10 remakes meilleurs que l'original

La Rédaction | 21 octobre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58
La Rédaction | 21 octobre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Un remake meilleur que l'original, ça existe, la preuve avec 10 films forts, passionnants, marquants, et parfois oubliés.

Chaque annonce de remake est largement accueillie avec la même crainte voire colère, par de nombreux cinéphiles. Normal : c'est bien souvent le pur et bête business qui dicte ces projets, conçus sur la force des films cultes et la nostalgie du public.

Mais il y a toujours des raisons d'y croire. Beaucoup de remakes ont été au moins aussi réussis, intéressants, marquants, ou tout simplement meilleurs que les originaux. Les débats autour de films comme Le Salaire de la peur-Le Convoi de la peur, True Grit ou La Guerre des mondes en attestent.

La rédaction a donc pioché 10 exemples glorieux, avec une nuance néanmoins : un remake peut parfois être aussi une nouvelle adaptation, ce qui ouvre un autre débat, mais puisque l'idée d'un remake est bien de "refaire", la sélection prend en compte cette donnée.

 

photo, Jesse EisenbergIl ne peut en rester qu'un (image de The Double)

 

TRUE LIES (1994)

Le chainon manquant entre Thierry Lhermitte et Arnold Schwarzenegger. Le Bronzé était le héros de La Totale, une comédie de Claude Zidi sortie en 1991, et le Terminator a pris la relève dans le remake True Lies de James Cameron, trois ans après. L'affaire est encore plus drôle puisque des années après, le scénariste Lucien Lambert a attaqué en justice Claude Zidi et donc James Cameron, défendant que tout ça était un plagiat d'Emilie, un projet à lui datant des années 80. Il gagnera en appel en 2004, et la note a été salée pour Zidi, qui a dû payer des dommages et intérêts au scénariste, mais également rembourser ceux payés par Cameron, puisqu'il avait de son côté acheté les droits de remake en bonne et due forme.

Mais revenons aux films. A priori, comparer une comédie française avec Eddy Mitchell en espion et Michel Boujenah en gros tombeur, et un blockbuster hollywoodien à 100 millions peut sembler absurde. Mais c'est bel et bien le même film, Cameron ayant repris des scènes entières avec parfois très peu de changements.

Choisir Schwarzenegger pour incarner un agent secret se faisant passer pour un mec normal (rires) annonce d'emblée la couleur du remake, qui pousse tous les curseurs au maximum. Chez Cameron, ça explose partout, ça tire beaucoup, ça court énormément, et le quota d'action est sensationnel, avec une grosse dose de cascades et pyrotechnie. Il a viré la belle-mère, transformé le fils rappeur en fille rebelle, et ouvert les perspectives avec une aventure internationale, avec plus de terroristes et une grande méchante. Il y a aussi moins de gros mots, pas de pute aux seins nus, et Charlton Heston avec un cache-oeil de pirate à la place de François Hadji-Lazaro.

 

photoLe total des emmerdes

 

La Totale ! porte moins bien son nom que True Lies, qui exploite cette très amusante idée de départ avec une générosité explosive, et un art du n'importe quoi et de la démesure assumé jusqu'au bout. En mettant l'accent sur le mariage, et en restant plus ancré dans la comédie (côté Zidi, pas mal de scènes sont très premier degré), James Cameron donne plus de substance au personnage de l'épouse, et donc plus de cœur, de légèreté et de tendresse à l'aventure. C'est une équation parfaite dans le genre, d'autant plus géniale que Jamie Lee Curtis est renversante. La voir arracher sa robe à froufrou, se coiffer avec l'eau d'un vase, se lancer dans une danse digne de 9 Semaines 1/2 et garder la tête haute malgré une chute, reste magique. Version Miou-Miou, c'est nettement plus sage, voire légèrement glauque.

Le réalisateur américain dynamite la formule avec un sens du rythme affolant, un appétit de comédie qu'il n'a plus jamais exploré, et tout ça sans jamais perdre de vue le spectacle. C'est donc un modèle du genre, des montagnes russes fantastiques, et Mr. & Mrs. Smith peuvent lui dire merci.

 

photo True LiesJamie Lee Curtis, l'arme de destruction massive du film

 

DREDD (2012)

Les comics Judge Dredd de Carlos Ezquerra et John Wagner, lancés en 1977, ont donné deux films, connus pour de tristes quoique différentes raisons. Sorti en 1995, Judge Dredd, avec Sylvester Stallone, a été un petit échec en salles, et reste considéré par beaucoup comme l'un des pires films du genre. Normal : le projet a été légèrement chaotique du début à la fin, avec plusieurs changements en cours de route (Schwarzy et Tony Scott sont partis quand le scénario original a été quasiment jeté), et un tournage très compliqué.

