Crisis on Infinite Earths : l'ambitieux crossover qui a bouleversé l'Arrowverse pour toujours

Arnold Petit | 21 janvier 2020 - MAJ : 21/01/2020 16:30
Arnold Petit | 21 janvier 2020 - MAJ : 21/01/2020 16:30

Le sixième crossover regroupant les séries de The CW a été riche en rebondissements et l'univers des héros de DC Comics ne sera plus jamais le même.

Ce qui n'était au départ qu'une série à petit budget avec un justicier masqué dans une tenue de cuir est finalement devenu un immense univers bâti autour des personnages de DC Comics, connu sous le nom d'Arrowverse. Une série après l'autre, les héros se sont multipliés, puis se sont croisés au fur et à mesure, chaque année, jusqu'à finalement arriver à un point culminant de leur histoire avec Crisis on Infinite Earths.

Annoncée depuis la première saison de The Flash en 2014, dans laquelle Barry Allen (Grant Gustin) apprenait qu'il allait disparaître au cours d'une « crise », l'adaptation de Crisis on Infinite Earths de Marv Wolfman et George Pérez, publié en 1985 et considéré comme un des meilleurs comics de l'histoire, était un projet titanesque, attendu de longue date. Un événement qui s'annonçait comme un véritable tournant pour l'Arrowverse et pouvait être aussi important qu'Avengers : Endgame s'il parvenait à aller au bout de ses ambitions. Cinq épisodes plus tard, est-ce que le sixième crossover de l'univers des séries de The CW a tenu toutes ses promesses ?

ATTENTIONS : SPOILERS !

 

photoLa fin des mondes

SUICIDE SQUAD

Crisis on Infinite Earths démarre de la même façon que dans les cases de Marv Wolfman et George Pérez : les univers disparaissent les uns après les autres, engloutis par la vague d'anti-matière lancée par l'Anti-Monitor. Harbinger (Audrey Marie Anderson), sous les ordres du Monitor (LaMonica Garrett), assemble ensuite une équipe de héros issus de différentes Terres, dans l'espoir de stopper cette catastrophe et de sauver le Multiverse.

Sans essayer de réinventer l'histoire du roman graphique de 1985, le crossover a repris l'intrigue riche et complexe de Crisis on Infinite Earths et l'a rendue plus accessible, notamment pour ceux qui ne l'auraient pas lu. The CW a su conserver les éléments essentiels du matériel d'origine, puis les utiliser afin de développer son propre récit, avec les personnages de son univers. Dès les premières minutes, les enjeux physiques et émotionnels sont clairement établis avec la disparition d'Argo City et la mort d'Alura Zor-El (Erica Durance), la mère de Supergirl : les héros d'Arrow, The Flash, Supergirl, Legends of Tomorrow, Batwoman et Black Lightning font face à la plus grande menace qu'ils aient connue, avec la crainte de voir des êtres chers disparaître parmi les innocents qui s'éteignent par milliards.

 

photo, Arrow, The Flash, Batwoman, DC's Legends of TomorrowL'Apocalypse, certes, mais toujours dans la joie et la bonne humeur

 

Pour délivrer cette intrigue de grande envergure, Crisis on Infinite Earths a non seulement su s'appuyer sur la myriade de personnages au sein du Arrowverse, mais également sur d'autres figures de DC Comics apparues dans l’histoire de la télévision et du cinéma. Si certains de ces cameos étaient attendus, d'autres ont été de véritables surprises.

Huntress (Ashley Scott) des Anges de la nuit, Robin (Burt Ward) de la série Batman des années 60, Swamp Thing, Lucifer, Stargirl, l'équipe de Doom Patrol, Robin (Curran Walters) et Hawk (Alan Ritchson) de Titans, Alexander Knox (Robert Wuhl) du Batman de Tim Burton et même The Flash (Ezra Miller) de Justice League... La liste des invités n'a pas arrêté de s'allonger tout au long du crossover et si la plupart ne sont apparus que quelques secondes à l'écran, certains d'entre eux ont eu un rôle significatif dans le scénario.

Tom Welling a eu l'occasion d'offrir une fin digne de ce nom au Clark Kent de Smallville tandis que, plus de dix ans après Superman Returns, Brandon Routh a brillamment incarné le Superman de Kingdom Come, qui s'est avéré être un des Paragons capables de vaincre l'Anti-Monitor. Dans cette recherche d'un nouvel espoir pour le Multiverse, les héros ont également été confrontés à une version sombre et torturée du Chevalier Noir de Kingdom Come par Kevin Conroy qui, après l'avoir doublé pendant des années, a (enfin) incarné Batman en chair et en os.

