Army of the Dead : pur zombie-plaisir ou grosse déception sur Netflix ?

La Rédaction | 22 mai 2021
La Rédaction | 22 mai 2021

Retour aux zombies pour Zack Snyder avec Army of the Dead, où des braqueurs vont dans un Las Vegas en quarantaine. Bonne pioche, ou grosse déception ?

Zack Snyder avait commencé sa carrière en 2004 avec L'Armée des morts, prototype du bon remake, avec Sarah Polley dans l'enfer des zombies. Presque 20 ans après, le réalisateur de Watchmen et Batman v Superman revient aux morts-vivants, avec Army of the Dead, sur Netflix.

Après la critique version écrite, la rédaction revient en détail sur ce qu'on peut retenir de bien, de moyen et de pas bien.

ATTENTION SPOILERS

 

 

LE MEILLEUR

Le générique d'introduction (Snyder style)

S’il y a bien une séquence pour laquelle la filmographie de Zack Snyder est reconnue, c’est le générique introductif de Watchmen. Avec ses élans clippesques, ses ralentis stylisés et sa chanson de Bob Dylan, le cinéaste a réussi à condenser toute l’histoire de ses super-héros, et les fondements de sa fresque uchronique.

Sur un ton plus bourrin et léger, Army of the Dead réitère cet effet de style pour dépeindre l’invasion de zombies à Las Vegas. En plus d’offrir quelques images à l’ironie mordante (ce vieillard boulotté par des morts-vivants au moment où il gagne à la machine à sous), Snyder déploie avec beaucoup d’efficacité et de clarté le potentiel de son concept. Dans de tels moments privilégiés, l’impact visuel de son cinéma prend tout son sens, quand bien même l’auteur est ici dans une zone de confort totale.

 

photoLes ailes de l'enfer

 

LE CASTING

Avec son braquage zombie, Zack Snyder nous propose un film de casse, et qui dit film de casse, dit équipe de bras cassés (ou mâchouillés, arrachés, découpés, carbonisés). Et pour le coup, voilà bien un domaine dans lequel le film fait un carton plein. On pourra tiquer sévèrement sur l'écriture ou la caractérisation des personnages, mais ces derniers ont tous été castés à la perfection. Qu'on soit ou non sensible au charme des gros biscoteaux repeints à la sueur et au sang séchés, la troupe ici réunie a de quoi abattre toutes les défiances.

Nous retrouvons donc ici une formidable brochette de tronches, utilisées au mieux de leurs capacités. Nora Arnezeder en constitue une des plus belles surprises (voir ci-dessous), mais elle est loin d'être seule. Indéboulonnable salopard du cinéma américain, le patibulaire Garret Dillahunt promène sa trogne d'arrogant vicieux, tandis que Omari Hardwick et Matthias Schweighöfer composent un duo aussi inattendu que ravageur. Enfin, Dave Bautista s'impose comme un des musclors les plus atypiques de l'industrie hollywoodienne, tour à tour physique et sensible, volontaire mélancolique.

 

photo, Nora Arnezeder, Garret DillahuntSouriez, vous êtes étripés

 

NORA arNeZeder

Voilà quelques années qu’on n'avait plus de nouvelles de l’actrice française, elle qui avait pourtant percé au début des années 2010 à Hollywood (notamment dans le remake de Maniac) puis c’était retrouvé dans quelques séries américaines dont la très primée Mozart in the Jungle. Sauf que depuis 2018, c’était un peu la traversée du désert pour Nora Arnezeder, boudée (ou boudant ?) le cinéma français et rarement mise en avant outre-Atlantique.

Et si l’on peut ne pas adhérer à Army of the Dead, ni même au cinéma de Zack Snyder, on ne pourra que remercier le cinéaste d’avoir fait renaître (au moins le temps d’un film) la comédienne. Son personnage n’est pas spécialement original puisqu’elle joue Lily, une survivante badass qui cache, sous ses airs de solitaire, une certaine fragilité. Par ailleurs, Zack Snyder s’en sert surtout de guide pour le groupe de mercenaires, Lily expliquant en long et en travers la mythologie (bien pratique pour la compréhension des spectateurs, mais pas très subtil).