Stallone parlera du comportement ingérable du réalisateur Danny Cannon, quand celui-ci dira que la star a constamment fait barrage pour changer sa vision bien plus violente, si bien qu'il renie gentiment le film sorti. Sans parler du choix de montrer le visage de Dredd, incarné par une star, et peu importe si dans les comics il ne retire jamais son casque. Dans tous les cas, Judge Dredd n'a pas vraiment brillé à l'écran, et n'a pas rendu justice aux comics.

L'idée de ramener Dredd des années après, de manière plus noble, était donc alléchante. Ce sera le sobrement intitulé Dredd en 2012, avec Karl Urban et un budget plus modeste pour garantir une certaine liberté. Mais rebelote : le tournage est un enfer, le réalisateur Pete Travis est éjecté par les producteurs, qui demandent au scénariste Alex Garland de reprendre tout en main. Les deux artistes font bonne figure en public, et parlent d'une collaboration spéciale mais solide, le futur réalisateur d'Ex Machina refusant de demander un crédit de co-réalisateur. Karl Urban, lui, affirmera par la suite que Dredd est un film d'Alex Garland, point.

Mais l'histoire ne s'arrête pas là puisque Dredd aura droit à une carrière de seconde zone, avec une sortie très discrète aux États-Unis, avant d'être simplement relégué à une carrière vidéo dans d'autres pays, comme la France. Là encore, Karl Urban déplore la gestion du film, et pense que la sortie a été bâclée.

 

photoJudge Sylvestre

 

Et derrière les coulisses de cette nouvelle version, qu'y a-t-il ? Un excellent film qui mérite l'attention. Dredd embrasse toute la dimension comics du personnage et son décor dystopique pour orchestrer un film d'action nerveux, violent, sec et simple, qui prend un axe à la The Raid en resserrant l'intrigue dans un immeuble truffé d'ennemis et pièges. Dredd et une jeune recrue (l'excellente Olivia Thirlby) se retrouvent piégés dans un immeuble contrôlé par Ma-Ma (la parfaite Lena Headey), criminelle de haut niveau qui dirige le chaos depuis son QG au dernier étage. Leur mission : gravir les étages du building infernal et abattre leur ennemi. C'est une équation de jeu vidéo, et c'est absolument idéal pour ce personnage destructeur.

Karl Urban assure le service avec la mâchoire tendue et les lèvres boudeuses, les balles fusent et les corps trépassent, et le décor est astucieusement utilisé pour renouveler l'action au fil de l'aventure. Au final, il y a 90 petites minutes ultra-efficaces et graphiques. Avec en plus le très amusant coup de la drogue Slo-Mo, qui distord le temps pour le consommateur et offre des scènes en ultra-ralenti visuellement sensationnelles, Dredd est un pur plaisir, et certainement l'un des films qui adaptent avec le plus d'intelligence l'empreinte d'un comics.

 

PhotoUn Judge bien Urban

 

VICTOR VICTORIA (1982)

Avant le film de Blake Edwards avec Julie Andrews, il y a eu beaucoup de Victor et Victoria dans le monde : d'abord la version allemande Viktor und Viktoria, de Reinhold Schünzel sortie en 1933 ; dans la foulée, le film français George and Georgette de Roger Le Bon et toujours Schünzel ; une première version anglaise avec First a Girl de Victor Saville en 1935 ; puis une autre version germanique en 1957, réalisée par Karl Anton ; et une transposition argentine, Mi Novia El..., d'Enrique Cahen Salaberry, en 1975.

Le sujet d'une artiste sans le sou, qui se travestit et devient une superstar, a donc nourri beaucoup d'imaginaires. "Une femme, se faisant passer pour un homme, se faisant passer pour une femme...". L'intrigue est irrésistible, permet de nombreux effets comiques, et c'est un boulevard pour le cinéaste. En 1982, Blake Edwards a derrière lui beaucoup de succès, de Diamants sur canapé à la série de La Panthère Rose. La fin de la saga avec Peter Sellers et le sixième épisode La Malédiction de la panthère rose (l'acteur est mort avant un septième film, et Edwards ne devait pas le réaliser) a marqué un tournant dans sa carrière, symbolisé par la satire hollywoodienne S.O.B., cinglant échec en salles.

 

photo, Julie AndrewsJazz very Hot

 

Juste après le succès de la comédie Elle, et toujours avec son actrice et épouse Julie Andrews (Peter Sellers devait être en être, mais il est mort avant et Robert Preston a été casté), Blake Edwards s'empare donc de ce sujet pour en tirer une comédie pleine de musique et d'esprit. Comme S.O.B., qui a choqué les prudes en montrant la poitrine de la douce actrice de Mary Poppins, Victor Victoria créé des débats avec ses personnages travestis, son homosexualité, la légèreté dénuée de jugement et le vent de liberté qui porte les personnages. Des années avant Dans la peau d'une blonde, à une époque où c'était moins ordinaire, le cinéaste s'amuse avec les stéréotypes sur les genres.

