Marvel : comment la saga X-Men a été tuée, puis avalée par Disney

Geoffrey Crété | 26 septembre 2021
Geoffrey Crété | 26 septembre 2021

De X-Men à Dark Phoenix, de Wolverine à Magneto, de Bryan Singer à Matthew Vaughn, de Hugh Jackman à Jennifer Lawrence : retour sur la saga X-Men, centrale dans le paysage super-héroïque, et qui s'est écroulée malgré ses réussites historiques.

Sept films de groupe entre le premier X-Men et X-Men : Dark Phoenix, trois autres centrés sur Hugh Jackman (X-Men Origins : WolverineWolverine : Le combat de l'immortel et Logan), sans oublier les liens avec Deadpool et les séries Legion et The Gifted : en 20 ans, la saga X-Men a marqué les esprits. Parfois en bien, avec des réussites et des victoires symboliques dans l'industrie. Parfois en mal, avec des productions désastreuses et des échecs lunaires.

Avec le rachat du studio 20th Century Fox par Disney en 2019, une page s'est tournée. Les mutants sont passés chez Mickey, avec beaucoup de questions en suspens puisque les X-Men reviendront bel et bien, mais personne ne sait encore quand, comment ni avec qui.

Et l'arrivée des X-Men chez Marvel est d'autant plus intéressante que les mutants ont pavé la voie pour les Avengers, à une époque où les films de super-héros étaient un peu oubliés et ringardisés. Ces mêmes mutants qui ont pourtant été peu à peu dépassés, puis écrasés par les concurrents. Un étrange paradoxe, et une bonne raison de se replonger dans la longue histoire des X-Men.

 

photo, Sophie Turner"Je vais les détruire par le feu"

 

1. (RE)NAISSANCE 

À l'aube du nouveau millénaire, le super-héros est une relique du passé. Dans l'ombre des Superman de Richard Donner ou des Batman de Tim Burton, le genre s'est perdu. Entre le kitsch des superproductions Batman & Robin et Batman Forever, et l'aura plus sombre de films à niche comme Spawn et Blade, plus grand monde ne prend ces super-héros au sérieux. Ni les spectateurs ni les studios.

X-Men arrive en 2000, comme un signe du ciel super-héroïque, mais le projet est développé depuis le milieu des années 80, et dans les starting-blocks depuis 1996. Il est passé entre les mains de James Cameron, Kathryn Bigelow, Joss Whedon, Robert Rodriguez ou encore Paul W.S. Anderson, a failli se faire chez Orion Pictures puis Carolco, et même chez Columbia quand Marvel songeait à revendre. Le succès de la série animée X-Men (de 92 à 97) a convaincu la Fox et la productrice Lauren Shuler Donner - qui restera sur la saga jusqu'à X-Men : Dark Phoenix et Les Nouveaux Mutants, même si elle a récemment déclaré ne plus être véritablement impliquée depuis Apocalypse.

 

photoÀ l'horizon : le futur

 

Au fil des versions, Angel, Juggernaut, les Sentinelles, Bolivar Trask, Jubilee ou encore le Phoenix sont invoqués. Wolverine, Charles Xavier, Jean Grey, Cyclope, Tornade et Magneto ont été des constantes. Bryan Singer signe dès 1996, poussé par le succès d'Usual Suspects. La prochaine bataille est celle des billets verts puisque la Fox veut limiter le budget à 75 millions (plus de 110 avec l'inflation). Beast, Pyro, Nightcrawler ou encore la Salle des dangers sont coupés, avec l'aval de Singer.

X-Men reste néanmoins un projet moyennement attractif à Hollywood, et un pari. Russell Crowe (Wolverine), Natalie Portman (Rogue), Helen Hunt (Jean Grey) auraient refusé, quand Dougray Scott (Wolverine) et Jim Caviezel (Cyclope) se seraient désistés. Pas grand monde n'y croit, mais suffisamment de personnes sont prêtes à miser dessus. Embêtée par Steven Spielberg qui a décidé de repousser Minority Report pour tourner A.I. : Intelligence artificielle, la Fox avance même la sortie à juin 2000 au lieu de décembre - soit trois mois seulement après la fin du tournage. Résultat : une post-production en quatrième vitesse, à tel point que le boss des effets spéciaux Mike Fink avouera être mécontent du résultat.

