Les Aventures de Jack Burton... la suite sans Carpenter aurait été moins raciste, selon le scénariste

Geoffrey Crété | 4 novembre 2020
Geoffrey Crété | 4 novembre 2020

Le scénariste de la suite avortée des Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin, a quelques problèmes avec le film culte de John Carpenter.

La longue et riche carrière de John Carpenter pourrait être divisée en deux familles de films. D'un côté, du cinéma de genre très premier degré, type Halloween, Fog ou The Thing ; de l'autre, une légèreté assumée et souvent joyeuse, avec Invasion Los Angeles, New-York 1997 et bien sûr Los Angeles 2013Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin est incontestablement en haut de ce podium, et c'est d'autant plus beau que le film a eu une vie très compliquée.

D'une genèse étrange (à l'origine, c'était un western) à une sortie ratée (énorme bide avec 11 millions au box-office, en partie parce qu'Aliens, le retour est sorti juste après), Big Trouble in Little China, de son titre anglais, est néanmoins devenu super-culte avec le temps. Le charisme atomique de Kurt Russell en marcel a bien aidé.

Et si une suite-remake avec Dwayne Johnson est censée être développée, aux dernières nouvelles, une suite du film de 1986 a failli se faire dans les années 90. Le scénariste en a récemment reparlé, et en a profité pour tailler le film de Carpenter.

 

Photo Kurt Russell, Kim CattrallLe futur, toujours rassurant

 

C'est dans le podcast Best Movies Never Made que le scénariste Chip Proser est revenu sur la suite des Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin, sérieusement développée en 1995, avant d'être abandonnée. Ce deuxième volet était envisagé comme un téléfilm, centré sur le personnage d'Egg Shen (Victor Wong), le sorcier-chauffeur de bus-ennemi de Lo Pan dans le premier film.

Et le scénariste de L'Aventure intérieure avait l'envie claire de trancher avec l'ambiance légère de Jack Burton :

"Je voulais que tout ça ait du sens sans qu'il y ait quoi que ce soit de raciste. Je ne sais pas tout de la religion en Chine, mais ça me semblait un peu étrange que tout tourne autour de l'idée de se marier avec une fille aux yeux verts... J'ai juste essayé de trouver une histoire nouvelle et différente."

La mention de racisme est intéressante, puisque Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin a une approche très amusante : Jack Burton a beau être dans le titre, le vrai héros est Wang Chi, incarné par Dennis Dun. C'est lui qui maîtrise la situation, et sauve souvent Jack, ridiculisé par le film. Ou comment se moquer du tropisme hollywoodien en mettant au premier plan ce qui, au fond, est un second rôle. On en parlait en vidéo et en détail par ici.

 

photo, Kim CattrallFantasme chinois, donc

 

Et il fonce dans le tas dès qu'il s'agit de parler du film de Carpenter :

"Je n'aime pas le film. Je n'aime pas la manière dont c'est filmé... Les scènes sont filmées en très gros plans, les unes après les autres. Et bon, Kurt Russell dans ce genre de gros plan... C'est un bel homme ok, mais... c'est pas pour rien qu'on fait des plans d'ensemble puis des plans plus serrés. Il y a une raison si cette technique existe. Ensuite on prend un moment, on laisse le public respirer un peu... On n'ajoute pas aussitôt autre chose. On met un truc chiant au milieu pour que les gens puissent aller aux toilettes.

Et puis les effets spéciaux viennent de la planète des effets spéciaux kitsch. C'est là qu'on comprend qu'ils voulaient voler les trucs de Hong Kong avec ces combats au sabre sur des trampolines. Et ils ne l'ont pas vraiment bien fait."

 

Photo Kurt RussellFan de Jack Burton prêt à tomber sur Chip le malheureux

 

Entre l'importance de la pause pipi dans le processus créatif, et la mention des effets visuels que Carpenter lui-même ne valide pas entièrement (le cinéaste a déjà déclaré ne pas avoir été satisfait du travail du rendu final), pas sûr que Chip Proser soit convaincant.

Depuis 2015, Dwayne Johnson est lié à un nouveau Jack Burton, d'abord présenté comme un remake, puis comme une suite en 2018. Si Kurt Russel était plutôt enthousiaste face au projet, Carpenter a été moins doux : "Ils veulent un film avec Dwayne Johnson. C’est ça qu’ils veulent. Et ils ont juste sélectionné ce titre-là. Ils n’en ont rien à battre de mon film, ou de moi."

