Le mal-aimé : Dracula Untold, la tentative avortée de lancer le Dark Universe

Mathieu Jaborska | 28 mars 2020
Mathieu Jaborska | 28 mars 2020

Parce que le cinéma est un univers à géométrie variable, soumis aux modes et à la mauvaise foi, Ecran Large, pourfendeur de l'injustice, se pose en sauveur de la cinéphilie. Le but : sauver des abîmes un film oublié, mésestimé, amoché par la critique, le public, ou les deux à sa sortie.

En ces temps de confinement, Netflix a eu la bonne idée de piocher une des adaptations de Dracula les moins appréciées, un blockbuster honni pour des raisons évidentes, lié à un contexte de production opportuniste. Mais cela en fait aussi un objet intéressant à étudier.

 

Affiche officielle

 

"Dracula Untold ne propose qu'une petite relecture paresseuse et pas bien passionnante du mythe." (Ecran Large)

 

"Malgré des atouts susceptibles d'apporter du sang neuf, Dracula Untold ne dépasse pas le stade du prétexte." (L'Ecran Fantastique)

 

"Psychologie sommaire, érotisme nul, batailles charcutées au montage. On oscille entre un mauvais remake de 300 et un Dracula à la sauce superhéros." (Télérama)

 

"Même le titre ressemble à quelque chose créé par un comité" (New-York Times)

 

"[...] Ce projet mal conçu donne surtout l'impression d'avoir besoin de revenir à l'état d'ébauche" (The Hollywood Reporter) 

 

"Ça ne marche ni comme vaste épopée historique ni comme hybride action-horreur." (Entertainment Weekly)

 

 

L'HISTOIRE

Vlad est un guerrier devenu prince, célèbre dans le monde entier pour sa cruauté sans limites. Il est connu sous le nom de Vlad l'empaleur, fils du dragon, pseudonyme prompt à faire rougir de jalousie Daenerys et ses dizaines de titres honorifiques. Néanmoins, après avoir conquis le royaume de Transylvanie, le bonhomme ressemble plus à un papa modèle, aimant sa femme et son enfant bien plus que les effusions de sang et l'odeur des tripes au petit matin.

 

photo, Sarah GadonSarah Gadon, encore une fois honteusement sous-exploitée

 

Son domaine serait totalement en paix s'il ne comprenait pas une étrange grotte dont le locataire s'amuse à trucider ses amis, et ses ennemis. En effet, furieux que des éclaireurs se soient fait réduire à l'état de charpie sur ses terres, le puissant roi de Turquie, empire invincible, exige de récupérer les gosses de Transylvanie, pour en faire des soldats sans foi ni loi. Incapable de sacrifier son fils, le prince refuse, et bute l'ambassadeur avant de chercher de l'aide dans la fameuse grotte.

Il y fait la connaissance d'un authentique vampire maudit, qui accepte de lui transmettre son pouvoir afin de renverser l'armée en marche vers son château. Le contrat de suceur de sang est doté d'une période d'essai : si au bout de 3 jours il n'a pas goûté à l'hémoglobine humaine, il pourra redevenir mortel. Vlad signe, revient tout juste pour pouvoir trucider les soldats turcs et devient aux yeux de beaucoup un monstre (c'est pas faux, en même temps.)

 

photo, Luke EvansDe Dracula à Gaston

 

Il amène alors son peuple dans un monastère, où la méfiance de ses sujets et la taille de la nouvelle armée lancée à ses trousses ont raison de lui. Les transylvaniens se font rétamer, son fils se fait enlever et sa femme meurt en chutant d'une falaise. Avant de passer l'arme à gauche, elle lui propose de boire son sang, afin d'acquérir la force nécessaire à la récupération de son fils. Le prince, fou de rage et de désespoir, ne se fait pas prier. Passablement énervé par la situation, il transforme la population agonisante en créatures de la nuit.

Le petit groupe se rend au campement des turcs et défonce tout sur son passage. Vlad récupère son marmot, mais ses congénères se lèchent les babines à la vue de ce petit cou plein de sang. Il est donc contraint de l'abandonner chez les moines et de laisser le soleil décimer toute la petite équipe. A ce moment, un producteur arrive, et sauve la vie du héros, pour ensuite le montrer dans l'époque contemporaine, où le vieux crouton de la grotte vit aussi.

La suite au prochain épisode... ou pas.

 

photo, Luke EvansDracula maitrise les éclairs, c'est donc un Sith

 

LES COULISSES

Ce n'est un secret pour personne : dans les années 2010, Universal a inlassablement tenté de lancer un univers étendu en ressuscitant une franchise culte mais pourtant étrangement abandonnée : les Universal Monsters, ayant fait sa gloire des années 1930 aux années 1950. A l'époque, L'homme invisible, Frankenstein, son monstre, le loup-garou et autres créatures du lac noir avaient presque inventé le concept d'univers partagé. Dans un monde où chaque firme tentait de reproduire la recette Marvel, l'idée était bien sûr de plier ces personnages aux règles des blockbusters modernes pour amasser le plus possible.

