37

Pas si mal. Une partie du casting n'est pas à sa place, mais bon, ce sont des copains à Jeunet. Sigourney Weaver est vraiment LE personnage de cet épisode. Ripley n'a jamais été aussi belle, puissante et dangereuse. Les Aliens ne servent à rien d'autre qu'à servir de cibles. Le design des vaisseaux et des intérieurs est réussi. La fin et son Alien hybride est assez mauvaise.

Geoffrey Crété - Rédaction
28/04/2020 à 09:51

@Terminéator

Le principe de la rubrique a toujours été de mettre en avant les critiques négatives marquantes de l'époque, pour défendre le film en contraste - comme expliqué dans l'intro (et puisque hormis quelques exceptions, un film a toujours des critiques en partie positives). Aucunement le désir d'être exhaustif ou masquer la réalité ici, c'est bien l'angle choisi pour cette rubrique depuis sa création il y a des années :)

Greta,BIll Gate, marina abramovic, epstein et cie
28/04/2020 à 09:39

je suis a laler le voir au cinoche en son temps, et c'était une horreur, un opus comique à part pas du tout raccord avec l'ambiance des films de Scott et Cameron, sans compter le ratage de Fincher en bisbille avec la Production,
quand le type flingue une araignée sur un ton comique, j'ai su que c'était déjà un nanard de luxe tres bien filmé cependant
pour les sortie bluray il faut noter que le amster est tout pourri, aucun effort la dessus, alors que le Alien de Scott été super bien restauré en 4K quant à james Cameron je sais pas ce qu'il fout sur son Aliens et sur Abyss, toujours pas de 4K à l'horizon

Caly
28/04/2020 à 09:33

L histoire n'est pas la plus inventive mais j'aime le style Jeunet et surtout le jeu de Sigourney Weaver est juste parfait. À la fois humaine et prédatrice. Pour moi il conclut parfaitement la saga.

Terminéator
28/04/2020 à 08:09

@EL ça aurait été pas mal que vous mettiez également une liste avec de bonnes critiques car oui il y en a eu. Je me rappelle que certains médias louaient la beauté plastique et le côté poétique avec cette dualité que l'on retrouve dans les histoires impliquant une belle et une bête . Cela aurait juste été plus jyste pour le film et objectif de votre part. Sinon j'ai bien votre article ;D

Ken
27/04/2020 à 23:43

Moi j’ai bien aimé

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