 

Photo Hugh JackmanLes griffes d'une vie

 

Le film sort en juillet 2000 sur plus de 3000 écrans aux États-Unis (plus que presque tous les précédents gros films de super-héros du genre). Le succès arrive vite : X-Men démarre premier, récolte de bonnes critiques, et encaisse plus de 296 millions dont 157 côté domestique. Il marque même quelques petits records à l'époque.

X-Men 2 est officialisé quatre mois après. Plusieurs scénarios, beaucoup de changements en cours de route (Sabretooth devait revenir, Angel et Beast devaient en être). La Salle des dangers et les Sentinelles sont une nouvelle fois coupés, et le rôle de Tornade est développé, Halle Berry ayant gagné un Oscar et une renommée fulgurante. Le budget grimpe jusqu'à environ 125 millions, et le succès n'en est que plus grand : plus de 407 millions dans le monde, dont près de 215 côté domestique.

Entre temps, la fièvre des super-héros a grimpé. Et si DaredevilHulk et Catwoman permettent aux deux films X-Men de briller encore plus, la menace a déjà un nom : Spider-Man. Sorti en 2002, le film de Sam Raimi écrase d'un coup les mutants, encaisse plus de 821 millions, se place instantanément comme un classique du genre, et annonce un futur compliqué. Déjà, le pouvoir change de camp.

 

photo, Ian McKellenCapter l'attention, et la garder

  

2. FREINAGE D'URGENCE

Le temps que X-Men : L'Affrontement final sorte en 2006, Hollywood s'est excité. De Hellboy à Les Indestructibles en passant par Les 4 Fantastiques, Elektra et The Punisher, le super-héros et les comics ont décollé. Mais il y a surtout eu Spider-Man 2 et Batman Begins : deux films majeurs, célébrés comme des références par le public et la critique, les fans et les néophytes.

Le succès des X-Men a ouvert le boulevard aux concurrents, les budgets ont explosé, Bryan Singer a quitté X-Men 3 pour Superman Returns chez la Warner (emportant avec lui ses scénaristes) : la Fox panique. Il n'y a alors qu'une vague ébauche, autour du retour de Jean Grey en Dark Phoenix, avec Emma Frost en antagoniste (à la place de Mastermind dans les comics en gros, et avec l'envie de caster Sigourney Weaver). 

C'est sûrement là que la saga commence à vriller. Les scénaristes (dont Simon Kinberg, qui deviendra un pilier de la saga) luttent pour garder ce Phoenix face au studio qui aime l'intrigue sur le vaccin, moins sombre. C'est alors une cascade de décisions : le Phoenix ne sera pas une force cosmique, car cet univers n'a rien de cosmique au cinéma ; l'histoire sera racontée non pas autour de Jean et Scott mais Jean et Wolverine, car Hugh Jackman est plus populaire et James Marsden n'est pas disponible (il tourne... Superman Returns) ; et certains mutants seront réservés à X-Men Origins : Wolverine alors en préparation. Le business prend le pas et possession de la saga, comme le Dark Phoenix de Jean Grey.

 

Photo Famke Janssen, Patrick StewartDans la tête des décideurs de la Fox 

  

Alors que les salaires sont renégociés puisque les acteurs n'avaient signé que pour une suite (vestige d'une autre époque, puisque désormais tout le monde signe pour un paquet de suites par principe), le contrat de Hugh Jackman lui donne un droit de regard sur le réalisateur. Ce n'est pas la seule raison à la valse de noms qui commence : Darren Aronofsky, Joss Whedon, Alex Proyas, Rob Bowman, Zack Snyder, Peter Berg... jusqu'à ce que Matthew Vaughn signe en mars 2005. Seulement deux mois avant le début du tournage, et avec une date de sortie calée en mai 2006.

Mais après plus de deux mois de préproduction, il quitte le navire, officiellement parce qu'il a réalisé qu'il ne pouvait pas se permettre de quitter sa famille le temps du tournage - il admettra plus tard qu'il a surtout compris que les délais étaient impossibles à tenir.

 

Photo Ian McKellen, Patrick StewartMission : reprendre le contrôle de Jean... et la saga ?