Même si John est le meilleur, il n'est pas impossible de se souvenir qu'il est par exemple producteur de l'affreux remake de Fog en 2006, ou considère Los Angeles 2013 comme largement meilleur que New York 1997. Même les grands peuvent se tromper.

Notre dossier pour défendre Ghosts of Mars, c'est par ici.

Et le retour sur l'épisode de Masters of Horror de John Carpenter, c'est par là.

 

 

Tout savoir sur Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin

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commentaires

Ah
05/11/2020 à 10:06

Ah c’est raciste aussi maintenant ce film? Le fait que l’américain soit stupide et relégué au rôle de sidekick probablement...

Rorov94
05/11/2020 à 08:50

Donner des leçons de cinéma à John Carpenter fallait oser!
Justement,n'importe quel étudiant 1 ère année de la Femis vous dira,après visionnage,que ce film est PARFAITEMENT abouti.
Montage,cadrage,vfx,sfx,décors,costume,photo...impeccable...

fedor85
04/11/2020 à 19:52

Film decouvert sur le tard et j'ai de suite accroché.

Rien que la scène de combat finale ou Burton s'assomme tout seul. dantesque

FauteuilMan
04/11/2020 à 19:06

Le "héros" est suffisant, largué, autosatisfait, et ne cesse de se ridiculiser. Je me demande même si Hazanavicius ne s'est pas inspiré de cette approche pour OSS 117.
Partant de là, taxer le film de raciste démontre surtout de la bêtise de ce pauvre type...

Ankytos
04/11/2020 à 17:12

Je n'apporte rien de neuf par rapport à ce qui est dit dans l'article ni aux propos de mes camarades s'étant déjà exprimé mais je confirme. Si ce n'est pas le meilleur Carpenter, ce film reste très sympathique. À son époque il avait osé mettre en avant des personnages asiatiques (quand c'était loin d'être la mode) et cela a peut-être desservi le film commercialement parlant (même si le pauvre John a rarement eu de la chance de ce côté là). Il a également essayé d'introduire en Occident le style asiatique en matière de cinéma d'action ; même si le résultat est (très) faillible, la démarche était méritoire et courageuse pour l'époque.
Et aujourd'hui on a un monsieur qui arrive après la bataille mais veut quand même critiquer ceux qui l'ont mené. C'est très facile de jouer les vertueux à une époque où c'est devenu une norme et même un impératif, alors que les précurseurs à la Carpenter, Wachowski, etc, ont fait le gros du travail et on essuyé les plâtres, les critiques ou l'incompréhension.
Cet homme est peut-être talentueux (je ne sais pas) mais assez à côté de la plaque à mon humble avis.
Quant à sa vision assez simpliste de la narration, je m'abstiens de commenter plus, je serais méchant.

alulu
04/11/2020 à 15:32

Mettre en avant le perso chinois et faire de la vedette principale un faire-valoir comique, un peu bizarre comme approche pour un film soi-disant raciste. Et pareil, je préfère Los Angeles 2013 à New York 1997.

Simon Riaux - Rédaction
04/11/2020 à 15:10

@couillu

C'est lui, le Big Trouble.

couillu
04/11/2020 à 15:08

@ EL : il est parti s occuper du reboot de Big trouble ...?

Opale
04/11/2020 à 15:08

Mais c'est absolument n'importe quoi! Le film est tout sauf raciste: c'est l'asiatique le héros, J. Burton est un gros beauf certes sympa mais surtout stupide et maladroit!! Des clichés, oui, mais quel racisme? Mais quelle bêtise, tout ça pour, comme tant d'autres, être dans l'air du temps!!! Gros n'importe quoi.

Dirty Harry
04/11/2020 à 15:08

Pas spécialement trouvé ce film raciste, mais bon la définition va encore changer le temps que j'écrive ce post alors tout ce qui est antérieur à la nouvelle définition le sera forcément !
Sinon ce n'est pas le Carpenter qui m'a le plus séduit, je suis d'accord sur un point : je trouve le film très "enfermé" et n'importe quel Tsui Hark de cette époque lui fait méchamment de l'ombre. Son insuccès est dû aussi aux personnages assez insignifiants : aucun d'eux n'est marquant.

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