Le mal-aimé : Alien, la résurrection de Jean-Pierre Jeunet, ou le pire épisode de la saga ?

Geoffrey Crété | 27 avril 2018
Geoffrey Crété | 27 avril 2018

Parce que le cinéma est un univers à géométrie variable, soumis aux modes et à la mauvaise foi, Ecran Large, pourfendeur de l'injustice, part à la chasse aux bons mauvais films. Le but : sauver des abîmes un film oublié, mésestimé, amoché par la critique, le public, ou les deux à sa sortie. 

 

Poster

 

"Un film éprouvant, nullement inquiétant" (Libération)

"Il n'y a pas un seul plan dans le film qui puisse émerveiller" (Roger Ebert)

"Pour faire simple, Jeunet était le mauvais choix absolu pour faire ce film" (IGN)

"Si vous lisez une critique pour décider d'aller voir Alien 4, vous ne devriez absolument pas y aller" (Los Angeles Time)

"L'impact émotionnel d'une boule de bowling, au mieux" (San Fancisco Chronicle)

 


 

L'HISTOIRE

200 ans après s'être suicidée (ou 5 ans après Alien 3 ) pour détruire la reine dans son ventre (et mettre fin à la saga), Ripley est résuscitée par de méchants scientifiques du futur. Ils veulent élever et dresser les aliens, qui préfèrent s'échapper pour les étriper. Devenue cynique, franchement bizarre et future entraîneuse de NBA, Ripley considère les aliens comme ses bébés, mais décide quand même de se barrer. Elle rejoint des pirates de l'espace Firefly-style (Hellboy, Dominique Pinon en fauteuil roulant, Winona Ryder en robot, et quelques Expendables). Ripley finit par recroiser la reine alien (sa fille, donc), qui donne naissance à un hybride humain-alien (son petit fils, donc), accessoirement albinos. L'horrible bébé préfère l'odeur de Ripley, et décide donc d'éclater la face de la reine. Parce qu'il ne veut pas la lâcher, Ripley est obligée de le tuer avec les moyens du bord (aspiré par le vide spatial à travers un trou qui met à jour ses boyaux). Ripley retrouve enfin la Terre.
(Fin alternative : la Terre a été atomisée, et elle découvre Paris en ruines).  

Photo Sigourney Weaver

 

LES COULISSES

Danny Boyle, Peter Jackson et Bryan Singer ont été évoqués avant que Jean-Jeunet ne soit choisi, notamment parce que Sigourney Weaver était fan de Delicatessen. Il vient de finir le scénario d'Amélie Poulain (qu'il tournera après), signe son premier film sans Caro, et se retrouve à la tête d'un film hollywoodien à 70 millions sans parler anglais. Avec une vraie liberté, il amène sa touche décalée, reprend ses collaborateurs habituels (Darius Khondji à la photo, Pitof aux effets spéciaux, sa muse Pinon), et accepte sans sourciller de grosses coupes pour des raisons budgétaires (notamment une énorme scène de bataille avec une moissonneuse batteuse à bord de l'Auriga, un climax prévu à l'origine sur Terre, et un plan de moustique qui se désintègre après avoir piqué Ripley).

Depuis, Joss Whedon n'a pas caché son profond mépris pour un film qui, selon lui, a détruit son scénario : "On raconte l'histoire avec le casting. Un des personnages devait se révéler fou, et qu'est-ce qu'ils ont fait ? Ils ont pris Brad Dourif. Donc il n'y a plus de surprise. Brad est un bon acteur mais il a été cantonné à ces rôles. C'est juste un exemple mais il y en a des milliers dans le film." (Il dira la même chose à propos du X-Men de Singer, qui n'aurait pas compris comment interpréter ses dialogues censés être drôles).

 

Photo Jean-Pierre JeunetWinona Ryder et Jean-Pierre Jeunet sur le tournage

 

LE BOX-OFFICE

Alien, la résurrection a enregistré le plus mauvais score de la série officielle sur le territoire américain, avec moins de 50 millions au box-office. Moins qu'Alien, le huitième passager (environ 80 millions), Aliens - Le retour (environ 85), et Alien 3 (environ 55). C'est également inférieur à Prometheus (126 millions) et Alien : Covenant (environ 75 millions).

Au box-office mondial, le quatrième opus dépasse les 160 millions de recettes. Là, c'est un bon score, dans le sillage d'Alien 3.

 

Alien 4

 

LE MEILLEUR

Naturellement et résolument construit en opposition aux trois premiers épisodes, Alien, la résurrection est plus qu'Aliens - Le retour de James Cameron et Alien 3 de David Fincher une réinvention de l'univers. En choisissant Jean-Pierre Jeunet pour mener à bien l'entreprise, le studio, et une Sigourney Weaver impliquée, ont clairement eu l'intention d'apporter des couleurs spéciales à l'aventure. Le réalisateur de Delicatessen et La Cité des enfants perdus a donc apporté avec lui son bric-à-brac pour poser son empreinte sur les xénomorphes, dans ce qui est la tradition de la saga. Le quatrième épisode trouve donc (presque) parfaitement sa place dans la saga en obéissant à la règle d'or de la série : offrir la bête à un réalisateur, et le laisser remâcher et tordre la mythologie à sa guise, selon son univers et ses obsessions.

La lumière fabuleuse de Darius Khondji (le choc chromatique du bleu de l'eau au jaune étincellant de la salle dans la séquence des cuisines immergées), le découpage de Jeunet et son goût pour l'humour et la bizarrerie donnent à Alien, la résurrection une ambiance particulière, à la fois étrange et déstabilisante, moins préoccupée par l'idée de créer la peur que celle de tordre le mythe. D'où une suite d'images et créations étonnantes, où le xénomorphe n'est plus caché dans l'ombre mais exposé avec sa bave brillante, jusqu'à un rejeton final qui aura profondément remué l'esprit du public - et des fans. La superbe musique de John Frizzell est un atout pour cette ambiance.