Non, ce qui est finalement le plus intéressant, c’est bel et bien le jeu de Nora Arnezeder. La comédienne confère avec efficacité un certain charisme à son personnage, qui se révèle clairement être le plus badass du groupe. Mieux, son jeu naturel et très crédible (ce magnifique « putain » dégainé furtivement) parvient à caractériser son personnage trouble en seulement quelques instants (quand le reste peinera à se faire un nom). Bref, hors Dave Bautista, le vrai centre du film, Nora Arnezeder réussit à capter l’attention à chacune de ses apparitions, et ce jusqu’à son dernier mouvement épique et drôle et sa fin mordante.

 

Photo Nora ArnezederRegard vers un horizon meilleur pour sa carrière ?

 

L'AMBIANCE (AU DÉBUT)

Las Vegas en quarantaine, transformée en territoire des morts, avec des carcasses de voitures (mais pas que) dans les rues, et un groupe de survivants qui doit s'y frayer un chemin. Difficile de ne pas voir dans ce programme un petit fantasme, et une grande idée d'escape room si Elon Musk décidait de fêter son anniversaire avec quelques amis, en toute simplicité.

Le début d'Army of the Dead est ainsi idéal. Dès que ces braqueurs pénètrent dans la zone interdite, et déambulent dans ces avenues désertes qui puent la mort, c'est un délice, et un boulevard d'espoir pour toute personne friande de ces cauchemars, type huis clos à ciel ouvert. D'autant que Zack Snyder s'amuse d'emblée avec quelques idées visuellement excitantes, comme cette masse de boiteux asséchés (on attend toujours une averse pour justifier ces dialogues sur leur réveil), ce tigre-zombie nommé Valentine, et bien sûr le clan des Alphas avec leur reine.

Zack Snyder ne réinvente pas la poudre, et alterne vite entre les rues ensablées post-apocalyptiques où tout le monde marche, et les intérieurs sombres où quelqu'un passe l'arme à gauche. Mais ce parcours du combattant est toujours une bonne base pour un tel programme. Et en 15-20 minutes, l'univers semble plein de promesses. Avec au minimum, celle d'un petit plaisir simple et régressif.

 

photo, Dave BautistaLa marée des morts

 

LES (trop RARES) MOMENTS GORE

Zack Snyder avait déjà montré son appétit de sang dans L'Armée des morts et Watchmen. Mais dans Army of the Dead, il s'amuse plus que jamais, comme un môme qui a piqué la carte de crédit de ses parents. Avec environ 80 millions dans la poche, il emballe donc quelques scènes très graphiques, et une poignée d'images sensationnelles.

C'est parfois très facile, comme lorsque le grand vilain pourri de la bande est longuement piétiné et amoché par le tigre-zombie, qui finit par bouffer sa tête dans un éclair sanguinolent. Mais c'est souvent bien plus violent et cruel, et ce dès le générique où une mère et sa fille sont écrasées avec des zombies sous un container. Plus tard, le papa-héros voit la tête de son amie faire un demi-tour sec, avec un morceau de colonne vertébrale délogé pour attester de l'opération. C'est donc plus que bienvenu, surtout dans un film qui aime tant la niaiserie dès qu'il s'agit des héros.

 

photoApportez-moi la tête de votre bâtard

 

LE MOYEN

LA MYTHOLOGIE ZOMBIESQUE

Tout droit sorti de la Zone 51, le patient zéro d’Army of the Dead pourrait très bien être un extraterrestre, ou le fruit d’expérimentations génétiques qui auraient mal tourné. Quoi qu’il en soit, cette démarche offre à Snyder l’opportunité de développer une mythologie nouvelle, à grands coups de zombies alpha plus organisés et plus dangereux.

D’un autre côté, cette démarche résonne surtout comme un prétexte aguicheur au vu du rendez-vous manqué de Zack Snyder. Si on accepte de passer outre le ridicule de certaines idées (le zombie casqué et capé sur un cheval, les cris risibles de la Reine...), Army of the Dead fait monter la sauce bien trop tardivement, et laisse son spectateur pendant toute sa première moitié avec un bestiaire paresseux, auquel il ne rend même pas justice.

Néanmoins, à la vision d’un fœtus bleu, et de monstres qu’il ne choisit plus de filmer comme une masse abstraite, Army of the Dead parvient à rendre curieux au vu de sa manière de convoquer un zombie plus humain, presque plus proche de ses origines vaudoues. Pour sûr, le film cherche surtout à mettre en place sa mythologie pour ses spin-offs à venir, mais le potentiel est là.

