Black Mirror : pourquoi vous devez absolument regarder la saison 3 de ce fabuleux cauchemar

Geoffrey Crété | 26 octobre 2016
Geoffrey Crété | 26 octobre 2016

Netflix ramène Black Mirror pour une troisième saison très attendue, diffusée dès le 21 octobre.

Lorsque Robert Downey Jr. a optionné l'épisode The Entire History of You en 2013 en vue d'une adaptation au cinéma, c'était un signe évident que Black Mirror était devenu un phénomène. Netflix a senti l'affaire : en 2015, le service de streaming récupère la série d'anthologie de Charlie Brooker pour 12 nouveaux épisodes.

La première partie de la saison 3, composée de six épisodes, arrive ainsi le 21 octobre, avec un casting de luxe devant (Bryce Dallas Howard, Mackenzie Davis, Alice Eve, Gugu Mbatha-Raw) et derrière la caméra (Joe Wright, Dan Trachtenberg).

Un retour à la hauteur du phénomène grandissant ? Réponse (en six chapitres) : oui.

 

ATTENTION PETITS SPOILERS (MAIS PETITS)

 

Photo Mackenzie Davis, Gugu Mbatha-Raw

 

SAN JUNIPERO

Le morceau d'Owen Harris, réalisateur de Kill Your Friends et de l'épisode Be Right Back de la série, rappelle le fameux The Entire History of You : une histoire qui est d'abord d'amour, avant d'être de science-fiction.

L'histoire résiste d'ailleurs à livrer sa véritable nature pendant sa première partie, se déroulant dans les rues d'une ville bercée par les couleurs et les fringues des années 80, sous l'affiche du Génération perdue de Joel Schumacher. La timide Yorkie, interprétée par l'excellente Mackenzie Davis (héroïne de Halt and Catch Fire attendue dans Blade Runner 2049 : comment ne pas l'aimer), erre ainsi jusqu'à se retrouver dans un club branché, entre les jeux d'arcade et la piste de danse. Le hasard la pousse à rencontrer Kelly, incarnée par la fabuleuse Gugu Mbatha-Raw, vue dans Free State of Jones. Une rencontre qui va bouleverser leurs vies au-delà de tout ce que le décor laisser présager.

En plus de son allure délicieusement kitsch qui dénote des autres épisodes, San Junipero fait ressortir le meilleur de Black Mirror : sa capacité à ne pas se laisser bouffer par le genre pour raconter une histoire profonde, sensationnelle, déroutante, qui refuse de s'offrir facilement au spectateur. Réflexion fascinante sur un paradis virtuel, cette histoire d'amour magnifique entre directement dans les meilleurs épisodes de la série.

 

Photo Shut Up and Dance

  

SHUT UP AND DANCE

Un peu poussif et téléphoné, pas bien corrosif, l'épisode de James Watkins (Eden Lake, La Dame en noir) rappelle les limites de Black Mirror. L'histoire commence avec un pauvre adolescent a priori ordinaire, qui décide de se tripoter devant un site porno sans se douter qu'une personne le filme via son ordinateur. Obligé d'obéir au mystérieux maître-chanteur s'il ne veut pas que son plaisir solitaire fasse le buzz, il se retrouve embarqué avec d'autres victimes (notamment Jérémie Flynn de Game of Thrones) dans une mésaventure.

D'une histoire entre Nerve et l'amusante série TV Chosen, Shut Up and Dance tire une petite fable attendue et trop lisible pour être réellement convaincante - les personnages sont littéralement pris en otage par la technologie. L'aspect très moralisateur de l'intrigue (adultère, racisme, pédophilie), dénuée d'ironie, en fait un épisode très inférieur, et certainement le moins bon de la première partie de la saison 3. Une déception d'autant plus grande que James Watkins avait prouvé un solide sens de la mise en scène dans ses films.

 

Photo Bryce Dallas Howard

 

NOSEDIVE

Le poids lourd de la fournée, avec Bryce Dallas Howard, Cherry Jones et Alice Eve, Joe Wright (Reviens-moi, Pan) à la réalisation, et l'actrice Rashida Jones en co-scénariste (une cote d'enfer puisqu'elle sera parmi les scénaristes de Toy Story 4). Et un bel exemple de la manière dont Black Mirror tire de petites merveilles d'une idée a priori limitée.

L'actrice de Manderlay et Le Village (ou Jurassic World et Spider-Man 3) est l'héroïne de cette satire délicieusement drôle et perverse, qui se déroule dans un monde pastel où un réseau social détermine le rang et donc la place de chacun dans la société. Connecté en permanence via un smartphone et des lentilles qui rappellent encore The Entire History of You, chacun peut et doit noter chaque publication ou interaction avec une autre personne, contribuant ainsi à établir son importance avec un barème de 0 à 5 étoiles. Les mieux notés ont des privilèges, un accès privilégié à certains services, tandis que les autres rêvent désespérément d'acquérir leur statut et gagner des points, terrifiés à l'idée d'être les rebus de la société.

