Godzilla : grand héros, vrai méchant ou grosse blague ?

Mathieu Jaborska | 24 mars 2021
Mathieu Jaborska | 24 mars 2021

On lui a envoyé une demi-tonne de missiles, plusieurs bombes atomiques, tous types de rayons lasers, un King Kong, deux trous noirs et un Jean Reno, mais il reste toujours debout, toujours la banane. Retour sur l'itinéraire chaotique du roi des monstres.

Avec Godzilla vs. Kong, le Monsterverse de Legendary se dotera de son 3e film, et Hollywood de sa 4e adaptation. Mais avant de régaler l'oncle Sam, Big G est le héros d'une saga japonaise gargantuesque, dans laquelle il a été autant un instrument de terreur qu'un héros national. Après être revenu sur ses origines, après avoir listé les meilleures et les pires de ses apparitions, on revient sur son CV bien fourni (en se limitant aux longs-métrages, et c'est déjà pas mal).

 

 

Des débuts tapageurs (1954-1955)

Si les Godzillatologues du monde entier s’accordent à intégrer les deux premiers films à l’ère Showa, il faut avouer qu’ils dénotent franchement avec le reste de la période. D’une part parce qu’ils installent progressivement les codes de la franchise, d’autre part parce qu’ils font preuve d’une gravité absente des épisodes suivants.

Lézard préhistorique réveillé par une bombe nucléaire, le Godzilla original est un symbole évident de la destruction atomique, moins de 10 ans après les évènements de Hiroshima et Nagasaki. Il constitue donc une menace longtemps indicible, qui se révèle progressivement, grâce à une trace de pas géante ou une mystérieuse tempête, avant de pointer le bout de son museau derrière une montagne.

Véritable machine de destruction sur pattes, il est surtout – et c’est un élément qui sera souvent abandonné par la suite – un vecteur de peur. Ishirô Honda et Eiji Tsuburaya, alors à l'apogée de leur talent, n’hésitent pas à collationner régulièrement dans le plan le monstre et l’humain, grâce à un jeu de surimpressions toujours efficace, notamment lors de la scène où il s’attaque à un train.

 

photoPlus fort que Jesus

 

Dès ses premiers défonçages d’immeubles, Godzilla présente toutes ses caractéristiques les plus célèbres. C’est Akira Watanabe, le directeur artistique de Tsuburaya, qui compose principalement son look, lequel sera quasiment toujours respecté à la lettre : une pincée de représentation de Tyrannosaure, un zeste d’Iguanodon, l’épine dorsale d’un stégosaure, et le monstre est vivant. Contrairement à plusieurs autres grosses bestioles américaines du moment (King Kong et Le monstre des temps perdu, deux inspirations), il est résolument unique, même si le scénario le place dans la catégorie « dinosaure ».

Déjà à l’époque, les armes conventionnelles ne peuvent rien contre lui, conséquence directe de sa portée symbolique. Pour éliminer ce titan mettant en péril le Japon entier, l’humain doit recourir à une escalade peu glorieuse, et utiliser l’Oxygen destroyer, capable d’annihiler toute vie. Dans ce premier opus, Big G ne se bat contre aucun monstre… si ce n’est l’Homme. Et pour la première fois de sa carrière, il perd. Il ne connaîtra jamais telle défaite dans les plus de 30 films à venir.

 

photoLe terrible Oxygen destroyer

 

Conçu dans un but déjà bien plus mercantile, Le retour de Godzilla introduit des codes inhérents à la saga sans pour autant complètement laisser tomber son ambiguïté. Certes, le lézard atomique doit faire face à son premier adversaire monstrueux, Anguirus, mais il inspire encore la peur aux pauvres humains forcés de subir le combat. Il sauve moins l’humanité qu’il ne lui inflige une double peine. Cette suite obéit tout simplement aux lois du genre : toujours plus de divertissement, toujours plus de baston, toujours plus de monstres.