C'est l'un des meilleurs rôles de Julie Andrews. Robert Preston est excellent. Lesley Ann Warren n'a pas volé son Oscar du meilleur second rôle en poupée Barbie des enfers. Les numéros musicaux sont mémorables, avec des mélodies inoubliables (Le Jazz Hot, The Shady Dame from Seville) et des numéros visuellement très réussis (celui qui joue sur les doubles faces homme-femme). Et le film regorge de scènes délicieusement amusantes, comme ce petit bordel dans l'hôtel où tout le monde essaie de se cacher.

Victor Victoria apparaît alors comme un beau et unique mélange, entre la modernité du regard sur la sexualité et les genres (préparez-vous à un remake un de ces jours, Ryan Murphy ne devrait pas tarder à y penser), et le plaisir d'une autre époque où les comédies musicales étaient filmées avec noblesse, laissant voir entièrement le talent des acteurs et danseurs sans l'enfumage des numéros ultra-découpés. Un pur délice, à (re)découvrir.

 

photo, Julie AndrewsBoys Don't Cry

 

L'HOMME QUI EN SAVAIT TROP (1956)

En 1934, Alfred Hitchcock a déjà réalisé une dizaine de films muets, mais commence tout juste à se lancer dans le cinéma parlant. Après une bonne expérience avec l'écrivain et scénariste Charles Bennett sur son premier film parlant, ChantageAlfred Hitchcock lui propose de refaire équipe pour un nouveau film : L'Homme qui en savait tropnotamment porté par Peter Lorre, rôle-titre dans M le Maudit.

Le film reçoit un bon accueil et devient alors le premier gros succès du réalisateur avec un film parlant. Cela le mènera à quelques-uns de ses premiers chefs d'oeuvres avec Rebecca en 1940 (son unique film à avoir reçu l'oscar du meilleur film), La Maison du Docteur Edwardes et Les Enchaînés en 1945, La Corde en 1948, L'Inconnu du Nord-Express en 1951, Le Crime était presque parfait et Fenêtre sur cour en 1954 et enfin La Main au collet en 1955. Pour autant, en 1955, Hitchcock sort également Mais qui a tué Harry ? qui est un beau succès en Europe, mais reçoit un accueil timide outre-Atlantique.

Décidé à reconquérir rapidement le public américain loin de l'humour british de son dernier film, il décide alors de faire un remake de L'homme qui en savait trop avec l'aide du scénariste John Michael Hayes (un de ses fidèles collaborateurs depuis Fenêtre sur cour). C'est la première et dernière fois que le cinéaste s'auto-remakera. Alfred Hitchcock demande alors à Hayes de ne pas regarder le film original et d'écrire cette nouvelle version uniquement sur la trame qu'il lui a confiée.

 

Photo Doris Day, James StewartUne famille ordinaire qui va vivre un enfer

 

L'idée principale est simple : une famille américaine en vacances à Marrakech se voit soudainement au coeur d'une menace terroriste, d'un complot contre un homme d'État et doivent faire face à l'enlèvement de leur enfant. L'objectif l'est tout autant : transmettre l'angoisse de ces personnages ordinaires plongés dans une histoire d'espionnage extraordinaire aux spectateurs.

Pendant plusieurs mois, Hayes travaille donc tout seul sur le scénario et change donc de nombreux aspects du film de 1934 notamment la fin. En revanche, il conserve l'importance de la musique notamment lors du climax final de 12 minutes uniquement construit autour d'un concert et la tension crescendo à l'approche du coup de cymbale de la partition qui doit sonner l'exécution de l'assassinat. Avec le compositeur Bernard Herrmann et la chanteuse Doris Day en actrice principale, Hitchcock met la musique et la chanson (ici le mythique Que sera, sera qui recevra d'ailleurs l'Oscar de la meilleure chanson originale) au service de la narration et les utilise pour accentuer les émotions. 

Hitchcock ayant acquis en plus une expérience démesurée, maitrise parfaitement sa mise en scène et comptant aussi James Stewart au casting, L'Homme qui en savait trop version 1956 devient une oeuvre beaucoup plus aboutie que le film originel et un succès instantané. C'est finalement l'émotion des personnages qui sert la tension, le suspense, et donne une vraie chaleur, passion, à ce film d'espionnage pourtant très simple.

Non sans humour, Alfred Hitchcock le dira d'ailleurs lui-même à François Truffaut lors de leur conversation en 1964 retranscrite dans le livre Hitchcock/Truffaut : "La première version de L'Homme qui en savait trop a été faite par un amateur de talent, tandis que la seconde l'a été par un professionnel."

