BrainDead, surprise de l'été : l'invasion gore et comique d'insectes de l'espace à Washington

Geoffrey Crété | 12 septembre 2016 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Geoffrey Crété | 12 septembre 2016 - MAJ : 09/03/2021 15:58

L'une des surprises de l'été : BrainDead, une satire politique avec des insectes venus de l'espace, portée par Mary Elizabeth Winstead et créée par les showrunners de The Good Wife.

Certes, BraindDead reprend le titre du film culte de Peter Jackson (en y ajoutant une majuscule), et n'est absolument pas aussi drôle, corrosive et extrême que Veep, la série grandiose de HBO avec Julia Louis-Dreyfus. Mais la nouveauté de la chaîne CBS a pour elle une légèreté loufoque inattendue de la part de ses créateurs Michelle et Robert King, devenus des superstars de la télévision avec le succès de The Good Wife, la série-soap avec Julianna Margulies.

Le principe est bête et méchant : des insectes venus de l'espace commencent à invahir la planète en commençant par Washington, où ils dévorent une partie du cerveau des politiciens pour en faire des fous furieux extrémistes. C'est une fiction joyeusement ridicule, mais les visages de Hillary Clinton et Donald Trump diffusés en fond sur les écrans de télévision rappellent que le cirque politicien l'est presque tout autant.

 

Poster

 

THE BUG WING

BrainDead ne sort pas de nulle part : Robert et Michelle King ont été inspirés par l'un des derniers government shutdown, ce fabuleux moment où, faute d'avoir trouvé un terrain d'entente avec le Congrès au sujet du budget du pays, le gouvernement s'arrête. "Il y a eu ce moment bizarre à Washington où tout semblait partir en vrille. Il y avait aussi des curiosités comme ces gens qui se sont suicidés au centre commercial, et tout nous semblait être dérangé". 

Avec l'envie de repartir sur une série politique mais d'une forme nouvelle, le duo imagine un croisement entre L'Invasion des profanateurs de sépulture, où les gens sont peu à peu remplacés par des doubles aliens, et A la Maison-Blanche, la fantastique série d'Aaron Sorkin sur les coulisses de la présidence.

A peine The Good Wife était-elle terminée (après sept saisons) que les King étaient embarqués dans cette nouvelle odyssée politique sur la même chaîne, avec Ridley Scott (via sa société Scott Free) à la production.

 

Photo Mary Elizabeth Winstead

 

THE THINGS

Premier gage de qualité : Mary Elizabeth Winstead est l'héroïne de BrainDead. L'actrice habituée aux bons films de genre (Scott Pilgrim, The Thing, 10 Cloverfield Lane), qui a montré une facette plus sensible dans les films indé Smashed et Alex of Venice, incarne Laurel Healy. Réalisatrice de documentaires idéaliste mais sans le sous, elle accepte de revenir à Washington auprès de son père et son frère sénateur démocrate, tous deux dans le business de la politique.

Elle accepte à contre-coeur un poste sous les ordres de son frère Luke, pour pouvoir financer son documentaire sur les chorales de Malésie. Mais elle découvre peu à peu que quelque chose de curieux se trame à Washington D.C. : sortis d'une météorite qui s'est écrasée sur Terre, des insectes envahissent la boîte cranienne des Américains. Si le processus se déroule bien, la personne perd littéralement une partie de son cerveau, écoute You Might Think de The Cars en boucle, arrête l'alcool pour boire des smoothies, corrige les fautes de grammaire, parle systématiquement de la réussite politique des pays scandinaves et vire à l'extrémisme selon ses convictions, qu'il soit démocrate ou républicain. Si la chose ne fonctionne pas, sa tête explose.

