La franchise de slasher en décomposition n’avait pas besoin de ça. Et pourtant, la scène post-générique de Souviens-toi… l’été dernier tente de relancer la machine… avec un degré de ridicule digne d’une parodie. ATTENTION SPOILERS !!!
Au rayon des suites/remakes/reboots que personne n’attendait, on appelle Souviens-toi… l’été dernier version 2025. Officiellement présenté comme un « legacyquel », le film se déroule 28 ans après les événements du premier volet et choisit, dans un bel élan de révisionnisme paresseux, d’ignorer Souviens-toi… l’été dernier 3 pour faire suite aux deux premiers films. Ce quatrième opus ramène pourtant les reliques du passé : Jennifer Love Hewitt et Freddie Prinze Jr. reprennent leurs rôles de Julie James et Ray Bronson, toujours traumatisés, toujours hantés par l’ombre du pêcheur vengeur.
Mais la nostalgie n’a pas suffi à masquer le désastre. Entre un scénario torché comme un mauvais épisode de Riverdale, une mise en scène digne d’un téléfilm et des acteurs qui semblent négocier leur cachet à chaque plan, Souviens-toi… l’été dernier s’est fait massacrer par la critique. Le film a clairement de quoi enterrer la saga une bonne fois pour toutes.
Sauf que… miracle du box-office, avec 64 millions engrangés pour un budget de 18 millions, le carnage s’avère rentable. De quoi titiller les producteurs, qui n’ont pas résisté à l’envie d’agiter une carotte post-générique censée annoncer une suite. Problème : ladite scène est si absurde qu’elle ferait passer du Paul W.S. Anderson pour du Shakespeare, et elle est disponible en exclusivité chez Entertainment Weekly.
Souviens-toi… d’empocher ton chèque
Les spectateurs courageux étant restés jusqu’au bout du film (sans s’endormir) ont eu droit à une scène bonus se déroulant chez Karla Wilson, personnage de Souviens-toi… l’été dernier 2, ici toujours incarnée par Brandy Norwood. Installée devant son téléviseur, elle regarde un reportage sur les derniers massacres du Pêcheur. Quand la photo de Julie apparaît à l’écran, son compagnon lui lance : « Ce n’est pas ta coloc de fac ? » Réponse goguenarde de Karla : « Oui, on essaie toujours de la tuer, j’espère qu’elle est en thérapie. » Déjà, l’ambiance est posée : la saga assume désormais que sa final girl est une poissarde professionnelle.
S’ensuit un coup à la porte. Julie réapparaît pour une accolade d’anciens combattants. « Je regardais les infos, tu n’as vraiment pas de chance », lui balance Karla avec un naturel confondant. Julie dévoile alors une photo de Karla, barrée d’une croix rouge, accompagnée d’un message glaçant : « It isn’t over ». (ce n’est pas fini). Karla, sans sourciller, lâche une punchline improbable : « Bon, qui on doit buter cette fois ? ».

Karla + Julie = BFF
Tout est là pour caresser le fan dans le sens du poil : Brandy et Hewitt réunies comme si le temps s’était arrêté, un message anonyme qui ressuscite artificiellement la menace, et une punchline censée galvaniser la salle. Mais derrière ce clin d’œil de connivence, on sent surtout la mécanique marketing qui joue la carte du revival coûte que coûte. Le slasher, qui a été le miroir des peurs adolescentes, n’est plus qu’un jouet promotionnel où chaque caméo se consomme comme un easter egg cuit mollet : un peu dégoulinant de nostalgie.
On pourrait y voir un hommage ironique aux clichés du genre, mais la scène ne réussit même pas à jouer la carte du second degré. Tout sonne faux : le dialogue est écrit comme une mauvaise blague de fan-fiction, la tension retombe aussitôt qu’elle apparaît et la promesse d’un nouveau cycle de meurtres frôle la caricature. L’effet recherché – faire frissonner les spectateurs à l’idée d’une suite – s’est transformé en fou rire nerveux (expérience collective inoubliable, partagée par l’auteur de ces lignes avec d’autres victimes spectateurs en salle).

En prime, la scène tente maladroitement de prendre la saga à rebrousse-poil, comme si elle voulait singer la dernière trilogie Halloween qui avait transformé Jamie Lee Curtis en survivaliste armée jusqu’aux dents, prête à canarder le moindre croquemitaine.
Sauf qu’ici, la logique ne tient pas. Julie et Karla, éternelles cibles du Pêcheur, se transformeraient soudain en prédatrices volontaires, promettant de traquer à leur tour ? Si l’inversion de rôle est censée donner de la puissance à leurs personnages, elle sonne si creux qu’on n’y croit pas une seconde. Le crochet change de main, certes, mais le ridicule, lui, reste bien fixé dans les côtes de la franchise.
Ni effrayante, ni émouvante, cette fameuse scène post-générique se contente d’enchaîner vannes et clichés comme une bande-annonce pour un film qui n’existe pas encore. Au moment d’écrire ces lignes, Sony n’a pas encore annoncé officiellement la mise en chantier d’un nouveau film Souviens-toi… l’été dernier. Mais on est prêt à parier que ce n’est qu’une question de temps.