Marvel : comment la saga X-Men a été tuée, puis avalée par Disney

Geoffrey Crété | 31 janvier 2022 - MAJ : 29/03/2022 14:24
Geoffrey Crété | 31 janvier 2022 - MAJ : 29/03/2022 14:24

X-Men : Apocalypse, ce soir à 21h15 sur TMC.

De X-Men à Dark Phoenix, de Wolverine à Magneto, de Bryan Singer à Matthew Vaughn, de Hugh Jackman à Jennifer Lawrence : retour sur la saga X-Men, centrale dans le paysage super-héroïque, et qui s'est écroulée malgré ses réussites historiques. 

Sept films de groupe entre le premier X-Men et X-Men : Dark Phoenix, trois autres centrés sur Hugh Jackman (X-Men Origins : WolverineWolverine : Le combat de l'immortel et Logan), sans oublier les liens avec Deadpool et les séries Legion et The Gifted : en 20 ans, la saga X-Men a marqué les esprits. Parfois en bien, avec des réussites et des victoires symboliques dans l'industrie. Parfois en mal, avec des productions désastreuses et des échecs lunaires.

Avec le rachat du studio 20th Century Fox par Disney en 2019, une page s'est tournée. Les mutants sont passés chez Mickey, avec beaucoup de questions en suspens puisque les X-Men reviendront bel et bien, mais personne ne sait encore quand, comment ni avec qui.

Et l'arrivée des X-Men chez Marvel est d'autant plus intéressante que les mutants ont pavé la voie pour les Avengers, à une époque où les films de super-héros étaient un peu oubliés et ringardisés. Ces mêmes mutants qui ont pourtant été peu à peu dépassés, puis écrasés par les concurrents. Un étrange paradoxe, et une bonne raison de se replonger dans la longue histoire des X-Men.

 

photo, Sophie Turner"Je vais les détruire par le feu"

 

1. (RE)NAISSANCE 

À l'aube du nouveau millénaire, le super-héros est une relique du passé. Dans l'ombre des Superman de Richard Donner ou des Batman de Tim Burton, le genre s'est perdu. Entre le kitsch des superproductions Batman & Robin et Batman Forever, et l'aura plus sombre de films à niche comme Spawn et Blade, plus grand monde ne prend ces super-héros au sérieux. Ni les spectateurs ni les studios.

X-Men arrive en 2000, comme un signe du ciel super-héroïque, mais le projet est développé depuis le milieu des années 80, et dans les starting-blocks depuis 1996. Il est passé entre les mains de James Cameron, Kathryn Bigelow, Joss Whedon, Robert Rodriguez ou encore Paul W.S. Anderson, a failli se faire chez Orion Pictures puis Carolco, et même chez Columbia quand Marvel songeait à revendre. Le succès de la série animée X-Men (de 92 à 97) a convaincu la Fox et la productrice Lauren Shuler Donner - qui restera sur la saga jusqu'à X-Men : Dark Phoenix et Les Nouveaux Mutants, même si elle a récemment déclaré ne plus être véritablement impliquée depuis Apocalypse.

 

photoÀ l'horizon : le futur

 

Au fil des versions, Angel, Juggernaut, les Sentinelles, Bolivar Trask, Jubilee ou encore le Phoenix sont invoqués. Wolverine, Charles Xavier, Jean Grey, Cyclope, Tornade et Magneto ont été des constantes. Bryan Singer signe dès 1996, poussé par le succès d'Usual Suspects. La prochaine bataille est celle des billets verts puisque la Fox veut limiter le budget à 75 millions (plus de 110 avec l'inflation). Beast, Pyro, Nightcrawler ou encore la Salle des dangers sont coupés, avec l'aval de Singer.

X-Men reste néanmoins un projet moyennement attractif à Hollywood, et un pari. Russell Crowe (Wolverine), Natalie Portman (Rogue), Helen Hunt (Jean Grey) auraient refusé, quand Dougray Scott (Wolverine) et Jim Caviezel (Cyclope) se seraient désistés. Pas grand monde n'y croit, mais suffisamment de personnes sont prêtes à miser dessus. Embêtée par Steven Spielberg qui a décidé de repousser Minority Report pour tourner A.I. : Intelligence artificielle, la Fox avance même la sortie à juin 2000 au lieu de décembre - soit trois mois seulement après la fin du tournage. Résultat : une post-production en quatrième vitesse, à tel point que le boss des effets spéciaux Mike Fink avouera être mécontent du résultat.