 

Brett Ratner, qui avait failli de loin réaliser le premier X-Men et même un Superman pour la Warner (Hollywood, cette consanguinité industrielle), est engagé en juin. Le tournage est repoussé à août et se termine en janvier 2006. Trois mois avant la sortie, comme pour le premier opus. Sauf que cet épisode coûte quasiment trois fois plus cher (210 millions, sans compter le marketing qui a grimpé en flèche), et qu'entre temps les attentes autour des super-héros ont explosé.

X-Men : L'Affrontement final est une première fracture. Côté box-office, c'est un succès avec près de 460 millions. Mais c'est le premier film à être rejeté en grande partie par la critique et les fans. L'année d'après, Spider-Man 3 suivra une trajectoire similaire. Le vent a tourné, le business a dévoré les héros et les faiseurs.

En 2009, X-Men Origins : Wolverine, spin-off dédié à Hugh Jackman et lancé en parallèle de X-Men 3, le confirme. 150 millions de budget et 373 au box-office, une critique assassine, un ratage devenu un running gag depuis... Quelque chose doit changer. Il faut s'adapter pour survivre.

 

photo, Hugh JackmanSortir les griffes, les vraies

 

3. RÉTRO-REDÉMARRAGE 

Si l'idée d'un prequel était évoquée depuis quelques années, nul doute que l'accueil réservé à X-Men : L'Affrontement final et X-Men Origins : Wolverine a ravivé les discussions. La fuite vers l'avant sera cette fois vers l'arrière : après avoir lancé un X-Men Origins : Magneto (construit en flashbacks et avec Ian McKellen), finalement enterré après le succès en demi-teinte de Wolverine, Bryan Singer revient en 2009 vers ses mutants. Le bide de Superman Returns ayant peut-être été un facteur.

L'idée est alors de revenir sur l'amitié de Charles et Erik, jeunes, dans les années 60. Singer encadre le développement d'un projet qu'il compte réaliser, avant de s'envoler vers Jack, le chasseur de géants en 2010. Il reste producteur. Et si Matthew Vaughn a planté X-Men 3 au dernier moment, il a aussi réalisé Kick-Ass, succès-surprise la même année. Il signe très vite, ravi de pouvoir cette fois prendre possession de l'univers, tout neuf. Il vire le triangle amoureux entre Erik, Charles et Moira, enlève le personnage de Sunspot et n'hésite pas à couper une scène qui ressemble à Inception, sorti entre temps. L'intention est claire : ouvrir les portes d'une renaissance de la franchise.

Une renaissance très douce. Le budget a baissé (environ 150 millions), mais le box-office aussi (354 millions), marquant alors le plus petit score de la saga depuis le premier opus. Mais c'est un retour en forme tant le film est bien accueilli, et encore considéré comme l'un des meilleurs épisodes.

 

Photo Michael FassbenderRaviver la flamme, à n'importe quel prix

 

En parallèle, la suite teasée de X-Men Origins : Wolverine a des soucis. Si Darren Aronofsky accepte le job comme dans un rêve fin 2010, c'est pour l'abandonner après quelques mois... avec la même raison officielle que Vaughn lorsqu'il a quitté X-Men 3. L'annonce en fanfare d'un film différent et audacieux s'écroule. Le tournage est décalé pour diverses raisons, et après plusieurs pistes (Guillermo del Toro a refusé après avoir rencontré les producteurs), James Mangold est finalement engagé. Wolverine : Le combat de l'immortel redresse un peu la barre en 2013 avec près de 415 millions de dollars au box-office (pour un budget moindre de 120 millions). C'est aussi le premier film de la saga à sortir en 3D.

Mais le vrai événement viendra l'année d'après avec X-Men : Days of Future Past. Matthew Vaughn avait écrit un premier jet de cette histoire majeure des comics, avec un plan de trilogie en tête : d'abord une suite à First Class avec un nouveau Wolverine, puis le grand voyage dans le temps en apothéose. Mais la Fox aime tellement DOFP que ce film passe en priorité.

L'explication est simple : réunir tous les personnages dans un tel événement est un gros coup, qui permet à la saga de passer un palier. Avengers a cartonné en 2012 avec la promesse d'une grande réunion qui a excité le public, le MCU semble inarrêtable, DC prépare Batman v Superman : L’Aube de la justice, et la Fox a conscience que la formule X-Men doit être pimentée. Il faut un giga-événement.

