Joker : critique radicale sans spoilers

Alexandre Janowiak | 1 septembre 2019 - MAJ : 09/10/2019 17:24
Alexandre Janowiak | 1 septembre 2019 - MAJ : 09/10/2019 17:24

D'abord projet très critiqué, redouté voire méprisé, le Joker de Todd Phillips est devenu l'une des plus grosses attentes des fans de l'univers DC et du célèbre clown depuis la divulgation de sa première bande-annonce très prometteuse. Sa sélection en compétition à la Mostra de Venise 2019 (auréolée d'un Lion d'or) n'a fait qu'augmenter l'impatience des spectateurs. Alors que vaut ce Joker porté par l'incroyable Joaquin Phoenix ?

RENAITRE DC CENDRES

Avec la sortie de Man of Steel en 2013, Warner Bros et DC se lançaient dans une nouvelle aventure sur grand écran en instaurant un DCEU à l'image du MCU de Marvel lancé cinq ans plus tôt.

Hélas, après un premier film au succès correct, l'univers DC Comics n'a jamais réussi à convaincre pleinement les spectateurs et la critique. Ainsi, le DCEU a subi plusieurs échecs critiques (Batman v Superman : L’Aube de la justice, Suicide Squad) et un énorme couac commercial avec son Justice League fin 2017, remettant en cause l'ensemble de la franchise super-héroïque au cinéma (malgré le succès de Wonder Woman).

Depuis, le navire a été remis à flot grâce à l'aventure solo d'Aquaman, appréciée de la critique et devenue le plus gros succès public du DCEU. Cependant, si le long-métrage sur l'homme-poisson a marqué un tournant pour Warner et DC, ce n'est rien à côté du tremblement de terre qu'est le Joker de Todd Phillips (qui ne fait pas partie du DCEU cela dit).

 

photoQue la fête commence...

 

GODDAMN CITY

Ce Joker raconte l'histoire d'Arthur Fleck, homme méprisé par la société qui va devenir progressivement le Joker que le monde des comics connaît parfaitement. Difficile d'en dire plus sur l'ascension dans l'horreur et la folie du personnage culte sans spoiler les multiples séquences. Tout juste pourra-t-on confier que l'histoire qui y est dépeinte s'inspire en partie de deux des comics phares du Joker : Killing Joke et The Man Who Laughs (dont on vous parlait ici).

Pour autant, le film écrit sa propre légende en n'en piochant que quelques éléments pour mieux créer sa propre voie. Ainsi, le nouveau projet DC surprend voire stupéfie dans ses choix scénaristiques (un twist très marquant) et assurément, il y a aura un avant et un après Joker. En se détachant de l'arc de Killing Joke (celui dont il se rapproche le plus), le film de Todd Phillips s'offre une liberté créative dingue et sans limites.

S'ouvrant avec une certaine poésie, le long-métrage s'enfonce au fur et à mesure au coeur d'une danse macabre et sinistre inédite. Pour la première fois dans l'histoire du cinéma, un film de comic book sombre dans une sociopathie choquante et radicale, où la brutalité n'est jamais cachée et la folie mise en avant (bien plus que dans The Dark Knight oui).

 

photo, Joaquin PhoenixCe rouge qui lui colle à la peau

 

On reprochait souvent aux films du genre de manquer de profondeur et de se contenter d'user des pouvoirs de leur super-héros pour créer un spectacle simple et efficace. Force est de constater que le Joker n'en a pas (des super-pouvoirs) et qu'avec des effets spéciaux invisibles et une action extrêmement rare, la force du film se trouve ailleurs. En cela, Joker est un séisme dans le cinéma de comics tant l'origin story du célèbre clown de Gotham sort de l'ambiance pop, décontractée, spectaculaire et frivole des films du genre (Marvel et les derniers DC en tête) pour nous plonger dans un cauchemar noir, sanglant, violent et pertinent.

Au contraire des derniers films de comics super-héroïque, Joker offre une réflexion poussée et profonde sur la société américaine, le pouvoir des médias et les élites politiques. Le film est un violent brûlot qui retourne le rêve américain pour mieux le transformer en cauchemar anarchique. À ce niveau, le film est de fait, comme ses bandes-annonces le sous-entendaient, très proche de deux chefs d'oeuvre de Martin Scorsese : Taxi Driver et La Valse des pantins. Le Joker de Joaquin Phoenix pourrait d'ailleurs être vu comme un hybride des deux anti-héros qui les composent avec une radicalité tirée à l'extrême.