 

Photo Hugh JackmanLes griffes d'une vie

 

Le film sort en juillet 2000 sur plus de 3000 écrans aux États-Unis (plus que presque tous les précédents gros films de super-héros du genre). Le succès arrive vite : X-Men démarre premier, récolte de bonnes critiques, et encaisse plus de 296 millions dont 157 côté domestique. Il marque même quelques petits records à l'époque.

X-Men 2 est officialisé quatre mois après. Plusieurs scénarios, beaucoup de changements en cours de route (Sabretooth devait revenir, Angel et Beast devaient en être). La Salle des dangers et les Sentinelles sont une nouvelle fois coupés, et le rôle de Tornade est développé, Halle Berry ayant gagné un Oscar et une renommée fulgurante. Le budget grimpe jusqu'à environ 125 millions, et le succès n'en est que plus grand : plus de 407 millions dans le monde, dont près de 215 côté domestique.

Entre temps, la fièvre des super-héros a grimpé. Et si DaredevilHulk et Catwoman permettent aux deux films X-Men de briller encore plus, la menace a déjà un nom : Spider-Man. Sorti en 2002, le film de Sam Raimi écrase d'un coup les mutants, encaisse plus de 821 millions, se place instantanément comme un classique du genre, et annonce un futur compliqué. Déjà, le pouvoir change de camp.

 

photo, Ian McKellenCapter l'attention, et la garder

  

2. FREINAGE D'URGENCE

Le temps que X-Men : L'Affrontement final sorte en 2006, Hollywood s'est excité. De Hellboy à Les Indestructibles en passant par Les 4 Fantastiques, Elektra et The Punisher, le super-héros et les comics ont décollé. Mais il y a surtout eu Spider-Man 2 et Batman Begins : deux films majeurs, célébrés comme des références par le public et la critique, les fans et les néophytes.

Le succès des X-Men a ouvert le boulevard aux concurrents, les budgets ont explosé, Bryan Singer a quitté X-Men 3 pour Superman Returns chez la Warner (emportant avec lui ses scénaristes) : la Fox panique. Il n'y a alors qu'une vague ébauche, autour du retour de Jean Grey en Dark Phoenix, avec Emma Frost en antagoniste (à la place de Mastermind dans les comics en gros, et avec l'envie de caster Sigourney Weaver). 

C'est sûrement là que la saga commence à vriller. Les scénaristes (dont Simon Kinberg, qui deviendra un pilier de la saga) luttent pour garder ce Phoenix face au studio qui aime l'intrigue sur le vaccin, moins sombre. C'est alors une cascade de décisions : le Phoenix ne sera pas une force cosmique, car cet univers n'a rien de cosmique au cinéma ; l'histoire sera racontée non pas autour de Jean et Scott mais Jean et Wolverine, car Hugh Jackman est plus populaire et James Marsden n'est pas disponible (il tourne... Superman Returns) ; et certains mutants seront réservés à X-Men Origins : Wolverine alors en préparation. Le business prend le pas et possession de la saga, comme le Dark Phoenix de Jean Grey.

 

Photo Famke Janssen, Patrick StewartDans la tête des décideurs de la Fox 

  

Alors que les salaires sont renégociés puisque les acteurs n'avaient signé que pour une suite (vestige d'une autre époque, puisque désormais tout le monde signe pour un paquet de suites par principe), le contrat de Hugh Jackman lui donne un droit de regard sur le réalisateur. Ce n'est pas la seule raison à la valse de noms qui commence : Darren Aronofsky, Joss Whedon, Alex Proyas, Rob Bowman, Zack Snyder, Peter Berg... jusqu'à ce que Matthew Vaughn signe en mars 2005. Seulement deux mois avant le début du tournage, et avec une date de sortie calée en mai 2006.

Mais après plus de deux mois de préproduction, il quitte le navire, officiellement parce qu'il a réalisé qu'il ne pouvait pas se permettre de quitter sa famille le temps du tournage - il admettra plus tard qu'il a surtout compris que les délais étaient impossibles à tenir.

 

Photo Ian McKellen, Patrick StewartMission : reprendre le contrôle de Jean... et la saga ?

 

Brett Ratner, qui avait failli de loin réaliser le premier X-Men et même un Superman pour la Warner (Hollywood, cette consanguinité industrielle), est engagé en juin. Le tournage est repoussé à août et se termine en janvier 2006. Trois mois avant la sortie, comme pour le premier opus. Sauf que cet épisode coûte quasiment trois fois plus cher (210 millions, sans compter le marketing qui a grimpé en flèche), et qu'entre temps les attentes autour des super-héros ont explosé.