 

photo, The Flash, Ezra Miller, Grant GustinL'un des cameos les plus marquants du crossover

 

 

TERRAIN VAGUE 

Malgré une générosité abondante et un amour sincère pour délivrer ce spectacle grandiose, Crisis on Infinite Earths a également montré ses limites, en particulier au niveau des effets spéciaux et des scènes de combat. Si The CW a clairement essayé de pallier aux restrictions budgétaires et a montré des moments d’actions plus exaltants que ceux que l’Arrowverse avait pu offrir jusqu’à maintenant, les ambitions visuelles et esthétiques n'ont pas réussi à embrasser la dimension épique de la narration ou à mettre en scène un véritable conflit à échelle multiverselle. Certaines scènes pourtant excitantes, comme l’affrontement entre les Superman de Tyler Hoechlin et Brandon Routh ou la mort du Monitor des mains de Harbinger, ne sont tout simplement pas à la hauteur de l’événement et s’avèrent finalement anecdotiques, sinon superficielles.

L’ultime affrontement entre les héros restants et l'Anti-Monitor finit d’enfoncer le clou lorsque l’être cosmique est vaincu grâce à une bombe de Ray Palmer (Brandon Routh) montée en deux temps trois mouvements, dix minutes plus tôt, pendant que le reste du casting continuait de s’acharner face à une armée des ombres qui ressemble à s’y méprendre aux détraqueurs d’Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban.

 

photoLes démolisseurs de l'extrême

 

À voir trop grand, Crisis on Infinite Earths a fini par se perdre. Au final, certains personnages sont sous-exploités ou ne sont là que pour faire de la figuration. Introduit au sein du Arrowverse, Black Lightning (Cress Williams) n'apparaît que lorsque les héros se réunissent et établissent un plan (dont il ne fait évidemment pas partie). Même si elle commence à entretenir une relation d’amitié avec Kara et remet en cause sa quête de justice en tant que Batwoman, Kate Kane (Ruby Rose) ne parvient toujours pas à s'intégrer au milieu de cet univers.

Après toutes ces années, les autres personnages, avec Oliver Queen (Stephen Amell), Barry Allen (Grant Gustin) et Kara Zor-El (Melissa Benoist) comme figures de proue, ont déjà vécu plusieurs aventures communes, avec des épreuves difficiles qu’ils ont partagées ensemble. Batwoman n’a démarré que le 7 octobre 2019, avec une dizaine d’épisodes diffusés jusqu’à maintenant. Difficile donc de s’attacher à Kate Kane autant qu'aux autres, encore plus si Ruby Rose n’y met pas du sien. L’héroïne semble même imposée lorsque les Paragons se retrouvent dans la Speed Force (ou Force Véloce en français), coincés dans des souvenirs d’Oliver Queen qu’elle ne reconnaît même pas.

 

photo, The Flash, Supergirl, DC's Legends of Tomorrow, BatwomanBFF

 

IDENTITY CRISIS

Au-delà du fan-service et sachant pertinemment que le budget de The CW ne permettrait pas des scènes d'action ou des effets spéciaux grandiloquents, Crisis on Infinite Earths a préféré se concentrer sur le développement et l'évolution des personnages face à des événements aussi bouleversants.

Alors qu'il devait effectivement disparaître, comme dans les pages de Marv Wolfman et George Pérez, Barry Allen a finalement été sauvé grâce au sacrifice de son alter ego de Terre-90 (John Wesley Shipp) pendant que Supergirl s'est retrouvée obligée de faire équipe avec Lex Luthor (Jon Cryer), qui a révélé les facettes les plus obscures de sa personnalité. Durant son périple, Kate Kane s'est retrouvée confrontée au Bruce Wayne psychotique de Kingdom Come et a appris qu'elle devait tracer sa propre route en tant que Batwoman, tandis qu'Oliver Queen, sachant qu'il allait mourir bientôt, a fait ses adieux à sa fille Mia Smoak (Katherine McNamara) avant de lui donner son capuchon et son arc. Autant de moments distillés au fur et à mesure du crossover qui ont permis d'amener une véritable profondeur à certains héros et de préparer l'avenir du Arrowverse.

 

photoCourir à sa perte, littéralement 

 

La mort d'Oliver Queen est sans doute l'une des plus grandes réussites de Crisis on Infinite Earths, notamment grâce à l'excellente performance de Stephen Amell. Annoncée depuis la fin de la saison 7, la disparition du justicier planait au-dessus de lui telle une épée de Damoclès, sans savoir où, quand ou comment elle s’abattrait. Le crossover a surpris tout le monde en choisissant de le faire mourir dès le premier épisode lors d'un sacrifice héroïque, digne de ce que le personnage avait accompli jusqu'à maintenant.