Impossible de ne pas saluer l'interprétation de Sigourney Weaver, qui prend un plaisir manifeste à réécrire une Ripley sensuelle, reptilienne et à des années lumière de l'Ellen appréciée des fans. Voir l'héroïne métamorphosée en créature ambivalente, faussement innocente et vraiment effrayante, donne une touche nouvelle et riche à la saga.

 

Alien, la résurrection

 

LE PIRE

Mais le quatrième épisode souffre d'un scénario très plat qui, après une première partie excitante, avance en pilotage automatique avec des péripéties, personnages et twists pas toujours convaincants voire utiles (Call, qui ressemble plus à un clin d'oeil aux fans qu'à un vrai outil dramatique ; d'où son prénom qui commence par un C, après Ash et Bishop).  

Pour une scène excitante (Ripley face à ses clones : une séquence que le studio a tenté de retirer, mais pour laquelle Weaver s'est battue), il y a un moment absurde (Michael Wincott qui s'aventure seul dans un couloir pour se faire tuer, parce qu'il a... entendu un bruit ?). Si bien qu'au final, Alien, la résurrection est loin d'offrir une aventure totalement convaincante. On peut même dire qu'avec son climax comico-gore (au mieux très bizarre, au pire raté), c'est le seul épisode à ne pas avoir un dernier acte explosif.

D'autant que contrairement au cas Alien 3, renié par David Fincher après une production cauchemardesque (la version longue révèle quelques passionnantes pistes sur ce qu'aurait du être le film), le quatrième épisode n'a rien de plus que ce qu'il y a à l'écran : Jeunet a affirmé que la version sortie en salles était son director's cut, qu'il a livré le film qu'il voulait et que les quelques scènes coupées (dont une qui fait référence à Newt) n'étaient que du bonus pour les fans.

 

Alien 4

 

LA SCENE CULTE

 



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commentaires

kurtz
12/04/2019 à 17:59

Il faut aussi parler de l'imagerie et de la critique de l'humanité qui traverse tout le film.

La symbolique est vraiment intéressante. Quelques exemples:

- quand ils descendent vers le fond du bateau, entrant sans le savoir dans le piège des aliens, il y a un superbe plan en contre-plongée qui montre le conduit à la verticale et en forme de croix, comme la croix qui marque l'ouverture des oeufs de la reine: ils entrent dans le piège à ce moment.
- L'imagerie sexuelle du premier Alien est "ressuscitée": sous-texte sur la castration avec ripley qui arrache la langue/dildo du alien, remplacement du viol hétéro (alien 1) par le viol homo (le pauvre type de le fin qui "pénètre" (voire facef...ck) de force le méchant savant à l'aide du alien qui sort de sa poitrine, le rapport quasi lesbien entre Ripley et Call, etc.

Et le tout qui remet constamment en question l'humanisme des humains, qui sont les pires salauds du film. À la fin, ceux qui s'en sortent sont seulement les hommes difformes, handicapées ou simiesques, femme robot ou femme mutante. Tous les humains "normaux", produits de l'évolution classique périssent, un peu comme la Terre qui est devenue un désert post-apolalyptique. Bref, tant pis pour vous sales humains: avec les aliens, vous avez ce que vous méritez.

Dzaabir
16/12/2018 à 21:42

Bof, j'aime bien Jeunet, mais non, là vraiment pas top.
Quelques scènes sympas et malheureusement pas mal d'autres grotesques, de bonnes idées mais ça ne peut pas tout rattraper.
On ne peut pas se permettre tout et n'importe quoi avec la saga alien, désolé les amis.
D'ailleurs, je pense que les fans attendent de revoir le lt Ripley pour une suite, mais...
je pense même qu'il faudrait zapper cet épisode et le refaire pour se permettre une suite.
Prométheus et Covenant, pour moi, si, si, yabon.

alpa
18/09/2018 à 10:08

Ca ne m'étonne guerre que l’aberration (Libération) descende ce film : Ils sont pour l’accueil de tous les aliens sur Terre et la libre circulation de ceux-ci...

RomualdMcDonald
02/05/2018 à 14:08

Les "expendables" super débiles et les gros mots gratuits venaient faire retomber le soufflet immanquablement. T'effaces numériquement dans ta tête tout ça et t'as un Alien très bien

Neodraken
01/05/2018 à 00:00

J'aime les 4 films mais dans celui là je trouvais que les aliens avaient un design et une façon d'etre filmé qui les magnifiaient à mes yeux.

TheMoon
30/04/2018 à 14:14

J'y suis allez en 1997 à sa sortie, dernier film d'une soirée epouvante horreur...de 4 à 5h du matin à Montreuil...

En sortant de la salle à l'époque, j'ai pensé "Putain ça fait plaisir, le meilleur Alien a été réalisé par un frenchi..."

Il est bien Alien la resurection, le casting est sympa, l'histoire un peu plate efféctivement mais sa remet pas en cause le long métrage pour autant...

Jeux né
29/04/2018 à 19:09

"films au casting improbable" je rajoute Christian Clavier & Samy Nacery

Beerus
29/04/2018 à 10:09

Le pire de la saga c'est Covenant que je suis pas allé voir au ciné contrairement au film de Jeunet.

Juju01460
29/04/2018 à 03:30

Franchement y défonce le 4

amdsfilms
28/04/2018 à 23:58

j'aime beaucoup cet épisode, mais bon je ne suis pas objectif quand on parle d'Alien :)

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