 

photo,  Joaquin PhoenixUn rire incontrôlé terrifiant

 

VERY MACABRE TRIP

Par ailleurs, on pouvait légitimement avoir des craintes en voyant Todd Phillips, le réalisateur de la trilogie Very Bad Trip au CV bien peu glorieux, aux commandes d'un projet si ambitieux. Bien mal nous en a pris tant il offre un long-métrage bluffant de maitrise dont plusieurs séquences marqueront longtemps par leur sens du rythme et de la narration. La première scène du métro est ainsi une petite leçon de mise en scène, jouant parfaitement des lumières, du découpage et de la musique imposante de Hildur Guðnadóttir pour créer une tension allant crescendo avant de finir par exploser dans une rage salvatrice pour son personnage principal. 

Bien sûr, Todd Phillips ne réalise pas un sans-faute et on pourrait pointer du doigt plusieurs de ses choix. Ainsi, sa mise en scène est parfois trop poseuse et joue excessivement des ralentis. Au-delà, un arc du récit, même s'il n'est pas totalement dénué d'intérêt sur ce qu'il dit de l'Amérique et d'Arthur Fleck, se révèle également très superflu au fil de son avancée. Enfin, sans doute rongé par le dilemme de clôturer fermement son film ou d'ouvrir au contraire la possibilité à une franchise, le réalisateur a également du mal à terminer son métrage sans zigzaguer.

De menues stries qui empêchent le Joker d'être un film totalement parfait malgré la performance impeccable de son interprète principal : Joaquin Phoenix.

 

Photo Joaquin PhoenixÀ quelques minutes d'une scène mémorable

 

THE MASTER

En effet, impossible de ne pas s'attarder sur la prestation remarquable du comédien dans la peau d'Arthur Fleck et futur Joker, tant il est le souffle, l'âme et la raison d'être du long-métrage. Avec la carrière impressionnante qu'il s'est forgée en plus de 20 ans, Joaquin Phoenix n'a plus rien à prouver au monde sur ses qualités d'acteurs. Pourtant, encore une fois, il réussit un tour de force.

Si la comparaison avec Heath Ledger sera inévitable avec le temps, le Joker de Joaquin Phoenix est bien différent. Ce dernier se révèle avant tout un homme pathétique et méprisable qui ne prend de l'ampleur que par accident. Ainsi, le comédien offre une interprétation jonglant entre la pitié et la démence, portée par des envolées dansantes hypnotisantes ainsi qu'un rire incontrôlable provoquant simultanément un sentiment de compassion et de terreur chez le spectateur.

Et ce n'est finalement qu'après une ultime apparition de l'anti-héros que ce dernier plongera définitivement dans un sentiment de dégoût et d'horreur, lorsqu'Arthur Fleck disparaît à jamais sous les traits et l'esprit d'un Joker cruel et macabre. Fort.

 

Affiche US

Résumé

Malgré ses imperfections, Joker est un véritable séisme pour les films du genre. Un brûlot radical contre les médias, les élites politiques et la société retournant le rêve américain en cauchemar brutal, sanglant et macabre. Un film puissant mené par un Joaquin Phoenix habité et monstrueux.

Autre avis Geoffrey Crété
On entend souvent que le cinéma hollywoodien des studios n'a plus de courage et d'audace, que tel ou tel film corrosif des années 70-80 ne pourrait plus être produit, et qu'en 2019 on ne peut plus rien dire ni montrer. Joker est la réponse parfaite et inattendue : noire, sèche, brutale, qui ne cherche ni excuse ni amour.
Autre avis Simon Riaux
Todd Philips récite son bréviaire du petit Scorsese illustré, mais le fait avec un brio et une intelligence qui imposent le respect. Phoenix et la caméra peuvent dès lors entamer une danse macabre qui adresse à l'époque un réquisitoire implacable.
Autre avis Arnold Petit
Un film doté d'une profonde noirceur, avec un discours corrosif à souhait. Dans les tréfonds d'un Gotham aussi malade que lui, un homme humilié, moqué et avili se change petit à petit en une force incontrôlable du chaos, jusqu'à devenir un ouragan séditieux qui renverse tout sur son passage. Joaquin Phoenix est habité par le Clown Prince du Crime.
Autre avis Déborah Lechner
Un drame social très sombre au discours intemporel qui suit un homme malmené par la société qui se laisse entraîner dans une spirale de violence que les habitants de Gotham n'auront de cesse de légitimer, politiser et donc nourrir jusqu'à un dénouement chaotique. Le film a ses défauts, mais qui n’entachent en rien la puissance du récit.
Autre avis Lino Cassinat
Joker jongle avec une témérité folle avec quantité de thèmes et de représentations qui affolent notre époque. C'est bien, mais c'est dommage que son amoralisme semble camoufler ses impensés - c'est probablement d'ailleurs ce qui explique la polémique ridicule qui l'entoure. Pourtant, c'est l'évidence, Joker résonne terriblement avec notre temps.