 

Photo Doris DayDoris Day, âme du film, tout comme la musique

 

LE BLOB (1988)

Chuck Russell n’est pas un des artisans les plus connus du cinéma Hollywoodien, et pourtant, c’est un de ses créateurs les plus attachants. Amateur de bizarreries, de cinéma bis et excellent praticien des effets spéciaux, il s’est efforcé tout le long de sa carrière de marier ces ingrédients pour offrir au public de salissantes séries B.  

Avec un CV accueillant des perles telles que Freddy 3, les griffes du cauchemar ou encore The Mask, l’artiste aurait dû logiquement se tailler une belle place dans la mémoire collective. Mais les échecs successifs de L'Effaceur puis du Roi Scorpion l’ont consacré dans le cœur de pas mal de cinéphiles comme un vilain tâcheron. Et quand on regarde son Blob, on mesure encore un peu plus combien Chuck Russell manque au cinéma contemporain. 

 

photoune affiche à l'ancienne, comme on les aime

 

Reprenant quasiment tel quel le point de départ de Danger planétaire (sorti en 1958), sa version de 1988 substitue à la parano binaire de la Guerre Froide un mauvais esprit glouton presque sans équivalent à l’heure actuelle, et déjà sacrément allumé pour son époque, pourtant pas avare en outrances. Un peu comme le fit Joe Dante avec ses Gremlins quelques années plus tôt, Russell décape ici le rêve américain, ses clichés, pour le plaisir simple et jubilatoire d’en voir tous les tenants et aboutissants s’écrouler. 

Ou plutôt s’auto-ingérer, car sous ses airs de comédie gorasse et potache, ce Blob est aussi le récit d’une petite ville US menacée d’anéantissement par un appétit délirant, comme si l’inconscient de l’époque surgissait soudain, pour dévorer tous ceux qui l’ont vénéré. Multipliant les money shots techniquement audacieux, à l’occasion de mises à mort aussi drôles que gerbotroniques, le cinéaste dévoile un savoir-faire impressionnant. 

 

photo"Inspirez..."

 

On peut s’étonner d’ailleurs du peu de reconnaissance du long-métrage sous nos latitudes, pourtant friandes de cauchemars déviants issus des années 80, de nombreux cinéphiles étant prompts à assurer la transmission de ces petits classiques du genre. Mais qui sait, en ces temps de pandémie, exorciser l'angoisse à coups d'entité extra-terrestres fluo portée sur la dévoration abominable pourrait faire du bien à pas mal de spectateurs.

On ne peut pas en dire autant de Danger Planétaire, qui vaut plus aujourd’hui pour les collectionneurs de Steve McQueen, ou comme curiosité historique. On pourra trouver un charme désuet à ce récit d’invasion gluante, mais il ne peut faire le poids face à la furie B déployée par son remake.  

 

photo"Expirez !"

 

LA NUIT DES MORTS-VIVANTS (1990)

En 1968, La Nuit des morts vivants bouleverse l’histoire du cinéma et réinvente le cinéma d’horreur, en lui offrant un nouveau monstre, qui deviendra bientôt un genre à lui seul. Succès fulgurant et phénomène culturel... mais aussi bon gros trauma des familles. Trauma pour George A. Romero qui va se voir enfermé dans le cinéma de genre (malgré de régulières tentatives de s’en extraire), et qui ne touchera pas un rond. En effet, la Continental Pictures a fait n’importe quoi avec le copyright, le film se retrouve instantanément dans le domaine public (ce qui ne manquera pas d’intéresser la mafia) et dupliqué à l’infini. 

Une situation qui pèsera sur le cinéaste et pèse encore sur l’exploitation de La Nuit des Morts Vivants, connu pour ses nombreuses éditions DVD opportunistes, terminées à la zob et proposant au public un contenu éditorial indigne. Les années passent et un constat s’impose à Romero : pour toucher un peu d’oseille, il faut refaire le film. Mais le metteur en scène n’a aucune envie de filmer une seconde fois une histoire qui lui a déjà pas mal coûté. Il confie donc le projet à Tom Savini, le maquilleur de génie et artiste qu’il a révélé à l’occasion de Zombie. 

 

photoQui a dit que les free parties étaient incompatibles avec la distanciation sociale ?

 

À l’époque, les remakes n’ont pas pignon sur rue (bien au contraire) et l’entreprise semble industriellement absurde. Il n’empêche, Savini, personnage parmi les plus hauts en couleur de l’industrie horrifique, s’attèle à la tâche avec une passion et une sobriété totalement inattendue, sans jamais oublier son héritage de maquilleur de génie. D’un strict point de vue technique, une grande partie des zombies de son remake tiennent la dragée haute à ceux de Greg Nicotero de Walking Dead. 