 

photo, James McAvoy, Patrick StewartRencontre au sommet et joker joué

 

Bryan Singer doit produire et Vaughn, réaliser, mais fin 2012, ce dernier quitte finalement le film - encore. Sachant qu'il avait aussi failli quitter X-Men : Le Commencement avant de changer d'avis, il y a de quoi rire. Singer reprend le job très vite, créant des rumeurs de lutte en coulisses. C'est presque un juste retour des choses, puisque Vaughn avait réalisé Le Commencement que Singer avait commencé à écrire.

Days of Future Past sera donc le point d'orgue de la saga : budget de 200 millions, réunion des deux timelines pour les réconcilier et balayer l'idée peu assumée de reboot, réunion de tous les acteurs superstars d'hier et d'aujourd'hui, et succès énorme au box-office avec près de 748 millions dans le monde. C'est à ce jour le plus gros score de la saga.

À l'écran, les héros doivent sauver leur futur, qui menace de s'écrouler face aux Sentinelles, des ennemis terrifiants qui s'adaptent, capables d'absorber leurs pouvoirs pour les anéantir. C'est à peu près la même chose pour la Fox, qui affronte des studios qui ont repris et amélioré (au moins côté business) la formule du super-héros, et menace désormais de les engloutir.

 

photo, James McAvoyEn route vers le futur antérieur et le passé pas simple

 

4. DÉRAPAGES MORTELS

Comme entre X-Men 2 et L'Affrontement final, c'est une trop grande confiance et un désir aveugle de se positionner sur le marché qui ont remis la saga dans le mur. À tel point que X-Men : Apocalypse a été annoncé avant même la sortie de DOFP, chose logique puisque le mutant Apocalypse apparaît dans la scène post-générique - cet outil que Marvel utilise, et qui est donc un gimmick à reprendre.

Conclusion des six films mais potentielle renaissance autour des super-héros jeunes, retour de personnages majeurs (Jean Grey, Cyclope, Tornade) au premier plan, et même du fan service avec Wolverine : l'ambition est là. Que ce soit le premier film de la saga à réellement se déployer sur le monde (un climax en Égypte, des scènes à la Roland Emmerich de bâtiments détruits à travers le monde), indique bien que le studio compte ici jouer dans la cour des grands. Le temps de la parlotte, du sous-texte social et politique, est loin. Il faut tout casser, brûler, détruire, et gonfler le budget CGI.

 

afficheJPP tuez-moi cette saga

 

Car au fil des années, les X-Men font pâle figure, au box-office et en termes de popularité. Marvel leur a même piqué Quicksilver dans Avengers : L'Ère d'Ultron, suite à une dure négociation qui empêche notamment le MCU de parler de mutants et de Magneto. Le territoire devient difficile à défendre, surtout face à l'industrie Marvel qui occupe les écrans une fois ou deux chaque année, et a explosé dans Avengers premier du nom en 2012.

La panique est réelle, avec Sony qui reboote Peter Parker dans The Amazing Spider-Man, DC qui reboote Superman et Batman, et des moments noirs comme Green Lantern ou Les 4 Fantastiques qui rappellent que le précipice n'est jamais loin.

 

photo, Aaron Taylor-JohnsonUn petit quickie en passant

 

Revenu pour la quatrième fois derrière la caméra mutante, Bryan Singer repousse la saga dans un coin. Malgré un gros budget (environ 180 millions), une équipe en or et le vent de DOFP dans les voiles, X-Men : Apocalypse encaisse "seulement" 544 millions au box-office, dont 155 côté domestique. C'est très loin des 748 de DOFP et avec la critique une nouvelle fois très dure, c'est la preuve que l'univers menace toujours de s'écrouler.

Ce qui pose un réel problème après 16 ans et 8 films. Où est la fidélité du public, la solidité de la marque ?

Que Logan sorte un an après n'arrange pas les choses. Le dernier tour de piste de Hugh Jackman est plus un film à part qu'une suite aux précédents volets, et ce à tous les niveaux. Rated R pour sa violence, vendu comme une sorte de western désolé, situé dans un futur noir où les mutants ont quasi tous disparus, avec un Wolverine vieillissant et usé, et un Charles Xavier dont la flamme s'est éteint : le film de James Mangold est l'ultime frontière.

