Crisis on Infinite Earths : pourquoi l'oeuvre de DC Comics est-elle aussi importante ?

Arnold Petit | 28 décembre 2019
Arnold Petit | 28 décembre 2019

Alors que le crossover de The CW profite des vacances de Noël, retour sur l'oeuvre de Marv Wolfman et George Pérez qui a bouleversé l'univers de DC Comics.

Après avoir déjà réuni à plusieurs reprises les personnages d'Arrow, The Flash, Supergirl et DC's Legends of Tomorrow , The CW a choisi de relever un défi de taille pour leur prochaine réunion : porter Crisis on Infinite Earths à l'écran. Un pari risqué, mais qui pourrait bien être aussi important qu'Avengers : Endgame pour l'histoire de la télévision. Alors que le crossover du Arrowverse est en pause hivernale avant son retour le 14 janvier prochain, c'est l'occasion de revenir sur l'oeuvre de Marv Wolfman et George Pérez, qui a totalement bouleversé les personnages et l'univers de DC Comics.

 

photo« Des mondes vont survivre, des mondes vont mourir et l'Univers ne sera plus jamais le même »

 

DON'T THEY KNOW

Créé en 1934, DC Comics connaît un véritable succès dans les années 40 grâce à la publication des aventures de Superman, Batman ou Wonder Woman et ne compte pas s'arrêter en si bon chemin. En quelques années, pendant la période appelée « l’âge d’or des comics », la maison d'édition introduit de nouveaux héros comme The Flash, Green Lantern ou Doctor Fate et les réunit tous au sein de la première équipe de super-héros de l'histoire : la Justice Society of America (ou Société de Justice d'Amérique chez nous).

Au fil du temps, le vent tourne et les super-héros deviennent de moins en moins populaires auprès du grand public. Les aventures de la Justice Society of America prennent fin et DC Comics décide de laisser l'eau couler sous les ponts avant de réintroduire certains personnages à une nouvelle génération de lecteurs. Cette renaissance, qui lancera la période connue comme « l'âge d'argent des comics », démarre en 1956, dans le numéro 4 de Showcase avec The Flash, à qui l'on donne un nouveau costume, une nouvelle histoire et une nouvelle identité. Jay Garrick laisse la place à Barry Allen, qui est apprécié des lecteurs et hérite rapidement de son propre titre.

 

photoPhoto de famille

 

Le même procédé est utilisé pour Green Lantern, Hawkman ou encore The Atom et trois ans plus tard, comme leurs aînés, ces héros version 2.0 forment la Justice League of America (ou Ligue de justice d'Amérique dans nos contrées). Sauf que certains membres, comme Batman et Superman, étaient déjà présents lors des expéditions d'antan et qu'il devient difficile de justifier pourquoi Bruce Wayne ne défonce pas plutôt du super-vilain avec une canne. DC Comics trouve alors une explication toute simple : des univers parallèles.

En 1961, le numéro 123 de The Flash présente le concept de multiverse dans l'histoire « Flash of Two Worlds », où Barry Allen fait la connaissance de son homologue du passé, Jay Garrick. Le jeune héros apprend plus tard que la Justice League of America réside sur Terre-1 tandis que son alter-ego et la Justice Society of America vivent sur Terre-2. Au fil du temps, les deux équipes se croisent chaque été lors de "Crisis" dans différents univers (Terre-3, Terre-X, Terre-S...) et le multiverse continue son expansion vers l'infini et au-delà.

 

photoDeux pour le prix d'un

 

Malgré tous ces chouettes crossovers, les intrigues s'entremêlent et deviennent de plus en plus compliquées à suivre. En 1981, Marv Wolfman, débauché de la concurrence et devenu populaire en redonnant vie aux Teen Titans avec George Pérez dans New Teen Titans, reçoit une lettre d'un fan qui lui demande pourquoi un personnage n'a pas reconnu Green Lantern dans le dernier numéro, alors qu'ils s'étaient déjà croisés dans une autre histoire, publiée trois ans plus tôt.