Pourquoi ? Parce qu’ils s’inscrivent dans un projet artistique bien particulier. Simetierre est sorti un an plus tôt et on retrouve ici les mêmes teintes putrides, les tons jaunes, la photographie profonde, automnale, qui semble annoncer partout l’avènement de la mort. Mais le long-métrage de Tom Savini est infiniment plus maîtrisé, puissant et terrifiant que celui de Mary Lambert, pourtant resté dans les mémoires. Sans jamais sombrer dans le ridicule, le réalisateur met en place des séquences à rallonge, aux twists passablement retors (l’arrivée dans la maison et son lâcher de zomblard) dont l’impact s’avère surpuissant. 

 

photoDes zombies très colère

 

Savini ne se contente pas de reproduire le classique révolutionnaire de Romero, il adopte sa structure et ses éléments marquants, pour toujours les relire, les conjuguer à sa manière, les approfondissant, mais ne cherchant jamais à les moderniser. Il est aidé en cela par un incroyable casting, porté par les magnétiques Patricia Tallman et Tony Todd (le colosse de Candyman trouvant ici un rôle à sa mesure). Cette addition de talents transforme ce remake aux origines totalement opportunistes en une expérience fascinante, radicale, et tout à fait intemporelle (le récit semble se dérouler dans un cauchemar suspendu qui aurait pu advenir n’importe quand entre 1968 et aujourd’hui). Toutes les réussites de l'oeuvre originale sont respectées et magnifiées, tandis que le récit prend mille chemins de traverse pour renouveler ce qui s'y prête.

Côté découpage et montage, Savini impressionne par la rigueur et la puissance évocatrice de son travail, qui rend autant hommage à ses effets spéciaux cradingues qu'à son duo de comédiens incandescents. Jusque dans les stéréotypes qu'il convoque, comme la montée en puissance d'une femme forte, le film tient un grand écart improbable entre iconisation et incarnation. Aucune scène n'est à jeter, pas même cette ouverture qui parodie quasiment celle du film original, pour dévoiler progressivement la nature ravageuse du programme revu et corrigé par Savini.

La Nuit des Morts-vivants de 1990 supplantera-t-il son modèle dans la mémoire collective ? Sans doute pas, tant la version de 1968 a bouleversé le 7e Art et la culture populaire. Est-il meilleur ? Oui. 

 

photo, Patricia Tallman, Tony ToddUn duo qui va prendre chair

 

 

SCARFACE (1984)

Difficile de rendre compte en quelques mots l’influence délirante de Scarface sur la culture populaire. Devenu depuis sa sortie l’emblème de la figure du gangster mais aussi d’un certain capitalisme américain, et de sa réception par ceux qui le fantasment, le long-métrage de Brian De Palma est l’objet d’un culte fervent, dont il est devenu impossible de dénombrer les reprises, hommages ou conséquences. 

Du hip-hop, en passant par le jeu vidéo, quasiment tous les arts se sont emparés de ce sommet des années 80, l’érigeant autant en modèle qu’en source d’inspiration. Une situation d’autant plus ironique que l’œuvre se joue de ses personnages et feint toujours de les glorifier, pour mieux décortiquer un rêve américain décrit comme pervers, destructeur 

 

Photo Al PacinoUne des scènes les plus connues de l'histoire du cinéma

 

Mais qu’importe, la puissance picturale du film est telle qu’elle emporte tout sur son passage, et imprime instantanément la rétine de ses spectateurs. Rompant avec le récit criminel classique hérité des années 30 ou le spleen du Nouvel Hollywood, le film institue un rapport renouvelé à la violencequ’il dénonce tout en capturant son électrique énergie. Classique instantané, on pourrait le considérer comme radicalement opposé au film dont il est le remake. Mais l’impact des deux métrages ainsi que leurs conséquences directes sur leur art et sur le public témoignent de leurs nombreuses connexions, comme du talent de leur créateur. 

En 1932, le génial Howard Hawks a l’ambition de créer un film de gangster plus fort, opératique et marquant que tous ceux qui l’ont précédé, en s’appuyant sur les derniers progrès techniques, mais aussi en s’inspirant ouvertement de la vie d’Al Capone, dont la légende est en train de se bâtir. Ce n’est évidemment pas un hasard si le surnom du criminel est choisi pour titre, permettant instantanément au public d’en identifier le véritable sujet. Scarface, comme son futur remake va être maltraité, d’abord par la censure, puis par la presse, scandalisée par l’amoralité et la violence du récit. 

 

photo, Paul MuniPaul Muni est Scarface, un criminel ambitieux et inquiétant

 

Si Hawkes parviendra à faire sortir le film dans une version que désapprouvent le sénateur Hays et son célèbre Hays Office, il devra amoindrir considérablement le sujet de l’inceste, ajouter des séquences, retoucher son épilogue et faire précéder le récit d’un carton explicatif, prétextant une volonté du réalisateur d’édifier les masses contre la perversité des gangsters. 