 

Photo Hugh Jackman, Patrick StewartLa fin, pure et dure

 

Comment avancer après un film qui enterre les héros, et symboliquement toute la saga ? Et qui a paradé en prenant ses distances avec les autres films, comme pour enfoncer le couteau dans la plaie ? Le très beau score au box-office (près de 620 millions, pour un budget d'environ 120, soit l'un des plus gros succès de la franchise) et l'accueil particulièrement positif, achèvent de faire de ce film crépusculaire, qui n'a quasi plus rien de super-héroïque, un chant du cygne lourd de sens.

Le phénomène Deadpool, qui encadre Logan dans les salles, met encore plus en lumière la schizophrénie de cet univers. Entre le premier et le troisième degré, le solennel et le meta, les X-Men avancent à l'aveugle. Deadpool croise des mutants déjà vus dans la saga d'origine, visite la X-Mansion et croise quelques héros majeurs, et participe même à la blague collective en tuant son alter ego dans X-Men Origins : Wolverine. Dans le rire, les larmes et les extrêmes, la saga vibre pour le public. Mais au milieu, beaucoup moins.

 

PhotoQuand le sale gosse est pris en flagrant délit 

 

5. MOURIR, ENCORE

Puisque personne n'assume vraiment X-Men : L'Affrontement final et que Days of Future Past a redémarré l'univers, pourquoi ne pas revenir vers ce Dark Phoenix, si majeur dans les comics ? Et pourquoi ne pas le redonner à Simon Kinberg, coscénariste de ce X-Men 3 qu'il renie depuis ? Que la Fox lui confie finalement la réalisation, pour la première fois de sa carrière, est le dernier signal inquiétant.

À ce stade, la saga est à un moment charnière. Les contrats de James McAvoy, Michael Fassbender, Nicholas Hoult et Jennifer Lawrence sont finis, et l'interprète de Mystique (énorme levier promo vu sa popularité) a déjà annoncé que c'en était fini pour elle. Et pour préparer le futur dans tous les cas, le studio veut miser sur de nouveaux visages présentés dans Apocalypse (Sophie Turner en Jean Grey, Tye Sheridan en Cyclope, Alexandra Shipp en Tornade et Kodi Smit-McPhee en Nightcrawler).

 

Photo Jennifer Lawrence"Je vous assure que c'est super"

 

Apocalypse a clairement teasé l'avènement du Phoenix, si bien que la prochaine étape est claire. Et très vite, les étoiles s'alignent : Kinberg sera réalisateur, tous les acteurs reviennent, le nom de Jessica Chastain sort pour incarner la méchante, et la Fox annonce Dark Phoenix pour novembre 2018.

Sauf que rien ne se passe comme prév. Emporté dans le retour des scandales sexuels, Bryan Singer se voit retirer son crédit de producteur en juin 2018, tandis que l'équipe prend officiellement ses distances en affirmant qu'il n'a rien à voir avec le film. La date de sortie est repoussée à février puis juin 2019. Et surtout, dès novembre 2017 flotte la rumeur d'un rachat du catalogue de la Fox par Disney.

 

photo, Sophie TurnerTout brûler, et mourir

 

Tandis que X-Men : Dark Phoenix est en tournage (de juin à octobre 2017), la folle rumeur devient un projet sérieux. Quand le film repart en tournage en août 2018 pour des reshoots plus ou moins longs, la situation est très claire : Disney va bien racheter les licences de la Fox, pour 71 milliards et quelques.

Qui peut alors établir sérieusement la chronologie des événements en coulisses, entre la décision de repousser la sortie (évitant ainsi Captain Marvel en mars 2019), réécrire le troisième acte (là encore à cause de Captain Marvel a priori), assurer des reshoots normaux pour ce type de film (en prenant en compte les agendas des acteurs, très occupés), et la nécessité de conclure dignement le film avant la mort par Mickey ? D'autant que les plans d'un film en deux parties ont été enterrés par la Fox, sans que Mickey n'y joue un rôle. 

