En eaux troubles : comment le film de requin avec Jason Statham est devenu le succès-surprise de 2018

Geoffrey Crété | 26 janvier 2019
Geoffrey Crété | 26 janvier 2019
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Retour sur la carrière au box-office du film de requin En eaux troubles.

Développée depuis les années 90, l'adaptation de The Meg de Steve Alten a finalement été lancée avec Jason Statham et le réalisateur Jon Turteltaub (Benjamin Gates). Un film de requin à très gros budget qui a été posé au milieu de l'été comme le blockbuster décérébré et généreux.

Quelques mois après, on revient sur le score du film. C'est L'Heure des comptes pour En eaux troubles.

 

 

  

LE BUDGET

En eaux troubles a officiellement coûté dans les 130 millions. C'est un gros budget pour un film de requin, puisque les récents du genre ont coûté nettement moins : 17 millions pour Instinct de survie avec Blake Lively, 6 millions pour 47 Meters Down. C'est néanmoins un budget proche de Peur bleue de Renny Harlin, qui a coûté dans les 80 millions en 1999 - plus de 120 avec l'inflation. A titre de comparaison, Les Dents de la mer de Steven Spielberg a coûté dans les 9 millions en 1975 (environ 40 avec l'inflation).

A ce budget officiel s'ajoute comme toujours le budget marketing. Un chiffre farouchement gardé par les studios, mais qui grimpe vite jusqu'à 100 millions sur une telle superproduction, pour inonder le marché. Deadline estime même que ce Meg a coûté 140 millions en promo, soit l'équivalent du budget du film lui-même.

 

photo Deadline qui veille au grain sur les budgets

 

Par ailleurs, le très sérieux Deadline cite des sources pour affirmer que le budget réel du film est plutôt proche des 180 millions. La raison pourrait être simple : le film a évolué au cours de la production, et plusieurs déclarations lors de la promo vont dans ce sens. Jon Turteltaub a expliqué que le film a failli être bien plus sanglant et extrême, avant d'être redirigé vers un spectacle plus familial, quand Jason Statham a carrément laissé entendre que le scénario avait profondément changé en cours de route. L'intro a notamment été rajoutée, laissant imaginer que des reshoots ont bien eu lieu, ce qui peut être synonyme de dépenses supplémentaires.

Mais sans compter ces données opaques, En eaux troubles a certainement coûté 230 millions, minimum. A noter que le film est une coproduction avec la Chine, ce qui change pas mal de choses côté finances (voir plus bas).

 

photo, Jason Statham Jason Statham

 

LE BOX-OFFICE MONDIAL

530,2 millions récoltés dans le monde. C'est une jolie somme vu le genre du film, qui se retrouve ainsi en 15e position des plus gros succès de l'année, très loin derrière les poids lourds (Avengers : Infinity War avec 2 milliards, et Black Panther et Jurassic World : Fallen Kingdom avec 1,3 milliard). En eaux troubles se situe dans la zone de Ready Player One (582 millions), Hôtel Transylvanie 3 : Des vacances monstrueuses (527 millions) et Rampage - Hors de contrôle (428 millions).

Côté requins, c'est un franc succès. Instinct de survie a encaissé dans les 119 millions, et 47 Meters Down, environ 62 millions. Plus comparable, Peur bleue n'a même pas atteint les 165 millions, et est resté un échec commercial dans les mémoires - même s'il a gagné en popularité en vidéo, au point d'être réhabilité par beaucoup de monde, y compris nous.

La comparaison avec Les Dents de la mer est bien sûr terrible. Le classique de Spielberg a encaissé plus de 470 millions dans les salles, et si le calcul de l'inflation au niveau mondial est à peu près impossible, nul doute que cette somme est prodigieuse pour 1975.

 

photo, Jason Statham, Ruby Rose, Bingbing Li, Page Kennedy, Jessica McNamee L'attente du bilan de la compta

 

LE BOX-OFFICE DOMESTIQUE 

145,4 millions. C'est le 20e plus gros succès de 2018 au box-office domestique (Etats-Unis + Canada), là encore très loin des poids lourds Black Panther (700 millions), Avengers : Infinity War (678,8 millions), ou Les Indestructibles 2 (608,5 millions). En eaux troubles se place entre Les Animaux fantastiques : Les Crimes de Grindelwald (158 millions) et Ocean’s Eight (140,2 millions).

Le box-office domestique reste un enjeu majeur pour les studios, qui récupèrent plus sur ces recettes qu'ailleurs (environ la moitié).

