Peaky Blinders : critique d'une saison 5 en crise

Alexandre Janowiak | 12 octobre 2019 - MAJ : 12/10/2019 14:42
Alexandre Janowiak | 12 octobre 2019 - MAJ : 12/10/2019 14:42

La BBC est souvent à l'origine de séries de qualités. Il n'y a qu'à voir la petite bombe que la chaîne a lâchée l'année dernière avec Bodyguard, mais aussi SherlockThe Night ManagerLuther, l'inévitable Doctor Who ou encore dans les années 90 la version originelle d’House of Cards. Depuis 2013, elle est aussi derrière Peaky Blinders dont la saison 4 confirmait son excellence. La saison 5 étant maintenant arrivée sur Netflix en France après sa diffusion britannique, on fait le bilan.

KRACHAGE FAMILIAL

Peaky Blinders fonctionne depuis sa première saison sur un modèle très simple. La famille Shelby, menée par le charismatique Tommy (Cillian Murphy) se confronte à un ennemi de taille alors qu'elle est en pleine ascension. Le clan des Peaky Blinders doute, se remet en question, élabore un plan et réussit finalement à se débarrasser de l'antagoniste (toujours différent selon les saisons) et à gravir un peu plus l'échelon social.

Dans la saison 4, les Peaky Blinders se débarrassaient ainsi de la mafia italo-américaine non sans mal après avoir perdu (notamment) l'un des leurs dans un premier épisode surprenant et choquant. Le final de la saison relançait cependant le clan sur une voie ascendante et pleine de promesses. Avec cette saison 5, Steven Knight, showrunner de la série, reprend donc le schéma narratif habituel. Alors que la famille Shelby coule de beaux jours entre Birmingham et New York, le mardi noir du krach boursier de 1929 les met dans le rouge.

Avec des avis divergents sur la situation et les solutions à mettre en place, les doutes de trahisons au sein même de la famille, les innombrables disputes entre frères et cousins Shelby, déboires amoureux, fantômes du passé et nouveaux ennemis, les Peaky Blinders se retrouvent donc encore une fois dans une situation compliquée dans cette saison 5.

 

Photo Cillian MurphyTommy face à un mur fasciste

 

C'est justement ce qui rend cette nouvelle salve d'épisodes (toujours au nombre de six) un peu décevante. Évidemment, les sujets étudiés sont différents. La présence de la mafia italo-américaine en saison 4 est d'ailleurs remplacée par un antagoniste bien plus obscur et brumeux : la montée du fascisme dans les ruelles de la ville industrielle de Birmingham et en Europe, menée en Angleterre par la figure historique d'Oswald Mosley.

Pour autant, si cette menace est particulièrement intéressante et bien mise en place, elle n'est jamais à la hauteur des précédentes. D'abord parce que la figure d'Oswald Mosley ne semble jamais aussi dangereuse qu'un Luca Changretta, effrayante qu'un Père Hughes ou vicieuse qu'un Alfie Solomons. Ce manque d'ampleur est notamment dû à l'acteur Sam Claflin, loin d'être un comédien de grande classe en comparaison à Adrien Brody ou Tom Hardy, qui ne porte jamais sur ses épaules le poids d'un ennemi sérieusement inquiétant.

L'échec d'en faire un véritable obstacle sur le chemin des Shelby ne tient cependant pas seulement à la performance de son interprète. Au contraire, elle tient avant tout du fait que cette saison 5 de Peaky Blinders ne lui donne pas assez d'envergure dans le récit.

 

Photo Sam ClaflinOswald Mosley, une figure peu menaçante pour un mouvement si effrayant

 

ENGLISH HISTORY X

Au cours des six épisodes, Oswald Mosley est évidemment au centre de nombreuses préoccupations, l'arrivée du fascisme au Royaume-Uni angoissant les Shelby, mais également Winston Churchill, qui fait quelques apparitions aux côtés du député travailliste. Cependant, la montée en puissance du mouvement est malmenée par les multiples intrigues sous-jacentes du scénario.