Lecteurs

(4.2)

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commentaires

Flo
01/02/2020 à 13:48

« There was a boy, a very strange enchanted boy
They say he wandered very far, very far, over land and sea… »

Ce qu’on peut véritablement présenter comme l’identité du Joker, y compris dans l’inconscient collectif: Il s’agit objectivement d’un des Plus Grands Super Vilains jamais créé, tout de même
Ce personnage, quand il est au meilleur de sa forme, n’est pas réputé pour avoir de l’Humanité… mais plutôt pour générer de l’Humanité chez ceux qui se confrontent à sa Monstruosité Totale – Batman va-t-il craquer? les autres vilains DC sont-il en fin de compte un moindre mal? Harley Quinn retrouvera-t-elle son indépendance?… Au meilleur de sa forme, il est une sorte de test de Rorschach. On aime le voir tourmenter les héros, pour mieux perdre à la fin… Amusant mais dangereux, on « rit jaune » avec lui… d’autant qu’au final, il est le seul à se trouver vraiment drôle.

79 ans d’existence en comics… donc tout ce qui est possible de faire avec lui, ça a surement déjà été fait. Il faut avoir alors une sacrée dose d’humilité pour s’attaquer à un tel Monument. Car il existe bien peu d’auteurs assez « forts » pour s’approprier ce personnage de manière grandiose (et très médiatisée).
Todd Phillips donc ?
On peut dire que ce réalisateur, n’est pas vraiment un réalisateur de comédies (à part peut-être Road Trip et Date Limite… qui sont aussi des road movies)… Mais un réalisateur de films policiers et dramatiques, dans lesquels il y a des personnages assez marrants, ou juste insolites. Mais ces films là, bien souvent inégaux, ne font pas vraiment rire, ou difficilement. Et quand il s’attaque à la politic-fiction dans « War Dogs », il ne raconte rien de bien nouveau par rapport à bien des prédécesseurs, et de manière trop simpliste. Loin d’être un grand auteur, c’est sûr. Et il faut remonter à son premier film, un documentaire sur le punk-rocker extrême GG Allin, pour extraire de son cinéma les germes de la violence qui mèneront à « Joker »

L’histoire autour de ce présent film « Joker », n’ayant rien de « super héroïque », et n’étant pas toujours vendue comme « super-maléfique », va plus vers un assemblage d’histoires connues et déjà diversement adaptées:
Les comics « Batman Year One », pour l’ambiance criminelle de fin des 70’s/début des 80’s, permettant même de se rattacher à certains opus Scorsesiens (ça fait partie de la promo)
+ le comic « Killing Joke » (qui n’est pas une Origin Story, mais une histoire en « reflet »), pour l’idée d’une identité humaine précédente – ce qui n’est pas plus original que le Jack Napier de Jack Nicholson, ou le Jerome Valeska de la série tv Gotham
+ certaines scènes de l’épisode « Crise de rire », de la série animée Batman des années 90:
+ une scène du comic Dark Knight Returns:
+ « Logan », pour l’idée d’un film plus sombre et désespéré, critique envers les super héros, à accueillir en festival prestigieux
Et le film « The Machinist », qui racontait peu ou prou la même chose (avec Christian « Batman » Bale, ça fait la blague).

Ici, on a un homme blessé, dans « la Zone Grise », puis tombant dans l’Anarchie pour faire bouger les choses dans sa vie… et « tant pis pour les conséquences, c’est lui qui a raison, faut renverser tous les Systèmes et Dogmes, sans réfléchir, et comme ça il sera célèbre, craint et respecté » etc…
Un vrai Hors-la-Loi, genre Bonnie et Clyde ou Mesrine, adulés par certains juste parce qu’ils sont insoumis. Vous voyez certains manifestants qui, face aux destructions et actes de violences gratuits de quelques uns, se disent « bien fait pour les puissants, tant pis, et puis la fin justifie les moyens ? ».
Sans penser une seule seconde que « L’Ennemi », c’est plutôt celui qui détourne l’Institution, et pas cette même Institution… Ceux qui abusent d’un Système, et pas le Système lui-même (on sait quelles sont les vraies dictatures: elle commencent à remplacer les Gouvernements qui ont le tort d’être affaiblis).
Et les abus de ce genre, on peut vraiment les trouver partout, chez les riches comme chez les pauvres. L’Humain reste son propre Ennemi.
Autant, oui, on peut légitimement pointer du doigt les gens aisés et bien à l’abri (et pas les fonctionnaires, qui ont bien peu de pouvoir réel), parce que ces gens sont trop en dehors des réalités des plus nécessiteux, et ne les aident pas assez…
Autant, on ne peut justifier en conséquence de les assassiner (avec un grand sourire), en faisant croire que « c’est pour le bien de tous ».
Avec une hypocrisie possible car Warner, studio faisant parti de divers conglomérats, est lui-même une Entreprise « de Riches », presque paternaliste (« tuer le père » on dit). Elle participe à ces entreprise du Rêve, pas que américain.

