Hellboy a bien été l'un des plus gros flops de l'année, et a sans doute tué la franchise

Geoffrey Crété | 3 novembre 2020
Geoffrey Crété | 3 novembre 2020

Retour sur la carrière au box-office de Hellboy 2019 et son flop en salles.

L'espoir d'un troisième volet par Guillermo del Toro s'est envolé pour de bon avec l'annonce d'un nouveau Hellboy avec une nouvelle équipe. David Harbour (Stranger Things) dans le rôle du démon, Neil Marshall (The Descent, Doomsday) derrière la caméra, un budget revu à la baisse... et la volonté évidente de relancer la franchise.

À l'arrivée, il y a une suite-reboot-remake ratée (voir notre critique), et l'un des plus gros flops de l'année.

Retour sur la carrière au box-office du film.

 

 

LE BUDGET

50 millions. C'est nettement moins que Hellboy en 2004 (66 millions, soit près de 90 avec l'inflation) et Hellboy II : Les Légions d'or maudites (85 millions, soit plus de 100 avec l'inflation). C'est un budget intermédiaire, qui n'a rien d'un budget de blockbuster : proche d'un John Wick : Parabellum (55 millions), et loin des superproductions considérées comme modestes, type Venom ou Shazam! (environ 100 millions).

À noter que Neil Marshall n'avait jamais manié si gros budget (son plus gros film était jusque là Doomsday, qui a coûté environ 20 millions). Il a aussi signé quelques gros épisodes de superproductions comme Game of Thrones ou Westworld.

À ce budget de production s'ajoute comme toujours le budget marketing. Un chiffre farouchement gardé, mais qui pourrait grimper jusqu'à 40 ou 50 millions vu comme le film a été placé comme un événement.

Hellboy 2019 aurait donc coûté au minimum 90 millions.

 

photo, David HarbourHellboy attend chaque spectateur sur le ring, pour lui apprendre

 

LE BOX-OFFICE MONDIAL

Hellboy a encaissé environ 46 millions dans le monde. C'est évidemment ridicule vu le budget de production du film.

C'est loin des Guillermo del Toro : plus de 99 millions pour Hellboy en 2004 (plus de 130 millions avec l'inflation), et plus de 160 pour la suite (plus de 190 avec inflation).

Même The Descent, le film culte de Neil Marshall au budget de quelques millions seulement, avait fait mieux avec plus de 57 millions en 2005. Le four est total.

 

photo, Milla JovovichQuand tu veux punir le monde entier qui a ignoré ta sortie

 

LE BOX-OFFICE AMÉRICAIN

C'est la claque la plus brutale du côté domestique avec à peine 22 millions. C'est là encore loin du premier film de del Toro (près de 60 millions), et sa suite (presque 76 millions). En 2019, c'est moins que des films beaucoup moins chers, comme Happy Birthdead 2 You ou Child's Play – La Poupée du mal.

Le film avec David Harbour et Milla Jovovich a commencé sur plus de 3300 écrans (un peu plus que Crawl à titre de comparaison), avant de vite chuter niveau fréquentation. En troisième semaine, il perdait plus de 2300 salles, si bien que sa carrière était enterrée après un gros mois.

 

photoL'invitation à aller en salles vue par le public américain

 

LE BOX-OFFICE INTERNATIONAL

Environ 24 millions dans le reste du monde. Point positif : l'équilibre relativement solide entre le box-office domestique et international. Point négatif : tout le reste.

Hellboy est sorti un peu partout sauf en Chine (dommage pour lui), et son meilleur score est du côté de la Russie, avec 3,8 millions. Avec 2 millions au Royaume-Uni et également en Corée du Sud, et un million gratté à droite à gauche (Espagne, Mexique, Italie, France), le bilan est plus que négatif.

Personne n'a plébiscité le film, aucun public ne s'est rué dans les salles. Une harmonie de l'échec en somme.

 

photo, Sasha LaneQuand tu apprends que partout, tu n'es pas aimé

 

LE BOX-OFFICE FRANÇAIS

Environ 232 000 entrées. C'est moins que Hellboy en 2004 (environ 585 000 entrées), et Hellboy II : Les Légions d'or maudites en 2008 (près de 663 000 entrées).