Néanmoins, Dracula Untold n'a pas directement été conçu comme une sorte de proto-Iron-Man vampirique. D'ailleurs, le film s'est construit autour d'un projet initial intitulé Dracula : Year Zero et réalisé a priori par Alex Proyas. La production de cet ambitieux long-métrage a débuté en 2007, soit quelques mois avant le succès de Jon Favreau et Robert Downey Jr.. En 2010, le casting se précise. Dans le rôle principal, Sam Worthington, tout juste sorti du carton gargantuesque Avatar, est pressenti.

 

photo, Sam WorthingtonSam Worthington, champion de speed-run de carrière

 

Malheureusement, le budget explose les limites fixées par le studio, qui décide de confier le commandement de la chose à un exécutif bien plus aisé à contrôler : Gary Shore, ayant précédemment fondé une boite de production, ArtCastle. Il s'agit donc de son premier long-métrage, après deux courts. Spoiler : ça sera aussi son dernier.

Forcément, la méga-star Worthington est également détachée de la production dès 2012, avant de se faire remplacer par Luke Evans, sorti du Choc des Titans, de Robin des Bois, des Trois Mousquetaires et des Immortels. Le pari n'est pas si risqué, puisque l'acteur sera à l'affiche du deuxième volet du Hobbit de Peter Jackson, dans le rôle très convoité de Bard. Le reste du casting est annoncé. Le tournage se déroule tranquillement en Irlande du nord. Bref, tout va bien.

 

photo, Luke EvansOn aurait rêvé d'un Dracula avec une telle moustache

 

Le lien avec le fameux Dark Universe est décidé pendant la production. En 2012, Universal annonce également la mise en route de La Momie. La franchise, gérée par Alex Kurtzman et Chris Morgan, est officiellement lancée, et le studio compte bien faire de cette version de Dracula un de ses personnages principaux, à la manière d'un Tony Stark. En 2014, après le tournage, des reshoots sont rapportés par The Hollywood Reporter. Voilà qui a probablement donné naissance à la dernière séquence, faisant office de cliffhanger.

Finalement, étant donné les critiques désastreuses que se coltine la chose, son implication dans la franchise est remise en question. Quand Collider demande à Kurtzman si Untold est canon, celui-ci répond un simple : "Non". Pourtant porté par Tom Cruise, son film ne s'en est pas beaucoup mieux sorti.

 

photo, Sofia BoutellaLa momie x Tornade des X-Men

 

BOX-OFFICE

Contrairement à ce qui a été clamé ici et là, Dracula Untold est loin d'être un gros bide. Aux Etats-Unis, il a récolté 56,2 millions de dollars et plus de 217 millions de dollars dans le monde, ce qui serait catastrophique s'il était doté d'un vrai budget de blockbuster. Néanmoins, en l'état, le film a coûté à peine 70 millions de dollars. Bien sûr, la marge d'Universal a été bien maigre, mais il n'a pas fait perdre d'argent à ses producteurs.

Certes, cela n'a pas suffi à motiver une suite, mais parler d'échec est peu approprié. A titre de comparaison, la production estampillée Universal Monsters précédente, Wolfman, s'était crashée violemment au box-office. Dotée d'un budget plus de deux fois supérieur à son successeur, elle n'avait rapporté que 139,7 millions de dollars, score la qualifiant d'office pour la catégorie "gros four". Félicitations !

Ni ratage complet, ni réussite éblouissante, le film de Gary Shore a un bilan économique à la hauteur de son bilan artistique : il est juste oubliable.

 

photo, Charles DanceCharles Dance macabre

 

LE MEILLEUR

Impossible pour nous de prétendre le contraire : oui, Dracula Untold est tout sauf une grande oeuvre, et sa paresse impressionnante l'a effacé du souvenir collectif dès la fin de son exploitation en salles. Néanmoins, il recèle quelques qualités qui le rendront assurément regardable un dimanche soir après un week-end reposant.

Le titre québecois (bénis soient-ils) du film, c'est "Dracula Inédit". Et paradoxalement, les prémisses de l'intrigue le sont, inédites. L'idée de confronter le roman surexploité et magnifié par Coppola, vingt ans auparavant, à la légende guerrière dont s'est inspiré Bram Stoker n'est pas bête. Il est bien question de Vlad l'empaleur, et finalement, il est surtout question de son image. Le mythe de Dracula s'est construit sur une réputation historique plutôt que sur des faits. Vlad est charismatique grâce à ce qu'on dit de lui, il existe par l'image, et d'ailleurs, quand il se regarde dans le miroir, le compte Dracula n'en a pas, d'image.

