Michael Fassbender : de Hunger à X-Men, de la gloire au néant

Simon Riaux | 27 novembre 2020 - MAJ : 27/11/2020 14:27
Simon Riaux | 27 novembre 2020 - MAJ : 27/11/2020 14:27

Aussi à l’aise du côté de Shakespeare, que des super-héros, Michael Fassbender pourrait incarner un pied de chaise que l’essentiel de la population terrienne rêverait de s’assoir. On l’imagine même en James Bond.  Et pourtant, en cette fin 2020, le comédien semble avoir été balayé des tablettes hollywoodiennes. Que s’est-il passé ?

 

photo, Michael FassbenderC'est vrai ça, que s'est-il passé ?

 

NO SHAME FOR FAME 

Au mitan des années 2000, Michael Fassbender est sur beaucoup de lèvres, pour ne pas dire toutes. Célébré en tant que comédien, adulé comme sex symbol, absolument rien ne paraît pouvoir lui résister, alors qu’il enchaîne rôles complexes, tourmentés, positifs, populaires ou périlleux, tout le monde guette avec appétit la moindre de ses prestations. Il fait pour ainsi dire l'unanimité, avec ce qui ressemble à une déconcertante facilité. Il faut dire qu'en un temps record, l'acteur a brillé dans un éventail de productions dont la variété a de quoi donner le tournis. En six ans à peine, son CV se transforme en orgie cinéphage.

Si quelques yeux concupiscents ne manquent pas de s'attarder sur son torse dès 300, c'est avec le traumatisant Hunger de Steve McQueen, sorti en 2008, que son corps frappe tout un pan de la cinéphilie. Dans la peau d'un prisonnier politique irlandais, il électrise la caméra, le cadre et le public.

Le cinéma d'auteur anglo-saxon ne s'y trompe pas, et on le retrouve bientôt à l'affiche de Fish Tank, primé à Cannes, avant que tout s'accélère grâce à un dénicheur de trognes hors du commun : Quentin Tarantino. Avec Inglourious Basterds, le cinéaste est le premier à capturer le mélange d'assurance, de flegme et de prédation suave qui émanent de sa personne. Cette équation gagnante continuera d'exploser à l'écran, dans X-Men : Le CommencementShame et bien évidemment Prometheus.

 

photo, Michael FassbenderUn bâtard glorieux

 

Mais Fassbender ne se cantonne pas au cinéma indépendant ou d'auteur, loin de là. Parallèlement à la reconnaissance arty des festivals perçus comme plus ou moins pointus, on le retrouve dans une tripotée d'attachantes séries B, qui vont faire beaucoup pour le populariser auprès du grand public, et inscrire dans l'esprit du grand public son visage. En l'espace de trois ans, il se promène ainsi dans un survival énervé avec Eden Lake, avant de jouer les nazis zombies dans Blood Creek, pour le réalisateur de Batman & Robin (ça ne s'invente pas), et ne renâcle pas à desquamer des soldats Pictes dans Centurion ou à cabotiner comme un beau diable aux côtés de Jonah Hex.

On pourrait également passer en revue ses incartades du côté de créations plus risquées encore, voire expérimentales, de Frank à Piégée, pour arriver au même constat. Tout le monde veut une tranche de Michael, et quand Prometheus sort en 2012, on voit mal ce qui pourrait lui résister. Mais que s'est-il passé depuis ?

 

photo, Michael FassbenderIvre de succès

 

QUAND ÇA VEUT PAS, ÇA VEUT PAS 

Si le succès appelle le succès, l'échec, lui, n'est pas particulièrement bien vu à Hollywood, à fortiori alors que l'industrie s'efforce de réduire les facteurs de risque au maximum. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que la carrière de Michael Fassbender après 12 Years a Slave s'est transformée progressivement en chemin de croix pour le comédien. Non pas que l'artiste explose en vol ou ait soudain revendu son talent à la sauvette, ses performances vont demeurer exceptionnelles et forcer le respect tant des spectateurs qui les découvrent en salles que de la presse. C'est au niveau du box-office que le bât blesse. La première alerte s'intitule Cartel, un film qui ambitionnait un carton.