On voit que le film a aussi en ligne de mire le très marquant Joker de Heath Ledger, jusqu’aux cheveux longs. Lequel n’était ambigu et (un peu) fascinant que parce qu’il n’était pas le personnage principal, mais l’antagoniste central du film…
Mais aussi, parce qu’il y avait encore assez de recul à cette époque, en 2008, par rapport à ses actes anarchiques. Une époque où les ennemis étaient encore assez extérieurs à la Civilisation, et non représentés parmi les puissants… et qu’en plus, il avait un bon Batman en face de lui, plutôt indépendant et garant d’un Ordre positif et plein d’Espoir, compensant les actes de violences commis.
Le film actuel fait-il assez d’attention avec l’empathie qui pourrait se créer avec un personnage qui serait une ordure totale? Et à qui on voudrait donner un peu trop d’excuses ?
Lui donner des circonstances atténuantes peut être un exercice de « racolage » dangereux, surtout en surfant sur des mouvement sociaux auxquels le personnage ne peut se rattacher. Car pouvant être considéré pour lui comme aussi risibles et sans importance.
Alors que, progressivement, susciter énormément de dégoût par ses actes peut mieux justifier qu’un Batman (ou autre) puisse émerger et apporter un jour une lueur d’espoir, par exemple.
C’est une question d’équilibre, entre la compréhension et la répulsion. Comme dans les films de gangsters ou de monstres les plus saisissants (Dracula, Scarface etc)… où le vilain en titre finit toujours pas perdre à la fin. Une Catharsis…
Au mieux, ça devrait être un film d’Horreur psychologique, ou un pur Thriller.
Reste à espérer que des gens ne comprennent pas le film de travers – pensons à ceux qui prennent pour modèle la réussite de Tony Montana (celui de Pacino surtout)… et qui oublient qu’il a tout détruit aussi vite, et est mort comme un chien.
Comprendre son cheminement ne doit pas vouloir amener à excuser les actes terrifiants qu’il commettra…

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« A little shy and sad of eye, but very wise was he… »

Si on se renseigne un peu, on connait la façon de penser et d’agir du Joker comme ceci: « la Vie n’a aucune importance, car on meurt tous et on ne sera que cendres un jour etc… c’est ça la « blague ultime » »…
Que ce soit dit explicitement ou que ça traîne sous la surface, on finit régulièrement par arriver à cette pensée anarchiste chez lui.
Certes, on pointera alors l’idée que dans le film actuel ce n’est pas « lui », mais une version alternative, sans lien avec le comic, comme il y en a tant eu (mais qui restaient tout de même très semblables, sur le fond).
– Petite histoire: pour créer une version Alternative, il faut qu’il existe déjà une version dite Officielle, sur le même média.
Quand DC Comics sort sa gamme de productions « Elseworlds », les « Classiques » existent encore en parallèle, avec toute les histoires précédentes en mémoire (souvent passionnantes);
Quand Sony lance le film « …Spider-Verse » (avec ses multitudes de Spider-Man et de Peter Parker), il existe aussi au cinéma le Spider-Man Officiel de Tom Holland, qui est très bien installé;
Quand Warner lance ce « Joker »… il n’y a pas de Joker officiel existant dans le paysage ciné. Celui de Jared Leto, très tendre en comparaison, reste aux abonnés absents jusque là. Tellement qu’on peut avoir l’impression qu’il va subir le même sort que Henry Cavill et Ben Affleck, éjectés de ces franchises…
Du coup, celui de Joaquin Phoenix peut être officieusement considéré comme seul et unique de l’époque présente… car ils sont peu, ceux qui vont le considérer précisément comme une alternative du Joker des comics… comics qu’ils ne sont pas énormément à lire, à part dans une poignée de recueils disparates, en librairie.
« L’Alternative » n’existe que s’il existe déjà un « Officiel », sur le même créneau – Il ne s’agit donc pas du personnage lui-même dont on devrait parler, mais du Genre Cinématographique du « Comic Book Movie ».
– Quant au « Vrai Joker », on peut bel et bien se dire qu’il existe aussi: il serait juste l’amalgame de toutes ses divers apparitions marquantes et indispensables sur des décennies, ajoutées à l’ambiance de l’époque présente.

Ici, un Clown (tueur)… pas complètement un Joker, c’est à dire celui des cartes à jouer, ayant un statut parmi les autres cartes.
Pour l’originalité supposée de ce film, c’est en fin de compte une autre Origin Story à la fin attendue… c’est du vu et revu. Pas seulement comme dans les comic book (movies)… mais comme dans les thrillers dramatiques les plus sombres. Et qui ne sont pas si rares qu’on ne le croit, le Cinéma en sortant encore plusieurs par an.