Ainsi, Tommy se retrouve à devoir gérer maints et maints problèmes familiaux entre la rébellion de son cousin Michael (Finn Cole) jeune marié avec la New-Yorkaise Gina (Anya Taylor-Joy), son frère Arthur (Paul Anderson) toujours aussi instable et secoué par sa femme Linda (Kate Phillips), le bouillonnant Finn (Harry Kirton), mais aussi les réprimandes de sa soeur Ada (Sophie Rundle) et de son épouse Lizzie (Natasha O'Keeffe), voire la méfiance de sa tante Polly (Helen McCrory).

Avec en plus, l'arrivée des unionistes irlandais portés par le Billy Boys Jimmy McGavern (Brian Gleeson), la gestion compliquée d'un accord avec le dealer d'opium chinois Brilliant Chang (Andrew Koji), son orphelinat à maintenir, le fantôme de Grace (retour peu inspiré d'Annabelle Wallis) et la résurrection inutile-fan service d'un personnage censé être mort (on ne spoilera pas ici), Tommy Shelby n'a pas le temps de souffler et le spectateur non plus.

 

Photo Brian GleesonLes Billy Boys sont là

 

À trop vouloir en couvrir sur seulement six épisodes, cette saison 5 de Peaky Blinders est particulièrement irrégulière et l'ensemble des intrigues, si elles existent réellement au coeur du récit, sont extrêmement sous-développées.

L'exemple le plus frappant reste l'histoire autour de Michael et Gina. Les jeunes mariés ont des motivations piquantes et leur combat face à l'hégémonie de Tommy dans l'entreprise aurait pu provoquer un sacré retournement au sein de la famille. Mais finalement, en plus d'être au second plan pendant cinq épisodes, ils sont finalement balayés dans une discussion expéditive au sein de l'ultime épisode par un Tommy Shelby trop imposant dont la stature empêche toute confrontation digne de ce nom.

Bien qu'il se retrouve en difficulté face au fascisme ambiant, Tommy paraît au-dessus de tout le monde à chaque instant (et ce n'est pas ses petites punchlines d'incertitudes qui nous font croire le contraire). Pire, la série, à un niveau encore inédit jusqu'ici, finit finalement par ne tourner qu'autour de lui, de ses troubles psychiques et de son ambition, au lieu de prendre pleinement corps avec l'ensemble des membres de la famille Shelby (anciens ou nouveaux).

Un choix scénaristique de Steven Knight qui fige irrémédiablement l'histoire autour d'un personnage tourmenté fascinant, mais également trop puissant pour créer un soupçon de vigilance chez le spectateur. Quand on connait en plus le schéma habituel de la série, on se doute bien que la famille réussira tôt ou tard à contrer la menace présente et que Tommy reprendra le contrôle malgré ses tourments et le cliffhanger de la saison 5.

 

Photo Finn Cole, Anya Taylor-JoyL'arc qui aurait pu être puissant... et finalement non

 

PEAKY AU VIF

En cela cette saison 5, extrêmement sombre (plus que toutes les autres) sur le questionnement existentiel de Tommy et particulièrement politique se révèle moins marquante. Et ce, malgré l'immense potentiel de la série et son idée judicieuse d'intégrer pleinement l'histoire fictionnelle des Shelby dans la grande Histoire bien réelle du fascisme, d'Oswald Mosley ou de Churchill.

Une écriture trop attendue et une trame trop éclatée qui n'empêchent cependant pas la série de livrer de grands moments. Si le récit s'embourbe ou captive moins dans cette saison 5, la mise en scène est toujours l'un des points forts du show de la BBC. Cette fois, c'est Anthony Byrne (La Part obscureThe Last Kingdom et prochainement His Dark Materials) qui a réalisé l'ensemble des six épisodes avec une maestria certaine.

Alors certes, les innombrables ralentis emblématiques du show sont un peu envahissants et on a la sensation que la série se regarde parfois trop. Cependant, il n'y a qu'à voir l'époustouflant final de l'épisode 4 jouant d'un montage grouillant à la dynamique crescendo et de la musique omniprésente (le sublime Dona Nobis Pacem 2 de Max Richter) pour créer un climax à la tension remarquable ou l'ouverture en plan-séquence de l'épisode 5, pour constater que la série est au-dessus de la majorité des oeuvres du petit écran à ce niveau.

La saison 5 de Peaky Blinders est disponible sur Netflix depuis le 4 octobre 2019. Elle sera également diffusée sur Arte à partir du 24 octobre. Les saisons 1 à 4 sont également disponibles sur Netflix.

