X-Men : de pionnière à outsider, comment la saga de super-héros s'est écroulée face à Marvel

Geoffrey Crété | 7 juin 2019 - MAJ : 09/06/2019 17:52
Geoffrey Crété | 7 juin 2019 - MAJ : 09/06/2019 17:52

La sortie de X-Men : Dark Phoenix, conclusion ultime avant l'ère Disney, est l'occasion de revenir sur une saga compliquée.

Après sept films de groupe et trois consacrés à Wolverine, sans oublier les Deadpool et les séries comme Legion et The Gifted, la saga X-Men tourne une grosse page malgré elle : chez la Fox depuis 2000, l'univers des mutants passe chez Disney, faisant de X-Men : Dark Phoenix le dernier film de l'ère.

Le ratage de cet épisode signé Simon Kinberg (notre critique par ici) amène naturellement à un bilan de la franchise, passée par des hauts et des bas, artistiquement et commercialement. Hier pionnière, qui a permis aux films de super-héros de retrouver ses lettres de noblesse, la saga a peu à peu été dépassée et écrasée par ses concurrents, et s'est piégée pour diverses raisons.

Retour sur une série incontournable, entre ombre et lumière.

 

 

1. (RE)NAISSANCE 

À l'aube du nouveau millénaire, le super-héros est une relique du passé. Dans l'ombre des Superman de Richard Donner ou des Batman de Tim Burton, le genre s'est perdu. Entre le kitsch des superproductions Batman & Robin et Batman Forever, et l'aura plus sombre de films à niche comme Spawn et Blade, plus grand monde ne prend ces super-héros au sérieux. Ni les spectateurs ni les studios.

X-Men arrive en 2000, comme un signe du ciel super-héroïque, mais le projet est développé depuis le milieu des années 80, et dans les starting-blocks depuis 1996. Il est passé entre les mains de James CameronKathryn BigelowJoss WhedonRobert Rodriguez ou encore Paul W.S. Anderson, a failli se faire chez Orion Pictures puis Carolco, et même chez Columbia quand Marvel songeait à revendre. Le succès de la série animée X-Men (de 92 à 97) a convaincu la Fox et la productrice Lauren Shuler Donner - qui restera sur la saga jusqu'à X-Men : Dark Phoenix et Les Nouveaux Mutants, même si elle a récemment déclaré ne plus être véritablement impliquée depuis Apocalypse.

 

photoÀ l'horizon : le futur

 

Au fil des versions, Angel, Juggernaut, les Sentinelles, Bolivar Trask, Jubilee ou encore le Phoenix sont invoqués. Wolverine, Charles Xavier, Jean Grey, Cyclope, Tornade et Magneto ont été des constantes. Bryan Singer signe dès 1996, poussé par le succès d'Usual Suspects. La prochaine bataille est celle des billets verts puisque la Fox veut limiter le budget à 75 millions (plus de 110 avec l'inflation). Beast, Pyro, Nightcrawler ou encore la Salle des dangers sont coupés, avec l'aval de Singer.

X-Men reste néanmoins un projet moyennement attractif à Hollywood, et un pariRussell Crowe (Wolverine), Natalie Portman (Rogue), Helen Hunt (Jean Grey) auraient refusé, quand Dougray Scott (Wolverine) et Jim Caviezel (Cyclope) se sont désistés. Pas grand monde n'y croit, mais suffisamment de personnes sont prêtes à miser dessus. Embêtée par Steven Spielberg qui a décidé de repousser Minority Report pour tourner A.I. : Intelligence artificielle, la Fox avance même la sortie à juin 2000 au lieu de décembre - soit trois mois seulement après la fin du tournage. Résultat : une postproduction en quatrième vitesse, à tel point que le boss des effets spéciaux Mike Fink avouera être mécontent du résultat.

 

Photo Hugh JackmanLes griffes d'une vie

 

Le film sort en juillet 2000 sur plus de 3000 écrans aux États-Unis (plus que presque tous les précédents gros films de super-héros du genre). Le succès arrive vite : X-Men démarre premier, récolte de bonnes critiques, et encaisse plus de 296 millions dont 157 côté domestique. Il marque même quelques petits records à l'époque.