Questionnements:
– La Warner se souvient-elle des grands films criminels dont elle était à l’origine il y a des décennies, les « Ennemi Public », « Little César », « L’Enfer est à lui » etc ? -sans compter ceux d’autres studios – Richard Widmark dans « Les Forbans de la Nuit », ayant tout aussi autant l’air d’un « Proto Joker du réel ».
Plutôt oui, le mélange attraction/répulsion, à des degrés divers selon le spectateur, est donc bel et bien là.

– Avec un Joaquin Phoenix jouant peut-être trop de la method actor, et le film flattant un peu trop les bas instincts… cela peut-il s’apparenter à un habituel formatage bien exagéré qui, plutôt d’être commercial, serait ici en mode « dépressif dark = c’est bien, c’est osé, c’est arty » ?
Cela pour aussi se positionner glorieusement « Contre », après les succès colossaux des gros films DC (et de leur concurrence bien connue), tous présentés comme Tout Public? Pour bien dire à ces autres films de super héros que : eux ne sont que des gamineries bourrées de fric, et rien d’autre ? – rappelons que la Hype d’un Phoenix pronostiqué pour l’Oscar est en place depuis un certain moment… Mais ce n’est pas parce qu’elle existe qu’elle est pertinente pour autant (et Weinstein s’y connaissait en lobbying). Surtout quand ça coûte bien moins cher qu’un film explosif, incluant ceux de Zack Snyder. Ce qui rend le tout plus « acceptable », moins bourrin –
En fin de compte, oui et non… certes, la promo et les journalistes en font un peu des tonnes depuis des mois, en mode « récompenses » plutôt que gros sous (ce qui est assez pareil), et « Art Social »…
Mais le présent film ne se montre finalement pas très arrogant envers les comic-books movie à gros budget. Il y a bien dans Joker des moments de tensions/action, d’autres d’humour gaguesques (et pas toujours « noirs »), un effort de traduction de textes à l’écran pour la VF, et plusieurs clin d’oeil de fan aux comics originaux. Car à l’origine et encore maintenant, ce sont bien majoritairement des histoires d’action pour Tout Public. Ça n’est pas fait principalement pour être très « artistique »…mais ça rien de péjoratif non plus.
Et en parallèle, il en existent toujours d’autres plus ciblées « Adulte »… sans volonté que les uns prennent la place des autres, si vous suivez bien..;

– Et que le personnage s’appelle toujours « A. Fleck »… si c’est pas de l’autocritique de la part de la Warner envers ses choix d’acteurs – À moins que Joaquin Phoenix se venge de Casey Affleck, réalisateur de son mockumentaire foireux I’m Still Here… et ex beau-frère ?
L’appeler « Joe Kerr » aurait été peut-être plus drôle… ne pas le nommer aurait été certainement plus perturbant.

– Une sorte de « film caprice » pour permettre à Joaquin Phoenix de performer en toute tranquillité ? Et l’identité fascinante venue des comics étant oubliable, sans tentative de l’exploiter ?
Non plus, car la « trahison » du caractère plus fantasque des comics d’origine n’est pas si forcée que ça, et permet de garder « l’Esprit » du personnage et de tout ce qu’il charrie. L’acteur y « Joue », dans un sens aussi bien amusant que sans inconséquent.
Bien qu’il apparaisse surement comme trop « Humain », sérieux et réaliste, ce qui est moins impressionnant qu’en gardant une part de mystère, en s’autorisant ainsi à être Surnaturel.

Car ça peut moins être impressionnant et plus rassurant si on essaie trop d’expliquer les raisons d’untel… mettez des mots comme « Autiste », « Troubles de la personnalité », « médicaments » ou « Bipolaire », et tout va mieux, vous savez comment définir un type d’individu dit « anormal ».
Mais s’il n’y a aucun mots ? Là, ça dépasse toutes définition, et on touche à l’Inconnu le plus effrayant qui soit – ce qui était d’ailleurs traité dans l’incarnation d’Heath Ledger (« certains n’ont souvent aucune raison de détruire »).
Le mal à l’aise « Joker » peut avoir dans l’air trop inapproprié car trop fabriqué bien peu sincère et personnel, et hautain avec un Genre que le studio n’aime pas car trop fantaisiste… et donc supposément moins capable d’être subtil et intelligent. Ce qui n’est pas si sûr.

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« …And then one day, a magic day he passed my way
And while we spoke of many things, fools and kings… »
… ben oui, « Le Garçon aux cheveux verts », de Joseph Losey ???? Réalisateur qui, par ailleurs, traitait beaucoup de la dépression et de l’échec masculins dans plusieurs de ses films, à divers ages et de diverses manières. Ce qui semble un angle de vue plus intéressant à suivre pour « Joker ». D’autant plus que c’est également raccord avec plusieurs opus de la filmo de Todd Philipps.