L'auteur pense alors tenir l'une des raisons pour lesquelles DC Comics ne parvient plus à rivaliser face à Marvel et son univers plus contemporain, à la continuité unique. Conscient de la difficulté pour les nouveaux lecteurs de s'y retrouver dans cet immense bordel, Marv Wolfman va alors proposer une idée pour réunir tous les héros au sein d'un seul et même univers : Crisis on Infinite Earths.

 

photoUn défi gigantesque pour DC Comics et ses personnages

 

IT'S THE END OF THE WORLD

L'oeuvre de Marv Wolfman et George Pérez est un événement sans précédent, non seulement pour son influence et son importance, mais aussi pour son ambition artistique et narrative. Un projet titanesque pour lequel une personne a été engagée spécialement pour lire toutes les publications de DC Comics depuis sa création et cataloguer tous les personnages apparus au fil du temps, héros comme vilains, afin qu'ils apparaissent tous dans ce qui deviendrait le plus grand crossover de l'histoire des comics. L'objectif étant de tous les unir face à la plus grande menace qu'ils aient jamais connue (vraiment, cette fois) : la destruction de tous les univers du multiverse.

 

photoMême Uncle Sam a eu le droit à son moment de gloire

 

Publié dans une série de 12 volumes en 1985, Crisis on Infinite Earths délivre un récit relativement simple sur le papier : une entité cosmique, l'Anti-Monitor, a lancé une vague d'anti-matière qui détruit le multiverse et Le Monitor, son double positif, réunit alors les super-héros des différents univers pour tenter de l'en empêcher. Malgré sa simplicité, l'histoire aux allures de space opera se révèle absolument épique, avec de véritables répercussions, mais aussi un rythme si soutenu et un scénario tellement riche qu'elle devient difficile à comprendre pour quiconque ne connaît pas l'univers de DC Comics.

L'accroche promettait que « des mondes vont survivre, des mondes vont mourir et l'Univers ne sera plus jamais le même » et le ton est donné dès les premières pages : Terre-3 et le Crime Syndicate of America (la version diabolique de la Justice League, seulement traduit par Syndicat du Crime en français) disparaissent, engloutis par la vague d'anti-matière de l'Anti-Monitor. Avant même la moitié de l'histoire, tous les univers parallèles ont été détruits sauf cinq planètes : Terre-1, Terre-2, Terre-X, Terre-S et Terre-4.

 

photoSale quart d'heure pour l'Anti-Monitor

 

Malgré le nombre de personnages présents, l'histoire se déroule de façon magistrale et parvient à leur donner de la complexité et de la profondeur, notamment à travers des moments tragiques et inattendus, devenus mémorables, comme la mort de Supergirl dans les bras de Superman ou le sacrifice de Barry Allen. Deux héros ayant marqué le début de l'âge d'argent des comics et qui disparaissent du jour au lendemain en l'espace de deux numéros, après presque 30 ans d'existence.

Si la prouesse scénaristique accomplie par Marv Wolfman de réunir tous ces héros au sein d'une même histoire est à saluer, il ne faut pas oublier la richesse artistique de Crisis on Infinite Earths. Deux Superman portent la même tenue, mais grâce au travail de George Pérez, il est impossible de les confondre. Les dessins fourmillent de détails, changent de structure d'une page à une autre, en passant de 10 cases sur une planche à une double page où se trouvent une centaine de personnages différents.

 

photoOù est Charlie ?

 

Après la destruction de la majorité des Terres du multiverse, les mondes restants ont finalement été combinés dans un seul univers, appelé Nouvelle Terre, où tous les héros pouvaient désormais se croiser sans aucun problème. Crisis on Infinite Earths avait remedié au problème du multiverse, de manière puissante et émouvante, avec un hommage à la narration plus qu'à la continuité sous la forme d'une lettre d'amour pour les fans de héros de n'importe quelle génération, permettant alors à DC Comics de repartir sur de nouvelles bases.

 

photoUne page se tourne et Wally West reprend le costume de son mentor

 

IT ENDED WHEN YOU SAID GOODBYE

Même s'il n'est pas le premier crossover à grande échelle de l'histoire (Marvel avait sorti Secret Wars en 1984, un an plus tôt), Crisis on Infinite Earths est considéré comme l'oeuvre qui a démocratisé le concept et lancé l'idée de réunir un panthéon de personnages dans un événement qui bouleverse l'univers, en plus d'être le point de départ de l'âge moderne des comics.