 

Photo

 

INVASION WASHINGTON

Le "précédemment dans BrainDead" qui ouvre chaque épisode donne le ton. Chantés par Jonathan Coulton (qui apparaît dans le dernier épisode, où l'un des personnages lui demande notamment d'arrêter), ces résumés reviennent de manière humoristique et absurde sur les événements, avec un second degré ravageur. Dans l'un d'eux, le musicien s'étonne de ce qui arrivé à l'héroïne : "Je l'avais pas vu venir, c'est pas censé arriver aux personnages principaux". Dans un autre, il attaqué pendant qu'il travaille par les insectes, et sa tête explose. Il chante aussi sur une publicité pour vanter les bestioles de l'espace, ou sur le résumé d'une autre série, que Coulton dit avoir regardé à la place de BrainDead

 

 

La série de Robert et Michelle King brille donc pas sa légèreté assumée, et sa capacité à se moquer d'elle-même. L'invasion a beau être imminente et devenir de plus en plus effrayante, les personnages gardent leur humour, leur second degré, et l'enquête demeure joyeusement absurde.

Dans l'épisode 8, l'apparition grotesque de Michael Moore dans plusieurs "fantasmes" sensuels éclairés comme ceux de Tom Cruise dans Eyes Wide Shut rappelle que BrainDead est une gigantesque farce, tandis que plusieurs scènes sanglantes viennent apporter la touche décalée au spectacle. La résolution de la saison, simple et absurde, le confirmera. Au final : une irrésistible série qui varie les plaisirs et jongle entre les genres (thriller, film d'invasion, farce politique, romance) avec humour.

 

Photo Mary Elizabeth Winstead

 

POLICITAL ANIMALS

Peut-être parce qu'elle s'attaque aux deux camps et transforme les Républicains et les Démocrates en fou furieux, BrainDead manque toutefois de nerf. Les têtes explosent mais la série reste trop douce, trop légère, pour offrir la satire politique promise et attendue. Les visages de Hillary Clinton et Donald Trump sont timidement intégrés au décor, au détour de quelques scènes, mais l'histoire évite soigneusement de se montrer trop brutale et corrosive, préférant jouer sur le terrain de la comédie grotesque et outrancière.

Le rythme parfois bancal de cette première saison, composée de 13 épisodes d'environ 45 minutes, permet ainsi de réaliser que BrainDead n'est pas cette farce extrême, nihiliste et sulfureuse. La question du terrorisme (déballée par automatisme et pour justifier la torture) est traitée avec une certaine intelligence, de manière appuyée, mais il manque des dialogues plus percutants, et une vraie cruauté pour en faire une série grandiose.

 

Photo Tony Shalhoub

 

DUMB ET DUMBER

Faute d'offrir ce spectacle, BrainDead se consomme donc avec un plaisir plus simple. L'enquêté de Laurel et ses deux acolytes, les excellents Rochelle et Gustav, devient enthousiasmante au fil des épisodes, avec une gestion adroite des twists et des péripéties. La série offre un terrain idéal aux acteurs pour livrer des performances réjouissantes, avec en tête un Tony Shalhoub parfait en sénateur aliéné.

Que les insectes commencent par Capitol Hill, loin de la populace, offre une amusante variation sur le sujet de l'invasion extra-terrestre, et montre sans finesse que les hommes et femmes politiques sont par nature des êtres à part. La série ne cherche pas la subtilité ("On affronte une intelligence supérieure !" "C'est pas difficile en même temps..."), mais fonctionne grâce à une certaine générosité, et un jeu autour du cynisme rampant de la sphère politique.

 

Photo Johnny Ray Gill

 

Loin d'être parfaite, BrainDead a au moins la prétention d'offrir une délicieuse première saison loin des habituels codes de la télévision américaine, notamment parce qu'elle prend un malin plaisir à manier différents genres. Sans aller très loin, elle s'amuse autour de la guerre parfois primaire entre les démocrates et les républicains, et entre deux idées d'une certaine Amérique. Elle offre aussi de nombreuses scènes réjouissantes, au rayon gore ou simplement comique (une hilarante session au Sénat, une référence à Jack Bauer). Et bénéficie d'un casting impeccable, jusque dans les seconds rôles (notamment la fantastique Jan Maxwell).