X-Men 2 est officialisé quatre mois après. Plusieurs scénarios, beaucoup de changements en cours de route (Sabretooth devait revenir, Angel et Beast devaient en être). La Salle des dangers et les Sentinelles sont une nouvelle fois coupés, et le rôle de Tornade est développé, Halle Berry ayant gagné un Oscar et une renommée fulgurante. Le budget grimpe jusqu'à environ 125 millions, et le succès n'en est que plus grand : plus de 407 millions dans le monde, dont près de 215 côté domestique.

Entre temps, la fièvre des super-héros a grimpé. Et si DaredevilHulk et Catwoman permettent aux deux films X-Men de briller encore plus, la menace a déjà un nom : Spider-Man. Sorti en 2002, le film de Sam Raimi écrase d'un coup les mutants, encaisse plus de 821 millions, se place instantanément comme un classique du genre, et annonce un futur compliqué. Déjà, le pouvoir change de camp.

 

photo, Ian McKellenCapter l'attention, et la garder

  

2. FREINAGE D'URGENCE

Le temps que X-Men : L'Affrontement final sorte en 2006, Hollywood s'est excité. De Hellboy à Les Indestructibles en passant par Les 4 Fantastiques, Elektra et The Punisher, le super-héros et les comics ont décollé. Mais il y a surtout eu Spider-Man 2 et Batman Begins : deux films majeurs, célébrés comme des références par le public et la critique, les fans et les néophytes.

Le succès des X-Men a ouvert le boulevard aux concurrents, les budgets ont explosé, Bryan Singer a quitté X-Men 3 pour Superman Returns chez la Warner (emportant avec lui ses scénaristes) : la Fox panique. Il n'y a alors qu'une vague ébauche, autour du retour de Jean Grey en Dark Phoenix, avec Emma Frost en antagoniste (à la place de Mastermind dans les comics en gros, et avec l'envie de caster Sigourney Weaver). 

C'est sûrement là que la saga commence à vriller. Les scénaristes (dont Simon Kinberg, qui deviendra un pilier de la saga) luttent pour garder ce Phoenix face au studio qui aime l'intrigue sur le vaccin, moins sombre. C'est alors une cascade de décisions : le Phoenix ne sera pas une force cosmique, car cet univers n'a rien de cosmique au cinéma ; l'histoire sera racontée non pas autour de Jean et Scott mais Jean et Wolverine, car Hugh Jackman est plus populaire et James Marsden n'est pas disponible (il tourne... Superman Returns) ; et certains mutants seront réservés à X-Men Origins : Wolverine alors en préparation. Le business prend le pas et possession de la saga, comme le Dark Phoenix de Jean Grey.

 

Photo Famke Janssen, Patrick StewartDans la tête des décideurs de la Fox 

  

Alors que les salaires sont renégociés puisque les acteurs n'avaient signé que pour une suite (vestige d'une autre époque, puisque la règle aujourd'hui est tout autre), le contrat de Hugh Jackman lui donne un droit de regard sur le réalisateur. Ce n'est pas la seule raison à la valse de noms qui commence : Darren AronofskyJoss WhedonAlex ProyasRob BowmanZack SnyderPeter Berg... jusqu'à ce que Matthew Vaughn signe en mars 2005. Seulement deux mois avant le début du tournage, et avec une date de sortie calée en mai 2006.

Mais après plus de deux mois de préproduction, il quitte le navire, officiellement parce qu'il a réalisé qu'il ne pouvait pas se permettre de quitter sa famille le temps du tournage - il admettra plus tard qu'il a surtout compris que les délais étaient impossibles à tenir.

 

Photo Ian McKellen, Patrick StewartMission : reprendre le contrôle de Jean... et la saga ?

 

Brett Ratner, qui avait failli de loin réaliser le premier X-Men et même un Superman pour la Warner (Hollywood, cette consanguinité industrielle), est engagé en juin. Le tournage est repoussé à août et se termine en janvier 2006. Trois mois avant la sortie, comme pour le premier opus. Sauf que cet épisode coûte quasiment trois fois plus cher (210 millions, sans compter le marketing qui a grimpé en flèche), et qu'entre temps les attentes autour des super-héros ont explosé.