Le public ne s’y trompera pas, et comme le film de Brian de Palma après lui, il deviendra un totem sulfureux, d’autant plus qu’il contribue instantanément à nourrir le mythe Al Capone. Il va également pérenniser l’image du criminel au cinéma, de ses tenues, son armement, et son attitude, iconisé grâce à une série de scènes qui sidère le public de l’époque notamment le plan-séquence d’ouverture, parmi les plus aboutis de son temps. 

Le remake de Brian De Palma est-il meilleur que son modèle ? Il est difficile de l’affirmer, mais les deux œuvres font à minima jeu égal, et la facilité avec laquelle la dernière version en date (en attendant son remake que prépare Luca Guadagnino), a balayé le souvenir du film de Hawks joue en la faveur du Scarface cubain des années 80. 

 

Photo Al PacinoUn peu d'énergie avant le remake ?

 

THE THING (1982)

À l'origine du chef-d'oeuvre de John Carpenter, il y a un très court roman de John W. Campbell, La Bête d'un autre monde. Le titre original en dit beaucoup plus sur la paranoïa sur laquelle il repose : Who Goes there ? Cette histoire de monstre extra-terrestre capable de changer d'apparence avait déjà été adaptée au cinéma par nul autre qu'Howard Hawks et Christian Nyby, dans une version très littérale du texte appuyant sans ambiguïté une métaphore de la guerre froide, conflit paranoïaque par excellence.

Dans ce premier film, c'est par l'oral et un jeu de faux-semblants remarquable que l'angoisse s'installe. Débarrassé de cette noblesse narrative et disposant de moyens techniques plus intéressants, Carpenter ne tranche pas et propose à la fois une démonstration de suspens sans faute et la construction d'un univers horrifique cauchemardesque. Sur ce point, le long-métrage profite des talents d'un des plus grands artistes du Hollywood des années 1980: Rob Bottin, qui est chargé de donner vie à un monstre sans réel corps.

 

La chose d'un autre mondeLa chose d'un autre monde est bien de ce monde

 

C'est dans la caractérisation épique d'un surnaturel non identifié, en perpétuelle mutation que le film se démarque, parvenant à figurer visuellement et avec un sens de l'épouvante à toute épreuve  la difformité des relations humaines, dans un huis clos crépusculaire. Enrobé dans la terrifiante BO d'Ennio Morricone, il ne trahit donc jamais ni la nouvelle ni l'original (bien moins fidèle) tout en déballant son jeu de dupes transi d'une façon unique.

Le réalisateur d'Halloween n'est pas du genre à complètement transformer les histoires qu'il adapte ou remake, la preuve en est de son trop sage Le Village des damnés. Et sur The Thing, les modifications sont moins narratives que sensorielles, puisqu'il est aidé par des effets spéciaux impressionnants et la lumière de Dean Cundey, qui rendent le récit autrement plus viscéral et esthétique. Enfin, le charisme de Kurt Russell enfonce le clou. L'acteur fétiche de Carpenter démontre encore une fois sa capacité à s'imposer à tous les niveaux et à cristalliser le désespoir induit par les enjeux.

En définitive, The Thing est un remake parfait parce qu'il est le résultat d'une alliance de tous les talents à tous les postes clés. C'est tout ce dont avait besoin l'histoire de l'alien métamorphe, qui se conclut ici dans un duel sans action d'une noirceur traumatisante. La fausse suite et vrai re-remake sortie en 2011, reprenant sans vergogne et sans fulgurances le scénario de Bill Lancaster échouera à reconstituer ce tour de magie. Ça ne peut pas marcher à tous les coups.

 

John CarpenterUne des plus belles bestioles de l'histoire du cinéma fantastique, tout simplement

 

LA COLLINE A DES YEUX (2006)

On aime tellement le remake orchestré par Alexandre Aja qu'on lui a consacré un dossier complet et une vidéo, détaillant tout ce qui nous plait dans la relecture bourrin du frenchie.

Non pas que le classique de Wes Craven ne soit pas méritant, au contraire. Directement issu des lubies de son époque (Massacre à la tronçonneuse, une influence évidente, le précède de quelques années), il montre à quel point celui qui avait explosé avec La Dernière maison sur la gauche était capable de s'accaparer des budgets microscopiques pour en faire des modèles de tension grâce à un scénario structurellement irréprochable.

