Avatar 2 : comment James Cameron prépare le retour en force de la 3D

Antoine Desrues | 18 mai 2022 - MAJ : 18/05/2022 18:06
Antoine Desrues | 18 mai 2022 - MAJ : 18/05/2022 18:06

La sortie d'Avatar : La voie de l'eau promet de s'accorder avec plein d'outils, à commencer par une 3D que James Cameron doit raviver.

Au-delà de son carton qui en a longtemps fait le film ayant récolté le plus gros box-office de l’histoire, Avatar a été une véritable révolution de l’industrie du cinéma. La nouvelle vague de la 3D imposée par James Cameron a été grandement simplifiée par la projection numérique, précipitant à l’aube des années 2010 un changement de matériel du côté des exploitants, qui ont rapidement délaissé la projection en pellicule.

En même temps, difficile de passer à côté de l’opportunité d’augmenter le prix du billet de cinéma de quelques dollars ou euros pour cet ajout, ce qui a d’ailleurs permis au format de rapporter sur la seule année de 2010 un total de 1,85 milliard de dollars.

Malheureusement, un tel succès n'a pu amener que des dérives opportunistes. Si James Cameron a tout de suite essayé de préserver la 3D en s’assurant que des cinéastes compétents s’en emparent (à l’instar de Michael Bay, qu’il a supplié pour qu'il ajoute le format sur un Transformers 3 à la pré-production déjà bien avancée), beaucoup de blockbusters ont cédé à la post-conversion bâclée, c’est-à-dire quand la 3D est réalisée en post-production, et non sur le plateau avec deux caméras. Et encore, c'était également le cas du premier Avatar, mais ses créateurs l'avaient envisagé bien en amont de son tournage.

 

Avatar : La voie de l'eau : photoAu premier qui dit "la 3D ça sert à rien"

 

Bien sûr, certains films, de Gravity à Pacific Rim en passant par Hugo Cabret, ont su utiliser le procédé avec ingéniosité en l’intégrant pleinement dans le processus créatif. Mais à cause de ses nombreux inconvénients (le mal de tête de certains spectateurs, la perte de luminosité due aux lunettes), la 3D a vite été perçue négativement, peu aidée par des tentpoles qui en ont fait un gadget inutile (n’est-ce pas Marvel…).

La chute n’en a été que plus brutale : en 2017, les revenus de la 3D ont dégringolé de 55% par rapport à 2010, et de 70% en 2019. En revenant treize ans après les débuts d’un phénomène tué dans l’œuf, Avatar : La Voie de l'eau a, semble-t-il, un grand défi à relever. James Cameron a tenu à faire de sa nouvelle excursion sur Pandora une expérience cinématographique totale, et donc dépendante de propositions technologiques.

 

Avatar : La voie de l'eau : photoSonnons l'alerte pour le retour du sauveur du septième art

 

La voie des pubs Haribo

C’est ce qu’a expliqué The Hollywood Reporter dans un long article autour du film et de la préparation de sa sortie. D’après le magazine, deux problématiques sont à prendre en compte. D’une part, le désamour pour la 3D a amené certaines sociétés, comme IMAX, à réduire l’association de leurs projections "premium" avec le format, alors même que les spectateurs du monde entier se montrent prêts à dépenser plus cher pour une séance optimale.

D’autre part, le contexte de sortie d’Avatar 2 n’est pas le même qu’en 2009, et le confort du visionnage à la maison a franchi un cap par l’expansion des plateformes de streaming. La Voie de l’eau a ainsi le devoir de prouver que sa proposition de cinéma (et les outils qui vont avec) nécessite un déplacement vers la salle.