Les audiences sur CBS n'ont pas été grandioses, mais la chaîne a déjà vendu les droits de diffusion à Amazon. Aucune commande officielle pour la suite, mais les King ont d'ores et déjà des idées : "Les mêmes personnages, mais dans des décors différents. Par exemple, s'il y a une saison 2, on serait à Wall Street. S'il y a une saison 3, Silicon Valley. Et une saison 4, si on allait jusque là, à Hollywood". On signe direct.

 

Tony Shalhoub

 

 

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commentaires
Mimi
22/11/2016 à 23:31

Oups ! Prise en flag de pas avoir tout lu. Faut dire que j'ai une journée de travail à finir qui demande, lui, toute ma concentration. OK, soyons précis : pas boudée, critiquée. Vous êtes là pour ça, de toute évidence.
Il faudra que je m'intéresse à Veep.

Geoffrey Crété - Rédaction
22/11/2016 à 23:02

@Mimi

Vous n'avez pas saisi : on rêvait d'une comédie qui soit plus incisive, plus extrême, qui aille plus loin dans son entreprise satirique de démonter et moquer la politique. Nulle part on ne dit que BrainDead aurait été mieux en non-comédie, que ça aurait dû être sérieux. La question n'est pas que ce soit plus noir, plus dur, mais plus drôle justement, avec un regard encore plus décalé et ridicule sur la politique. Car même si on peut l'apprécier comme un "plaisir simple", ça reste une satire politique très claire.

Et qui parle de la bouder ? Rien que notre titre l'annonce : on a aimé. On a parlé de cette série assez discrète parce qu'on l'a aimé. L'article explique longuement en quoi elle est drôle, étonnante, réjouissante même dans ses meilleurs moments. Mais on peut aimer une série, tout en voyant ses limites, ses faiblesses.

Un exemple dont on parle en intro : Veep. Une série totalement comique qu'on trouve géniale, souvent hilarante, et qui torpille les politiciens. Ce n'est pas noir, c'est de la pure comédie, avec des gags et des scènes cocasses.
http://www.ecranlarge.com/series/dossier/959274-veep-saison-5-encours-pourquoi-la-serie-avec-julia-louis-dreyfus-est-incontournable

Pour l'annulation, là aussi on vous renvoie à l'article : dans le dernier paragraphe, on parle précisément de ça. Les créateurs avaient en tête la suite, et la série laissait clairement une porte ouverte pour la suite. La saison 1 n'a a priori pas été bouclée à la dernière minute du tout, mais la suite était théoriquement prête en cas de succès. BrainDead n'a malheureusement pas assez intéressé le public.

Mimi
22/11/2016 à 22:43

OK mais la comédie, ça fait un peu plus envie, non ? En général. Comme spectatrice, je n'ai pas froid aux yeux, mais quand c'est trop noir, ça va en bas de la pile. Les trucs dont on sait que c'est excellent mais qui passent après les plaisirs coupables. (Si on peut se permettre les visionnages en différé.) Quant à l'annulation, détrompez-moi, mais le scénario ne suggère pas que c'était prévu de durer plus longtemps. Ils ont bouclé ça à la dernière minute ? C'est vrai que ça se terminait un peu vite. Mais je n'ai pas pleuré cette fin de série comme celle de The Good Wife. BrainDead était un truc très marrant, que je recommande, et qui ne va pas chercher trop loin. D'accord, un plaisir simple. Pourquoi les bouder ?
Merci pour la redéfinition du soap. Je tâcherai de la répandre autour de moi... si j'arrive à la vendre. Je la trouve pour l'instant un peu confidentielle. Faut dire qu'Empire, c'est pas ma tasse de thé. Ce doit être comme l'utilisation du mot "feuilleton", qui a priori est très neutre, mais souvent mal connoté. Le genre serial a fait beaucoup de progrès au cours des dernières décennies, mais les clichés ont la vie dure. Heureusement qu'on a le mot "série".

Geoffrey Crété - Rédaction
22/11/2016 à 21:30

@Mimi

Le soap est généralement utilisé pour un feuilleton sentimental, où les intrigues généralement liées au pouvoir, au sexe, aux romances sont liées. La définition est très large d'ailleurs, et a muté avec le temps. Elle n'a rien de péjoratif dans l'absolu, des séries comme Empire ayant même redoré le blason du genre, défendu par beaucoup. The Good Wife est donc une forme moderne de soap. Ce n'est pas une comparaison : c'est un qualificatif, pour ranger leur précédente création dans un genre.