X-Men : L'Affrontement final est une première fracture. Côté box-office, c'est un succès avec près de 460 millions. Mais c'est le premier film à être rejeté en grande partie par la critique et les fans. L'année d'après, Spider-Man 3 suivra une trajectoire similaire. Le vent a tourné, le business a dévoré les héros et les faiseurs.

En 2009, X-Men Origins : Wolverine, spin-off dédié à Hugh Jackman et lancé en parallèle de X-Men 3, le confirme. 150 millions de budget et 373 au box-office, une critique assassine, un ratage devenu un running gag depuis... Quelque chose doit changer. Il faut s'adapter pour survivre.

 

photo, Hugh JackmanSortir les griffes, les vraies

 

3. RÉTRO-REDÉMARRAGE 

Si l'idée d'un prequel était évoquée depuis quelques années, nul doute que l'accueil réservé à X-Men : L'Affrontement final et X-Men Origins : Wolverine a ravivé les discussions. La fuite vers l'avant sera cette fois vers l'arrière : après avoir lancé un X-Men Origins : Magneto (construit en flashbacks et avec Ian McKellen), finalement enterré après le succès en demi-teinte de WolverineBryan Singer revient en 2009 vers ses mutants. Le bide de Superman Returns ayant peut-être été un facteur.

L'idée est alors de revenir sur l'amitié de Charles et Erik, jeunes, dans les années 60. Singer encadre le développement d'un projet qu'il compte réaliser, avant de s'envoler vers Jack, le chasseur de géants en 2010. Il reste producteur. Et si Matthew Vaughn a planté X-Men 3 au dernier moment, il a aussi réalisé Kick-Ass, succès-surprise la même année. Il signe très vite, ravi de pouvoir cette fois prendre possession de l'univers, tout neuf. Il vire le triangle amoureux entre Erik, Charles et Moira, enlève le personnage de Sunspot et n'hésite pas à couper une scène qui ressemble à Inception, sorti entre temps. L'intention est claire : ouvrir les portes d'une renaissance de la franchise.

Une renaissance très douce. Le budget a baissé (environ 150 millions), mais le box-office aussi (354 millions), marquant alors le plus petit score de la saga depuis le premier opus. Mais c'est un retour en forme tant le film est bien accueilli, et encore considéré comme l'un des meilleurs épisodes.

 

Photo Michael FassbenderRaviver la flamme, à n'importe quel prix

 

En parallèle, la suite teasée de X-Men Origins : Wolverine a des soucis. Si Darren Aronofsky accepte le job comme dans un rêve fin 2010, c'est pour l'abandonner après quelques mois... avec la même raison officielle que Vaughn lorsqu'il a quitté X-Men 3. L'annonce en fanfare d'un film différent et audacieux s'écroule. Le tournage est décalé pour diverses raisons, et après plusieurs pistes (Guillermo del Toro a refusé après avoir rencontré les producteurs), James Mangold est finalement engagé. Wolverine : Le combat de l'immortel redresse un peu la barre en 2013 avec près de 415 millions de dollars au box-office (pour un budget moindre de 120 millions). C'est aussi le premier film de la saga à sortir en 3D.

Mais le vrai événement viendra l'année d'après avec X-Men : Days of Future PastMatthew Vaughn avait écrit un premier jet de cette histoire majeure des comics, avec un plan de trilogie en tête : d'abord une suite à First Class avec un nouveau Wolverine, puis le grand voyage dans le temps en apothéose. Mais la Fox aime tellement DOFP que ce film passe en priorité.

L'explication est simple : réunir tous les personnages dans un tel événement est un gros coup, qui permet à la saga de passer un palier. Avengers a cartonné en 2012 avec la promesse d'une grande réunion qui a excité le public, le MCU semble inarrêtable, DC prépare Batman v Superman : L’Aube de la justice, et la Fox a conscience que la formule X-Men doit être pimentée.