À la fin, un des héros est tué en essayant de s’en débarrasser. Le pugilat avec Anguirus a beau être le clou du spectacle, le climax ne se concentre que sur Godzilla, si impossible à tuer qu’il faut le congeler, au prix de plusieurs vies humaines. Une noirceur certaine, rehaussée par le noir et blanc de l’essai, qu’on ne va pas retrouver avant des dizaines d’années.

À noter qu’il s’agit du deuxième Godzilla, le premier ayant succombé à l’Oxygen destroyer. C’est celui qui connaîtra la plus longue longévité, puisqu’il perdurera tout au long de l’ère Showa, où il deviendra un protagoniste à part entière.

 

photo Retour de Godzilla"C'est à moi que tu parles comme ça ?"

 

L'ère Showa (1962-1975)

C’est probablement la période la plus célèbre de la vie du bestiau aux cuisses charnues, autant qu’elle est la plus prolifique, puisqu'on compte presque un film par an pendant plus de 10 ans. Vue à la fois comme l’âge d’or de la franchise et une source intarissable de spectacles régressifs, nanardesques diront certains, elle a défini une certaine image du monstre qui lui colle encore aujourd'hui à la peau rocailleuse.

Dès King Kong contre Godzilla, crossover en couleur produit 7 ans après Le retour de Godzilla, le ton est donné : fini les références historiques, la mise en perspective permanente du monstre, le sentiment de terreur qu’il inspire. Place à la violence cartoonesque, à la satire bourrin et aux double high-kicks dans les valseuses de singe. Les deux ennemis n’ont que faire des humains qui les entourent, et leur faussent compagnie dès que possible pour aller – et c’est le début d’une grande tradition – se mettre sur la tronche dans de grandes plaines, sous le regard amusé de quelques badauds loin d’être pétrifiés par la taille et le direct du droit de ces titans.

 

photoAu concours du monstre le plus moche, Kong gagne haut la patte

 

On ne vous révèle pas le gagnant (un dossier sur le sujet arrive bientôt), mais ils survivent tous les deux, trahissant la légèreté de leur affrontement. Une légèreté qui se fait ressentir également dans Mothra vs Godzilla, d’autant plus que la Mothra en question est un personnage largement destiné aux enfants.

Cependant, l’établissement définitif du Godzilla classique remonte probablement à Ghidrah, le monstre à trois têtes, dans lequel il rencontre son ennemi le plus célèbre, l’extra-terrestre King Ghidorah. Les personnages humains sont réduits à l’état de commentateurs, voire même, dans un cas précis, de prédicateurs mystiques, voués à annoncer l’affrontement des vrais protagonistes : les monstres.

Enfin, Godzilla devient un héros, dans une des séquences les plus drôles de la franchise : alors qu'il s'emploie à corriger Rodan, Mothra demande à ses deux collègues belliqueux d’unir leurs forces pour terrasser Ghidorah. Ceux-ci se mettent alors tranquillement à discuter de leur alliance impromptue en langage Kaiju, sous le regard halluciné de spectateurs hilares.

 

photoBuddy movie

 

De plus en plus populaire, Big G assume le rôle principal, et son anthropomorphisme va persister jusqu’en 1975. Entre-temps, les films s’enchainent et se ressemblent, montrant toujours le roi des monstres victorieux. C’est la porte ouverte à plusieurs productions populaires réjouissantes, jouant de la sympathie qu’il inspire désormais, comme ses aventures spatiales Invasion Planète X et Les envahisseurs attaquent, où il prend la tête d'un gang de Kaijus. Godzilla est gentil, il cumule les amis, et c’est aussi ça qui va causer sa perte.

Car juste après le sommet de kitsch inventif et jouissif Les Envahisseurs attaquent, le vénérable Ishirô Honda pond ce qui restera comme l'emblème de l’infantilisation du personnage : Godzilla's revenge. Outre son opportunisme pur, le film capitalisant largement sur les stock-shots des épisodes précédents, il transforme Godzilla en grand frère protecteur par le biais de son hideux fils, déjà introduit dans La planète des monstres.