Bien avant la sortie de Dark Phoenix, Kinberg déclarait que c'était dans ses rêves le début d'une nouvelle ère X-Men, avec d'autres films autour des jeunes héros. Mais tout a changé avec l'arrivée de Disney dans l'équation, les mutants étant destinés à intégrer le MCU et croiser les Avengers comme dans les comics, et donc à être rebootés. Kinberg affirme être en paix avec ce futur, et la fin de la saga X-Men/Fox, et le producteur Hutch Parker sous-entend même que cette conclusion était prévue comme ça. La langue de bois : super-pouvoir hollywoodien par excellence.

 

photoEnterrer la franchise

 

6. TUER POUR MIEUX RÉGNER

Autre victime collatérale du rachat par Mickey : Les Nouveaux Mutants, tourné lui aussi en 2017. Censé sortir en avril 2018, puis février 2019 (pour éviter Deadpool 2), puis août 2019 (pour éviter Dark Phoenix), il a été catapulté en avril 2020 après le rachat par Disney. La pandémie est ensuite arrivée, et la sortie a encore été repoussée, à l'été.

Avec en plus des rumeurs plus ou moins toutes confirmées sur des reshoots lourds et un film massacré au montage, Les Nouveaux Mutants est devenu le clou dans le cercueil des X-Men sous la bannière Fox. Sans surprise, le film au budget estimé à 70-80 millions a été un échec, avec moins de 50 millions au box-office. Les plans de suite voire de trilogie ont naturellement été vite oubliés, en silence. Même la scène post-générique avec Antonio Banderas a été coupée, le réalisateur Josh Boone estimant que c'était inutile vu qu'il n'y aurait rien après.

Disney a t-il sacrifié ce film gênant mais impossible à enterrer (une sortie cinéma était apparemment obligatoire) ? Possible. Mais le studio est aussi le coupable idéal, surtout depuis que le MCU domine l'industrie et que Mickey a récupéré une saga aussi énorme que Star Wars. Après tout, la Fox n'avait eu besoin de personne pour massacrer Les 4 Fantastiques ou (mal) gérer ainsi la saga X-Men. Difficile d'imaginer que Dark Phoenix et Les Nouveaux mutants étaient merveilleux, et que Mickey a tout saccagé.

 

photo, Anya Taylor-JoyRendez-vous en enfer

 

Bien avant l'irruption de Mickey, la franchise X-Men s'était perdue. Combien de fois l'affrontement entre Charles et Erik a-t-il été joué ? Combien de fois Magneto a-t-il été "le méchant" avant de passer dans le camp des gentils ? Combien de scènes ont-elles été reprises (Quicksilver héroïque, Mystique qui s'infiltre dans un bureau d'une manière tristement similaire dans X-Men 2 et X-Men : Days of Future Past) ? Combien de films ont-ils été quasi reniés par l'équipe après coup (deux ou trois sur onze, au minimum) ?

Après la fin de Legion au bout de trois saisons, et l'annulation de The Gifted, tout était terminé. Les mutants ont évité la mort par les Sentinelles dans DOFP, mais n'auront pu échapper au temps et au business.

 

photo, Famke Janssen, Halle BerryAnnée du décès : juin 2019

 

7. BIENVENUE À LA MAISON-DISNEY

Que la saga n'ait jamais atteint le milliard au box-office (le sommet reste DOFP avec environ 748 millions) est un témoin de ses limites. Marvel y est arrivé en 6 films et 4 ans avec Avengers, DC en 6 films et 5 ans avec Aquaman. Les X-Men ? Jamais, même avec leurs 12 films en presque 20 ans. Dans l'industrie, la reconnaissance a été limitée aussi : deux nominations aux Oscars (les effets spéciaux de DOFP et surtout le scénario adapté de Logan), là où Marvel et DC en ont récolté à foison, et même gagnés. 

En 2000, X-Men a pavé la voie, désencombré un chemin sali par les années 90, et montré la voie à suivre. La concurrence s'y est engouffrée, quitte à piétiner ces mutants. Presque deux décennies après, les X-Men se sont éteints.

Retour de flamme ultime : ils ont été ingérés par Marvel Studios, qui n'aurait certainement jamais pu décoller sans eux.

 

photoBientôt sur vos écrans, perdus dans la foule du MCU

 

Reste à savoir comment la suite de l'histoire sera écrite chez Disney. Un nouveau film X-Men a déjà été annoncé, mais n'arrivera certainement pas avant 2023-2024. La Phase 4 occupera tout 2021 et 2022, avec notamment Les Éternels, Doctor Strange in the Multiverse of Madness, Captain Marvel 2 alias The Marvels, et Thor : Love and Thunder. Viendront ensuite le tour de Black Panther 2, Ant-Man 3, Les Gardiens de la galaxie 3, Captain America 4. Et au milieu, de nouveaux visages, comme celui de Blade.