Comme à son habitude, le producteur historique de James Cameron, Jon Landau, s’est mis en première ligne pour défendre cette démarche, et le besoin de travailler directement avec le secteur de l’exploitation pour assurer le futur des cinémas :

 

Avatar : La voie de l'eau : photoL'équipe guillerette (et cul nu) d'Ecran Large en route pour voir Avatar 2

 

"Nous croyons sincèrement que la 3D crée une expérience plus immersive dans notre univers. Nous ne pensons pas la 3D en tant que monde qui sort d'une fenêtre, mais en tant que fenêtre qui s’ouvre vers un monde. Nous allons offrir au public ce qu’il ne peut pas avoir ailleurs. Nous avons besoin que le domaine de l’exploitation nous soutienne et comprenne que nous nous confrontons à des technologies différentes de celles que les gens ont chez eux."

Dès lors, il semblerait qu’Hollywood soit en train de retenir des leçons du passé. Pour réhabituer le public, voire le réconcilier avec la 3D, il faut la repenser, la corriger, et surtout la rendre exceptionnelle. Ce n’est pas en post-convertissant de nouveau une pelletée de blockbusters que le format va retrouver grâce aux yeux (fatigués) des spectateurs.

 

Avatar : La voie de l'eau : photoLa beauté ahurissante d'un simple gros plan

 

La chance d’Avatar 2, c’est qu’il a pour lui le prestige du premier volet, qui a amené très tôt l’industrie à s’intéresser à l’approche de James Cameron sur ses suites. On a déjà évoqué ici les divers formats d’image de la bande-annonce d'Avatar 2, mais Avatar premier du nom a eu lui aussi plusieurs types de projections, entre le 2,39:1 en 2D et le 1,85:1 en 3D pour assurer un meilleur confort de lecture.

D’après THR, la société de production de James Cameron, Lightstorm, s’est plongée dans la recherche et développement avec des exploitants pour tirer le meilleur du long-métrage à venir. Le fait que certains cinémas commencent à s’équiper de projecteurs laser (et non plus à lampe) est une aubaine, car cette technologie assure une bien plus grande luminosité. De quoi compenser la noirceur des projections 3D provoquée par la teinte des lunettes.

 

Avatar : La voie de l'eau : photo"Tu la sens la profondeur là ?!"

 

Hype Frame Rate

Dans le même ordre d’idées, Cameron a affirmé avoir pensé Avatar 2 avec une fréquence d’images plus élevée. On serait tenté de dire qu’il était temps, puisque le 24 images/seconde traditionnel est venu d’un besoin d’uniformiser les projections en pellicule à l’arrivée du son. Le procédé est aujourd’hui indissociable de l’expérience cinéma, mais il en est aussi une limite, alors que le septième art ne demande qu’à renouveler son langage, comme l’explique Landau :

"Notre approche du HFR [High Frame Rate, ndlr], c’est qu’il peut créer une meilleure expérience lorsqu’il se débarrasse des artéfacts d’une fréquence d’images archaïques pour certains plans. Si vous avez un personnage assis et statique, qui ne fait que parler à la caméra, ce n’est pas le plus utile. Nous allons l’utiliser à notre avantage, là où le HFR aide réellement."

 

Avatar : La voie de l'eau : photoNa'vi-guons tous ensemble vers le monde de Pandora

 

À vrai dire, c’est sur ce plan qu’Avatar 2 a une carte à jouer, en imposant aux yeux du monde la fluidité de plans qui ne seraient plus dépendants d’un motion blur atroce, ou d’un tressaillement face à la vitesse de certains mouvements de caméra. Plutôt que de jouer sur ce que nous ne pourrions pas totalement voir, La Voie de l’eau ne pourrait que nous montrer Pandora dans toute sa splendeur et tous ses détails.

Certes, les expérimentations de Peter Jackson (Le Hobbit) ou d’Ang Lee (Un jour dans la vie de Billy Lynn, Gemini Man) n’ont pas vraiment convaincu le public, mais le réalisateur de Titanic pourrait changer la donne. En tout cas, THR a confirmé que le cinéaste ambitionne au moins des projections à 48 images/seconde.