 

photoZombie, un ami qui vous veut du bien

 

L'AMBIANCE (APRÈS LE DÉBUT)

Film de mercenaires, film de casse, film d'action, film de zombies. Voilà pour les principaux genre que convoque Army of the Dead. Et le plus souvent, Zack Snyder montre qu'il connaît ses classiques, tant il bascule d'une tonalité à l'autre, variant les plaisirs, les situations, ou la nature des relations entre ses personnages. C'est le cas lors de deux des séquences les plus abouties du film, à savoir une infiltration au sein d'une horde de zomblards hibernant, qui va passer de la tension silencieuse à la sauvagerie totale, puis dans le dernier tiers, alors que nos survivants traversent à coups de douilles fumantes un casino saturé de morts-vivants vénères. 

Mais pour ces variations plaisantes, il faut aussi passer à travers un drame familial non seulement convenu, mais terriblement chronophage. Et en mettant plus que de raison l'accent sur un conflit familial extrêmement stéréotypé, le scénario se condamne à demeurer très superficiel, ou mécanique, dans ses transitions. Le récit a beau être aussi à l'aise quand il braque que quand il raque, il est malheureusement alourdi par ce dispositif, et ses jolies trouvailles en matière d'ambiance (ou d'humour, lors de l'ouverture du coffre) s'en retrouvent étouffées.

 

photo, Omari Hardwick, Matthias SchweighöferÀ la queue neuneu

 

LE PRÉTEXTE DU CASSE

Où est donc passée cette amusante idée de L'Inconnu de Las Vegas Ocean's Eleven avec des zombies ? C'était le prétexte de ce cauchemar, et la justification pour assembler ces hommes et ces femmes. Il y a donc la pilote sarcastique, l'expert en coffres-forts qui n'a jamais tâté du zombie, un soldat qui aime l'horreur de l'essence, un influenceur tête brûlée, ou encore une Française (on ne sait jamais vraiment en réalité) badass qui connaît la zone.

Mais en cours de route, cette équipe ne devient qu'une bande de gens armés et déterminés, avec quelques rôles interchangeables qui réduisent la moitié du groupe à de simples morceaux de chairs à sacrifier ça et là pour rythmer le film. Hormis le voleur incarné par Matthias Schweighöfer ou la pilote incarnée par Tig Notaro, avec une utilité claire et concrète, on perd donc l'amusante formule du film de braqueurs.

En ajoutant à ça la révélation sur le but secret de la mission, il y a une petite frustration. Et l'impression que Zack Snyder a vaguement arrangé un prétexte pour justifier sa seule véritable envie : un survival de groupe, dans un Las Vegas zombifié.

 

Photo Matthias Schweighöfer, Dave Bautista"T'as une fiche personnage toi ?"

 

LA MINI-IDÉE de boucle temporelle

C’est un passage extrêmement bref, situé au centre du métrage, où le trio chargé d’ouvrir le coffre-fort se retrouve coincé devant une grille jonchée de quelques cadavres humains (non zombifiés), ayant probablement échoué la même mission. Et alors que Dieter se moque de leur funeste destinée, Vanderohe (Omari Hardwick) balance l’idée que ça pourrait finalement être eux, bloqué dans une boucle temporelle interminable dont Kanata (leur employeur) serait le maître du temps et eux, les simples pions d’un jeu pervers.

Cette mini-séquence joue admirablement avec les nerfs des spectateurs, venant déranger leurs certitudes le temps d’une grosse minute. Sitôt la théorie mise sur le tapis, les visages se figent, les doutes s’installent notamment grâce à un découpage calme et précieux (jouant avec les tenues des cadavres, identiques à celles de certains personnages) et la vision d’un univers bien plus fou qu’on l’imaginait se dessine furtivement.

Évidemment, le film n’en tirera rien même si le concept aurait pu amuser et mener à un bien plus gros délire que ce que le récit a finalement proposé. Toutefois, Army of the Dead n’étant que la première pierre d’un immense édifice en construction sur Netflix, on se pense à rêver d’un spin-off où le monde post-apocalyptique zombiesque serait poussé dans ses plus profonds retranchements et une frénésie temporelle cataclysmique. Rien que pour ça, on a envie d'espérer.