La première partie de La Colline a des yeux reste un exemple à suivre, tant elle parvient à teindre de terreur cette rencontre sanglante entre deux familles avec l'Amérique dans le sang. D'ailleurs, le film de 2006 ne se risque pas à trahir ces 45 premières minutes et surtout le choc qui sépare le film en deux, trauma se répercutant à tous les niveaux de l'intrigue. Reste que la suite, un survival un peu brouillon dans le désert, laisse totalement s'échapper le suspens accumulé, faute de moyens permettant de se consacrer aux excès graphiques que Craven poursuit sans jamais atteindre.

 

photo, Michael BerrymanUn film Pluto sympa

 

C'est la raison pour laquelle le cinéaste est allé chercher lui-même Aja, tout juste sorti de l'excellent Haute Tension. Plus friqué, ce remake devait faire péter tout le potentiel de cette histoire de cannibales familiaux, et c'est exactement ce qu'il fait dans la nouvelle deuxième partie, mettant à profit un élément sensible en 1972, mais efficace dans les années 2000 : le nucléaire. C'est surtout l'occasion pour le futur réalisateur de Crawl de signer une véritable lettre d'amour au cinéma d'horreur crado, dégoulinant de prothèses suintantes, de maquillages glauques et de gerbes de sang pleines de grumeaux.

Il n'oublie pas non plus de lever quelques doigts d'honneur à l'oncle Sam en situant tout son climax dans le symbole du vernis américain hypocrite. L'esclave des télécoms incapable de se défendre face au vieux républicain réac qu'est son beau-père se met à trucider du redneck consanguin entre deux pommes en plastique, au beau milieu d'un reste d'expérience nucléaire qui a mal tourné. Cauchemar pour les uns, doux rêve pour les autres, l'expérience aura prouvé que le cinéma d'horreur mainstream pouvait ne pas plier face à la modernité.

Si on était encore plus enclins à la polémique (oui, c'est possible), on aurait aussi inclus dans ce dossier son Piranha 3D, parodie rigolarde et complètement délurée du faux Dents de la mer de Joe Dante. Aja n'a pas pour ambition de reproduire des formules qui marchent : il se contente de les rendre plus fun et surtout plus efficaces.

 

photoUn film Pluto génial

 

LA MOUCHE (1987)

L'arrivée de David Cronenberg sur La Mouche se fait déjà au prix d'une réappropriation. Au moment où le cinéaste remercié de la production de Total Recall débarque sur le projet, il impose de remodifier le scénario ayant déjà bien évolué, à sa sauce. Son film, auparavant entre les mains de Tim Burton, est donc bien plus motivé par les thèmes de la nouvelle de George Langelaan que par son lien avec le classique de série B qu'est La Mouche noire, avec un Vincent Price au top de sa forme.

Fidèle à lui-même, Cronenberg s'est totalement approprié l'histoire et le premier traitement écrit par Pogue. Si dès le début de la production, la fin du film original est occultée (spoiler : dans l'original, la machine a fait deux êtres, un homme qui s'est transformé en mouche et une mouche qui s'est transformée en humain), cette nouvelle version ne se concentre que sur ce qui fascine et obsède le réalisateur de Chromosome 3 à l'époque : la mutation du corps, en lien avec des pulsions sexuelles et morbides bien sûr.

 

Photo La mouche noireLe gore ? Très peu pour moi

 

Il évacue donc la satire économique rentre-dedans du premier script et se consacre entièrement à la transformation lente et graphique de Brundle(mouche), campé par le grand Jeff Goldblum et maquillé par Chris Wallace, sélectionné alors qu'il sortait de Gremlins. Avec Dead Zone, La Mouche est probablement la plus hollywoodienne des oeuvres du cinéaste, et pourtant aussi une de ses réalisations les plus glauques. Difficile de croire qu'un grand studio ait validé un script passant autant de temps à détailler les atrocités de la mutation.

Dans l'original, le personnage du scientifique ne monopolise pas le point de vue, et sa transformation se fait de façon très abrupte, histoire de tout miser sur la surprise et la frayeur de Patricia Owens. Chez Cronenberg, Brundle est à la fois le héros et la victime du récit, condamné à une lente métamorphose qui fait surgir malgré lui des instincts meurtriers. Et si la perspective se décale progressivement sur sa compagne incarnée par Geena Davis, il reste le véritable objet de fascination, presque un martyr de la fatalité et de sa propre nouvelle nature.

Servi par des effets spéciaux aussi hideux que réussis et une bande originale majestueuse signée Howard Shore, la fusion explose les faibles limites gentiment posées par le profond mais innocent film de Kurt Neumann jusqu'à un final tragi-horrifique anticipant presque la radicalité de Crash. Il y a les cinéastes qui empruntent un peu au matériau original, ceux qui le reproduisent à leur sauce, et il y a ceux qui l'ignorent complètement pour totalement s'approprier l'oeuvre et y infuser leurs obsessions. Cronenberg est de ceux-là.