Quoi qu’il en soit, le monde du cinéma semble sur le qui-vive face à l’arrivée du roi prêt à reprendre son trône. Disney est déjà en train de réimplémenter fortement la 3D pour certaines de ses prochaines sorties, à commencer par Buzz L’Eclair. La concurrence s’y met aussi, à l’instar d’Universal, qui a promis un sursaut de la 3D sur Jurassic World 3 : Le Monde d’après. Reste maintenant à voir si James Cameron va parvenir à ériger de nouveaux standards dans l’exploitation cinématographique.

Tout savoir sur Avatar : La voie de l'eau

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commentaires
@gr3gos
24/05/2022 à 16:40

@bilbo un peu mon neveu surtout si tu as une expérience 3D uniquement au cinéma !! De plus Avatar va relancer les cinoche !!

amdsfilms
22/05/2022 à 07:44

mais c'est toujours le film qui a récolté le plus d'argent dans le monde, il a repris sa place, faut suivre un peu ;)

Marc
20/05/2022 à 16:47

La technologie 3D sans Lunettes est à inventé une projection Laser pour éviter le manque de luminosité et il faudrait 2 Laser pour projeter 2 images décalé qui donne l'illusion d'une profondeur de Champ.
Marc ingénieurs en 3D . Non je déconne.

Morcar
19/05/2022 à 15:13

Excellent article ! Bravo Antoine !!!
C'est très intéressant à lire, mais pour autant je ne suis pas encore convaincu de la nécessité d'aller voir le film en 3D ou en THR. Pas convaincu à l'époque de l'intérêt de la 3D, je suis quand même allé voir "Avatar" dans ce format, puisque c'était LE film à voir en 3D. Je n'ai trouvé aucun intérêt dans celle-ci. J'ai retenté l'expérience en 3D passive pour "Pirates des Caraïbes 4", pour lequel j'ai passé la plupart du film avec les lunettes posées sur la tête tant le nombre de scènes en 3D était ridicule, puis "Cars 2" pour lequel je me disais que le fait qu'il s'agisse d'animation allait peut-être être meilleur en 3D, mais là encore la 3D de la pub Haribo était mieux que celle du film.

Bref, pour moi la 3D n'a aucun intérêt. Mais peut-être est-ce un problème physique chez moi, que mes yeux ne sont pas conçus pour apprécier la 3D. Car de la même manière, je ne vois pas non plus l'intérêt d'un plus grand nombre d'images par secondes. On parle souvent de FPS pour les jeux-vidéos par exemple. Personnellement je n'ai jamais été généré par une baisse de framerate comme le disent certains.
D'ailleurs, il me semble que l'oeil humain a une limite au niveau du nombre d'images qu'il peut assimiler par seconde. Donc les 48 ips, est-ce vraiment utile ?

Malgré tout, c'est assez intéressant de lire ce type d'article, et de savoir quelle est l'origine du choix des 48 ips, comme pour l'article sur le format IMAX qui expliquait la raison du choix du format cinemascope à l'époque. Il est vrai que ce sont devenus des standards, mais est-ce encore d'actualité ?...

Lougnar
19/05/2022 à 14:47

@Tuk tellement d'accord !!!

Tuk
19/05/2022 à 13:59

La version 3D sera sans moi ! Ce film aura comme le premier de superbes couleurs, alors le,voir avec des especes de lunettes de soleil qui vont baisser la luminosité, non merci !

sylvinception
19/05/2022 à 12:05

Cameron + Disney = $$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$.......

Castor
19/05/2022 à 11:54

Visuellement ce film sera une claque , par contre j’espère une histoire plus recherchée et moins cul cul la praline que le premier opus .

Nyl
19/05/2022 à 11:50

Mérite *

Pour cette année, en tout cas

Nyl
19/05/2022 à 11:50

Avatar 2 sera le seul film, à mes yeux, qui méritent d'être regardé en 3D(la claque du 1 en 2010, je l'ai encore )

Je pense même le regarder en 4DX, pour le coup

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