 

photo, Jason Statham Quand tu réalises que tu comptes trop sur la Chine

 

LE BOX-OFFICE ÉTRANGER

384,8 millions engrangés dans le monde. En eaux troubles a surtout marché au Mexique (21 millions), au Royaume-Uni (20,3 millions), au Japon et en Russie (13,5 millions), en France (13,3 millions) et en Espagne (12,5 millions).

Mais bien sûr, c'est en Chine que le requin et Jason Statham ont raflé la mise. En encaissant plus de 153 millions là-bas, En eaux troubles a pu sortir glorieux de son exploitation. Coproduction entre le studio Warner Bros. et China Media Capital (via China Gravity), le film a eu sur place une force de frappe évidente, et une promo calibrée pour le public local (avec notamment une partie des dialogues et du casting dans ce sens).

Une très bonne opération de business en somme, qui a intégré cette donnée économique dès le départ.

 

photoLe business model bouffé (et sauvé)

 

LE BOX-OFFICE FRANÇAIS 

1,6 million d'entrées. C'est le 29e plus gros succès en France en 2018, loin des 5,6 millions des Indestructibles 2, Les Tuche 3, et La ch’tite famille. Il devance néanmoins de peu Solo : A Star Wars Story (1,4 million d'entrées).

C'est également très loin des Dents de la mer qui a attiré 6,2 millions de spectateurs en 1975. Mais le Meg reste un succès dans sa catégorie, vu que Peur bleue n'a pas atteint le million, quand Instinct de survie s'est contenté de 548 000 entrées. 47 Meters Down, lui, est sorti en e-cinéma.

 

photo Croquer quelques records côté requins au box-office français

 

LE BILAN

En eaux troubles a coûté dans les 230 millions. Aux box-office domestique, il a récupéré environ 70 millions. Dans le monde (hors Chine), probablement dans les 80 millions.

En Chine, grâce à la coproduction avec China Media Capital, le film a pu récupérer environ 43% des recettes, bien plus que l'habituel 25% imposé sur les blockbusters hollywoodiens ; soit 66 millions.

A vue de nez, l'opération semble donc à peine équilibrée, même si les habituels analystes disaient que le film serait rentré dans ses frais à partir de 400 millions.

A avoir en tête néanmoins : la Warner n'a pas financé le film à elle seule. Selon Deadline, le studio américain a en réalité payé 49% du budget, soit environ 110 millions. Le poids du marché chinois a donc été au centre de l'équation dès le départ, et a largement permis au studio hollywoodien d'y gagner.

 

photo, Bingbing LiQuand t'affrontes les spécificités du bilan financier pour avoir un chiffre clair à donner 

 

LES RAISONS

Première explication : la promo très efficace. En eaux troubles a clairement misé sur le spectacle bête et méchant avec un Jason Statham musclé qui affronte un gros requin aux dimensions absurdes. De la bande-annonce bercée par Beyond the Sea aux affiches décalées qui présentaient les touristes selon leur bilan calorique, en passant par des images misant sur la taille du bestiau, le film a misé sur la promesse du pop-corn. 

 

photo, Jason StathamOscar des meilleurs sourcils dramatiques

 

Deuxième : la coproduction avec la Chine a été un vraie bonne opération de business. Le succès grandissant des superproductions sur ce territoire a beau gonfler les recettes, il pose un sérieux problème puisque la politique locale limite la part qui revient aux studios américains - de quoi grandement réduire la marge de profit.

Négocier une coproduction avec un partenaire chinois relève donc du bon sens à tous les niveaux : China Gravity (filiale de Flasgship, elle-même filiale de China Media Capital) a donc financé la moitié du film, et le budget marketing sur place. Venom a récemment suivi le même chemin, pour également être un gros succès.

Et une telle association a permis à En eaux troubles d'échapper à une autre contrainte : une exploitation limitée dans les salles chinoises. Alors qu'un blockbuster classique reste généralement trois semaines à l'affiche, lui a pu y rester huit semaines.

 

photo Chinois : venez, achetez

 

Troisième : la popularité du requin. Ne pas sous-estimer l'attrait des bestiaux, particulièrement rares en salles. Alors que le super-héros est une espèce qui pullule, et que même Star Wars est descendu de son piédestal pour rejoindre la cour des blockbusters annuels, le requin fait encore figure d'exception. 