 

photo, Dominic CooperI'm the bad Guy, Duh

 

Ainsi, quand ce beau-gosse typiquement hollywoodien retourne dans la grotte froide du monstre, c'est moins pour se doter de nouveaux pouvoirs que pour se reforger une réputation source de peur. Aux vues de The Crow, il y a fort à parier que ce traitement particulier soit dû au script de Dracula : Année Zero, titre qu'on retrouve d'ailleurs sur certains albums de Batman... De légende à super-héros, il n'y a qu'un pas qui sera franchi dans la prochaine partie de cet article. La boule est bouclée.

Ainsi, quoi qu'on puisse dire, Luke Evans sied parfaitement au rôle. Son personnage étant construit par sécurité en opposition aux grandes figures gothiques s'étant emparé du personnage par le passé (Bela LugosiChristopher LeeGary Oldman), il fait ce qu'on lui demande. Traduisez : il fait régulièrement tomber la chemise, prend la pose dès que possible et fixe d'un regard de braise ses ennemis avant de s'envoler dans une nuée de chauve-souris. Que demander de plus ?

Difficile également de faire l'impasse sur quelques idées de mise en scène se frayant un chemin dans le marasme visuel ambiant, souvent à l'occasion de batailles pourtant expéditives. On retient le plan sur l'épée, reflétant les exactions du bestiau sur le champ de bataille, pas franchement original, mais toujours efficace.

 

photoTrès belle armure au passage

 

LE PIRE

"Parfois, le monde n'a pas besoin d'un héros. Il a besoin d'un monstre." Voilà comment le bellâtre justifie son choix à celui qui va lui transmettre ses pouvoirs. L'intégralité du récit aimerait reposer sur ce principe, jouant justement de l'image d'un personnage traité dès le début comme un héros modèle, chef de famille intentionné, figure de proue du mode de représentation hollywoodien. Sur le papier, la transformation en vampire devait en faire le transgresseur du cinéma mainstream.

L'échec n'en est que plus cuisant. Car dès lors qu'il sort de l'inquiétant, mais pas trop, repère du vampire, Vlad retourne ni vu ni connu à sa trajectoire héroïque, se moquant éperdument des impératifs de son nouveau statut. De nouvelles règles sont aménagées pour lui éviter de vraiment devenir le monstre qu'il a promis de devenir, non sans un certain culot. La fameuse règle des trois jours, donnant l'impression que la malédiction en question a été conçue par l'auteur des Loups-Garous de Tiercelieux, a de quoi faire sourire, voire franchement s'esclaffer.

 

photo, Luke Evans, Charles Dance"Et on a le droit aux tickets resto ?"

 

Loin de se contenter de l'histoire du guerrier historique, l'ensemble se permet de piétiner à peu près tout le mysthicisme du roman, à grands coups de références plus proches de caméos de Stan Lee que de l'hommage respectueux. Reinfield apparait dans une scène n'existant que pour ses beaux yeux. Le novice va trouver ça franchement ridicule. L'expert aussi, à vrai dire.

De l'empaleur sans scrupule reconverti en patriarche aimant il ne reste qu'un demi-vampire reconverti en patriarche aimant. L'érotisme déployé ici, à la fois limité au nid conjugual et aux impératifs de studios refusant encore catégoriquement un hypothétique classement R, fait pouffer, tant il ne tient pas la comparaison avec la quasi-intégralité des nombreuses incarnations du personnage.

L'indécision qui caractérise l'essai, figé dans son cahier des charges et par conséquent incapable de trancher entre film de guerre raté, origin story super-héroïque ratée et soft horror ratée, se répercute sur à peu près l'ensemble des décisions artistiques. La musique de Ramin Djawadi, compositeur qui montrera par la suite ses capacités dans le domaine de la fantasy (écouter Light of the Seven et mourir), surnage dans des thèmes synthétiques flous, pas très dissonants, mais pas très épiques non plus.

 

photo, Luke EvansLuke, je suis ton fils

 

Que dire également de la photographie de John Schwartzman, technicien compétent ayant embrayé juste après sur Jurassic World ? L'absence de thématiques intéressantes en lien avec la composante fantastique tue dans l'oeuf tout embryon d'ambiance gothique, malgré un environnement qui s'y prête. La meilleure partie du premier Dracula version Universal reste sans conteste la première, faisant de la Transylvanie un laboratoire visuel dément. Ici, toute l'intrigue se déroule dans ce seul lieu, et pourtant aucun des choix visuels ne ressort, pour finalement ne plus ressembler qu'à une bouillie grise. 