 

photo, James McAvoy, Patrick StewartRencontre au sommet et joker joué

 

Bryan Singer doit produire et Vaughn, réaliser, mais fin 2012 ce dernier quitte finalement le film - encore. Sachant qu'il avait aussi failli quitter X-Men : Le Commencement avant de changer d'avis, il y a de quoi rire un peu. Singer reprend le job très vite, créant des rumeurs de lutte en coulisses. C'est presque un juste retour des choses, puisque Vaughn avait réalisé Le Commencement que Singer avait commencé à écrire.

Days of Future Past sera donc le point d'orgue de la saga : budget de 200 millions, réunion des deux timelines pour les réconcilier et balayer l'idée peu assumée de reboot, réunion de tous les acteurs superstars d'hier et d'aujourd'hui, et succès énorme au box-office avec près de 748 millions dans le monde. C'est à ce jour le plus gros score de la saga.

À l'écran, les héros doivent sauver leur futur, qui menace de s'écrouler face aux Sentinelles, des ennemis terrifiants qui s'adaptent, capables d'absorber leurs pouvoirs pour les anéantir. C'est à peu près la même chose pour la Fox, qui affronte des studios qui ont repris et amélioré (au moins côté business) la formule du super-héros, et menace désormais de les engloutir.

 

photo, James McAvoyEn route vers le futur antérieur et le passé pas simple

 

4. DÉRAPAGES MORTELS

Comme entre X-Men 2 et L'Affrontement final, c'est une trop grande confiance et un désir aveugle de se positionner sur le marché qui ont remis la saga dans le mur. À tel point que X-Men : Apocalypse a été annoncé avant même la sortie de DOFP, chose logique puisque le mutant Apocalypse apparaît dans la scène post-générique - cet outil que Marvel utilise, et qui est donc un gimmick à reprendre.

Conclusion des six films, mais potentielle renaissance autour des super-héros jeunes, retour de personnages majeurs (Jean Grey, Cyclope, Tornade) au premier plan, et même du fan service avec Wolverine : l'ambition est là. Que ce soit le premier film de la saga à réellement se déployer sur le monde (un climax en Égypte, des scènes à la Roland Emmerich de bâtiments détruits à travers le monde), indique bien que le studio compte ici jouer dans la cour des grands. Le temps de la parlotte, du sous-texte social et politique, est loin. Il faut tout casser, brûler, détruire, et gonfler le budget CGI.

Car au fil des années, les X-Men font pâle figure, au box-office et en termes de popularité. Marvel leur a même piqué Quicksilver dans Avengers : L'Ère d'Ultron, suite à une dure négociation qui empêche notamment le MCU de parler de mutants et de Magneto. Le territoire devient difficile à défendre, surtout face à l'industrie Marvel qui occupe les écrans une fois ou deux chaque année, et a explosé dans Avengers premier du nom en 2012. La panique est réelle, avec Sony qui reboote Peter Parker dans The Amazing Spider-Man, DC qui reboote Superman et Batman, et des moments noirs comme Green Lantern ou Les 4 Fantastiques qui rappellent que le précipice n'est jamais loin.

 

afficheJPP tuez-moi cette saga

 

Revenu pour la quatrième fois derrière la caméra mutante, Bryan Singer repousse la saga dans un coin. Malgré un gros budget (environ 180 millions), une équipe en or et le vent de DOFP dans les voiles, X-Men : Apocalypse encaisse "seulement" 544 millions au box-office, dont 155 côté domestique. C'est très loin des 748 de DOFP et avec la critique une nouvelle fois très dure, c'est la preuve que l'univers menace toujours de s'écrouler. Ce qui pose un réel problème après 16 ans et 8 films. Où est la fidélité du public, la solidité de la marque ?

Que Logan sorte un an après n'arrange pas les choses. Le dernier tour de piste de Hugh Jackman est plus un film à part qu'une suite aux précédents volets, et ce à tous les niveaux. Rated R pour sa violence, vendu comme une sorte de western désolé, situé dans un futur noir où les mutants ont quasi tous disparus, avec un Wolverine vieillissant et usé, et un Charles Xavier dont la flamme s'est éteint : le film de James Mangold est l'ultime frontière.