 

photoKill it with fire

 

Le fils de Godzilla fait beaucoup de mal à son mentor : à cause de lui, le monstre destructeur promu super-héros rigolo se transforme en mascotte bouffonne. Les incartades délirantes et les combats délicieusement ridicules laissent place à des affrontements bien moins inventifs et atrocement puérils, lorgnant de plus en plus sur le Kyodai, alors en plein essor, jusqu’à carrément chasser sur ses terres avec un Godzilla vs Megalon parodiant sans vergogne Ultraman.

Si Godzilla’s Revenge est peut-être le plus douloureux des films de l’ère Showa, le déclin du monstre est acté par Godzilla vs Gigan. Profitant d’un instant de flottement de la firme, le cinéaste Yoshimitsu Banno avait composé la perle noire de cette période : Godzilla vs Hedora. Mais la Toho déteste le résultat et persiste à cibler le très jeune public. Jun Fukuda se charge alors d’achever le monstre dans des œuvres le ridiculisant toujours plus.

Les premiers Mechagodzilla comportent une bonne idée : Godzilla se bat contre lui-même, puis une version robotique de lui-même. Mais le pillage d’Invasion Planète X et son infantilisation ont raison de lui. Suite aux résultats des Monstres du continent perdu (la suite de Godzilla contre Mecanik Monster) et de l’impopularité croissante des Kaiju Eiga, il disparaît. Pour revenir, il devra retrouver son charisme destructeur.

 

photoReal Steel

 

L'ère Heisei (1984-1995)

La bamboche, c’est fini ! Lorsqu’elle relance enfin la saga après plusieurs projets avortés et une grogne des fans, la Toho veut revenir à un divertissement bien plus adulte. Dans Le Retour de Godzilla, le monstre éponyme retrouve sa majesté menaçante. Conçu comme une suite directe de l’original, le long-métrage fait grandir le reptile en même temps que les immeubles de Tokyo: de 50 mètres de hauteur, il passe à 80 mètres. Plus impressionnant, plus massif et plus enclin à froncer les sourcils, le nouveau Godzilla inaugure une nouvelle ère, dans laquelle la continuité sera autant de mise que l’ambiguïté de sa figure.

En effet, les films se suivent tous et mettent en scène une pléthore de combats contre ses antagonistes historiques aussi bien que contre des nouveaux venus, parmi lesquels le génial Biollante. Pourtant, Big G est toujours plus ou moins perçu comme une menace, et ce dès le premier épisode. Plus intrigants encore, ses ennemis sont souvent issus… de lui-même. Ainsi, Biollante est dérivé de son ADN, Mechagodzilla est construit pour l’affronter et Space Godzilla est dérivé des émanations de ses précédents adversaires.

 

photoÇa déconne plus

 

De fait, il s’impose comme une sorte d’anomalie d’origine humaine avec laquelle il faut composer, et qui motive, par sa seule présence, toute une panoplie de conflits. La métaphore historique est de retour, alors que la guerre froide se termine :  une arme aussi puissante que la bombe atomique ne peut que perturber sur le long terme l’équilibre de la nature. Ou pour être plus précis, créer un monstre en fabrique logiquement d’autres. Sans utiliser l’Oxygen destroyer (ou presque), la saga produit un nouveau discours sur l’escalade de l’armement.

Un traitement inédit du monstre particulièrement évident, paradoxalement, dans le plus capillotracté des films de cette ère : Godzilla vs. King Ghidorah. En effet, c’est dans celui-ci que sont exposées les nouvelles origines du roi des monstres. Cette fois-ci, il s’agit d’un dinosaure ayant survécu jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Dérangé par l’armée américaine, il se défend, avant de se faire bombarder la tronche. Godzilla n’est plus réveillé, il est carrément créé de toutes pièces par le pays de la liberté et des fusils d'assaut.