 

Affiche officielle

Résumé

Avec sa saison 5, Peaky Blinders peine à rendre son récit vraiment captivant en usant d'un schéma narratif similaire aux précédentes et accumulant trop d'intrigues, jamais superflues mais sous-développées, en seulement six épisodes. Reste heureusement, une mise en scène toujours inspirée et un casting parfait.

Autre avis Lino Cassinat
La série commençait à tourner à la formule et par tous les moyens, il fallait secouer Peaky Blinders. Miracle, cette nouvelle saison vient secouer l'ensemble, et les mutations sont nombreuses et bienvenues. On a hâte de voir la suite, même si Peaky Blinders n'arrive pas à se défaire de vieilles guenilles narratives, et d'une réalisation chichiteuse

commentaires

JackKn
14/10/2019 à 00:06

Je me suis arrêté au "Mardi" noir...

Youri.
14/10/2019 à 00:05

Pire critique du monde ! Vous n’y connaissez rien ma parole.. Critiquez des choses peut-être plus facile pour vous ou de votre niveau.

Paamu100
12/10/2019 à 20:40

si la présence écrasante de Thomas est certaine, je pense qu'il s'agit bien du propos de cette saison, que finalement si l'on ne l'avait pas compris, tout tourne autour de lui et de la peur de perdre son trône, et de faire sa saison de trop à la tête du clan, et comme il est un peu têtu il continu

ce propos est justement amené par Mickael qui lui explique que les familles américaines ont su évoluer et que le clan Shelby persiste à rester dans une vision de la décennie précédente alors qu'ils sont justement aux portes d'une nouvelle avec tout ce que le spectateur connait des années 30 et surtout 40.

et on voit venir l'échec de Thomas contre comme il dit quelqu'un de plus puissant que lui, ce qui était pour lui une deadline, jusqu'à ce qu'il trouve plus fort que lui

la saison 6 devrait avoir mis en avant Mickael, les afffaires aux USA et une révolution dans le fonctionnement des PB, à moins que Thomas persiste dans sa méthode mais c'est un homme d'affaires dans le fond et il devra savoir s'adapter.

Rozlina
12/10/2019 à 18:45

Je pense au contraire que le couple de Michael et Gina va faire parler de lui dans la prochaine saison. Cette série me plaît beaucoup.

Myst
12/10/2019 à 18:43

Pour moi c'est une bonne saison, mais le format en 6 épisodes est trop court pour développer toutes les intrigues. J'ai plus l'impression d'une demi saison comme celles de Vikings récemment, qu'une saison entière qui se suffit à elle-même. A voir ce que la saison 6 va proposer pour tous ces arcs narratifs !

More
12/10/2019 à 18:34

Nimporte quoi. Elle est top cette saison, sombre à souhait et pour une fois, ça ne finit pas bien... vivement la suite

Pipo
12/10/2019 à 17:10

N importe quoi tout. Et au top des blasés c est tout une des series la meilleure..

Lona
12/10/2019 à 16:05

Je trouve l'analyse vraiment efficace .
Cette saison m'a réellement déçue , j'ai même pensé qu'il y aurait plus que 6 episodes tellement le nombre de sujets traités etait important.
La montée du fascisme et la crise de 29 ont bien été exploitée historiquement mais malheureusement ,les personnages qui ont été dans les précédentes saisons flamboyants (Poly,Arthur ,Ada) ne sont que les ombres d'eux même, relayés au 3eme voire 5 ème plan.

Tnecniv
12/10/2019 à 13:20

Adrien .... au temps pour moi .

Tnecniv
12/10/2019 à 13:15

Effectivement cette saison ne donne pas assez d'envergure à ce nouvel antagoniste , par contre je trouve au contraire que ce personnage est plus intéressant que celui campé par Adrian Brody qui selon moi et trop appuyé , c'est bien d'avoir la classe mais c'est aussi bien de pas trop en faire dans son jeu de manière générale , c'est en partie pour ça que j'ai déprécier la quatrième saison qui partait bien en intro mais qui à fini par un peu m'agacer . J'ai préféré cette saison qui m'a plus donnée envie de voir la suite .

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