Oliver est ensuite revenu du monde des morts, sous les traits de Spectre, plus puissant que jamais, et a ainsi pu obtenir un ultime duel face à l'Anti-Monitor, où la qualité des effets spéciaux a élevé son niveau. Le héros s'est ensuite éteint de la façon qu'il mérite : en donnant sa vie pour que le Multiverse renaisse de ses cendres dans un seul et même univers. Après une dernière conversation poignante avec Barry Allen et Sara Lance (Caity Lotz), Oliver meurt paisiblement, en étant sûr d'avoir réalisé quelque chose de plus grand que lui. Finalement, avec une certaine poésie, ce que tout le monde appelait l'Arrowverse est véritablement devenu... l'Arrowverse.

 

photoUn ultime sacrifice

 

VERS l’INFINI ET AU-DELÀ

Après les événements de Crisis on Infinite Earths, comme dans l’œuvre de Marv Wolfman et George Pérez, tous les héros (ou presque) sont réunis dans cet univers flambant neuf, officiellement appelé Terre-Prime. Une manière radicale de non seulement rendre l'Arrowverse plus accessible pour quiconque voudrait rejoindre l'aventure, mais aussi de prendre un nouveau départ. Ce changement n'est pas sans conséquence et les personnages doivent maintenant apprivoiser cette nouvelle réalité où rien n'est comme avant.

Maintenant qu'Oliver a disparu, la dernière saison d'Arrow, qui se termine le 28 janvier, va probablement montrer comment chaque personnage va faire son deuil et préparer le terrain pour Green Arrow and the Canaries, le spin-off sur Mia Smoack, Laurel Lance (Katie Cassidy) et Dinah Drake (Juliana Harkavy). Désormais, Lex Luthor est un bienfaiteur philanthrope, qui a reçu le prix Nobel de la paix et possède le D.E.O. (Departement of Extranormal Operations) où travaille Kara, mais aussi sa soeur Alex (Chyler Leigh) et J'onn J'onzz (David Harewood). Un bouleversement majeur qui va certainement avoir une incidence majeure lors des prochains épisodes et sera sûrement traité pendant le reste de la saison de Supergirl.

Bientôt diffusée sur The CW, Superman & Lois a continué de dévoiler certains éléments de son intrigue dans les derniers instants de Crisis on Infinite Earths, lorsque Lois Lane (Bitsie Tulloch) demande à son cher et tendre kryptonien de rentrer à Metropolis pour venir s'occuper de ses « fils ». Un détail qui révélerait que Superman et Lois Lane ont eu plus d'un enfant ou que les Super Sons pourraient bel et bien être présents dans la série.

 

photo, Arrow, The Flash, Batwoman, DC's Legends of TomorrowL'incroyable famille Kent 

 

Les apparitions de Lucifer Morningstar, des Titans ou même de Oa, la planète qui abrite le Corps des Green Lantern, ainsi que l'arrivée imminente de Stargirl ou de la série Green Lantern sur HBO Max laissent envisager que ces personnages pourraient encore croiser le chemin des héros de l'Arrowverse. Au cours de la dernière scène du crossover, Supergirl, Superman et Black Lightning retrouvent leurs nouveaux amis des autres séries de The CW dans ce qui ressemble (beaucoup) au Hall de Justice et viennent s'asseoir aux côtés d'eux autour d'une table qui semble clairement montrer la formation d'une Ligue des Justiciers version Arrowverse. Une perspective encourageante, qui pourrait mener à plusieurs rencontres entre les différents héros au cours des saisons sans devoir attendre les réunions annuelles ou la menace d'une fin du monde.

Avec toutes ses séries renouvelées et deux spin-offs sur le point d'arriver sur les écrans, The CW peut envisager l'avenir sereinement et les héros de DC Comics ont encore de beaux jours devant eux. L'une des têtes pensantes du Arrowverse, le producteur exécutif et scénariste Marc Guggenheim, a annoncé que les prochains crossovers seront plus petits et qu'il faudra attendre quelques années pour voir un projet aussi titanesque et marquant que Crisis on Infinite Earths. Mais les équipes de The CW ont montré qu'elles étaient capables de le faire, et avec la manière.

 

photoLe début d'une nouvelle ère 

 

Si Crisis on Infinite Earths a souffert d'un cruel manque de budget et s'est parfois perdu en chemin avec sa narration de grande ampleur, l'événement a été à la hauteur des espérances et marquera sans doute l'histoire de la télévision. Au-delà des moments d'action et du fan-service, ce sixième crossover a offert des instants mémorables à son public, notamment en termes d'action et d'émotion, mais a aussi pu aborder une nouvelle phase de son histoire.