X-Men : L'Affrontement final est une première fracture. Côté box-office, c'est un succès avec près de 460 millions. Mais c'est le premier film à être rejeté en grande partie par la critique et les fans. L'année d'après, Spider-Man 3 suivra une trajectoire similaire. Le vent a tourné, le business a dévoré les héros et les faiseurs.

En 2009, X-Men Origins : Wolverine, spin-off dédié à Hugh Jackman et lancé en parallèle de X-Men 3, le confirme. 150 millions de budget et 373 au box-office, une critique assassine, un ratage devenu un running gag depuis... Quelque chose doit changer. Il faut s'adapter pour survivre.

 

photo, Hugh JackmanSortir les griffes, les vraies

 

3. RÉTRO-REDÉMARRAGE 

Si l'idée d'un prequel était évoquée depuis quelques années, nul doute que l'accueil réservé à X-Men : L'Affrontement final et X-Men Origins : Wolverine a ravivé les discussions. La fuite vers l'avant sera cette fois vers l'arrière : après avoir lancé un X-Men Origins : Magneto (construit en flashbacks et avec Ian McKellen), finalement enterré après le succès en demi-teinte de Wolverine, Bryan Singer revient en 2009 vers ses mutants. Le bide de Superman Returns ayant peut-être été un facteur.

L'idée est alors de revenir sur l'amitié de Charles et Erik, jeunes, dans les années 60. Singer encadre le développement d'un projet qu'il compte réaliser, avant de s'envoler vers Jack, le chasseur de géants en 2010. Il reste producteur. Et si Matthew Vaughn a planté X-Men 3 au dernier moment, il a aussi réalisé Kick-Ass, succès-surprise la même année. Il signe très vite, ravi de pouvoir cette fois prendre possession de l'univers, tout neuf. Il vire le triangle amoureux entre Erik, Charles et Moira, enlève le personnage de Sunspot et n'hésite pas à couper une scène qui ressemble à Inception, sorti entre temps. L'intention est claire : ouvrir les portes d'une renaissance de la franchise.

Une renaissance très douce. Le budget a baissé (environ 150 millions), mais le box-office aussi (354 millions), marquant alors le plus petit score de la saga depuis le premier opus. Mais c'est un retour en forme tant le film est bien accueilli, et encore considéré comme l'un des meilleurs épisodes.

 

Photo Michael FassbenderRaviver la flamme, à n'importe quel prix

 

En parallèle, la suite teasée de X-Men Origins : Wolverine a des soucis. Si Darren Aronofsky accepte le job comme dans un rêve fin 2010, c'est pour l'abandonner après quelques mois... avec la même raison officielle que Vaughn lorsqu'il a quitté X-Men 3. L'annonce en fanfare d'un film différent et audacieux s'écroule. Le tournage est décalé pour diverses raisons, et après plusieurs pistes (Guillermo del Toro a refusé après avoir rencontré les producteurs), James Mangold est finalement engagé. Wolverine : Le combat de l'immortel redresse un peu la barre en 2013 avec près de 415 millions de dollars au box-office (pour un budget moindre de 120 millions). C'est aussi le premier film de la saga à sortir en 3D.

Mais le vrai événement viendra l'année d'après avec X-Men : Days of Future Past. Matthew Vaughn avait écrit un premier jet de cette histoire majeure des comics, avec un plan de trilogie en tête : d'abord une suite à First Class avec un nouveau Wolverine, puis le grand voyage dans le temps en apothéose. Mais la Fox aime tellement DOFP que ce film passe en priorité.

L'explication est simple : réunir tous les personnages dans un tel événement est un gros coup, qui permet à la saga de passer un palier. Avengers a cartonné en 2012 avec la promesse d'une grande réunion qui a excité le public, le MCU semble inarrêtable, DC prépare Batman v Superman : L’Aube de la justice, et la Fox a conscience que la formule X-Men doit être pimentée. Il faut un giga-événement.

 

photo, James McAvoy, Patrick StewartRencontre au sommet et joker joué

 

Bryan Singer doit produire et Vaughn, réaliser, mais fin 2012, ce dernier quitte finalement le film - encore. Sachant qu'il avait aussi failli quitter X-Men : Le Commencement avant de changer d'avis, il y a de quoi rire. Singer reprend le job très vite, créant des rumeurs de lutte en coulisses. C'est presque un juste retour des choses, puisque Vaughn avait réalisé Le Commencement que Singer avait commencé à écrire.