 

photo, Matthias Schweighöfer, Omari HardwickUn duo qui fonctionne bien

 

LE PIRE

LA PHOTOgraphie, pour l'amour du flou

Depuis 300, Zack Snyder a perfectionné une technique de filmage où les outils de post-production numériques lui offrent un boulevard pour créer des images marquantes. Néanmoins, avec Justice League, le bonhomme semble avoir poussé ce processus dans ses retranchements, notamment dans ses quelques reshoots du pauvre, où un fond vert dans un jardin et une longue focale lui ont permis de réunir Batman et le Joker.

Mais là où le Snyder Cut relevait presque du bricolage urgent et contestataire, la production coûteuse d’Army of the Dead ne justifie à aucun moment cet amour du gros plan aux contours flous, qu’on jurerait tout droit sorti d’une série Z palliant à son absence de moyens. Ce parti-pris esthétique pensé pour des taupes est d’autant plus gênant que cette absence systématique d’arrière-plan ne permet jamais de jouer avec l’ampleur et l’échelle des décors. Par habitude ou par flemme, Snyder s‘est tiré une balle dans le pied, au point de clairement amoindrir la menace de sa foule de zombies.

 

photo"On me voit, on me voit plus"

 

LES ENJEUX NIAIS

Du générique de début (Dave Bautista qui pleure sur la mort de la mère et sa fille écrasées) à la fin du film (Ella Purnell qui pleure sur Dave Bautista qui est mort), en passant par quelques gros pics émotionnels (Dave Bautista qui a tué sa femme pour protéger sa fille, et tout le monde finit en larmes au ralenti), Army of the Dead n'a pas peur du niais. Et ce n'est pas uniquement Zack Snyder le réalisateur qui donne vie à ces moments : c'est aussi Zack Snyder le scénariste.

C'est certainement le gros problème d'un film qui oscille entre le pur plaisir bête et bourrin, et le total premier degré dès qu'il y a des personnages censés exprimer leurs émotions. Nul doute que le cinéaste raconte ici une part de son deuil, lié à la disparition de sa fille, mais la relation entre Scott et Kate flirte régulièrement avec le mauvais téléfilm.

Tout ça n'est bien sûr qu'une histoire de rédemption, de pardon, et de rabibochage sentimental pour le père et sa fille - sa présence dans la bande est d'ailleurs totalement ridicule, malgré le forcing pour le justifier. Pourquoi pas, sauf que c'est écrit avec les pieds, avec des dialogues surexplicatifs et démonstratifs, comme lorsque papa explique pourquoi il a eu besoin de s'éloigner de sa progéniture. Avec l'inévitable "Quand je te vois, je vois ta mère, tu vois". La musique n'arrange rien dans ces moments délicatement neuneu, et aucun acteur ne peut véritablement surmonter ces répliques lourdingues.

 

Photo Dave Bautista, Ella PurnellPère-fille : mode d'emploi

 

LE SCÉNARIO, TOUT SIMPLEMENT

Ce n'est pas exactement un scoop, le scénario n'est pas le poste de prédilection de Zack Snyder, et c'est pourquoi on pouvait se réjouir qu'il se soit attiré les services de deux co-auteurs, Shay Hatten et Joby Harold. Malheureusement, le trio n'est pas parvenu à tirer son épingle du jeu. Tout d'abord, on a bien du mal à comprendre ce qui justifie la longueur excessive du film (près de deux heures et trente minutes) tant ses enjeux sont d'une simplicité déconcertante. Proposer un film d'action zomblard est tout ce qu'il y a de plus noble, mais l'action, comme l'horreur ou la suspension d'incrédulité semblaient appeler un récit ramassé, bref, intense. Il n'en est rien.

 

photo, Nora ArnezederQuand tu demandes au scénariste de la mettre en veilleuse

 

On se rappellera pourtant que le premier long-métrage de Snyder, L'Armée des morts était particulièrement réussi et déjà passablement étiré. Mais cette première incursion chez les morts-vivants bénéficiait de protagonistes tous caractérisés, écrits, et dotés de conflits propres, sur lesquels l'action et la caméra avaient tout loisir de s'attarder en nous y intéressant.

Ici, pour charismatiques que soient nos héros, ils sont conçus en dépit du bon sens. La manière dont le récit aborde le personnage incarné par Dave Bautista est emblématique de ce déficit d'écriture. Alors que l'introduction du film établit ce qui semble être un premier trauma (la mort sous ses yeux d'une femme, proche de lui, et de sa fille) avant de relancer d'un second quelques minutes plus tard (alors qu'il est contraint d'assassiner son épouse). Un enchaînement absurde, illisible, qui parasite complètement les enjeux et conflits du personnage.