Réalisé par Ridley Scott, écrit par le légendaire Cormac McCarthy, interprété par un casting démentiel... tout le monde y croit. Sauf que le long-métrage n'a rien d'un récit criminel furibard, mais tout d'une plongée dépressive et métaphorique, un trip existentiel qui récoltera des critiques presque unanimement négatives et va laisser le grand-public sur le bas-côté. Et cette équation choix-exigeant/performance/box-office-en-berne va inlassablement se répéter, avec une insistance d'autant plus frappante que le comédien ne chôme pas et apparaît toujours dans des oeuvres d'une belle variété.

 

photole cartel du bide

 

Mais rien n'y fait, ni Macbeth, ni Steve Jobs, ni Une vie entre deux océans ou Song to Song ne provoque une électricité notable. Pourtant, en passant de l'adaptation shakespearienne présentée en grande pompe sur la Croisette à un biopic dirigé par le duo Sorkin/Boyle, un honnête mélo ou une prière Malickienne, il y avait de quoi faire et s'attirer les bonnes grâces, tant des médias que des cinéphiles. Or, s'il bien une chose à laquelle Hollywood est sensible, c'est l'indifférence.

À chaque semi-échec ou sortie nimbée de silence, c'est la côte de l'artiste qui est entamée. Et à ce jeu-là, se retrouver tête d'affiche de projets tragiquement foirés, tels que Le Bonhomme de neige, contribue progressivement à ternir l'image de Fassbender, qui pourtant ne démérite jamais. Jusque dans des propositions risquées, comme A ceux qui nous ont offensés, il est excellent. Mais le cercle vicieux de la poisse s'est mis en branle, et rien ne semble pouvoir l'arrêter.

 

Photo Michael Fassbender, Macbeth"Ô box-office ennemi !"

 

EN TOUTE FRANCHISE

Comédien brillant, aux choix souvent audacieux et toujours pertinent, comment Michael Fassbender en est-il arrivé à perdre une partie de sa formidable aura auprès d'une industrie qui eut été partante pour lui confier, moins de cinq ans plus tôt, le rôle d'un cendrier en étant persuadée d'enjailler les foules ? Peut-être faut-il se pencher sur ce qui occupe désormais l'attention de tout Hollywood, à savoir la gestion de super-franchises, de marques et licences susceptibles d'attirer un public large et fidèle. Et en la matière, l'acteur a alterné manque de chance et grosse plantade.

Sur le papier, il a pourtant payé son écu au monde des super-héros, en jouant Magneto, méchant emblématique de la saga X-Men, de X-Men : Le Commencement jusqu'au crash industriel X-Men : Dark Phoenix. Sans jamais démériter, il est parvenu à prendre la suite de Ian McKellen, qui avait créé le rôle au cinéma de fort belle manière, usant avec élégance de son héritage germanique et anglo-saxon.

Tantôt minéral, tantôt volcanique, il a prêté ses traits au mutant vengeur avec un certain délice. Seulement voilà, le reboot initié par Matthew Vaughn a beau être d'excellente facture, il sera repris en main par Bryan Singer dès X-Men : Days of Future Past, lequel maintient encore l'illusion d'une certaine maîtrise, évaporée dès X-Men : Apocalypse. Certes, le public est encore au rendez-vous, et personne ne trouve à redire du travail du comédien, mais pour autant, il demeure un visage au sein d'une création chorale, artisan d'un succès dont aucune star ne pourrait revendiquer la paternité.

 

trailer superbowlQuand l'apocalypse se précise

 

Pour notable que soit sa participation, elle demeure une participation. Et justement, média comme studios ne jurant plus que par les licences, il devient difficile, voire périlleux, de s'imposer durablement dans le paysage des majors sans avoir dans sa besace une marque de premier plan. Bénédiction ou malédiction, les franchises font désormais la pluie et le beau temps, qu'elles transfigurent la carrière d'un Robert Downey Jr. ou sclérosent celle d'un Vin Diesel, elles sont désormais le thermomètre de la gloire.

Michael l'a bien compris, et ce n'est pas un hasard s'il se positionne en chef d'orchestre du blockbuster Assassin's Creed. Ubisoft clame alors haut et fort qu'il n'est pas question de vendre son catalogue à la découpe, et que sa saga phare, alors au sommet de sa gloire, nous proposera un vrai moment de cinéma. Fassbender n'est pas là pour faire de la figuration, puisqu'il est carrément producteur du blockbuster, sur lequel il impose le réalisateur Justin Kurzel, dont Les Crimes de Snowtown l'a impressionné et avec qui il a aimé travailler sur Macbeth.