Days of Future Past sera donc le point d'orgue de la saga : budget de 200 millions, réunion des deux timelines pour les réconcilier et balayer l'idée peu assumée de reboot, réunion de tous les acteurs superstars d'hier et d'aujourd'hui, et succès énorme au box-office avec près de 748 millions dans le monde. C'est à ce jour le plus gros score de la saga.

À l'écran, les héros doivent sauver leur futur, qui menace de s'écrouler face aux Sentinelles, des ennemis terrifiants qui s'adaptent, capables d'absorber leurs pouvoirs pour les anéantir. C'est à peu près la même chose pour la Fox, qui affronte des studios qui ont repris et amélioré (au moins côté business) la formule du super-héros, et menace désormais de les engloutir.

 

photo, James McAvoyEn route vers le futur antérieur et le passé pas simple

 

4. DÉRAPAGES MORTELS

Comme entre X-Men 2 et L'Affrontement final, c'est une trop grande confiance et un désir aveugle de se positionner sur le marché qui ont remis la saga dans le mur. À tel point que X-Men : Apocalypse a été annoncé avant même la sortie de DOFP, chose logique puisque le mutant Apocalypse apparaît dans la scène post-générique - cet outil que Marvel utilise, et qui est donc un gimmick à reprendre.

Conclusion des six films mais potentielle renaissance autour des super-héros jeunes, retour de personnages majeurs (Jean Grey, Cyclope, Tornade) au premier plan, et même du fan service avec Wolverine : l'ambition est là. Que ce soit le premier film de la saga à réellement se déployer sur le monde (un climax en Égypte, des scènes à la Roland Emmerich de bâtiments détruits à travers le monde), indique bien que le studio compte ici jouer dans la cour des grands. Le temps de la parlotte, du sous-texte social et politique, est loin. Il faut tout casser, brûler, détruire, et gonfler le budget CGI.

 

afficheJPP tuez-moi cette saga

 

Car au fil des années, les X-Men font pâle figure, au box-office et en termes de popularité. Marvel leur a même piqué Quicksilver dans Avengers : L'Ère d'Ultron, suite à une dure négociation qui empêche notamment le MCU de parler de mutants et de Magneto. Le territoire devient difficile à défendre, surtout face à l'industrie Marvel qui occupe les écrans une fois ou deux chaque année, et a explosé dans Avengers premier du nom en 2012.

La panique est réelle, avec Sony qui reboote Peter Parker dans The Amazing Spider-Man, DC qui reboote Superman et Batman, et des moments noirs comme Green Lantern ou Les 4 Fantastiques qui rappellent que le précipice n'est jamais loin.

 

photo, Aaron Taylor-JohnsonUn petit quickie en passant

 

Revenu pour la quatrième fois derrière la caméra mutante, Bryan Singer repousse la saga dans un coin. Malgré un gros budget (environ 180 millions), une équipe en or et le vent de DOFP dans les voiles, X-Men : Apocalypse encaisse "seulement" 544 millions au box-office, dont 155 côté domestique. C'est très loin des 748 de DOFP et avec la critique une nouvelle fois très dure, c'est la preuve que l'univers menace toujours de s'écrouler.

Ce qui pose un réel problème après 16 ans et 8 films. Où est la fidélité du public, la solidité de la marque ?

Que Logan sorte un an après n'arrange pas les choses. Le dernier tour de piste de Hugh Jackman est plus un film à part qu'une suite aux précédents volets, et ce à tous les niveaux. Rated R pour sa violence, vendu comme une sorte de western désolé, situé dans un futur noir où les mutants ont quasi tous disparus, avec un Wolverine vieillissant et usé, et un Charles Xavier dont la flamme s'est éteint : le film de James Mangold est l'ultime frontière.

 

Photo Hugh Jackman, Patrick StewartLa fin, pure et dure

 

Comment avancer après un film qui enterre les héros, et symboliquement toute la saga ? Et qui a paradé en prenant ses distances avec les autres films, comme pour enfoncer le couteau dans la plaie ? Le très beau score au box-office (près de 620 millions, pour un budget d'environ 120, soit l'un des plus gros succès de la franchise) et l'accueil particulièrement positif, achèvent de faire de ce film crépusculaire, qui n'a quasi plus rien de super-héroïque, un chant du cygne lourd de sens.