Après la publication de Crisis on Infinite Earths, la plupart des titres de DC Comics sont relancés et certains héros de cette Nouvelle Terre bénéficient d'histoires plus sombres et matures. Après avoir raconté le retour d'un vieux Batman dans The Dark Knight Returns, Frank Miller s'associe à nouveau avec David Mazzucchelli pour reprendre les origines du Chevalier Noir dans Batman : Année Un tandis que John Byrne se charge d'amener un nouveau souffle à Superman dans The Man of Steel.

 

photoLa naissance de Batman

 

En compagnie de Greg Potter, George Pérez s'occupe du cas de Wonder Woman en incorporant des éléments de la mythologie grecque dans son histoire et offre une personnalité féministe à ce personnage qui était entré dans la Justice Society of America uniquement pour devenir la secrétaire de l'équipe (oui, vraiment). Si certains problèmes de continuité subsistent avec certains héros, l'univers de DC Comics est désormais plus accessible.  Les nouveaux lecteurs affluent et les ventes de la maison d'éditions remontent progressivement, au point de dépasser celles de Marvel en 1987.

Profitant de ce nouveau succès et de l'arrivée d'auteurs britanniques venus bousculer le monde du comic book, le label Vertigo voit le jour sous la houlette de DC Comics afin de réunir des titres pour un public plus adultes, considérés comme emblématiques aujourd'hui : Sandman de Neil Gaiman, Hellblazer de Jamie Delano ou encore V pour Vendetta d'Alan Moore.

 

photoUne galerie de personnages qui réunit Swamp Thing, John Constantine ou Jesse Custer pour ne citer qu'eux

 

Au fil du temps, Supergirl et The Flash ont fait leur retour dans les étals et le concept de multiverse a bien évidemment été réintroduit. Depuis, l'univers de DC Comics a connu d'autres crises au cours de son histoire pour essayer de faire le ménage : Zero Hour, Infinite Crisis, Final Crisis, Flashpoint, Convergence ou encore Rebirth. Mais aucune n'a eu un effet aussi durable ou un impact aussi fort que Crisis on Infinite Earths. Une oeuvre qui changé l'univers de DC Comics et s'est assuré qu'il sera jamais plus le même.

 

photo, The Flash, Supergirl, DC's Legends of Tomorrow, Batwoman

commentaires

Sim
30/12/2019 à 21:47

Merci pour cet excellent article très riche et bien fourni.

Rorov94
30/12/2019 à 12:38

GROS GROS BÉMOL sur le comics bas de gamme de Perez et Wolfman:
Les fameuses petites cases sont trop nombreuses et incompréhensibles,les arrières-plans sont bâclés et certains perso'comme SGT ROCK,THE THING,CONSTANTINE,JONAH HEX sont expédiés ad-patres en 2 cases!
Alors que BLUE BEETLE,ELASTIC MAN,WARLORD dont tout le monde se fout ont des rôles trop important.
Effectivement,LES GUERRES SECRÈTES étaient un cran au dessus mais pas top non plus sur les dessins.
Le must reste KINGDOME COME du
génie Alex Ross.

Numberz
30/12/2019 à 07:16

Ouaip, et le crossover ultime JLA/ AVENGERS. Ce gros plaisir coupable.

Nico1
29/12/2019 à 23:02

Infinity Gauntlet pardon pour la faute d orthographe

Nico1
29/12/2019 à 23:01

C est le même Georges Perez qui a dessiné Infiniry Gauntlet scénarisé par Jim Starlin?

Numberz
29/12/2019 à 00:22

A signaler que urban va enfin sortir emerald twilight, ou comment Hal Jordan est devenu fou suite aux événements du regne des supermen et possédé par parallax. Important pour lire zero hour. Sinon, je conseille de lire après crisis le comics legendes, par len wein et John Byrne. Très bon comics qui relance pour de bon dc en 1987

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