Tout semble réuni pour attirer en masse dans les salles les millions de joueurs et les spectateurs désireux de voir un grand film d'aventure spectaculaire. Mais le train va dérailler, tant du côté vidéoludique que filmique, et de silence coupable en désintérêt d'Ubisoft, l'opération sent bientôt le roussi.

 

Photo Michael FassbenderLe sot dans le vide

 

Au final, l'opération se soldera par un navet fumant, mais surtout un échec cinglant au box-office. Avec moins de 250 millions de dollars réunis dans le monde entier pour un budget hors-marketing de 125 millions, a tout du vilain petit canard hollywoodien. Et pour ceux qui pensaient qu'Alien : Covenant permettrait au comédien de garder un pied dans le club très fermé des franchises à succès, le score en demi-teinte et la détestation d'une partie du public doucheront ces derniers espoirs, que le sordide Dark Phoenix n'essaiera même pas de ranimer. Les règles du jeu sont cruelles, un peu absurdes, mais elles n'en demeurent pas moins les règles.

Aujourd'hui, dans le casino hollywoodien, quelle que soit votre main, si on n'y trouve pas de super-héros ou de protagonistes récurrents, impossible de faire sauter la banque.

 

photo, Noomi Rapace, Logan Marshall-Green, Michael FassbenderPrometheus

 

Dans le futur, on retrouvera l'acteur à l'affiche de Next Goal Wins, l'adaptation d'un documentaire à succès dans lequel il tiendra un rôle secondaire, Kung-Fury 2, suite de la pitrerie précédente, et peut-être dans le remake de La Horde sauvage par Mel Gibson, si le film voit jour et les rumeurs entourant le casting disent vrai. C'est bien maigre pour un artiste de cette stature, et pas loin d'être absurde, tant son talent a irradié durant une décennie, quasiment à chacune de ses apparitions.

On espère que les augures d'Hollywood se pencheront prochainement sur sa carrière, blockbuster ou pas, et qui sait, que l'excellent Steve McQueen lui redonnera un rôle à la hauteur de celui qu'il lui écrit dans Shame.

 

Tout savoir sur Michael Fassbender

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commentaires

Jasper
16/01/2021 à 22:26

Entre @Benoît et @Kastorantigaucho (pseudo qui me semble approprié vu la connerie que tu ressort probablement piqué sur cnews) l'année commence bien... Lâchez rien les gars

si naps
04/12/2020 à 14:09

@benoit"

"je revendique le droit de chier à la gueule des gens parce que ça me fait kiffer mais si les gens ils réagissent c'est de la dictature de terroriss qui veut ma censsssssssure"

ce qu'il y a de cool avec les dégénérés, c'est qu'ils sont rigolos.

Simon Riaux - Rédaction
04/12/2020 à 14:06

@Titi

Le vocable "étron fumant" eut été plus respectueux des spectateurs, je vous l'accorde.

Titi
04/12/2020 à 13:58

Assassin un navet ? Un peu de respect quand même ????????

M1pats
01/12/2020 à 17:00

j ai commence a lire. Ca devenait tres chiant. J ai arrette

xaal
30/11/2020 à 12:43

Et pourquoi pas en 007

Quentin
29/11/2020 à 13:42

Pourquoi à la lecture de la première phrase j'ai immédiatement su que l'auteur était SImon Riaux... Mystère :D

Radman
29/11/2020 à 11:32

Je trouve le titre un peu exagéré. 'de la gloire au néant', on en est loin. Fassbender n'a pas à se plaindre de sa carrière, elle suit son cours, avec se hauts et des bas. Il n'en est pas encore réduit à accepter un rôle dans Fast and Furious 27 donc jusqu'ici tout va bien.

Kastorantigauchos
28/11/2020 à 20:29

C’est qui ce Brady ???
Encore un terroriste culturel
Un debile oui

movie - observer
28/11/2020 à 17:18

Benoit.
Ca apprendra a l'hetero blanc d'avoir longtemps cru qu'il etait le seul homme sur terre.

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