Paul Anderson, réalisateur de la saga Resident Evil : génie tordu ou grand malade ?

Geoffrey Crété | 23 janvier 2017
Geoffrey Crété | 23 janvier 2017

Le réalisateur de PompéiPaul W.S. Anderson n'est pas un cancre comme les autres. Considéré comme un oiseau de mauvaise augure capable de bousiller le premier matériau à sa disposition, il a redonné en une dizaine de films et une vingtaine d'années ses lettres de noblesse à la série Z populaire, d'ordinaire réservée à une contre-élite de cinéphiles hardcores.

Et s'est imposé, bon gré mal gré, comme l'un des  metteurs en scène les plus coriaces en la matière, à la fois capable d'embrasser à pleine bouche son aura de nouvel Ed Wood et maintenir sa place au sein du système hollywoodien. D'où cette improbable interrogation pour fêter la sortie de Pompéi : Paul W.S. Anderson est-il un génie incompris ?

 

On setPaul W.S. Anderson et sa femme/muse/actrice/plan de carrière: Milla Jovovich  

 

"Mon père avait un dicton : 'Si c'est pas cassé, le répare pas'" (Soldier)

Censée se terminer en 2015 après six films, treize années et environ un milliard de recettes,  la franchise Resident Evil restera sans aucun doute comme la pierre de Rosette de Paul Anderson. Au milieu d'un cimetière artistique, la licence Capcom des morts-vivants lui a permis de définir sa ligne de conduite et dévoiler son unique raison de filmer : le plaisir décérébré, le fun impartial, la générosité assumée, et le cinéma comme terrain d'expérimentations clipesques et moyen de cultiver le popcorn des multiplexes. A une époque où le super-héros est une race élevée au premier degré, et où chaque remake de film culte des années 80 est atomisé pour son manque d'autodérision, Paul Anderson se place, toute proportion gardée, comme le fils spirituel d'un John Carpenter ou d'un Joe Dante, avec la noblesse de l'innovation et du sous-texte remplacée par la cervelle d'un môme en ébullition.

 

Photo Milla Jovovich, Resident EvilResident Evil, premier du nom : Alice est au fond du trou de le lapin

 

"Grimper sur la Tour Eiffel avec une mitraillette. Il y a quelques années, ça aurait fait sensation... Payons-nous du bon temps!" (Resident Evil Extinction)

A ce titre, Resident Evil Retribution, improbable épisode où Alice est enfermée dans un complexe high tech au fond d'un lac en Russie, a marqué une étape ultime dans sa carrière : débarrassé d'un scénario, motivé par le simple désir de filmer des séquences déconnectées, il balance ses personnages dans une gigantesque simulation qui ressemble à un studio de cinéma, réanime des seconds rôles disparus sans aucune vraie raison, et multiplie les péripéties et références sans se soucier le moins du monde de l'histoire. Au-delà de l'hérésie, il y a un aveu que personne n'ose formuler aussi clairement à l'image.

Le cinéma de Paul Anderson mérite de moins en moins son appellation, mais le bonhomme a l'honnêteté de ne plus cacher ses ambitions d'entertainer. Mieux encore : au sein d'un système cynique, qui travaille d'arrache-pied à camoufler sa débilité, Anderson attire la sympathie avec sa simplicité déconcertante, sa bêtise enthousiaste, et sa naïveté touchante. Mais la route a été laborieuse jusqu'à cet état de grâce désaxé.