 

photoAvec un Mecha-King Ghidorah pas piqué des hannetons

 

Le Godzilla de l’ère Heisei n’est donc qu’un animal propulsé malgré lui arme de guerre. D’où la relation amour / haine qu’entretiennent les humains avec lui. Certains soutiennent son éradication tandis que d’autres se prennent d’affection pour lui.

Enfin, impossible de ne pas évoquer la conclusion de cette période, faisant le pari osé de tuer une nouvelle fois la bête dans le superbe Godzilla vs Destroyah. Dans cet apocalyptique feu d’artifice, au sein duquel il affronte une réincarnation du diable en Kaiju, Godzilla est lui-même sur le point de fusion nucléaire. La menace qu’il représente revient presque au premier degré de son existence : c’est une bombe ambulante. Et c’est à l’Homme de réparer, une nouvelle fois, son erreur.

On est en 1995, et la peur de l’apocalypse nucléaire commence à perdre de sa gravité. La fin de l’ère Heisei remet les pendules à l’heure, mettant un point final à ce troisième cycle de vie du roi des monstres avec un certain panache, ainsi qu'un rappel de son rôle dans la fiction. Pour certains, cette période restera comme la plus mature. Un point de vue également motivé par la cohérence de la proposition, principe rarement réexploité par la suite.

 

photoBurning Godzilla

 

L'ère Millenium (1999-2004)

L’ère Millenium a-t-elle débuté en réaction à Hollywood ? On est en droit de se poser la question, tant le traumatisme de la version d’Emmerich (voir plus bas) infuse cette salve de longs-métrages, avides de reprendre la main sur ce symbole national. Dans plusieurs d’entre eux, il est fait référence à Zilla. Dans Godzilla, Mothra and King Ghidorah: Giant Monsters All-Out Attack, le premier dialogue vaut son pesant de cacahuètes. Selon un des étudiants, les évènements de New York sont l’œuvre de Godzilla pour les Américains, pas pour les Japonais. Et dans le délirant Final Wars, le dinosaure hollywoodien, reconstitué en CGI foireux, se fait atomiser (sans jeu de mots) par son homologue du terroir.

La reprise de contrôle sur Godzilla se fait néanmoins de façon assez anarchique. La plupart de ces films font fi des suites précédentes, se permettant d’introduire à leur manière les monstres qui leur chantent. Désormais franchise internationale, Godzilla devient un véritable terrain de jeu pour les cinéastes qui s’y frottent. Si le Godzilla 2000: Millennium inaugural revendique son classicisme (malgré un usage lourd des effets numériques), diminuant au passage la taille du monstre pour le rendre plus proche de la population qu’il agresse, certaines autres itérations préfèrent jouer avec la mythologie de la saga comme un gosse hyperactif dans un bac à sable rempli de figurines en plastique.

 

photoArrête ton char

 

Les deux opus les plus représentatifs de cette tendance ludique sont Giant Monsters All-Out Attack (souvent abrégé GMK) et Final Wars. La réalisation du premier est confiée à Shusuke Kaneko, l’auteur de la formidable trilogie Gamera des années 1990. Loin de la noirceur de ses essais précédents, en dépit d'un postulat de départ assez sombre (Godzilla est hanté par les âmes des victimes de la guerre), le cinéaste prend un malin plaisir à recycler les Kaijus de l’ère Showa, à adapter les bastons caoutchouteuses aux effets spéciaux actuels et à une mise en scène bien plus ancrée dans le réel. C’est un Godzilla qui s’assume, donc, et le design introduit par Godzilla 2000, inventif, permet autant de capitaliser sur son côté amusant que son côté menaçant.