Et que dire de ses acolytes, presque jamais caractérisés, ou alors quelques secondes avant leur mort, ce qui à nouveau parasite durablement leur existence et limite grandement l'investissement émotionnel. Il en va de même pour les péripéties, pour le moins maladroites. On pense ainsi au véritable plan du commanditaire de l'action, dont on ne comprend absolument pas pourquoi il est si tarabiscoté, ses véritables intentions s'avérant d'une banalité prévisible. Tout comme la conclusion du film interroge, tant elle s'étire en longueur et en cliché, pour nous abandonner après un épilogue trop roublard et syncopé pour avoir un quelconque effet sur le spectateur.

 

photo, Matthias SchweighöferCoffre-mort

 

LE MANQUE DE FOLIE

À l’annonce d’Army of the Dead, un parallèle a pu être facilement tissé avec la franchise de jeux vidéo Left 4 Dead, et sa troupe de personnages en quête de survie face à des infectés. Avec leurs inspirations aux classiques du cinéma, et ses niveaux portés par des thématiques amusantes (un centre commercial, un parc d’attractions, un marais embrumé...), les FPS de Valve ont, non seulement, utilisé les zombies pour réinvestir les pamphlets sociétaux de Romero, mais ont aussi donné à chaque cadre une spécificité de gameplay.

Or, Army of the Dead ne parvient à aucun moment à reproduire la réussite de son modèle. Si le discours anti-consumériste de Zombie passait déjà à la trappe dans son remake L'Armée des morts, Snyder passe complètement à côté de la folie capitaliste de Las Vegas. Mis à part la vision trop brève d’un (plusieurs même) mort-vivant affublé d’un cosplay d’Elvis Presley, la ville du péché n’est qu’un décor comme un autre, dont le réalisateur n'exploite jamais la nature unique.

Ce manque d’idées n’aide d’ailleurs pas à dynamiter les codes du genre comme le voudrait Snyder. En atteste le manque navrant de variété dans les mises à mort des personnages et des zombies, qui auraient pu être bien plus déjantées compte tenu du contexte.

 

photoUn des rares plans rigolos du film

 

LA PLAYLIST des enfers

Si Zack Snyder n’est pas un cinéaste très subtil dans son approche symbolique, il a pour spécialité de façonner des séquences à la force visuelle évidente, souvent portées par une absence de dialogues. Mais c'est aussi là que le bât blesse. Quand le meurtre des parents de Bruce Wayne se fait sur la sublime musique d’Hans Zimmer et Junkie XL, ça passe. En revanche, lorsque ce cher Zack se prend pour un ado bas du front, en plaçant des chansons aux paroles lourdes de sens en parallèle de ses images, on grince des dents de gêne.

Si nous parlions plus haut du générique efficace d’Army of the Dead, la reprise de Viva Las Vegas n’est que la face émergée d’un iceberg à la playlist aussi omniprésente qu’embarrassante. C’est bien simple : la convention de Genève a interdit depuis maintenant des années que la chanson Zombie des Cranberries puisse être reprise dans un film de morts-vivants. D’ailleurs, entre son équipe de braqueurs mal dégrossie et ce surlignage intempestif de l’action par ce jukebox pop, Army of the Dead rappelle que Zack Snyder a eu son mot à dire sur tous les films du DCEU, y compris l’horrible Suicide Squad...

 

photoDès que tu entends une cover dans un film de Zack Snyder

 

LA FIN "SUSPENSE"

Les allergiques aux épilogues boursouflés se sont à peine remis de Zack Snyder's Justice League qu'Army of the Dead arrive. Alors que l'histoire est pliée, que le héros a été au bout de sa trajectoire de sacrifice-rédemption-bon-papa, une dernière partie commence pour récupérer un personnage oublié dans les décombres : Vanderohe, interprété par Omari Hardwick.

Ce soldat amateur de scies aura l'honneur de boucler l'aventure. Et il n'aura pas à s'inquiéter des radiations (clairement problématiques), ni de comment gaspiller tout ce fric, puisqu'il a été mordu, visiblement à son insu (probablement par le roi des zombies du coup ?). Bien dommage pour celui qui a empoché tout le pactole, et vient de se prendre un bon verre de campagne dans ce qui ressemble à un début de mauvais porno, type Hôtesses de l'air s'envoyant en l'air.