À l'image de l'accroche du roman graphique, qui a accompli la même prouesse avec l'univers de DC Comics : « des mondes vont survivre, des mondes vont mourir et l'Arrowverse ne sera plus jamais le même ».

 

photo, Arrow, Supergirl, Black Lightning, DC's Legends of Tomorrow, Batwoman

commentaires

Linteressé
06/02/2020 à 21:43

@Babar77

Si c'est con, alors pourquoi t'es sur ce site ? Il n'y a que des trucs à "abrutir" ici, je suis même sûr que t'as vu Avengers (et apprécié) et pourtant c'est tout aussi con et une "machine à fric".

Chris11
22/01/2020 à 09:49

J'avais commencé à suivre Arrow et Flash quand ces séries ont démarré. J'ai suivi Arrow pendant 3 saisons je crois, le temps que le coup du "1 flashback par épisode" qui au début était un véritable coup de génie scénaristique se transforme en chapeau de magicien pour expliquer tout et n'importe quoi façon Lost. Flash et Supergirl sont deux séries honnêtes mais clairement trop calibrées ado. On pourra me répondre que c'est la cible, mais je trouve toujours dommage que les oeuvres occidentales soient trop souvent mono-public quand d'autres (Miyazaki, Dargaud-Goscinny) parviennent à avoir plusieurs lectures dans une même oeuvre.
Bref, j'avais laché ces séries, trop répétitives, trop longues, et surtout à la mise en scène et aux dialogues trop pauvres, les deux défauts majeurs de ces séries et si j'osais, de l'ensemble du DC univers. Pourquoi ai je toujours eu l'impression que sur 50 minutes d'un épisode de Flash, Arrow ou Supergirl, 45 pourraient être tournées avec des statues à la posture droite et figée à la place des acteurs dont seule la tête bougerait?
J'ai donc vu les 5 épisodes de ce crossover géant. Les intentions sont là, la volonté de faire quelque chose de grand aussi. Mais les défauts eux aussi sont toujours là, les dialogues sont définitivement moisis et l'impression d'un statisme permanent des acteurs aussi.
Je me souviens que vous aviez parlé d'une comparaison avec Infinity War d'Avengers, clairement, ça ne tient absolument pas la route. Et en disant ça, je sors le pb de budget des effets spéciaux dont je me contrefous éperdumment et qui est un faux débat, ça attirera toujours 2-3 geeks en plus, évidemment, mais ce n'est pas ça qui fait une bonne histoire ou une bonne série. Dr Who saison 1 à 4 avait des monstres en carton-pâte et des effets spéciaux dignes d'un dessin animé du matin à la télé, mais ça ne dérange aucunement tant les histoires sont captivantes et incroyables. A partir de la saison 5, on change la moitié du staff, on décuple le budget et, surprise, la qualité de la série baisse drastiquement, malgré des acteurs de dingue (Peter Capaldi et Jodie Whittaker notamment).
Bref, c'est vu, c'était sympa comme un chocolat chaud de la machine à café un matin d'hiver. Rien de plus.

M1pats
21/01/2020 à 22:45

Booooooring

Babar77
21/01/2020 à 21:40

Tout ça n'est qu'une machine à fric autant qu'une machine à abrutir

Ben
21/01/2020 à 19:49

C'est clairement un des univers su genre super-héros qui est le mieux développé tous media confodus.

C'est vraiment digne des comic books. C'est généreux, c'est parfois surprenant, souvent ennuyeux parce que les intrigues ne volent pas bien haut, très kitch dans le rendu, et pas mal d'épisodes servent de remplissage au lieu de faire avancer les histoires.

Néanmoins, il y a plusieurs niveaux de lecture et si on dépasse la forme qui est parfois limite, il y a toutes sortes de thèmes sociétaux qui sont abordés dans ces séries qu'on ne voit pas chez Marvel, même du temps de Netflix avec ses héros soi-disant en prise avec le réel.

Beaucoup de choses concernant les minorités, l'acceptation de la différence et un certain militantisme pro-LGBT.

Disons que si j'avais 12 ans aujourd'hui, je serais probablement accro à l'Arrowverse.

Ce gros crossover est une espèce d'apogée qui développe un univers foisonnant et ambitieux. Il y a même un pont entre les séries et les films désormais.

Ce qu'on peut reprocher à la démarche c'est son manque de moyens. Mais en même temps on peut saluer le résultat obtenu et le fait que la production ne s'est pas dégonflée.

Pour moi, le bilan est positif.

Opale
21/01/2020 à 18:24

Pour avoir lâché l'affaire depuis bien trois ans sur les séries CW, votre résumé me donne envie de voir fameux crossover...

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