 

Photo  Jeff GoldblumJeff Goldblum, plus mouche que moche

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commentaires
Seth
25/10/2020 à 14:52

Juste une remarque sur the thing.
Je ne vois pas pourquoi il a sa place dans cet article. Le film de 2011 n'est ni une "fausse suite" ni un remake. C'est un prequel dont la fin est la scène d'introduction du film de 88. Je ne sais pas qui a fait cet article mais il faut qu'il se renseigne avant de dire des âneries pareilles

Serievore
23/10/2020 à 22:58

Merci pour votre article.
Grace a vous je voens de voir Dreed, et ca a ete une tres bonne surprise.
Bien loin du film kitch comme pas possible avec stallone. Et pour une fois un remake utile effectiment, car bien meilleur que le 1er du nom
Un bon film sans pretention, qui fait du simple, mais qui le fait bien.
Karl Urban incarne bien le perso dur et froid.
Il reussi a donner vie a son personnage en parlant tres peu. Ce qui est tout sauf evident.
Merci pour la decouverte, j etais passe a cote de ce film.

dadadou
23/10/2020 à 16:39

Bonjour,

pour ma part, j'ai adoré la reprise en série de Westworld. désolé un peu en dehors du sujet.

Pat Rick
23/10/2020 à 12:04

"Le Salaire de la peur-Le Convoi de la peur"

Le film de Friedkin 1000 fois mieux que l'original, un des films les puissants que j'ai vu de ma vie.

Hailde
22/10/2020 à 14:26

@Ecranlarge

C'est sur que du côté de The Boys, Antony Starr mange à peu près tout l'écran dès qu'il apparait.

Merci pour la réponse et j'imagine bien qu'à l'heure actuelle, si un projet ne coche pas la case " on va tout déchirer et rapporter un max", la mise en production semble difficile. J'ai bon espoir tout de même qu'un jour, cette série prenne vie. Le film m'a beaucoup marqué de part sa simplicité, son efficacité et sa profondeur ( oui oui ) dans le sens ou chaque choix est justifié par ses actes et ses émotions (ou non donc avec Dredd ^^) ce qui en donne un film prenant et équilibré. Bref de ceux qui croisent les doigts patiemment. On peut finalement légitimement penser qu'Urban doit faire des pieds et des mains de son côté pour faire vivre ce projet.

Simon Riaux - Rédaction
22/10/2020 à 11:34

@Hailde

C'est très difficile à dire, dans un sens comme dans l'autre.

S'il est très juste de noter qu'à Hollywood, le succès attire le succès, ce serait néanmoins un calcul stratégique risqué, voire hasardeux. Tout d'abord, la réussite de The Boys ne repose pas spécifiquement sur Urban, et quoi qu'on pense de sa performance, il n'est pas le personnage ou le comédien qui attire le plus la lumière au sein du casting.

Par conséquent, faire reposer un film (où son visage n'apparaîtrait pas) sur sa seule personne pourrait décourager des investisseurs. Ensuite, même si Dredd est apprécié de ses spectateurs, on peut difficilement qualifier le film de grand succès, sa production a été un peu compliquée... et je (je parle de mémoire) mais je ne crois pas que la première version avec Stallone ait donné des envies débordantes de licence à Hollywood. Ce fait donc deux prods d'affilée, à des années d'écart, qui ne cochent pas la case UBER SUCCES DES ENFERS. Pas sûr du coup que ça motive un studio pour reproduire l'expérience dans l'immédiat.

Mais comme dit en préambule, je fais de la pure conjecture, très subjective.

Hailde
22/10/2020 à 11:29

@écranlarge Est ce que l'on pourrait imaginer que le succès de The Boys pourrait permettre à Urban de porter de nouveau le costume de Dredd? Ce serait logique quelque part de miser sur le retour de l'acteur sur le devant de la scène. Puis cela rentrerait bien dans la ligne édito d'Amazon Prime ( si l'on prend le niveau de violence de The Boys).

nimbari
22/10/2020 à 11:19

Gregdevil Revoyez le King Kong de 1933 avant de dire que le très bon film de Jackson est meilleur.
Pareil pour La nuit des morts vivants, le remake de Savini est très bon, très supérieur au niveau effets spéciaux , mais meilleur, je ne suis pas sûr, les 2 méritent d'être revus pour pouvoir trancher.

fifou66
22/10/2020 à 09:53

et le film i spit on your grave le remake 1000 fois mieux

Nick Tamer
22/10/2020 à 09:39

Très bon dossier :)
Le dénominateur commun à tout ses remakes ou relectures est la présence au rêne d'un cinéaste couplé à une équipe, dotés de talents, d'une vision et d'un amour sincère pour le sujet abordé.
J'aurai bien ajouté dans la liste le "True Grit" des frères Coen ;)

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