 

Photo Omari HardwickBig man, big scie

 

Ce n'est que cinq minutes, mais cinq minutes étonnamment molles, dignes d'une mauvaise scène post-générique. Il y a bien évidemment l'ironie mordante (RIRES) de la situation, et le caractère désabusé du personnage face à l'inéluctable, mais surtout l'inévitable porte ouverte vers une suite.

Army of the Dead a déjà deux prequels dans les tuyaux (un film, et une série animée), et nul doute que Zack Snyder et Netflix iront plus loin en cas de succès. Difficile de faire la fine bouche vu que le seul univers de zombie actuellement en place donne envie de se pendre (oui, The Walking Dead), mais cette ultime note ressemble à une grosse facilité, qui aurait mérité nettement plus de folie, ou de simplicité (Vanderohe sort dans les flammes de Vegas, sort de la ville, découvre la blessure, "Oh shit", fin).

Tout savoir sur Army of the Dead

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commentaires
Boddicker
26/05/2021 à 12:08

Encore un Joss Whedon tout pourrit!
Les zombis bodybuildés qui sortent d'une troupe de danse moderne... une intro en mode parodie sérieuse... du gros n'importe quoi indigeste à mon avis...
Vivement le Snyder cut!
Ou pas.
J'avais vraiment envie de l'aimer ce "film".

Andarioch1
24/05/2021 à 17:51

@Kyle Reese

En dépit de tout les défauts que je peux lui trouver, je concède à Snyder des qualités qui en font un réalisateur intéressant et à suivre. J'espère juste qu'un jour quelqu'un saura canaliser son talent et palier ses défauts ( en lui adjoignant un vrai scénariste par exemple^^).
Parions sur la suite, donc.
Et oui, je regarderais, et on en reparlera ;)

lulu
24/05/2021 à 17:11

Pour le gars qui sort du coffre à la fin sans être liquéfié par retombés des radiations atomiques, je me dis que peut-être le fait d'être déjà contaminé après avoir été mordu par le roi des zombies l'a sûrement sauvé vu qu'il commençait à se métamorphoser et du coup il est peut-être immunisé.
De plus, d'accord avec l'article j'ai été déçu par ce film et sur la majorité des points que vous avez évoqués. J'en attendais sûrement trop..

Kyle Reese
24/05/2021 à 14:35

@Andarioch1

Je comprend ce que tu dis et le respecte. Moi aussi je me suis interrogé sur l'ouverture de la trappe du caisson le temps d'1 seconde peut être, mais pas plus. Pour le coffre fort là ou je suis d'accord c'est pour son ouverture, mais soit l'explosion a dû réussir à le fragiliser. Comme j'ai été pris par le film, ma tolérance aux incohérences peut être à géométrie variable, si je m’étais ennuyé j'aurai écris peut être la même chose de que toi, bien qu'aimant Snyder je ne suis surement pas très objectif. Désolé si le ton de mon post pouvait paraitre un petit peu agressif.

On reparlera surement de tout ça lors du visionnage de la très probable suite, en tant que fan de série je pense que tu tenteras quand même malgré ta déception ! ;)

Andarioch1
24/05/2021 à 13:45

@Kyle Reese
Je ne reproche pas des incohérences. Je suis fan de série B, ce n'est pas 3 trucs tirés par les cheveux qui vont me faire.
Nope. Le pb c'est qu'il y en a trop, beaucoup trop. Bien sûr qu'on a tous, pour ce genre de film, une bienveillance qui nous pousse à ne pas être trop regardant. Mais quand rien ne tient la route, sur un film prometteur prélude à une franchise, il y a saturation.
Tu as raison, on s'en fout que la voiture explose. Mais ça+ça+ça+...
Perso j'ai besoin de m'accrocher à un minimum de réalité pour me laisser prendre. Là, tout est faux. Bancal.
Le caisson. Parlons en. Je ne suis pas un spécialiste. Il est même probable qu'en voyant la scène je me sois juste demandé pourquoi ce machin s'ouvre tout seul. Et oui, en la renvoyant, ça tient pas la route. On s'en fout? Peut-être.
Que le black s'en sorte n'est pas incohérent.
Qu'il sorte d'un coffre-fort où il a été enfermé est plus discutable. Inviolable justement.
Comprends-moi. Je n'ai aucun soucis avec des petits arrangements avec les lois de la physique ou autre. C'est du cinéma. Mais trop de n'importe quoi même pas compensé par une histoire un peu prenante ou des scènes d'action dantesques, des attitudes qui étaient déjà caricaturales dans les 80's, des foutages de gueules narratifs (zombies? Aliens? Boucle temporelles? On fera un sondage et on choisira plus tard), des oublis malheureux (Geeta, à cause de qui les survivants, au lieu de fuir, retourne se fourrer dans la gueule du loup, elle devient quoi? Elle survit au crash? ou pas? On n'en sais rien).
Ajoute les flous tout pourris et les persos sous-exploités et ça fait quand même beaucoup.
Trop, encore une fois.
Enfin... trop pour moi