Un nouveau film Les 4 Fantastiques est officiellement dans les tuyaux, à l'horizon 2023-2024. Les mutants seront-ils teasés avant ça ? Comment seront-ils intégrés à l'univers des Avengers ? Comment leur absence jusque là sera t-elle expliquée ? Bon courage à Marvel pour gérer cette galaxie super-héroïque ; et au public, pour affronter cette invasion de plus en plus folle et vertigineuse.

 

 

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commentaires
Days of the Fox passed
27/09/2021 à 20:20

En faisant du cinéma fiction on imagine ce qui se serait passé si
Pour xmen après le départ de Singer, la Fox avait pris du recul ; crée une suite en 2 volets avec un réalisateur de grand calibre et un calendrier a l’avenant. on peut dire que le chef d’œuvre était a porté de main
De même pour Spiderman on imagine que Sony fasse une pause peaufine le scénario avec Raimi
Bref au lieu d’être patients et méthodiques les studios ont misé le court terme et le profit immédiat et ont coupé la branche

Tchooo
27/09/2021 à 18:45

Les films du MCU sont bons pour certains moyens pour beaucoup et mauvais pour quelques uns ce qui est juste normal
Les films X Men sont globalement fidèle dans’l’esprit aux Comics et filles avec des audaces que Disney ne peut se permettre !
Le Dark Phoenix est aussi bien que Captain Marvel et meilleur que Black Widow
X Men le commencement, Daysbof Future past et X2 valent largement n’importe quel des meilleurs Marvel

RunSlyer
27/09/2021 à 17:13

Personnellement ça me fait chier que la Fox a eu les droits sur deux marques aussi puissante que les X-Men et les 4F ( ainsi que Deadpool ) ce studio n'a jamais su comment les adapter correctement, avoir les 4F et n en faire que 3 buses monumentales est à en tomber de larmes ou de rires.

Les x men arrivent bien trop tardivement dans le mcu, je ne parle pas en terme d'explication de l'existence des perso' ça le mcu sait faire comme personne, mais du fait que les perso ne vont plus jamais rencontrer iron man captain america hulk et sans doute pas Spider-Man qui risque de retourner moisir chez Sony le pauvre et ca c'est vraiment dommage

Par contre ceux qui crachent sur le mcu en voulant nous faire croire que la Fox ont produit des meilleurs films ils ont rien produit de tout, ils ont jamais respecter les personnages ni l'histoire, à part 3 films le reste est largement jetable

...
27/09/2021 à 16:39

Revenir à la maison chez Marvel est la meilleure chose qui puisse arriver aux XMEn, Fox n ont jamais rien compris aux personnages ni à leur importance

Droit de
27/09/2021 à 13:47

Désolé Ce n’est toujours pas très clair

L’argumentation ne prend pas en compte l’avant (Batman) qui présente des caractéristiques d’interférences proches , soit.
Avec Spiderman c’est le côté équipe qui prend le dessus est exclu la comparaison. Ok

Mais notons que si Spiderman n’est pas mange tout cru il l’est à moitié (il est en leasing chez Mickey) et par ailleurs c’est la Fox et toutes ses franchises et non spécifiquement les X Men qui sont mangés.

Enfin pour l’avoir vécu en live, Superman à la fin des années 70 comme Batman ont bien renvoyé un signal super héroïque très fort ! Tellement fort pour le dernier que Prince bluffe par le projet de Burton et son potentiel a décliné un album entier dont le succès plus que sa valeur artistique a reposé sur le signal super héroïque très fort de l’époque.

La caractéristique des X Men par rapport à ses collègues des années 2000 c’est l’absence de continuité de la ligne narrative (ou plutôt son interruption brutale avec le départ de Singer qui a grippé la machine un peu comme si Nolan avait jeté l’éponge sur les Batman ou Sam Raimi) et l’absence d’ambition artistique / l’opportunisme à courte vue du studio qui l’on mis dans le mur (relativement à la concurrence)

Un destin haché et contrarié en somme. On peut parier que si l’arc du Phœnix avait été correctement adapté avec les moyens et la vision nécessaires, et le succès de X 2 l’autorisait ; l’histoire serait peut être différente (ex LotR, Batman Nolan, Dune)
Mais de cela la Fox n’est pas seule responsable ; Singer en porte une lourde responsabilité.