On note qu’il y a ainsi trop de Politisation directe dans le traitement du film à travers la Presse – d’ailleurs, ce défaut de surpolitiser les choses se retrouvait déjà autour du film « The Dark Knight Rises »…
Ce qui demande un peu moins d’effort que de parler directement de la Violence et du Nihilisme, à l’intérêt peut-être Supérieur, plus Symbolique, plus Fort et Perturbant à explorer. La Violence, existant intrinsèquement dans la Vie, étant souvent la plus grande opposition à la Justice Sociale. Ou bien sert-elle d’épreuve à une Société, pour voir comment elle peut arriver à passer outre et à subsister.
N’est pas David Fincher qui veut, mais cette part d’échec masculin moderne est à renvoyer évidemment à son « Fight Club », dont les thématiques alliées à une mise en scène vertigineuse, résonnent d’autant plus qu’on l’impression que rien n’a changé depuis 20 ans.
Mais: si le film « Joker » est tout aussi soigné au niveau de son image (symboliquement verticale, sale et pourtant plus belle que certains autres films), même si l’effet de cette stylisation n’est plus le même que dans les 70’s…
de son acteur central furieux, torturé, jouant du masque de « Commediante ! Tragédiante ! » (dès l’ouverture du film), en pleine transcendance et « transe – en -danse »…
et de sa belle musique à cordes et percussions, faisant le lien entre tristesse et vilenie…
Il est un peu moins soigné pour son rythme, la faute à des moments peu subtils (très « comics » en fait)…
au fait que le film veut explorer trop d’idées d’un coup comme la Misère Sociale, la possession d’armes plus aisée que la Sécurité Médicale américaine, la vaine quête d’Amour au sens large, la Transmission de la Folie, la Dérision supposément trop présente dans le Monde (encore un tacle à l’Humour?)…
ainsi que des fausses pistes narratives très prévisibles, car plus du tout aussi surprenantes depuis… Fight Club.
Le tout garde tout de même une bonne part divertissante, mais le dispositif quasi « à la 1ère personne du Fleck » fait que plusieurs moments du film peuvent exister « pour du beurre » – à moins que tout le film soit « Faux » ?
Ce qui est du temps pris sur le long-métrage et sur l’évolution de l’histoire.
Sauf si, comme dernièrement avec Once Upon a Time in Hollywood… on l’envisage comme une Chronique, un Conte où l’on observe avec plus ou moins de recul une liste de moments dans la vie d’un personnage éminemment pathétique, en attendant l’explosion de violence. C’est d’ailleurs explicite pour Todd Philips qu’il n’y a pas d’intrigue à son film.

Il y a ainsi de quoi être bien trop désarçonné d’y voir une des pires ordures (fictive) jamais créée au monde être en partie « pardonné »… on pourrait même, dire d’être traité comme certains des super vilains de la Concurrence – c’est à dire en n’ayant plus vraiment d’anonymat (narcissisme de notre époque?), et ayant assez de circonstances atténuantes pour en devenir presque un héros « normal ».
Ou bien, penser le film comme le pendant « vilain » du "Batman Begins" de Nolan (comme ça, toute la Trilogie est citée ???? ), expliquant toute l’évolution du personnage en détails, jusqu’à raccorder à ce qu’on connait à la toute fin – c’est d’ailleurs seulement là qu’apparaît le logo DC, à la fin du générique de fin de "Joker".

On peut alors se dire que Non… on ne veut pas nécessairement savoir les détails possibles de la vie d’un personnage dont on sait que son destin est de devenir un Monstre Horrible. Comme on peut se ficher que untel salaud ait peint 2-3 toiles dans sa vie, puisque ce détail sera enseveli sous des tas de morts dont il sera responsable aux yeux de l’Histoire.
La vie ratée d’un quidam vraiment médiocre Versus les actions d’un Génie du Mal Immortel ? Est-ce encore si dur à choisir de nos jours ? Garder l’ambiguïté là dessus peut-il être une excuse pour justifier l’injustifiable ? Le film est-il conscient, trop inconscient, ou les deux à la fois ? C’est le Chat de Schrödinger ou quoi ? ????
Ou bien est-ce un bon moyen de tester sa propre conviction, et sa propre moralité.
Dans ce cas, il s’agit bien d’un film qui ne s’adresse qu’aux esprits les plus mûrs, et les moins enfantins possibles, face à un scénario plus sérieux. Et dans l’ambiance actuelle du Monde, c’est donc un bon Test.