Le phénomène Deadpool, qui encadre Logan dans les salles, met encore plus en lumière la schizophrénie de cet univers. Entre le premier et le troisième degré, le solennel et le meta, les X-Men avancent à l'aveugle. Deadpool croise des mutants déjà vus dans la saga d'origine, visite la X-Mansion et croise quelques héros majeurs, et participe même à la blague collective en tuant son alter ego dans X-Men Origins : Wolverine. Dans le rire, les larmes et les extrêmes, la saga vibre pour le public. Mais au milieu, beaucoup moins.

 

PhotoQuand le sale gosse est pris en flagrant délit 

 

5. MOURIR, ENCORE

Puisque personne n'assume vraiment X-Men : L'Affrontement final et que Days of Future Past a redémarré l'univers, pourquoi ne pas revenir vers ce Dark Phoenix, si majeur dans les comics ? Et pourquoi ne pas le redonner à Simon Kinberg, coscénariste de ce X-Men 3 qu'il renie depuis ? Que la Fox lui confie finalement la réalisation, pour la première fois de sa carrière, est le dernier signal inquiétant.

À ce stade, la saga est à un moment charnière. Les contrats de James McAvoy, Michael Fassbender, Nicholas Hoult et Jennifer Lawrence sont finis, et l'interprète de Mystique (énorme levier promo vu sa popularité) a déjà annoncé que c'en était fini pour elle. Et pour préparer le futur dans tous les cas, le studio veut miser sur de nouveaux visages présentés dans Apocalypse (Sophie Turner en Jean Grey, Tye Sheridan en Cyclope, Alexandra Shipp en Tornade et Kodi Smit-McPhee en Nightcrawler).

 

Photo Jennifer Lawrence"Je vous assure que c'est super"

 

Apocalypse a clairement teasé l'avènement du Phoenix, si bien que la prochaine étape est claire. Et très vite, les étoiles s'alignent : Kinberg sera réalisateur, tous les acteurs reviennent, le nom de Jessica Chastain sort pour incarner la méchante, et la Fox annonce Dark Phoenix pour novembre 2018.

Sauf que rien ne se passe comme prév. Emporté dans le retour des scandales sexuels, Bryan Singer se voit retirer son crédit de producteur en juin 2018, tandis que l'équipe prend officiellement ses distances en affirmant qu'il n'a rien à voir avec le film. La date de sortie est repoussée à février puis juin 2019. Et surtout, dès novembre 2017 flotte la rumeur d'un rachat du catalogue de la Fox par Disney.

 

photo, Sophie TurnerTout brûler, et mourir

 

Tandis que X-Men : Dark Phoenix est en tournage (de juin à octobre 2017), la folle rumeur devient un projet sérieux. Quand le film repart en tournage en août 2018 pour des reshoots plus ou moins longs, la situation est très claire : Disney va bien racheter les licences de la Fox, pour 71 milliards et quelques.

Qui peut alors établir sérieusement la chronologie des événements en coulisses, entre la décision de repousser la sortie (évitant ainsi Captain Marvel en mars 2019), réécrire le troisième acte (là encore à cause de Captain Marvel a priori), assurer des reshoots normaux pour ce type de film (en prenant en compte les agendas des acteurs, très occupés), et la nécessité de conclure dignement le film avant la mort par Mickey ? D'autant que les plans d'un film en deux parties ont été enterrés par la Fox, sans que Mickey n'y joue un rôle. 

Bien avant la sortie de Dark Phoenix, Kinberg déclarait que c'était dans ses rêves le début d'une nouvelle ère X-Men, avec d'autres films autour des jeunes héros. Mais tout a changé avec l'arrivée de Disney dans l'équation, les mutants étant destinés à intégrer le MCU et croiser les Avengers comme dans les comics, et donc à être rebootés. Kinberg affirme être en paix avec ce futur, et la fin de la saga X-Men/Fox, et le producteur Hutch Parker sous-entend même que cette conclusion était prévue comme ça. La langue de bois : super-pouvoir hollywoodien par excellence.

 

photoEnterrer la franchise

 

6. TUER POUR MIEUX RÉGNER

Autre victime collatérale du rachat par Mickey : Les Nouveaux Mutants, tourné lui aussi en 2017. Censé sortir en avril 2018, puis février 2019 (pour éviter Deadpool 2), puis août 2019 (pour éviter Dark Phoenix), il a été catapulté en avril 2020 après le rachat par Disney. La pandémie est ensuite arrivée, et la sortie a encore été repoussée, à l'été.