 

Photo Hugh Jackman, Patrick StewartLa fin, pure et dure

 

Comment avancer après un film qui enterre les héros, et symboliquement toute la saga ? Et qui a paradé en prenant ses distances avec les autres films, comme pour enfoncer le couteau dans la plaie ? Le très beau score au box-office (près de 620 millions, pour un budget d'environ 120, soit l'un des plus gros succès de la franchise) et l'accueil particulièrement positif, achèvent de faire de ce film crépusculaire, qui n'a quasi plus rien de super-héroïque, un chant du cygne lourd de sens.

Le phénomène Deadpool, qui encadre Logan dans les salles, met encore plus en lumière la schizophrénie de cet univers. Entre le premier et le troisième degré, le solennel et le meta, les X-Men avancent à l'aveugle. Deadpool croise des mutants déjà vus dans la saga d'origine, visite la X-Mansion et croise quelques héros majeurs, et participe même à la blague collective en tuant son alter ego dans X-Men Origins : Wolverine. Dans le rire, les larmes et les extrêmes, la saga vibre pour le public. Mais au milieu, beaucoup moins.

 

PhotoQuand le sale gosse est pris en flagrant délit 

 

5. MOURIR, ENCORE

Puisque personne n'assume vraiment X-Men : L'Affrontement final et que Days of Future Past a redémarré l'univers, pourquoi ne pas revenir vers ce Dark Phoenix, si majeur dans les comics ? Et pourquoi ne pas le redonner à Simon Kinberg, coscénariste de ce X-Men 3 qu'il renie depuis ? Que la Fox lui confie finalement la réalisation, pour la première fois de sa carrière, est le dernier signal inquiétant.

À ce stade, la saga est à un moment charnière. Les contrats de James McAvoyMichael FassbenderNicholas Hoult et Jennifer Lawrence sont finis, et l'interprète de Mystique (énorme levier promo vu sa popularité) a déjà annoncé que c'en était fini pour elle. Le studio a déjà misé sur de nouveaux visages présentés dans Apocalypse (Sophie Turner en Jean Grey, Tye Sheridan en Cyclope, Alexandra Shipp en Tornade et Kodi Smit-McPhee en Nightcrawler). Le film a clairement teasé l'avènement du Phoenix, si bien que la prochaine étape semble claire. Et très vite, les étoiles s'alignent : Kinberg sera réalisateur, tous les acteurs reviennent, le nom de Jessica Chastain sort pour incarner la méchante, et la Fox annonce Dark Phoenix pour novembre 2018.

Mais très vite, c'est la spirale. Emporté dans le retour des scandales sexuelsBryan Singer se voit retirer son crédit de producteur en juin 2018, tandis que l'équipe prend officiellement ses distances en affirmant qu'il n'a rien à voir avec le film. La date de sortie est repoussée à février puis juin 2019. Et surtout, dès novembre 2017 flotte la rumeur d'un rachat du catalogue de la Fox par Disney.

 

photo, Sophie TurnerTout brûler, et mourir

 

Tandis que X-Men : Dark Phoenix est en tournage (de juin à octobre 2017), la folle rumeur devient un projet sérieux. Quand le film repart en tournage en août 2018 pour des reshoots plus ou moins longs, la situation est très claire : Disney va bien racheter les licences de la Fox, pour 71 milliards et quelques.

Qui peut alors établir sérieusement la chronologie des événements en coulisses, entre la décision de repousser la sortie (évitant ainsi Captain Marvel en mars 2019), réécrire le troisième acte (là encore à cause de Captain Marvel a priori), assurer des reshoots normaux pour ce type de film (en prenant en compte les agendas des acteurs, très occupés), et la nécessité de conclure dignement le film avant la mort par Mickey ? 

Car bien avant la sortie de Dark Phoenix, Kinberg déclarait que c'était dans ses rêves le début d'une nouvelle ère X-Men, avec d'autres films autour des jeunes héros. Tout a changé avec l'arrivée de Disney dans l'équation, les mutants étant destinés à intégrer le MCU et croiser les Avengers comme dans les comics, et donc à être rebootés. Kinberg affirme être en paix avec ce futur, et la fin de la saga X-Men/Fox, et le producteur Hutch Parker sous-entend même que cette conclusion était prévue comme ça. La langue de bois : super-pouvoir hollywoodien par excellence.