Le second, produit à l’occasion des 50 ans de la saga, est mis en scène par Ryûhei Kitamura, que les amateurs de séries B véloces connaissent bien. Dans cet hommage foutraque à Invasion Planète X et à une rave clandestine sous extasies, il envoie un Godzilla à nouveau agrandi de quelques dizaines de mètres se fritter contre la moitié du bestiaire de la Toho, sous l’œil avisé de mutants ninja et d’un américain sous prozac arborant fièrement la moustache de Staline. Le cinéaste y assume, à l'instar de ses estimés collègues, les relents nanardesques de la franchise. Le sujet n’est plus la portée symbolique du bestiau, mais sa place dans une culture qu’il a lui-même initiée.

Difficile de réellement dégager une ligne conductrice de ces essais, s'ignorant mutuellement pour accommoder le lézard à leur sauce. Héros dans Final Wars, hostile dans Godzilla, Mothra, Mechagodzilla: Tokyo S.O.S. ou Godzilla vs Mechagodzillamais la plupart du temps juste occupé à détruire des trucs de son côté, Big G ne conserve que le design de sa tête, avec une gueule plus grande. La Toho commence à user judicieusement de la portée mythologique de sa vedette, alors qu’en parallèle, les États-Unis s’apprêtent à enfin le respecter.

 

photoDistances de sécurité

 

Vacances aux États-Unis (1998-2021)

Petit retour en arrière pour causer du fameux Godzilla de 1998, première incursion américaine sur les terres du Kaiju-Eiga, à la production si chaotique qu’on vient de lui consacrer un article entier. Cette adaptation très, très libre est de loin la plus détestée des itérations modernes, pour la simple et bonne raison que le monstre détruisant New York n’a de Godzilla que le nom. Quelques années à peine après la fin de la glorieuse période Heisei, Tristar propose un vulgaire lézard transformé en T-Rex rocailleux, trahissant toutes les particularités du roi des monstres.

Difficile de le comparer aux autres films : cet hybride n’est rien d’autre qu’un gros dinosaure lâché en plein Manhattan, qui se fait abattre, tel un vulgaire pigeon mutant, par l’armée. Les fans de la franchise et les artistes qui le récupéreront ne vont en garder que la trahison opérée, au point de le surnommer « Zilla », et d’en faire un monstre tout autre. Car comme l’explique le producteur Shogo Tomiyama : « ils ont retiré le ‘God’ de ‘Godzilla’ ». Le geste fait un cas d’école et une belle jurisprudence pour l’adaptation de Godzilla sur le marché américain.

 

photoUn allemand qui se réapproprie la culture japonaise à l'américaine

 

Les exécutifs de Legendary ont su s’en souvenir. Le Godzilla réalisé par Gareth Edward en 2014, tout sauf un remake, respecte le roi des monstres. Immense, terrifiant et assez similaire à la version japonaise, il impressionne. Récupérant la symbolique nucléaire, au point de la décliner en référence à la catastrophe de Fukushima et aux problématiques de l’enfouissement, le monstre est mis en scène presque comme dans le premier opus : on ne l’aperçoit que sporadiquement avant de le contempler dans toute sa puissance d’évocation.

Le remède parfait au coup de couteau dans le dos de la version de 1998, d’autant plus qu’il ose même incorporer des combats avec d’autres Kaijus (les MUTO), pinacle du kitsch de l’ère Showa pour beaucoup de néophytes.

On peut penser ce qu’on veut de sa suite, mais force est de constater qu’elle respecte également l’héritage de Big G, se permettant en plus d’introduire ses plus grands ennemis et de convoquer le Burning Godzilla de 1995. Le design ne change pas, les bastons monstrueuses sont légion, bref : c’est un vrai Godzilla par ailleurs très apprécié par les amateurs du genre, quoi qu’en disent les critiques. Le bilan de l’incursion godzillienne dans l’industrie américaine reste positif ; Hollywood a su apprendre de ses erreurs et donner une chance aux passionnés de voir leur dieu matérialisé grâce à des moyens déments, même si la dernière ère japonaise ne démérite pas.