Avec en plus des rumeurs plus ou moins toutes confirmées sur des reshoots lourds et un film massacré au montage, Les Nouveaux Mutants est devenu le clou dans le cercueil des X-Men sous la bannière Fox. Sans surprise, le film au budget estimé à 70-80 millions a été un échec, avec moins de 50 millions au box-office. Les plans de suite voire de trilogie ont naturellement été vite oubliés, en silence. Même la scène post-générique avec Antonio Banderas a été coupée, le réalisateur Josh Boone estimant que c'était inutile vu qu'il n'y aurait rien après.

Disney a t-il sacrifié ce film gênant mais impossible à enterrer (une sortie cinéma était apparemment obligatoire) ? Possible. Mais le studio est aussi le coupable idéal, surtout depuis que le MCU domine l'industrie et que Mickey a récupéré une saga aussi énorme que Star Wars. Après tout, la Fox n'avait eu besoin de personne pour massacrer Les 4 Fantastiques ou (mal) gérer ainsi la saga X-Men. Difficile d'imaginer que Dark Phoenix et Les Nouveaux mutants étaient merveilleux, et que Mickey a tout saccagé.

 

photo, Anya Taylor-JoyRendez-vous en enfer

 

Bien avant l'irruption de Mickey, la franchise X-Men s'était perdue. Combien de fois l'affrontement entre Charles et Erik a-t-il été joué ? Combien de fois Magneto a-t-il été "le méchant" avant de passer dans le camp des gentils ? Combien de scènes ont-elles été reprises (Quicksilver héroïque, Mystique qui s'infiltre dans un bureau d'une manière tristement similaire dans X-Men 2 et X-Men : Days of Future Past) ? Combien de films ont-ils été quasi reniés par l'équipe après coup (deux ou trois sur onze, au minimum) ?

Après la fin de Legion au bout de trois saisons, et l'annulation de The Gifted, tout était terminé. Les mutants ont évité la mort par les Sentinelles dans DOFP, mais n'auront pu échapper au temps et au business.

 

photo, Famke Janssen, Halle BerryAnnée du décès : juin 2019

 

7. BIENVENUE À LA MAISON-DISNEY

Que la saga n'ait jamais atteint le milliard au box-office (le sommet reste DOFP avec environ 748 millions) est un témoin de ses limites. Marvel y est arrivé en 6 films et 4 ans avec Avengers, DC en 6 films et 5 ans avec Aquaman. Les X-Men ? Jamais, même avec leurs 12 films en presque 20 ans. Dans l'industrie, la reconnaissance a été limitée aussi : deux nominations aux Oscars (les effets spéciaux de DOFP et surtout le scénario adapté de Logan), là où Marvel et DC en ont récolté à foison, et même gagnés. 

En 2000, X-Men a pavé la voie, désencombré un chemin sali par les années 90, et montré la voie à suivre. La concurrence s'y est engouffrée, quitte à piétiner ces mutants. Presque deux décennies après, les X-Men se sont éteints.

Retour de flamme ultime : ils ont été ingérés par Marvel Studios, qui n'aurait certainement jamais pu décoller sans eux.

 

photoBientôt sur vos écrans, perdus dans la foule du MCU

 

Reste à savoir comment la suite de l'histoire sera écrite chez Disney. Un nouveau film X-Men a déjà été annoncé, mais n'arrivera certainement pas avant 2023-2024. La Phase 4 occupe tout 2021 et 2022, avec notamment Les Éternels, Doctor Strange in the Multiverse of Madness, Captain Marvel 2 alias The Marvels, et Thor : Love and Thunder. Viendront ensuite le tour de Black Panther 2, Ant-Man 3, Les Gardiens de la galaxie 3, Captain America 4. Et au milieu, de nouveaux visages, comme celui de Blade.

Un nouveau film Les 4 Fantastiques est officiellement dans les tuyaux, à l'horizon 2023-2024. Les mutants seront-ils teasés avant ça ? Comment seront-ils intégrés à l'univers des Avengers ? Comment leur absence jusque là sera t-elle expliquée ? Bon courage à Marvel pour gérer cette galaxie super-héroïque ; et au public, pour affronter cette invasion de plus en plus folle et vertigineuse.

Tout savoir sur Marvel

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.
Vous aimerez aussi
commentaires
Pseudonaze
02/02/2022 à 04:45

Voici en exclusivité le prochain casting des nouveaux X-men: Katsuni, Eva Addams, Rocco Siffredi, Nacho Vidal...
Ce sera bourré d'action !!