 

photoEnterrer la franchise

 

6. TUER POUR MIEUX RÉGNER

Victime collatérale du rachat par Mickey comme Les Nouveaux Mutants, l'autre film X-Men tourné en même temps et coincé dans les limbes depuis ? Peut-être. Depuis mars 2019, Disney détient officiellement ces X-Men, parmi quantité d'autres licences - Les 4 FantastiquesAlienAvatar, etc. Et c'est le coupable idéal pour bien des observateurs et cinéphiles, surtout depuis que le MCU domine l'industrie et que le studio familial a récupéré Star Wars pour passionnément diviser le public.

Si l'ombre de Disney plane probablement sur Dark Phoenix, directement ou indirectement (des reshoots au marketing), impossible de résumer l'impasse de la saga à cette étape. Bien avant l'irruption de Mickey, la franchise s'était perdue. Combien de fois l'affrontement entre Charles et Erik a-t-il été joué ? Combien de fois Magneto a-t-il été "le méchant" avant de passer dans le camp des gentils ? Combien de scènes ont-elles été reprises (d'un Quicksilver héroïque, à Mystique qui s'infiltre dans un bureau d'une manière tristement similaire dans X-Men 2 et X-Men : Days of Future Past) ? Combien de films ont-ils été quasi reniés par l'équipe après coup (deux ou trois sur onze : c'est trop) ?

Charles Xavier apparaîtra (sous un troisième visage) dans la saison 3 de Legion, mais ce sera pour l'ultime tour de piste de la série centrée sur son fils. The Gifted, l'autre série X-Men, a été annulée. Les mutants ont évité la mort par les Sentinelles dans DOFP, mais n'auront pu échapper au temps et au business.

 

photo, Famke Janssen, Halle BerryAnnée du décès : juin 2019

 

Que la saga n'ait jamais atteint le milliard au box-office (le sommet reste DOFP avec environ 748 millions) est un témoin de ses limites, sous cette forme. Marvel y est arrivé en six films et quatre ans avec Avengers, DC en six films et cinq ans avec Aquaman. Les X-Men ? Jamais, même avec leurs douze films en dix-neuf ans. Dans l'industrie, la reconnaissance a été limitée aussi : deux nominations aux Oscars (les effets spéciaux de DOFP et surtout le scénario adapté de Logan), là où Marvel et DC en ont récolté à foison, et même gagnés. 

En 2000, X-Men a pavé la voie, désencombré un chemin sali par les années 90, et montré le début de la route. La concurrence s'y est engouffrée, quitte à piétiner ces mutants. Presque deux décennies après, ils s'éteignent et, retour de flamme ultime, seront ingérés par un studio qui n'aurait certainement jamais pu décoller sans eux. Et tant pis pour ces projets un peu fous (et vagues) d'une continuation qui aurait été "radicalement différente" selon le producteur Hutch Parker, qui a affirmé que la saga avait un avenir chez la Fox.

Reste à savoir sur quelle note l'ère Fox des X-Men se terminera. Si X-Men : Dark Phoenix est pour nous un ratage spectaculaire (retrouvez la critique par ici), un succès en salles serait la seule issue un peu noble. Les premières estimations parlent du pire démarrage de la saga au box-office américain (50 millions), mais rien n'est encore écrit. Rien, hormis la fin programmée de ces mutants, qui méritent bien ce repos après tant d'impasses.

 

Retrouvez notre classement de toute la saga X-Men par ici.

Et le tour d'horizon de la chronologie (compliquée), par là.

 

AfficheLe sacrifice ultime, à tous les niveaux

commentaires

Nicool
12/06/2019 à 15:43

En lisant cet article, je veux prendre mon abonnement chez Écran large et j'envoie mes félicitations à l'auteur de cet article.