Hanza314
24/05/2021 à 11:46

Je l'ai lancé hier, je me suis ennuyé. J'ai pas tenu jusqu'au bout, c'était laborieux... Des dialogues inutiles et stupides, une intrigue très moyenne, l'impression de subir un suicide squad à nouveau. Déjà la bande annonce ne m'attirait que moyennement, mais j'aurai cru qu'avec Snyder on aurait droit à quelque chose de sympa. Je me suis bien trompé !
Au final on se dit "tout ça pour ça".
Entre godzilla, wonder woman, mortal combat et army of the dead, on a un florilège de navets !

Kyle Reese
24/05/2021 à 11:43

@Cacouac

Je pense que tu me résume assez mal, mais c’est pas grave, ;)
Rester en surface ne veut pas dire qu’il n’y a rien et je pense avoir démontré qu’il y avait au contraire des choses intéressantes et qu’on pouvait y trouver du sens. Après chacun reçoit les choses comme il le ressent.
Snyder n’a pas à la base d’autre but que de faire du fun (c’est pas un film à thèse) avec un minimum d’elements intéressant plutôt bien emballé., façon série b ou comics. Ça n.a pas pris pour toi et pour bcp d’autres tant pis. C’est une opération réussie pour moi.


@Andarioch1

Ok l’écriture est le point faible de Snyder. Mais pourquoi lui reprocher une explosion de voiture à lui alors que c’est qq chose qu’on voit quasi partout. Snyder veut une voiture qui explose parce que c’est graphiquement impressionnant ici et ça l’arrange, bah il l’a met. Il y a bien eu des voitures dans la vrai vie en France qui ont pris feu en quelques secondes. La voiture des mariés n’est pas toute récente non plus il me semble. Alors dans un film de zombie à tendance fun ou est le problème ? Je te rappelle que le mec est en situation particulière au moment où il voit les phares, et il est donc un peu ailleurs pour pouvoir réagir comme un héros à la Bruce Willis.
Le convois ne doit pas éveiller de soupçons et rester discret. Ce qu’il transporte est top secret.
Les militaires ne sont pas dans la confidence pour des raisons logiques. Tout ça est illégale, immorale, dangereux. Mieux vaut un minimum de gens au courant. On le comprend par la radio. Ce n’est pas un commandos d’elite. Pour le caisson, tu as l’air d’être un spécialiste, pas vue la roue, m’en fiche complètement j’étais curieux et concentré sur ce qui allait sortir. Mais après un impact pareil, le système d’ouverture peut très bien être cassé. Bref, un détail pour ingénieur en herbe. Moi je suis un spectateur lambda qui ne va pas cherche trop loin pour ce type de film si c’est prenant. Je te rappelle que c’est un film de zombie fun, pas un doc, ni une reconstitution réaliste d’un accident dramatique.