Pseudonaze
01/02/2022 à 22:30

Le DCEU a remporté des Oscars ? Ah bon je l'ignorais... si vous évoquez les 2 Oscars de Joker (meilleur acteur et meilleure musique) il faut préciser qu'il s'agit bien d'un film estampillé DC mais qu'il ne fait pas du tout partie du DCEU qui est composé de MOS, BvS, WW, Suicide Squad, Shazam, Aquaman, Justice League (pour rester polis on désigne la version Zack Snyder et on occulte la Josstice League) et enfin bientôt le film Flash.

Logan Howlett
01/02/2022 à 14:30

Ces films restent quand même bien meilleurs que tout ce qu'a fait le MCU depuis 2008.

Kyle Reese
01/02/2022 à 13:32

@johnmurdoch

+200% même si j'ai tout de même apprécié les 1er du fait de voir mes premiers super héro lu dans des comics sur grand écran traité de manière assez adultes à l'époque. Il y a tout de même du bon au niveau du traitement de Xavier et de Magneto, avec un excellent choix de casting que ce soit dans la première trilogie mais aussi dans le préquel et sa suite.

Kyle Reese
01/02/2022 à 13:27

Tient je suis tombé par hasard sur la fin de X-men Apocalypse hier que je crois avoir plutôt moyennement aimé bien à sa sortie. Je devais surement être plus indulgent à l'époque.
Que c'est lourd et plutôt inconsistant avec toutes ces destructions massives inutiles qui ne font absolument pas avancer l'histoire ni quoique ce soit d'ailleurs. Peu d'émotions des combats pas jojo. Un Oscar Isaac qui fait se qu'il peut dans son costume rigide mais qui ne dégage pas grand chose. C'est long, ennuyeux, et voir Mystic/Jennifer Lawrence très mal peinturluré en leader des x-men ... en effet ça coince. Comme Alexor le fait d'avoir tout mélangé au niveau de la hiérarchie des personnages, depuis le début, et de leur place par rapport aux anciens comics fait vraiment bizarre.
J'espère que Marvel reprendra l'histoire à la base en adaptant le début des Nouveaux X-Men, évidement c'est un souhait perso puisque je les ai découvert dans cette configuration.
Mais comment expliquer qu'ils ne soient jamais intervenu lors des attaques de la terre par Thanos ... Docteur Strange à la rescousse ?

Sinon j'aime toujours bien les 2 premiers, ainsi que le préquel et sa suite.

johnmurdoch
01/02/2022 à 13:25

Le titre aurait pu être : "Comment la saga cinématographique X-men a été tuée dans l'oeuf en n'ayant d'X-men que le nom". Je ne suis pas un lecteur assidu de comics mais j'ai été marqué par les X-men dont je connais bien la période Claremont/Byrne et un peu Claremont/Lee.
Soyons objectifs : déjà, le casting ne correspond pas (rien que Wolvie est censé être petit et trapu, pas un grand bg à la Jackman). Le background des personnages, leurs pouvoirs et les histoires en général sont réécrits presque en totalité. Je n'ai pas revu les films depuis des années mais quelques exemples me reviennent spontanément : des persos sont absents ou apparaissent tardivement dans l'époque contemporaine, certains n'ont rien à faire dans X-men : Le commencement, d'autres - pourtant importants - ne font que de la figu ; la team est décomposée/recomposée n'importe comment en ne suivant pas la chronologie originelle (1ère équipe de 1963, Génèse mutante de 75 ou Génèse mutante 2.0 de 91 pour ne citer qu'elles) ; Raven n'a jamais été la "soeur adoptive" de Xavier ; il faut attendre trois films pour voir Colossus en piste (teasé dans X-2) et cinq pour voir Iceberg tout de glace et surfer ; le révérend du superbe graphic novel "Dieu crée l'homme détruit" devient le manichéen colonel Stryker tout en le "fusionnant au projet Arme X" dans X-2 ; son fils, Jason Stryker, est une vulgaire transposition du Cerveau ; le club des damnés parachuté dans les sixties, la partie nippone de Logan et Days of future past n'ont simplement rien à voir avec leurs runs respectifs ou bien le triangle amoureux Scott/Jean/Logan (en filigrane depuis des décennies de comics avec une certaine émotion) est résumé à quelques lignes de dialogues dans la première trilogie ciné.
Les costumes auraient très bien pu être adaptés/modernisés sans passer par l'unité/sobriété "cuir noir" de Singer (voir la scène coupée de Wolverine 2 où Yukio remet à Logan son fameux costume moutarde/marron qui est loin d'être ridicule).
Ce qui me fait particulièrement tiquer c'est que "l'esprit d'équipe" couplé aux petits soucis persos de chacun des membres (avec un côté soap) primait dans les comics. Au ciné, c'est plutôt les aventures de "Hugh Jackman & ses X-traordinaires compagnons" avec un Cyclope, chef de groupe, complètement passé à la trappe.
Et que dire des scènes de combat ? Je n'ai pas vu Wolverine Origins, Apocalypse et Dark Phoenix (trop saoulé par le massacre des précédents films) mais observez : la plupart des combats sont en réalité des "duels" (particulièrement choquant dans X-1 et X-2). Quid des "combos de pouvoirs" avec des attaques de mêlées ? Tout le monde crache sur X-3 mais c'est l'un des rares films où l'on en a un aperçu avec TOUS les X-men alignés qui foncent dans le tas (ça me rappelle le générique de l'animé des 90' d'ailleurs) et avec un semblant de "stratégie collective" (pour choper le casque de Magnéto et lui planter une seringue). Je ne parle même pas des sentinelles qui aurait dû faire plusieurs dizaines de mètres de haut avec des combats urbains titanesques contre les X-men. Bref, le jeu des sept différences est dépassé depuis (trop) longtemps... :'-(