Le fond de l'histoire (l'addiction aux réseaux sociaux, l'importance de la représentation et du masque social pour vendre son bonheur et sa propre personne) laissait craindre une fable évidente, mais Nosedive prend un malin plaisir à surprendre, notamment avec une légèreté et une cruauté réjouissante. Poussé au paroxysme, le réseau social devient une police du comportement et une dictature totale de l'identité, transformant la moindre interaction en éventuelle mauvaise note susceptible de coûter cher. 

Le réalisateur de Hanna filme la satire avec une maîtrise fantastique, et une direction artistique bluffante qui évite intelligemment de recycler sagement les décors du genre. Bryce Dallas Howard, elle, se montre absolument géniale dans un rôle qui lui sied à merveille, et lui offre l'une de ses meilleurs performances. Assurément l'un des moments les plus jouissifs de la saison, et les plus drôles de la série.

 

photo Men Against Fire

 

MEN AGAINST FIRE

Etrange épisode que celui signé Jacob Verbruggen, qui oscille entre le moyen et le très bon. Men Against Fire (titre supposé non définitif, l'épisode ayant été livré à la presse dans une version non terminée, avec notamment la musique de Donnie Darko) démarre comme un film de guerre à la Starship Troopers version terrienne, avec un escadron de militaires chargé de nettoyer la région de mystérieuses créatures.

Le héros, une nouvelle recrue interprétée par Kola Bokinni, découvre la réalité du terrain, et se retrouve en contact avec un appareil ennemi qui opère un changement profond en lui. Le schéma classique du film de monstre et de contamination donc, écrit et filmé sans grande inventivité. Du moins jusqu'au dernier quart d'heure, qui retourne l'intrigue pour la transformer en fable sur le lavage de cerveau institutionnalisé de l'Etat - avec notamment une lecture politique de la crise des migrants, particulièrement incisive. 

Mais Men Against Fire repose un peu trop sur ce twist et sa conclusion noire pour être un épisode entièrement satisfaisant, d'autant qu'il rappelle curieusement le discours de La 5ème vague, le mauvais teen movie alien avec Chloé Grace Moretz. 

 

Photo Hated in the Nation

 

HATED IN THE NATION

Un épisode au statut particulier puisqu'il dure 1h30. Réalisé par James Hawes, passé par Doctor Who et Penny Dreadful, il raconte comment l'enquête sur la mort sanglante d'une femme publiquement haïe vire au cauchemar, dans une société qui aime désigner massivement ses ennemis.

Portée par Kelly Macdonald (Trainspotting, No Country For Old Men) et Faye Marsay, la mémorable Waif de Game of Thrones, Hated in the Nation exploite avec efficacité et ingéniosité la dictature des haters qui gangrène la sphère 2.0 depuis quelques années. Cette énergie collective, qui se répand comme une traînée de poudre, devait immanquablement être traitée par Black Mirror parmi les nombreuses dérives de la technologie.

Avec en arrière-plan une amusante idée écolo, qui rappelle presque la récente série BraindDead, l'épisode vire ainsi à la petite apocalypse, avec une mécanique implacable et brutale qui créé une ambiance glaciale. Difficile d'en dire plus sans gâcher l'histoire, mais Hated in the Nation est un épisode très solide, parfois surprenant, qui pousse les limites de l'exercice avec brio, malgré un épilogue un brin décevant. 

 

Photo Playtest

  

PLAYTEST

Là encore, sujet incontournable : la réalité virtuelle, devenue une réalité avec la sortie des casques des différentes marques qui permettent de s'immerger dans un jeu vidéo pour une immersion plus grande.

Sorti du succès mérité de 10 Cloverfield Lane, Dan Trachtenberg emballe un épisode digne des Contes de la crypte, qui flirte avec la série B avec notamment une référence à The Thing de Carpenter qu ravira les amateurs. Le cinéaste rejoue la paranoia et la suspension d'incrédulité en huis clos dans cette histoire aux faux airs de maison hantée, centrée sur un homme qui teste un jeu vidéo révolutionnaire qui puise dans l'esprit du joueur le cauchemar où il sera plongé.

La formule est nettement plus simple et claire que les autres épisodes, avec un humour grandement appuyé - notamment grâce à l'excellent Wyatt Russell, fils de Kurt Russell et Goldie Hawn. Playtest a donc des allures de petit plaisir, plus accessible et tourné vers l'amusement. Il ira évidemment plus loin, mais toujours mené par ce désir de satisfaction presque régressif, propre à beaucoup d'anthologies du genre.

 

 

Avec ses six premiers épisodes, la saison 3 de Black Mirror confirme donc toute sa valeur et entre sur des territoires plus spectaculaires, qui devraient sans surprise permettre à la série de Charlie Brooker de gagner de nouveaux adeptes. Les fans, eux, y trouveront sans nul doute de nouveaux épisodes préférés.

 

Affiche

 

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