On peut même se « rassurer » en se disant dès le début que… et bien le film s’appelle « Joker »… Donc, il s’agit bien de ce personnage, rien à faire de Arthur Fleck, qu’il soit ou non fiché et identifié… ce type n’existe même pas.
Alors que son avatar, si.
Alors que celui tout maigre avec une grosse tête, des yeux perçants, un grand nez, un grand menton et qui est déjà assez sadique et flippant… Sans mentir, il est bien fondamentalement horrible à voir et à entendre – ce n’est pas un simple délit de sale gueule.
Et tout le film de montrer l’accouchement difficile de la Bête, à base de rires étranglés et de faux espoirs d’une vie meilleure. Que tout ça ne soit pas la simple explication de sa Folie, mais plutôt le fiasco à empêcher cette créature faussement révolutionnaire, et plus ou moins populiste, de faire exploser sa rage égoïste contre autre que lui-même.
Et de perdre, également, brièvement, comme tous vilains qui se respectent.

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« Rejoice! The broken are the more evolved. Rejoice. »

L’un des meilleurs Films de « Origin Story de Super Vilain » (bon, il n’y en a pas tant que ça) avec « Split » de M Night Shyamalan… même si dans ce dernier, on pouvait y accepter plus aisément que le personnage y devenait progressivement une sorte de Mal nécessaire, surprenant et incontournable, car ayant un vrai antagoniste « Positif » en face de lui pour équilibrer…
Et que cela s’y passait de manière quasi subliminale, sans que l’on ne sache si tôt vers quel Genre cinématographique l’histoire se raccordait finalement.
Imaginons si ce film ne s’était pas appelé « Joker », si le Vilain n’avait contaminé Fleck qu’au fur et à mesure, sans qu’on s’y attende une seule seconde… On aurait aussi pu dire que c’est d’abord un film criminel et dramatique très sombre, qui se trouve finalement être aussi un comic-book movie. Ça aurait été sacrément surprenant, renversant, bien moins prévisible. Mais, toujours cette problématique Promo…

Quoique « Joker » peut aussi jouer un chouïa dans la catégorie que Split, si on prend certains détails autour de « Fleck » comme un signe d’un quelconque mystère effrayant… Et si on considère le Thomas Wayne du film comme un simili Batman, dans sa raideur et sa propension à régler les choses de manière trop brutale.
Sans compter le joli « duel » du milieu du film avec un jeune Bruce Wayne… déjà un peu Batman dans sa tristesse morne d’enfant solitaire (mais qui aime glisser le long d’une barre, comme un certain Adam West ).

L’équipe du film se montre assez « funambule » (comme son personnage) sur la symbolique du film, tout en gardant assez de prudence pour ne pas faire criser les actionnaires. Soit l’équipe y répond, soit non comme pour la scène de l’escalier sur fond de Gary Glitter… avec souvent de l’énervement montrant que une grosse part du tournage a surement été décidé sans prendre en compte toutes les implications de chaque scènes, à quoi chacune d’entre elles peut possiblement renvoyer de vraiment dérangeant (une foule en colère, ça peut effectivement être « con »), sans en avoir tout de suite conscience.
Comme si en vérité, « Le » Joker avait pris possession autant du film lui-même que de son acteur principal (encore assez « perché » en interview). Plus fort encore qu’Andy Kauffman (standuper comme « Fleck ») avec Jim Carrey sur le tournage de « Man on the Moon » de Milos Forman, car le Joker est pourtant fictif… ou pas ? Et Kauffman alors ?
Ce film aurait sa propre vie, indépendante ? Le Monstre l’aurait volé à la Warner ? Hallucinant !!

Tout ça pour se demander aussi… en quoi croire aujourd’hui ? En qui ? En quelles histoires ?
Aveuglément ? Ça, surtout pas… Mais peut-on encore le faire en creusant, en questionnant (avant et après vision) une Oeuvre garnie de méandres impressionnants ? Alors que beaucoup seraient tentés de répondre « ne posez pas de questions, achetez, laissez-vous épater, adulez et basta ! » (sinon, vous énervez).
La phrase finale du vilain restant justement: « vous ne saisiriez pas »… Normal, il est méchant.
Saisissons donc ce film là, si on a la bonne maturité pour ça (sinon, ça peut arriver plus tard, chacun son rythme)…
Ça sera une parenthèse exceptionnelle (de « exception », donc « rareté »), égale à certains des derniers grands film de Super Héros plein d’Action Fun et de personnages attachants, dans un Genre qui aura heureusement toujours en vue d’amener de la Lumière au milieu des Ténèbres – laquelle existe un peu dans « Joker »… là, dans ce gamin se tenant droit les poings serrés dans une ruelle.

« …This he said to me: the greatest thing youll ever learn
Is just to love and be loved in return »
????

Cap
23/12/2019 à 18:36

En cogitant sur ce film qui a plusieurs apparences trompeuses , Joker vit dans le mensonge
pour échapper à la réalité il a des problèmes psychiatriques depuis l'enfance et très bien
interprété par Joaquin Phoenix . Au final Joker sombre dans sa folie .