Vous excuserez mon côté puriste mais la vraie question est : "Pourquoi transformer complètement des persos et des histoires qui fonctionnent sur le papier 'en moins bien' lors de leur adaptation à l'écran ?" J'entends le "travail d'adaptation" comme j'entends qu'il y ait "quelques entorses" au matériau originel. Mais quand, par comparaison, l'adaptation est inférieure à l'original, cela demeure problématique (même remarque pour la postlogie Star Wars. Pour avoir bouffé pas mal de comics et romans de l'Univers étendu pré-reboot Disney, faut admettre qu'ils sont 10 fois meilleurs que ce qu'Abrams et Johnson nous ont pondu).
Je ne suis pas particulièrement fan du MCU souffrant parfois des mêmes "problèmes de fidélité" et d'une qualité en dents de scie mais je dis 1000X oui au reboot X-men à venir. Il ne peut être que plus émouvant et plus spectaculaire que ce que nous avons eu jusqu'à présent pour peu qu'il y ait plus de respect de l'oeuvre originale...

alexor
01/02/2022 à 10:58

Ils se sont tués tout seul , la fox n'a fais que de la merde à part les 2 premiers x-men .
Mais voir Malicia chef des x-men c'était débile , ils n'ont pas eu assez de respect du matériel source et à part wolverine xavier tout le reste des persos ne correspondaient en rien à leur version papier et puis vas y que je mélange tout à ma sauce . Bref je rêve de voir la version MARVEL des x-men bye bye la fox

Kouak
01/02/2022 à 00:40

Bonne nuit,
les x- men referont surface quand ils se décideront à adapter le crossover "les guerres secrètes", avec le Beyonder...
C'est à dire " pas demain la veille"...
Et s'ils étaient pas trop bêtes, ils en profiteraient pour expliquer les " origines" du symbiote Venom... Et la raison de sa présence sur battleworld... Mais je pense que pour ça c'est déjà cuit, à la vue de la scène post- générique du dernier Spidey...
Ya plus qu'à attendre les frères Russo ou autres pour adapter cette saga...
Je crois que ce sont eux qui ont manifesté le plus d'intérêts pour finaliser un tel projet...
S'il doit se concrétiser un jour...
J'y crois pas beaucoup...
Bref...

Selene
01/02/2022 à 00:01

Personnellement, je les aime tous, je viens tout les collectionner en 4K. on ne peut pas tout avoir de positif ou négative dans vie, l'important, c'est avoir du plaisir qu'il existe.

Days of the Fox passed
27/09/2021 à 20:20

En faisant du cinéma fiction on imagine ce qui se serait passé si
Pour xmen après le départ de Singer, la Fox avait pris du recul ; crée une suite en 2 volets avec un réalisateur de grand calibre et un calendrier a l’avenant. on peut dire que le chef d’œuvre était a porté de main
De même pour Spiderman on imagine que Sony fasse une pause peaufine le scénario avec Raimi
Bref au lieu d’être patients et méthodiques les studios ont misé le court terme et le profit immédiat et ont coupé la branche

Plus
votre commentaire