C'est moins que The Descent (environ 382 000 entrées en 2005). C'est moins qu'Elektra (environ 429 000 entrées). Mais c'est plus que Battlefield Earth - Terre champ de bataille (environ 118 000 entrées), tout de même. Dans tous les cas, c'est un bide. 

 

photo, David HarbourQuand tu veux stopper ce bilan box-office sans plus attendre

 

LE BILAN

Les producteurs pensaient reprendre en main la marque, et avoir appris des deux films de Guillermo del Toro, trop chers à produire vu l'intérêt du public (et le troisième volet devait coûter encore plus cher). Mais c'est un échec pur et dur pour Millenium Media, Dark Horse Entertainment, et le distributeur Lionsgate.

De l'argent a été perdu, reste à savoir combien. Avec un coût minimum de 90 millions, seulement 22 millions côté domestique et environ 24 dans le monde, la perte nette sur Hellboy se chiffre probablement dans les 60 millions minimum.

Les ventes TV et vidéo pourront rattraper quelques miettes, mais nul doute que le bilan financier est un désastre. Surtout avec les espoirs évidents et affichés de franchise.

 

photo, David HarbourQuand la compta te tombe dessus

 

LES CAUSES

La première : Hellboy lui-même. Le personnage créé par Mike Mignola n'est pas très populaire pour le public, ou du moins pas au point d'être la star d'une franchise. Le phénomène de plus en plus fou des films de super-héros a forcément laissé espérer aux producteurs qu'une alternative avec un anti-héros était jouable, surtout après le carton d'un Deadpool décalé et Rated R aussi. Sauf que la surabondance de super-héros resserre finalement les possibilités et l'intérêt autour des marques les plus connues, laissant très peu de marge aux autres.

Deuxième raison, directement liée : à qui s'adressait ce Hellboy 2019 ? La promo a soufflé le chaud et le froid, misant sur un spectacle violent et brut, et sur un humour omniprésent un peu ordinaire. C'était évident dans le marketing avec la première bande-annonce, dominée par le désir du cool à tout prix, puis la deuxième, orientée action et violence. C'est le gore qui a ensuite été étalé (et exagéré) dans un troisième trailer. Le public a probablement été perdu face à ce film entre spectacle gore, comédie d'action et film d'anti-super-héros. 

D'autant que le reboot n'avait pas le budget d'un blockbuster, mais a tenté de se vendre comme tel pour attirer large.

 

photo, Neil MarshallNeil Marshall sur le plateau de Hellboy

 

Troisième raison : Guillermo del Toro. Le réalisateur est aimé par les spectateurs et la critique, a une aura exceptionnelle qui a un effet sur un public certes restreint, mais passionné, et il avait apporté une vraie identité aux deux films. Son Hellboy 3 a longtemps été annoncé, discuté, attendu, si bien que le reboot a été associé à une pure manoeuvre pour l'enterrer et transformer tout ça en business.

Le film est donc parti avec une balle dans le pied, devant convaincre les fans les plus attachés au personnage. L'implication de Mike Mignola a certes aidé, mais visiblement pas assez. Le reboot de 2019 a été comparé aux films de del Toro du début à la fin, et rarement à son avantage. Et si Neil Marshall était populaire avec Dog Soldiers et The Descent, il est sorti des écrans radars depuis quelques années, si bien qu'il n'a pas créé une vague d'enthousiasme.

Enfin, la date de sortie. Hellboy était coincé entre Simetierre et Shazam! sortis juste avant, La Malédiction de la Dame Blanche arrivait juste après et surtout, Avengers : Endgame était programmé pour tout bouffer deux semaines après. Sans oublier les succès de mars, avec Captain Marvel d'un côté, et Us de Jordan Peele de l'autre. Bref, Hellboy avait très, très peu de place.

 

 Hellboy version del Toro

 

LES CONSÉQUENCES

Pas de suite, pas de franchise, pas de futur. David Harbour a poliment reconnu qu'un deuxième film semblait fort improbable, et rien ne pourra rééquilibrer un tel score en salles. La renaissance du démon est donc finie, n'en déplaise à Milla Jovovich qui vendait l'idée d'un futur film culte rejeté par la critique, mais adoubé par le public.