Geoffrey Crété - Rédaction
27/09/2021 à 12:28

@Droit de réponse

Et ça tombe bien, puisque je n'ai jamais dit que seuls les films X-Men avaient eu des interférences de studio.

Batman ? C'est pour ça qu'on parle bien de post-années 2000, post-Batman version Schumacher. Avec des X-Men qui n'avaient jamais eu une vie au cinéma comme Batman, et avaient donc tout à prouver niveau popularité dans le circuit mainstream. Notons d'ailleurs qu'on a ici un groupe de personnages, et pas un héros, ce qui rend la différence encore plus intéressante.

Spider-Man ? C'est pour ça qu'on insiste sur la valeur des X-Men, qui ont été les premiers à renvoyer un signal super-héroïque si fort au début des années 2000. D'autant que les films X-Men n'ont jamais connu les mêmes cimes côté box-office (comme rappelé dans l'article), malgré une franchise qui a avancé dans différentes directions, notamment avec des spin-off (chose alors rare, que Spider-Man vivra plus tard avec Venom). Et que Spider-Man n'a pas été avalé tout cru par Disney, contrairement aux X-Men.

Batman, Spider-Man etc sont cités dans l'article pour rappel/pour info. Donc je ne fais que répéter ce qui est explicité dans le dossier au-dessus.

Pour toutes ces raisons, la saga X-Men mérite donc bien d'être regardée avec un oeil particulier côté business.

Droit de réponse
27/09/2021 à 12:16

@La rédaction
Pas d’accord : la franchise Batman de Tim Burton montre une implication d’intérêts purement business qui enterrent la franchise jusqu’à ce que Christopher Nolan lui redonne le lustre qu’on lui connait
La franchise Spiderman connaît aussi une interférence délétère du studio qui prive Sam Raimi de son quatrième volet pour un reboot qui ne s’imposait pas

Geoffrey Crété - Rédaction
27/09/2021 à 11:49

@X mi

Comme longuement expliqué dans l'article : elle a été la première à relancer la machine dans les années 2000 et redonné de la noblesse à un genre un peu méprisé ; elle a donné lieu à une franchise d'une dizaine de films ; et elle a finalement été récupérée par Marvel-Disney, qui a pu exister et exploser grâce aux X-Men et leur succès. Soit une boucle vraiment unique.

L'article ne raconte pas qu'elle est unique car capable du meilleur ou du pire, ou parce qu'elle a un ton spécial. On parle de l'évolution du business, et l'impact des X-Men. Tout ça, c'est unique, ni Spider-Man ni le MCU ni le DCEU ne sont comparables à ce niveau.

X mi
27/09/2021 à 11:39

Je ne vois pas la particularité de la saga X Men dans les contexte des franchises super héroïques (MCU, DC et Sony)
Chacune a connu des échecs avec des films médiocres
Par contre DC et les X Men adoptent un ton plus adulte dont je doute qu’il survive à Disney orienté ado et politically correct

Tom’s
27/09/2021 à 10:48

Pour les x- men ( si le public est encore là ) Il y’aurai matière à faire une série sur chaque perso, un épisode pour résumer le parcours et converge vers un film. Ensuite pour les faire apparaître, suffit de Montrer que le ProfX dissimule leur existance via son pouvoir, ensuite idée scénario inspiré de la Bd, leur existence en passe d’être révèlé via le gouvernement influé par une menace caché, doit etre empêché, la technologie est au Pentagone, Xavier et les élèves matures s’introduisent ds le batiment pour la neutralisé mais tombe sur cette menace, qui révèle sa nature et danger, face à ca l’équipe de mutants n’as d’autres choix que de révélé leur nature pour défendre les humains qui témoins de ça, ( filmé ) Comprend qu’ils sont là pr aider . Happy end lol ( le 1er numéro ou Malicia apparaît ds là Bd se déroule au Pentagone) . J’envoi un mail à Marvel «  Cap" :)

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