Orion
31/10/2019 à 14:47

J'ai toujours détesté batman , j'ai toujours trouver ce personnage stupide et ridicule , en revanche j'adore le Joker .

flock
30/10/2019 à 15:07

@drocmerej je suis allé lire la critique avoiralire, et je n'ai pas apprécié du tout, completement en désaccord avec eux, à croire qu'ils n'ont rien compris au film...

Ronnie
26/10/2019 à 22:40

WOW ! Completement dingue ce film j'ai adoré ! Un mélange de super héros sans pouvoir comme les films Batman de Nolan avec du vrai cinéma : les plans super bien travaillé, la mis en scène au top (les danses psychotique, ma scène de fin apres l accident ...), la BO qui est ouf aussi et qui fait mouche a chaque fois.
Joaquim Phoenix est ouffisime tout au long du film pour les danses, le rire, la folie et en plus il a un charisme de malade quand on le voit en vrai Joker, j ai été complètement bluffé par sa prestation !

drocmerej
26/10/2019 à 06:48

Assez déçu pour ma part. La morale à deux sous qu'on voit arriver à des kilomètres et qui permet à Hollywood de s'acheter une conscience , l'explication de la folie du Joker manquant vraiment de subtilité, une réalisation tape à l'œil (on pourrait y voir les même défauts que chez Dolan) m'ont fait sortir du film. Je reprends ici quelques éléments lus dans la critique du film sur le site avoiralire, dont je conseille la lecture.

Mr
22/10/2019 à 09:56

On est dans taxi driver .
Ça fait du bien qu'il y ait des films de '' genre '' comme ça.
Très bon film.
J'aurai aimé que ça aille plus loin cependant. Pour relier un peu plus ce psychopathe qui s' assume au personnage machiavélique qu'il devient plus tard.
Des défauts certes mais le film n'en reste pas moins marquant dans la description d'une vie brisée et de la fureur naissante.
J' ai eu peur que ce soit l arnaque de film pseudo auteur qui se regarde le nombril mais ça va . Ça fonctionne.
J achète !

Mils 07000
17/10/2019 à 01:10

J avais pour habitude de m ennuyer après le visionnage de Marvel et DC...mais fort est de constater que ce film est d'une intelligence rare, qui brise la cohérence des scénarios de super-héros, qui prend des libertés sur le temps et qui remet les personnages au centre de leurs histoires, non le contraire. Le brûlot est constant, le personnage ce consume dans la folie d un bûcher géant appelé Gotham city ..la critique du système de santé américain, de la vente libre d arme, de l omniprésence des médias rendent le Joker acteur cruel malgré lui...la société américaine dans l'interprétation cinématographique de ce comics semble plus malade que le personnage lui même...un très beau film visuellement et des acteurs planifiés dans un environnement noir... splendide

EddieFelson
15/10/2019 à 06:59

Hier soir, j’ai vu un chef d’oeuvre, ce genre de film, rare, une poignée par décennie, qui te rappelle que le cinéma est un art et que les comédiens peuvent parfois t’impressionner au point que tu sais, au bout de quelques minutes de métrage, que toujours, tu te souviendras de cette oeuvre, de cette prestation, de cette soirée et de celui qui était assis à côté de toi!Un classic instantané, et, plus que cela, un film culte qui rentrera dans la culture populaire tellement il épouse les coins & recoins les plus sombres de notre époque, anxiogène et désespérée.

captp
14/10/2019 à 08:58

un film auquel on continu de penser 3 jours après l'avoir vu est une réussite.
Ce que j’apprécie c'est qu'il satisfait dans l'ensemble ,les amateurs des comics (donc de batman) ainsi que les autre qui n'ont pour certain jamais été voir d'adaptation de comics.
plus qu'un simple hommage grossier au nouvel Hollywood des années 70 ,Todd Phillips à réussi à faire un des ces films, qui ironiquement à l'époque avait changé tout le cinéma face aux super-production hollywoodienne au budget pharamineux.
une plongée dans la folie d'un homme à l'étroit partout et en décalage (comme son rire) dans un gotam crade étouffant et sinistre scindé entre les puissants et les autres.
Un Joaquim Phoenix magistral qui à du mettre Jared Leto en dépression .
Tout n'est pas parfait bien sur (scénario super prévisible,plans magnifiques trop vite cutés,pas si subversif que ça) mais joker est assurément un film puissant a la photographie sublime qui prouve qu'une histoire où l'émotion et le personnage sont mis au 1er plan vaut tout les blockbusters au service unique des cgi du monde.
Peut on rêver que ce succès apporte un meilleur équilibre dans l'industrie à l'avenir ? j'y crois :)

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