Ensuite, vous avez parfaitement le droit de trouver que la mission est remplie par Braindead, que c'est drôle, que c'est calibré pour un public large quitte à perdre un degré de complexité, de finesse ou d'intelligence (tout ça compatible avec l'humour). Nous, on rêvait d'une série qui serait allé plus loin dans l'outrance, dans la satire, qui aurait été bien plus grinçante tout en gardant sa mécanique simple et jouissive de comédie. Parler "au plus grand nombre" n'est en rien contradictoire avec notre souhait d'une satire qui va plus loin. Ca peut être utilisé et agréable, et super bien. C'est rare, certes, mais possible.

Et désolé mais l'argument de "qui regarde encore House of Cards parce que moi...", ça ne pèse pas bien lourd. Pour une raison évidente déjà : Braindead a été annulé après une saison, House of cards en est à sa cinquième. Et coûte bien plus cher pourtant.

Mimi
22/11/2016 à 20:38

Oui et non, c'est un "plaisir simple". Il ne faut pas juger Braindead à l'aune de House of Cards. S'ils avaient voulu faire une satire politique sérieuse et grinçante, c'est ce qu'ils auraient fait. Mais là on est dans le genre de la comédie. Cette "comédie grotesque et outrancière" sert à faire passer la satire politique et la dénonciation de l'extrémisme auprès du plus grand nombre. Pourquoi pas joindre l'utile à l'agréable ? Parce qu'honnêtement, combien de gens ont regardé House of Cards ? J'en pense le plus grand bien mais j'ai 3 saisons de retard ! Ici, la forme est complètement jouissive. Pourquoi voir ça comme une faiblesse ? L'humour fait mouche plus que les choquantes vérités toutes nues. Je vois dans cette série un aboutissement de la volonté de satire politique aperçue de façon répétée et déjà jouissive dans The Good Wife, libérée de toute retenue et mise dans une forme... donnant à la série une bien meilleure chance d'avoir le feu vert de production, vu que la politique et le fonctionnement embourbé de Washington sont le sujet principal. J'oubliais : comparer The Good Wife à un soap ? Il faut décidément réviser votre définition des genres. On ne compare pas ce qui n'est pas comparable.

Olric
14/09/2016 à 00:42

Ah la Malésie... Quel beau pays (sic)

Copeau
13/09/2016 à 21:20

C'est clair que l'influence majeure reste le bouquin "l'invasion des profanateurs"...et déjà c'est un gage de qualité !

Geoffrey Crété - Rédaction
13/09/2016 à 15:34

@raxitou

L'inspiration (qu'ils assument) c'est bien plus du côté des profanateurs de sépulture par ex.

Dans l'épisode d'Au-delà du réel, on a plus des petits poulpes de l'espace, qui se branchent sur un humain pour manipuler le héros dans une seule scène, sans que ce soit vraiment leur mode opératoire (on voit bien qu'ils ont détruit la planète). Les insectes de BrainDead c'est vraiment très différent, dans leur fonctionnement et même le genre (résolument comique).

Après, toutes ces idées d'invasion alien se retrouvent sous différentes formes dans de nombreuses oeuvres, notamment littéraires, donc on pourra toujours relier telle idée ou image à quelque chose, c'est certain :)

raxitou
13/09/2016 à 15:20

ah oui merci pour les souvenirs ^^

peu être un peu d inspiration de la part des créateurs de braindead quand même :)

Geoffrey Crété - Rédaction
13/09/2016 à 10:41

@raxitout

On a parlé en détails de cet épisode dans notre rubrique des épisodes cultes. Et il n'a pas grand chose à voir avec BrainDead.

http://www.ecranlarge.com/series/dossier/957291-l-episode-culte-au-dela-du-reel-l-aventure-continue-le-bouton-de-la-mort

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