 

photoLongue vie au roi

 

L'ère Reiwa (2016-2021)

L’ère actuelle du règne de Big G s’avère passionnante pour peu qu’on s’intéresse à ses évolutions. Après 28 films japonais dans lesquels il est passé par tous les états, les auteurs qui s’attaquent à son mythe ne se gênent pas pour le faire muter au sein même de leurs œuvres. C’est évidemment le cas de Hideaki Anno, Shinji Higuchi et Sean Whitley, derrière le grandiose Godzilla Resurgence (Shin Godzilla). Contrairement à leurs prédécesseurs, ils ne se préoccupent d’aucun autre épisode de la franchise pour proposer leur propre version, tranchant radicalement avec les canons pop de la saga sans pour autant la trahir.

Cette fois-ci complètement inspiré de la catastrophe de Fukushima, le lézard serait probablement né de déchets radioactifs. Ainsi, il est en constante évolution, et admet plusieurs formes, allant de la larve géante au monstre tel qu’on le connait, haut de 118 mètres. Le design en général est extrêmement organique, au point de laisser entrevoir une dernière forme humanoïde. Le travail effectué sur cette version de Godzilla est impressionnant : première incarnation japonaise à être intégralement conçue en CGI, elle impose une vision bien plus réaliste de son personnage.

 

photoTerrifiant

 

Après sa sortie, plusieurs artbooks ont dévoilé des concepts abandonnés de formes futures pour ce Godzilla. Il aurait pu se démultiplier, se transformer en masse organique énergétique, jusqu’à une forme de vie bio-omnisciente, le transformant quasiment littéralement en dieu. Une radicalité exclue pour des raisons évidentes, mais qui assimile encore plus le monstre à une sorte de terreur lovecraftienne. L’incarnation ultime de l’erreur humaine, en quelque sorte.

Outre cette parenthèse expérimentale, la Toho a produit une trilogie animée sur Netflix, dans laquelle le roi des monstres évolue aussi beaucoup. En effet, il a pu profiter de la Terre seul pendant 20 000 ans grâce à la relativité, avant que des humains ne reviennent sur leur planète volée, faute d’avoir trouvé un autre monde habitable. Quand l'espèce humaine parvient à en venir à bout, elle se rend compte qu’il ne s’agit que de sa progéniture. Le vrai Godzilla est devenu le véritable roi du monde, du haut de ses 300 mètres, sa taille la plus conséquente à ce jour. Durant ces millénaires, il a pu altérer la biosphère à sa convenance.

 

photo GodzillaQuand il te regarde comme ça, t'as tout gagné

 

Dans ces deux cas, la figure de Big G est traitée avec un certain jusqu’au-boutisme, poussant l’idée d’une supériorité biologique. Godzilla n’est plus juste un héros, un bad guy ou un simple animal : il devient une sorte de divinité, un être supérieur dont l’humanité ne peut que contempler la grandeur. Il aura fallu plusieurs dizaines de films et plus de 50 ans pour arriver à ce point d’iconisation. Un statut que n’auront atteint que peu de personnages issus de la pop culture, se nourrissant de leur propre célébrité.

D'instrument de terreur viscérale à roi absolu voire Dieu, le parcours de Godzilla est passionnant, grâce à sa diversité et ses implications historiques, culturelles, politiques ou même carrément théologiques, pour ne pas dire philosophiques. Il y a donc de quoi attendre de pied ferme les deux prochains opus de la franchise : Godzilla vs Kong et la série animée Netflix Singular Point. Go go, Godzilla !

Tout savoir sur Godzilla vs. Kong

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commentaires
Ethan
28/03/2021 à 14:27

Blague

Prochain film
Guille vs Godzilla

Spawn
26/03/2021 à 14:20

C'est quand même triste de voir à quel point godzilla est devenu si puissant au fil du temps et qu' on ose le faire affronté et galéré contre kong qui ne pourrais même pas résisté à un missile nucléaire....C'est triste

Madouille
24/03/2021 à 21:45

4ème* film pour le MonsterVerse.

Bob nims
24/03/2021 à 21:34

Godzilla est éternel. Très bon article merci

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