  

Spaceship

 Un des fantastiques décors d'Event Horizon

 

"Je suis l'Elu" (Mortal Kombat) 

Comme d'autres camarades, Paul Anderson s'est positionné à la tête d'un royaume, et a alterné les casquettes de réalisateur, producteur et scénariste. Révélé avec Shopping en 1994, un film avec des voitures, des rebelles et Jude Law, il s'est retrouvé à la tête de la superproduction Mortal Kombat à 30 ans. Contre toute attente et bon sens, le film a remporté un vif succès en salles qui lui a permis de décoller. Courtisé pour rempiler sur la suite, Anderson préfère aller voir ailleurs. On lui amène sur un plateau Event Horizon, un film d'horreur à bord d'un vaisseau abandonné, avec Sam Neill et Laurence Fishburne. Dans les délais impartis, il livre une version qu'il regrettera, probablement parce que le film a été un bide - mais cette sympathique série B deviendra culte au fil des années.

Il enchaîne avec Soldier, un film de SF sous stéroïdes mené par Kurt Russell, censé se dérouler dans le même univers que Blade Runner - le même scénariste David Webb Peoples est aux commandes. Avec le recul, ce nanar très sérieux truffé d'effets spéciaux pue la tentative forcée de consécration. Mais Paul Anderson n'est ni James Cameron, ni John McTiernan, et encore moins Paul Verhoeven : Soldier se plante à tous les niveaux. Et force le metteur en scène à trouver sa niche, ailleurs.

 

Russell

Kurt Russell dans Soldier

 

"Je n'ai confiance qu'en une personne Jax, et t'es en train de lui parler" (Mortal Kombat)

Juste retour des choses ou vraie malédiction : il renaîtra de ses cendres grâce à un autre jeu vidéo incontournable lorsque Sony l'engage pour remplacer George Romero, annoncé à la réalisation de Resident Evil. Sûr de lui, il implante de nouveaux personnages dans l'univers de Racoon City, glisse de nombreuses références à Alice au pays des merveilles, et donne le premier rôle à Milla Jovovich. Victoire absolue puisqu'il empochera le pactole et épousera la belle, devenue reine d'une future franchise énorme.

Depuis 2002, il a amorcé ou bâti trois franchises, à commencer par Alien vs Predator, descendu par la critique en 2004 mais auréolé d'un beau box-office, et qui a engendré une suite, sans lui. Le succès relatif en 2008 du dispensable Course à la mort, remake de La Course à la mort de l'an 2000, lui aura permis de produire deux suites en DTV, tandis que son nom a été aposé sur les sympathiques The Dark ou Pandorum - qui rappelle à bien des égards Event Horizon. En 2010, après avoir laissé sa Jovovich à d'autres réalisateurs pour l'imbuvable Resident Evil Apocalypse et le fun Resident Evil Extinction, qu'il a scénarisés, il profite de la 3D pour revenir à elle dans Resident Evil Afterlife. Le succès est colossal, près de trois fois supérieur au premier épisode.

Réglé comme une horloge, il alterne entre sa poule aux œufs d'or et de vieilles recettes récupérées ailleurs : après la relecture loufoque des Trois Mousquetaires, où il case à nouveau Jovovich, il réalise Resident Evil Retribution, puis le film catastrophe Pompéi, avec Kit Harrington et Emily Browning. Suivra un prochain rendez-vous fixé en 2015 pour Resident Evil 6, dernier épisode annoncé pour Jovovich, sans aucune assurance que la saga disparaisse avec elle.

 

Les 3 mousquetairesLe Quatrième Mousquetaire, ze movie. Enfin non. Enfin presque.  

 

"Je ne veux pas être un de ces trucs qui errent sans âme" (Resident Evil)

La dernière image du premier Resident Evil a marqué les esprits : un travelling spectaculaire qui démarre du visage de Milla Jovovich jusqu'à une vision cauchemardesque d'un Racoon City désert, jonché de véhicules abandonnés suite à une catastrophe laissée à notre imaginaire. Retribution applique la même méthode, ou presque : Jovovich, étouffée dans une combinaison en cuir et entourée de quelques personnages emblématiques de la série, débarque sur le toit d'une Maison Blanche en lambeaux, tandis que la caméra laisse découvrir un Washington apocalyptique, plongée dans une nuit de flammes, piétinée par des milliers de zombies, jusqu'à une créature volante qui se jette sur la caméra pour l'habituel fondu au noir.