Vraiment un grand travail journaliste. On est au-delà du simple avis documenté et tellement plus loin du repompage d'un article lu ailleurs et modifié par un journaleux, là on est dans le vrai travail journalistique professionnel.

Vraiment un excellent travail sur le thème du business au cinema des super héros depuis son début à sa 'fin' sous la bannière Fox.

Je suis épaté. Chez Écran large ils savent choisir leur employés. Va falloir qu'ils voient maintenant plus grand et dépasse le cadre du cinéma pour s'interresser aussi aux sujets politiques et ceux industriels.

Si on est très bon dans un domaine on peut aussi poser le pied dans un autre pour exploiter davantage son talent et sa vision et surtout pour s'épanouir.

Geoffrey Crété - Rédaction
10/06/2019 à 21:11

@Gemini

C'est donner beaucoup de pouvoir aux sites, sachant que tout le monde ne les lit pas, et encore moins s'y fie, surtout en matière de blockbuster.

Après, Endgame a eu son lot de critique mitigées ou négatives (ici notamment). Le fait est que le public s'était rué en salles, peu importe ce que la critique en pense.

Gemini
10/06/2019 à 19:25

La chute surtout avec le bashing à clic de certains sites..... Le dernier Avenger n'était pas terrible et pourtant encensé. Cherchez l'erreur.

RaidenX
07/06/2019 à 22:11

Si on met de côté X-Men Apocalypse et Dark Phoenix, la saga X-Men est bien au-dessus du MCU. La plupart des films sont bons voire très bons (X-Men 1 et 2, First Class, Days of Future Past, Logan), certains parfois décriés sont au final relativement divertissants (The Wolverine, Deadpool 1 et 2, même X-Men 3). Les seuls vrais accidents pour moi sont X-Men Origins Wolverine et X-Men Apocalypse (qui n'est pas non plus horrible mais vraiment un gros cran en-dessous du reste). J'ai pas encore vu Dark Phoenix.

En vrai si on compare au MCU on a certes du bon voire très bon (tous les Avengers, tous les Captain America, tous les Gardiens de la Galaxie, Thor Ragnarok, Doctor Strange, Iron Man) mais on a aussi un grand nombre de films anecdotiques ou vraiment mauvais (les deux premiers Thor, les Ant-Man, Captain Marvel, Black Panther, Incroyable Hulk, Iron Man 2 et 3, Spiderman Homecoming). Ça fait quand meme une bonne moitié a jeter.

En bref, même si la Fox a produit moins de films, qualitativement en termes de ratios elle gagne. Le seul problème sur les deux derniers films ce sont de mauvais scripts (l'antagoniste Apocalypse est pathétique et Dark Phoenix est une redite de X3) dus a une vraie paresse narrative.

Pacino
07/06/2019 à 18:17

Article très interessant de votre part EcranLarge.

Geoffrey Crété - Rédaction
07/06/2019 à 18:14

@Supercastor

Où tape t-on sur ces films ? Cet article dresse un bilan, notamment dans le paysage du super-héros dans l'industrie. Il repasse sur toute la saga, qui a connu des hauts et bas.
Et on écrit clairement en quoi la saga a été écrasée d'un point de vue business par Marvel. On parle bien business, pas artistique. (On a critiqué suffisamment de Marvel pour ne pas être caricaturés en pro-ceci et anti-cela).

Un coup d'oeil à ce classement vous montrera qu'on aime, parfois beaucoup, pas mal de X-Men.
https://www.ecranlarge.com/films/dossier/1086956-x-men-classement-de-tous-les-films-de-la-saga-avant-dark-phoenix-du-pire-au-meilleur

Supercastor
07/06/2019 à 18:10

Je n'aime pas les films Marvel qui ont fait de la coolitude une marque de fabrique bien loin des comics originaux
Les franchises X Men et Batman qui ne sont pas coool sont largement meilleures
Je ne comprends pas cette propension d'Ecran large à taper de manière aussi stupide

Zanta
07/06/2019 à 16:19

Bon, après dix ans de suspense, il va finir par nous faire un super-héro movie, le Darren Aronofsky ?
Après tout, après Noé et Mother, il pourrait se renouveler et relancer une franchise.

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