Le perso qui s’en sort car protège par le saint graal des coffres fort, une incohérence ? Tu connais l’épaisseur de ces murs d’aciers ? Moi non mais j’imagine que c’est du costaud vu celle de la porte. Et puis ce truc est déjà utilisé dans un épisode de la 4 eme dimension filmée à l’époque de la guerre froide ou la menace d’une attaque globale atomique des russes était fortement envisagé. Il doit y avoir du vrai dans cette hypothèse. Il y a eu des rescapés à Nagasaki et Hiroshima, qui ne devaient pas se trouver à l’épicentre de l’explosion mais ne se trouvait pas non plus protégé par un coffre ultra blindé géant. Ils n’ont pas été liquéfié. Et puis je ne pense pas que le missile soit tombé sur le coffre ! Lol.
Alphas se prend des balles, j’ai vu des trous . les soldats ne visent pas la tête car ils ne savent pas à quoi ils ont à faire et ne connaissent pas le point faible car ... pas dans la confidence.
Les soldats survivant sont de gros benêt oui, des soldats de bases, qui ne sont pas.en situation de guerre (sans doute stationné dans une base en mode attente) qui paniquent devant un phénomène qu’ils ne comprennent pas donc oui ils se barrent à pied pour s’éloigner.
Et oui ils sont c*ns pour que l’un puisse faire une blague pourri et ensuite se faire bouffer. Ca c’est le côté fun voulu. Des idiots il y en a partout dans tous les milieux. Ce ne sont pas des gradés, ce ne sont pas les mercenaires que l’on va rencontrer par la suite. Tout ça n’est pas plus idiot ou incohérent que bcp de film de zombies, de films de casses ou d’actions. Persos me suis plus attardé sur le style, le suspens, les personnages principaux, le décor, l’action, les zombies, les tensions etc que les éventuelles incohérences. Snyder ne cherche pas à faire du Nolan ici. Donc mauvais procès pour moi.

Giro
24/05/2021 à 09:40

Vu hier, l'impression de regarder une production Asylum. Le film est un encéphalogramme plat. Il n y a rien, Snyder semble serieusement atteint par la mort de sa fille et c'est totalement comprehensible.

Andarioch1
24/05/2021 à 09:30

le principal problème de ce film vient de l'écriture. Aucune surprise, Le sort de chaque protagoniste est prévisible, exception peut-être du black mais l'incohérence de ce qui lui arrive gâche le peu d'intérêt de son arc (il sort d'un coffre fort ultra sécurisé, se balade dans un Vegas détruit par une bombe atomique sans se liquéfier sur place).
Et justement, au delà du manque d'originalité du script, il y a ces fameuses incohérences, trop nombreuses pour qu'on puisse passer outre. Une facilité de ci de là pour rendre une scène plus impressionnante ou permettre à l'histoire d'avancer, on pardonne. Mais là, rien ne tient la route. Prenons la scène d'intro. Quatre véhicules de l'armée quittent une base. Un camion (deux personnes), deux "voitures" (de 2 à 4 personnes) et un véhicule de transport de troupe (10 personnes minimum).
Accident. Que de nuit, se prenant des phares dans les yeux, le jeune marié ne réagisse pas est déjà improbable. Mais cette manie de faire exploser les voitures. Normalement la voiture se fait juste pulvériser par le camion, point.
Bref, tout le monde s'arrête et on se rend compte qu'il n'y a finalement qu'une poignée de militaire. Le transport de troupe ne transporte pas de troupe. A quoi il sert? Ben à faire joli.
Le caisson. On voit parfaitement deux choses. Il est encore en bon état, et l'ouverture de la porte se fait comme dans les bateaux avec une roue qu'on doit tourner. Impossible que la roue ait tourné toute seul pendant l'accident. Alors pourquoi la porte s'ouvre-t-elle?
Alpha sort et bouffe un gars. Les autres tirent dessus. Pas d'impact de balle. Et pas un pour tirer une balle dans la tête alors que c'est finalement ce qui tuera alpha à la fin.
Les deux survivants, au lieu de remonter dans leur bagnole qui doit quand même être suffisamment solide pour supporter un petit choc contre une dune de sable pour se tirer, s'enfuient comme de gros benêts à pied.
Cerise sur le gâteau, Alpha, plutôt genre bourrin qui fonce et qui tue, se cache pour finalement les prendre par surprise. Juste pour distiller un rien de suspense à la scène, résumant parfaitement la méthode Snyder, accepter n'importe quoi tant qu'a la fin il ait les images qu'il veut. Tout ça (et le pire est à venir, en 5mn.
Snyder est un parolier qui fait des phrases qui n'ont pas de sens juste pour la rime et le rythme.
Je voulais y croire pourtant...

Bob
24/05/2021 à 02:54

@Kyle Reese


En gros, pour résumer, tu nous dis que Snyder ne met rien dans le film, mais si on veut y croire, on trouve tout de même des trucs !
Ah… ben ouais !

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