Entre les deux, une décennie de succès qui a donné des ailes à Paul Anderson, et l'a privé de tout garde fou. Principal fond de commerce de Constantin Film, le réalisateur y a trouvé un terrain de jeu sans limites, où il use et abuse de tous ses tics, jusqu'à broyer la moindre intuition de mise en scène.

 

On setLe couple superstar de la saga

 

"- Bel atterrissage. - Je crois que techniquement ça s'appelle un crash" (Resident Evil Afterlife)

Mais il y a une certaine lumière dans ce trou noir cinématographique. Car le succès titanesque de la franchise n'a pas bloqué le réalisateur : il l'a libéré. Comme si avoir été éventré par la critique l'avait émancipé. Quitte à être considéré comme un très mauvais metteur en scène, autant devenir le meilleur des pires. Alors qu'un Len Wiseman essaye de se surpasser avec Die Hard 4 et Total Recall, deux mastodontes premier degré censés le placer dans la cour des grands, Anderson se vautre dans le grand guignol où il baigne depuis dix ans avec un plaisir communicatif. Resident Evil n'a pas été qu'un tremplin, une casserole ou une source de financements : c'est devenu l'œuvre d'une vie, et l'ADN de metteur en scène de Paul Anderson.

 

Alien vs. Predator Poster

 

Pompéi, qui n'a pas été montré à la presse, semble se ranger derrière Alien vs Predator et Course à la mort dans la catégorie des superproductions boursouflées, moins intéressantes que la saga Resident Evil qui ne cesse de repousser les limites d'un cinéma vidé de toute substance, et se purge à chaque nouveau film jusqu'à devenir un objet indéfinissable - pas d'histoire, pas d'enjeux, pas de personnages, pas de logique, pas de problème. La prochaine étape sensée serait de se débarrasser des comédiens, pour les remplacer par des pantins numérisés à la Avatar. Paul Anderson avait après tout chipé la caméra 3D de Cameron pour Afterlife, allant jusqu'à la mettre au premier plan de sa promo.

 milla jovovich

"Coucou, moi c'est Léon, ça rime avec..." 

 

"T'es imprudent, arrogant, impétueux, probablement mort d'ici ce soir, mais je t'aime bien" (Les Trois Mousquetaires) 

Paul Anderson n'est pas un bon réalisateur, loin s'en faut. Dans ses meilleurs moments, il s'apparente à un vulgaire faiseur, qui manie les instruments du septième art comme un môme armé de feux d'artifice, incapable de saisir la violence infligée à la rétine et aux neurones derrière. Mais à une époque qui vénère les franchises et étiquette les blockbusters de films d'auteur, son cinéma mérite, plus que jamais, d'être réévalué. Et considéré, par le plus triste des calculs, comme un élément nécessaire à l'écosystème hollywoodien.

Le fantôme de l'échec de Soldier n'est certainement pas étranger à cette prise de conscience, qui l'a amené à soumettre ses désirs de metteur en scène à un cinéma bis de luxe. Une manière de devenir le roi d'un petit monde, plutôt que de se battre dans un océan de prédateurs. Reste néanmoins à cerner quelle direction prendra la carrière de Paul Anderson après Resident Evil, et s'il trouvera un nouveau moyen d'échapper à sa condition de Stephen Sommers.

