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Army of the Dead : critique Muerta Las Vegas sur Netflix

Par Simon Riaux
21 mai 2021
MAJ : 31 décembre 2022
116 commentaires

Après des années à adapter l’univers DC au cinéma, émaillé de difficultés, parfois d’insuccès, voire de conflits ouverts, Zack Snyder a abandonné Justice League au lendemain du suicide de sa fille. Retour aux sources près de 18 ans après L’Armée des mortsArmy of the Dead, projet plus modeste et ramassé (sur le papier) et chaperonné par Netflix, on espérait que le cinéaste trouverait là l’opportunité de reprendre le contrôle de sa carrière à la faveur d’un projet cathartique, dont il maîtriserait parfaitement chaque ingrédient, quitte à pouvoir les transcender. 

Notre dossier détaillé sur le meilleur et le pire d’Army of the Dead, c’est par ici.

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28 DOUILLES PLUS TARD

Malheureusement, plutôt qu’à une résurrection, c’est bien à un pourrissement que nous assistons ici, tant toutes les tares constatées dans le récent Zack Snyder’s Justice League se prolongent jusqu’à faire du nouvel effort du réalisateur son propre mort-vivant. L’incapacité chronique à raconter une histoire prend ici des proportions étonnantes, jamais la caméra ou le scénario ne parviennent à caractériser les personnages. 

 

 

Le héros incarné par Dave Bautista connaîtra donc trois traumas fondateurs, aussi répétitifs qu’illisibles, tandis que la narration s’inquiète de donner des enjeux et de la chair à ses protagonistes dans les instants qui précèdent leur dépeçage. Un choix qui pourrait ponctuellement apparaître comme un gag, mais dont le systématisme laisse penser que c’est bien l’écriture qui est défaillante. Elle l’est d’autant plus que Snyder a pensé son récit comme un drame familial faisant directement écho à celui qu’il a traversé.  

 

photo, Dave BautistaC’est plus ce que c’était Las Vegas

 

Un choix intéressant, qui vient souligner une nouvelle fois que derrière ses atours de champion du divertissement épique à base de biscoteaux et de pauses poseuses, se cache bien un auteur, interrogeant souvent sa propre existence à travers ses œuvres. Malheureusement, cette intention pertinente se traduit à l’écran par une heure de sous-intrigue familiale dispensable, lourdingue, prévisible, embarrassante dans les rebondissements stéréotypés qu’elle engendre. Un comble, quand on sait que le métrage s’étale durant près de 150 interminables minutes, quand son genre appelait un divertissement rythmé et pétaradant. 

 

photoQuand faire un tour au Casino prend un tout autre sens

 

L’HOMME A LA CAMÉRA

Mais le scénario co-écrit avec Zack Snyder (accompagné de Shay Hatten et Joby Harold) n’est pas la plus grande faiblesse d’Army of the Dead. Car s’il est un domaine dans lequel le réalisateur de Watchmen paraît s’être tout à fait asséché, c’est la grammaire visuelle. On espérait que son choix d’assurer lui-même la photographie du film tout en le cadrant seul serait synonyme d’expérimentations ou de tentatives radicales. Las, l’ensemble est écrasé par une image terne qui manque étonnamment de piqué, de contraste et totalement mutilée en post-production. 

Abusant du flou, à force de jeux sur la netteté permaments, qui écrasent la dramatisation et l’image, Snyder espère peut-être doper la charge dramatique de son histoire, mais il ne parvient qu’à rehausser la dimension artificielle de l’ensemble, et en diminuer tragiquement la lisibilité. Un parti pris certes fort, mais contre-productif, qui s’accomode parfois mal de la cohabitation au sein d’un même film de plans tournés par le réalisateur lui-même et d’autres ayant plus massivement recours aux trucages numériques. Un flou “artistique” qui préside également au choix des décors. Malgré la démesure de son décor, ce braquage au cœur d’une Las Vegas devenue village vacances de zomblards (où de punks à chiens fans des Rois Maudits, on ne sait pas) se déroule essentiellement dans des zones neutres, et autres enfilades de couloirs génériques. 

 

photoLes gestes barrière ne suffiront pas

 

ZACK A DIT

Pour autant, quand il ne s’égare pas dans des considérations psycho-familiale, Snyder parvient encore à décocher quelques flèches. Comme souvent il emballe une introduction qui vaut son pesant de cacahouètes, et annonce un film que nous ne verrons jamais, mais qui ne manque pas d’atouts. Après une première séquence rigolote d’outrance et de vulgarité assumée, il nous offre en effet un des rares plans gores du métrage, une poignée de mises à mort réjouissante, avant de transformer la capitale du vice en terrain de jeu obscène et putrescent. 