En eaux troubles a donc certainement bénéficié de cette particularité, surtout à un tel niveau de spectacle. Un film de requin à plus de 100 millions de dollars, ça n'arrive pas dans les salles tous les étés. Un facteur qui a permis d'en faire un événement pour bien du monde, tandis que la date de sortie estivale a aidé à le placer comme alternative pop-corn, sans vrai concurrent direct.

 

Photo Jason StathamAttention derrière toi, le succès

 

LES CONSÉQUENCES

La première est l'incontournable suite. Dès octobre 2018, un deuxième film est apparemment développé, discrètement mais sûrement. Et peu importe si En eaux troubles a étrangement résisté à l'appel d'une ultime image pour préparer un retour.

Au-delà de cette suite, la logique voudrait que le film de requin soit remis sur le devant de la scène avec un tel succès. De ce côté, encore rien de clair, mais affaire à suivre.

Enfin, côté business, la coproduction entre un studio hollywoodien et un partenaire chinois semble clairement être la meilleure alternative pour ne pas souffrir du poids grandissant de ce marché. Un tel montage financier devrait donc devenir de plus en plus fréquent, ce qui aura immanquablement un impact sur les films eux-mêmes ; au niveau du casting et des décors bien sûr, mais aussi dans les scénarios, pour éviter à tout prix de heurter la sensibilité du public et des autorités chinoises. De quoi imaginer un futur Hollywood au visage très différent.

 

En eaux troubles, disponible en DVD et Blu-ray depuis le 22 décembre.

 

Affiche française

commentaires

Emayty
03/02/2019 à 23:06

Super film, j’ai adoré, mes enfants aussi ! Et statham déchire de toute façon

Raoul
28/01/2019 à 10:41

Un film bien dégueulasse.

Bob nims
27/01/2019 à 15:40

Un film assez sympa au final qui se prend pas la tête avec la scène des bières au début qui est déjà mythique !
Do you want some beers

vyce
27/01/2019 à 14:07

film a chier quelle succès peut être chez les chinois mais pour moi français ce film reste un bon gros navet j'ai carrément arretez de le regarder au moment où le requin est accroché au bateau par un câble en acier le bateau aurai dû couler a pique et aucune échelle de taille est respecté il est vraiment pourri ce film!!

Chonrei
27/01/2019 à 13:00

Un très mauvais film dont je ne comprends pas le succès. J'ai lu le roman qui lui est infiniment supérieur. D'aucuns rétorqueront que c'est souvent le cas mais je les invite à lire le Parfum de Suskind et de voir ensuite le film pour voir ce qu'est une adaptation réussie.

Chonrei
27/01/2019 à 12:59

Un très mauvais film dont je ne comprends pas le succès. J'ai lu le roman qui lui est infiniment supérieur. D'aucuns rétorquerons que c'est souvent le cas mais je les invite à lire le Parfum de Suskind et de voir ensuite le film pour voir ce qu'est une adaptation réussie.

Jayce
27/01/2019 à 12:49

J'attendais ce film depuis les années 80 une grosse merde fallait oser un film de requin sans sang...

Geoffrey Crété - Rédaction
27/01/2019 à 10:58

Cher fhanachi

Respirez.

On ne "s'entête" pas. On vous a déjà gentiment répondu avec notre avis sur la question la dernière fois que vous vous êtes énervé : calculer l'inflation en prenant très simplement le score mondial pour faire un calcul de l'inflation du dollar est un calcul qui nous semble erroné, avec un sens plus que limité, vu les critères en jeu. Le coût de la place, l'inflation de la monnaie, étant très différents selon les pays, prendre le score du BO mondial et tout convertir, manque de précision et n'aura donc qu'une valeur très approximative.

Exemple très simple : avec ce calcul, Autant en emporte le vent serait à plus de 7 milliards. Or, quand on regarde les divers classements des plus gros succès avec inflation, ce film n'est jamais mis à ce niveau. Preuve que le calcul est donc bien plus complexe.

JANGO56700
27/01/2019 à 09:24

Très compliqué de faire un film de requin sans une goutte de sang ! c'est trop soft il aurait du rester sur leur première ligne de conduite c'est a dire un film interdit au moin de 12 ou 16 ans !!
Après le film reste un pop corn movies, rien d'extraordinaire mais ça reste regardable !

colloc1
27/01/2019 à 08:47

Et puis on s'en fout du B.O ! Les dents de la mer est un chef d'oeuvre qui restera dans l'histoire du 7e art , et celui ci une grosse m4rde.

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