 

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"Là où nous allons, nous n'aurons pas besoin d'yeux pour voir" (Event Horizon)

Car une vraie question se pose. En quoi Paul Anderson mérite t-il plus d'être lynché que Marc Webb et son commercial Spider-Man 2.0, qui éclabousseront les écrans cette année ? Jusqu'à quand un Star Trek Into Darkness pourra masquer sa bêtise, ses personnages inconsistants et ses ficelles indigestes derrière une enveloppe super classe ? Le miroir aux alouettes de Marvel peut-il sérieusement protéger Iron Man 3 et Thor 2 de vraies critiques dirigées contre leur flemmardise éhontée, habillée dans une surenchère d'effets spéciaux et autocitations à en faire couiner l'aficionado ? Quand la contrepartie pour un Gravity s'appelle Oblivion, After Earth, La Stratégie Ender, et qu'il est impossible de défendre Elysium ou Pacific Rim sans dégainer la filmographie passée de leurs cinéastes, Paul Anderson n'est-il pas un moindre mal ?

Sans trop de mauvaise foi, il est facile d'imaginer le colossal poulpe-facehugger de Prometheus sorti d'une scène coupée d'Alien vs Predator, ou la fameuse réplique « Vous êtes viré » qui règle toute l'intrigue du RoboCop de Verhoeven dans Resident Evil. Le détail ne fait pas un film, mais en révèle beaucoup. Dans un monde meilleur, Paul W.S. Anderson n'aurait jamais pu survivre avec son cinéma défectueux ; dans le nôtre, il est devenu le beau bâtard d'un système hypocrite, et l'un des seuls à ne pas cacher l'odeur du plateau d'étrons qu'il nous sert.

 Pompei

 Kit Harington entre dans l'arène d'Anderson (Pompei)

 

Dossier publié une première fois à l'occasion de la sortie de Pompei

commentaires

jo
28/01/2017 à 20:34

Ce que l'on peut dire de Paul, c'est que ce gars à de l'imagination, il sait se servir d'une caméra comme un dieu et je ne parle pas de la qualité de la 3D.
Beaucoup de cinéastes même de renom n'arrivent pas à ses chevilles

Ethan
24/01/2017 à 15:01

Résident evil 7 dommage,que,l,histoire,soit un rêve

Lambe
24/01/2017 à 13:45

@Pseudo
Tain le mec qui vient juste pour cracher sa merde. Lâche, bête. Putain, comme quoi, ça ne réussit à personne d'attendre le RSA en slip devant son ordi. Attention aux escarres mec.

Pseudo
24/01/2017 à 10:37

J'ai pas lu l'article, le titre m'a suffit. Ça doit être aussi important que vos articles sur dragon ball super

MORSAY
24/01/2017 à 09:23

Mortal Kombat meilleure adaptation de jeux vidéo !

Karlito
24/01/2017 à 07:44

Surtout que Russel penche bien à droite de la droite aussi, point.

corleone
23/01/2017 à 22:44

Soldier c'est un grand film. Point.

karlito
23/01/2017 à 22:05

Article sympa et assez juste je trouve, merci :) Il est heureux, il s'amuse, a trouvé la femme de sa vie, gagne des pépettes et se fout royalement des critiques sûrement. Un Uwe Boll qui a réussit en somme. Event Horizon était pas mal je trouve, même assez glaçant. Il est rare qu'un film de SF d'horreur donne la chair de poule...

Joan Crawford
23/01/2017 à 21:12

En même temps Resident Evil y'as jamais eu un semblant de scénario cohérent dans les jeux , c'est le principe du train fantôme version playstation ;), Event Horizon dans le style série B sa passe à peu prés...

MystereK
23/01/2017 à 21:11

Je n'ai pas vu tous ces films, mai sos j'ai un bon souvenir d'Event Horizon, Soldier est sympathique, les quelques Resident Evil que j'ai vu ont le bon gout de la sincérité et du divertissement bis, par contre j'ai beaucoup moins aimé Alien vs Predator.

Bon sur que l'article est intéressant, depuis quand est-il interdit de parler, sur un site de cinéma, des cinéastes, quel que soit la qualité de leurs films ? Et qui dicte ces limites du bon goût ? Parce que le cinéma existe aussi grâce à des Ed Wood, Jim Wynorski, Dave deCoteau, Charles Band, etc...

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