 

photo, Nora Arnezeder, Garret DillahuntAffreux, sales et méchants

 

Si le tempo se calme plus vite qu’un sculpteur d’air chaud en EPHAD, on doit plus d’une fois à Dave Bautista de nous sortir de notre torpeur. Toujours aussi investi physiquement, il tient toutes ses scènes, en sauve quelques-unes et irradie du charisme mélancolique qui est devenu sa signature. Le reste de sa mauvaise troupe n’est pas en reste, grâce à la veulerie du trop Garret Dillahunt, mais surtout Nora Arnezeder, rescapée d’Angélique, Marquise des Anges, qui nous divertit ici à coup de franche badasserie. On pense notamment à l’une des (rares) prises de bec avec les morts-vivants, où la horde sauvage se fraie un chemin pas totalement vegan à travers une horde de cadavres en hibernation.

Enfin, dans le dernier tiers de sa thérapie boursoufflée, Snyder paraît se réveiller, et multiplie soudain les plans stimulants, les torgnoles qui font mal, les découpages au gros calibre, et par endroits, de jolies chorégraphies. Pas assez pour redresser tout à fait la barre, ou faire oublier les failles d’Army of the Dead, mais suffisamment pour nous injecter un peu d’adrénaline et éviter à cette maraude musculeuse le total naufrage.   

Army of the Dead est disponible sur Netflix depuis le 21 mai 2021 en France

 

Affiche

Rédacteurs :
Résumé

Plutôt que le renouvellement d'un cinéaste rincé, c'est une lente agonie stylistique qui nous attend dans les rues sablonneuses de Vegas. Il s'en faut d'une poignée de scènes divertissantes et plaisamment bourrines pour que Snyder échappe à la catastrophe totale.

Autres avis
  • Alexandre Janowiak

    Zack Snyder continue à faire son deuil avec Army of the Dead. Le long-métrage est une véritable catharsis (parfois émouvante) de sa relation avec sa propre fille décédée. Dommage qu'il ne soit pas en même temps, le braquage zombiesque fun et original espéré.

  • Geoffrey Crété

    Un film de zombies gros, gras et généreux, sous forme de pur plaisir régressif ? Non. Un film de zombies basique, pas très fou, et beaucoup trop long et premier degré pour enchanter au-delà de trois ou quatre images gores. Mieux vaut revoir L'Armée des morts.

  • Antoine Desrues

    Même en pardonnant l'inanité de son scénario, Army of the Dead reste une accumulation de clichés mal agencés, et engoncés dans un premier degré gênant. Si on sent que Zack Snyder a perdu tout sens de la structure narrative depuis Justice League, ce triste film de zombies à la photographie immonde s'impose comme une aberration conceptuelle.

  • arnold-petit

    Malgré quelques séquences énervées et Dave Bautista, ce n'est pas en combinant Ocean's Eleven à Aliens et Bienvenue à Zombiland qu'Army of the Dead parvient à faire oublier son écriture pataude ou sa réalisation apocalyptique. Il aurait au moins pu avoir la politesse de régler ça d'une balle dans la tête plutôt que de faire traîner la chose.

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Commentaires
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Domo

Alors, je respecte votre avis. Par contre parler de photographie immonde, ça n’engage que vous. Quand vous parlez de flou numérique j’espère que vous ne parlez que des plans post-prod ? Il faut savoir que le film a été shooté avec une optique vintage très particulière, le Leica M0.8 Noctilux 50mm, qui a une ouverture incroyablement faible. Ce « flou numérique », comme vous l’appelez, c’est tout un simplement un travail de photographie, qui a bel et bien été assumé en live et non en post-prod. Personnellement je trouve que c’est magnifique, mais oui c’est radical.

Bayhem

Bah c’est pas très engageant cette affaire…

Merci l’équipe d’avoir continué vaille que vaille à égayer nos journées via la site et les vidéos, même si je suis loiiiiiiiiin (avec un écho) d’être toujours d’accord avec vos avis, voire avec vos manières.
Ravi de savoir cependant que le ciné dans sa grande définition va vers un semblant normalité, et qu’un un petit site résistant doit pousser un ouf de soulagement !

Hors-sujet pour Simon
Il faudrait, je crois, tout simplement, que tu essaies, tout simplement, de te débarrasser du tic de langage « tout simplement » que tu utilises environ toutes les deux phrases, tout simplement, lorsque tu fais une vidéo, tout simplement. Tout cordialement.

uleertel

@zack’s fan oui parce qu’avec un tel pseudo vous êtes évidement beaucoup plus qualifié pour avoir un avis objectif….
Je peux pardonner un tel commentaire si il vient d’un gamin de 12 ans mais on ne va pas refaire le débat vieux comme le monde sur les critiques et leur utilité. Dans ce cas on fait quoi, on ne laisse que le marketing et les critiques positives?

LOLL

@Zack’s fan tu as tout dit!
Moi aussi j’aurais aimé le voir.
Le film des experts réal : @Antoine D producteur :@Geoffrey C

TheJoker

Bonne surprise, c’est pas le film du siècle bien entendu, j’avais adoré le premier remake de Zombie que Snyder a fait, celui-ci est moins bon, mais il en reste très divertissant, je ne me suis pas ennuyé une seconde.