C'est un coup dur pour David Harbour, qui accédait ici au premier plan, et surtout Neil Marshall qui avait là l'opportunité de revenir sur le devant de la scène. Il n'avait pas réalisé de long-métrage depuis le flop de Centurion en 2010, et celui de Hellboy, beaucoup plus médiatisé, n'aidera pas sa carrière. D'autant que la production n'aurait pas été de tout repos, avec des conflits ouverts et graves entre lui et les producteurs. Pas étonnant donc que le résultat soit si médiocre à l'écran.

Reste maintenant à savoir si Hellboy ressortira de ces enfers, pour renaître au cinéma, un jour.

Hellboy, disponible en DVD et Blu-ray le 9 septembre.

 

affiche francaise finale

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commentaires

Miami81
04/11/2020 à 11:49

Quand on en vient à comparer les chiffres en France avec l'horrible Battlefield, c'est qu'on a vraiment du mal à trouver des comparaisons :D

Terminéator
04/11/2020 à 10:27

Bizarrement c’est son côté série B/Z que j’ai bien aimé moi . Bon après ça reste largement en dessous des Del Toro faut pas deconner hein mais bon y avait de l’idée dans le traitement. Malheureusement Mr. le producteur véreux est encore passé par la ...

prof west
04/11/2020 à 07:30

je me suis bien régalé sur ce reboot et été très surpris comparer a d'autres merdasses sorties en 2019/2020 les originaux sont un peut mieux mais celui ci a son style et c'est gore et fun

ne pas etre un mouton et suivre le troupeau lol sinon j'aurais dis joker est le film de l'année ba non ^^

LCR
04/11/2020 à 02:58

Selon le site de box-office The Numbers, les ventes de DVD/Blu-Ray sur le sol américain sont estimées à plus de 11 millions de dollars; c'est pas énorme.

Jokeee
04/11/2020 à 02:16

Très loin du navet annoncé à mes yeux... j'ai passé un bon moment , pas un chef d'œuvre biensur mais pas du tout une purge

Boy in Hell
03/11/2020 à 21:35

on a été prive par une bonne conclusion dans un troisieme opus qu'on attendait, avec del Toro à la barre et Ron Perlman,
çà a traine des annes le film avec Del Toro, puis çà c'est jamais fait,
ce Hell boy a l'air visuellment laid, j'ai vu des extraits sur youtube car je ne suis pas allé le voir ni au cinoche et encore moinss en bluray, donc je me prononce pas sur le fond, mais sur les 10 minutes random que j'ai vu, c'est laid

KOTOMO
22/08/2020 à 19:58

Lorsque la réalité rattrape les mythos...
C'est clairement un film en dessous des 2 premiers volumes et les chiffres sont là pour le rappeler.
Le personnage principal est maltraité en permanence pour mettre en avant des personnages répondant à des critères plus politiques (girls power, asiat...) avec des effets gores à outrance, une bande son criarde... Un cocktail où le public ne finit plus par s'y retrouver.
C'est bien de critiquer Guillermo del Toro mais quand on n'est pas capable de faire mieux...
Ce film s'est planté aussi car ce Hellboy est un enfant de cœur pas assez travaillé où sa puissance, sa sensibilité ou ses démons intérieurs ont été mis sur le carreau.
Bref, un film qui n'assume absolument pas le public qu'il est censé viser.

Eleo
19/03/2020 à 12:15

Franchement même si il égale pas le premier hellboy j'ai passer un très bon moment.
Les effets spéciaux sont loin d'être aussi dégueulassent que ce qui est dit, et certains démons ont une allures de peintures de Wayne Barlowe bien sympathique de même que pour les perso principaux ou Baba Yaga.
Ok le cliché du Roi Arthur c'est un peu lourd mais bon. Le rythme fonctionne, les quelques blagues aussi et le film n'a pas fait l'écueil de retraiter une nouvelle fois les nazis ce qui est vraiment bien car on aurait chercher à comparer les deux versions en continu.
Bref un ptit film b bien conseillé :)

tsu'
29/09/2019 à 02:30

c'est bien dommage, j'ai trouvé ce film bien meilleurs et mieux adapté des comics que ceux de guillermo...

Hellboy fan
26/09/2019 à 19:11

Le scénariste a pris diverses trame de la bd et il les a bien combiné entre eux. Del toro à inventé des romance que pour l'instant je n'ai pas vu dans la bd

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