En fin de compte, le résultat restera aussi oubliable que La Momie, n'osant pas trahir assez le livre pour faire de Dracula un authentique super-héros (pourquoi pas, après tout ?), mais transformant quand même les capacités du vampire en super-pouvoirs. Il faut voir Luke Evans se transformer en nuée de chauve-souris sur commande, comme Spider-Man tire ses toiles et Captain America balance son bouclier. Pas assez désagréable pour rester dans les annales du nanar hollywoodien anesthésié, aux côtés d'Elektra et de Catwoman, il est voué à rester dans ce genre d'articles cyniques allant déterrer des tentatives filmiques oubliées par le commun des mortels. La carrière de Luke Evans ne s'en est jamais remise et son interprétation n'aura servi qu'à permettre à Netflix d'acheter un Dracula à bas prix.

 

RETROUVEZ L'INTEGRALITE DES MAL-AIMES DANS NOTRE RAYON NOSTALGIE

 

Affiche Imax

commentaires

Pardus
22/09/2020 à 18:17

Film captivant, version revisiter des origine du comte dracula ou le personnage est, contrairement au autres version du livret de Stocker placé en héros vertueux sous les traits de son homologue vlad l'empaleur. Mélange la mythologie du vampire avec une réalité historique durant l'époque médiéval ou vlad III tenait tête à l'empire ottoman au XVeme siècle.
Captivant et innovateur bref pour moi satisfaction garanti

????‍♀️ Fée ????‍♀️
03/09/2020 à 13:28

Article drôle et intéressant.
Vous avez mit les mots sur mon ressenti et mon désarroi et mes idées partagés.
Bravo ????

cedanobossbyoda aka cedanobossb aka boosbitch
31/08/2020 à 17:52

dracula untold 2 est en marche depuis plusieurs années, car je pense qu'ils vont faire une series à la vanhelsing 'le mangas anime"Ce sera mieux que de faire un film a suite!!! il n'y a qu'a contacter grace a wikipedia tout les collaborateur et executeur du film darcula untiold!!! il y aura du lourd bientot tout le monde regardera cette saison car les monteur son en formation sur les derniers effets speciaux du mon du cinema!! resté connecté !! faites vos enquêtes!!

Alobise
28/08/2020 à 22:42

Arrêtez vos critiques.Nous tous la plupart des gens qui avons tout simplement envie de regarder un chouette film et je suis triste de voir des critiques alors que l’on veux juste passer une bonne soirée alors MERCI de se super film et il devrait en n’avoir beaucoup d’autre comme celui là .on s’emmerderais moins le soir à la Tv

MarioooooooHHHH
26/06/2020 à 22:41

Quand j'arrive à regarder un film en me disant que le temps semble être passé très vite, c'est qu'il a rempli son rôle de divertissement.
Donc pour moi, c'est un bon film et s'il fallait mettre une note, je mettrai volontiers un 13/20 .
Il faut arrêter de vouloir comparer un film avec un autre et quand certains le font, ils disent qu'il y a copie sur d'autres films. Ayez une analyse personnelle et constructive d'un film en vous disant en l'occurrence, que ce film ayant pour thème les vampires, il y a forcément des similitudes avec plein d'autres mais on ne vous demande pas cela dans une analyse cinématographique !

Crise2nerf
29/03/2020 à 09:42

Peut être que le titre du film était mal choisi ou trop ambitieux.
S'ils avaient créé tout simplement un nouveau personnage peut être que ça aurait mieux marché. Du fait que tout le monde s'attend à un Dracula, forcément le côté super hero choc. S'ils avaient juste changé les noms des personnages.... Peut être que le public aurait réagit autrement. Car sinon mis à part ça il n'est pas si mauvais à regarder.

Bubble Ghost
29/03/2020 à 00:18

@Nico1... D'abord, Van Helsing est juste une grosse parodie potache, doublé d'une bouilli de CGI pas toujours de bon gout. Et ensuite, il ne faudrait pas oublier trop vite, le Wolfman de Joe Johnston, qui n'est vraiment pas dégueulasse. Surtout dans sa version Director Cut ^^

Sandro
28/03/2020 à 23:32

Vous êtes sérieux de faire des dossiers sur des merdes pareil en 2020? Aux chiottes!

Adam
28/03/2020 à 19:34

Ben un des collaborateurs d EL en a fait la pire adaptation du héros de Stocker. Sans rire..
Pour en revenir au dossiers je ne savais pas que sam worthington avait le rôle et pour le coup prendre luke Evans etait la meilleure ( l'unique?) decision de la production vu le charisme naturel du bonhomme. J ai été désarçonné mais pas déçu par l orientation super héros du film. Ou pas au point de le détester

Dante05
28/03/2020 à 19:05

Pompé certe mais en même temps l'histoire dans Castlevania est tellement géniale.... Ce qui fait que j'ai bien aimé ce film malgré tout.

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