James Cameron s'en prend au système Netflix qu'il trouve "stupide"

Geoffrey Crété | 14 août 2017
Geoffrey Crété | 14 août 2017

James Cameron n'est pas fan de Netflix.

La montée en puissance du service de streaming Netflix, lancé depuis 2013 dans la production de contenus originaux, ne passe pas inaperçue. Démocratisation spectaculaire du cinéma et des séries pour certains, coup de poignard dans le dos de l'industrie pour les autres, l'entreprise qui compte plus de 100 millions d'abonnés dans le monde (dont une bonne moitié aux Etats-Unis) pose de sérieuses questions.

Le dernier à se questionner sur le sujet : James Cameron, mastodonte du cinéma hollywoodien qui prépare activement Avatar 2, Avatar 3 et Avatar 4, pour 2020, 2021 et 2024. Interrogé par The Daily Telegraph, le réalisateur oscarisé de Titanic n'a pas mâché ses mots à propos du concept de Netflix :

« Ce n'est pas mon truc. Je pense que c'est une idée stupide. Le caractère sacré de l'expérience d'aller voir un film en salles est quelque chose que je ne veux pas voir disparaître. D'ailleurs je pense que ça ne disparaîtra pas, mais les gens ne devraient pas être privés de l'option d'aller voir un film sur grand écran. »

 

Avatar

 James Cameron sur le tournage d'Avatar

 

James Cameron n'est pas le premier à émettre une telle opinion sur Netflix. En mai dernier, un Pedro Almodóvar alors président du jury avait émis de sérieux doutes sur le principe de remettre une Palme d'or à un film qu'il serait impossible de voir en salles. Elle aussi présente au festival avec Les Proies, Sofia Coppola avait abordé du bout des lèvres le sujet en expliquant qu'elle espérait que les spectateurs verraient son film en salles, là où il était censé être visionné. En pleine promo de DunkerqueChristopher Nolan avait déclaré que Netflix avait une « aversion pour les films de cinéma », qui menaçait le fonctionnement de l'industrie. 

Mais beaucoup d'artistes se rangent du côté de Netflix, ou saluent en tout cas les moyens déployés par l'entreprise pour soutenir la création et occuper une telle place sur le marché. Car le service de streaming prend aussi l'espace qui lui a été laissé invonlontairement par les autres : Bright avec Will Smith, War Machine avec Brad Pitt, The Irishman de Martin Scorsese ou encore Death Note n'ont pas pu être produits par un studio, et une série comme Stranger Things avait été refusée par de nombreuses chaînes avant d'être soutenue par Netflix.

Netflix ne peut donc que remuer les esprits et provoquer des débats envenimés. A l'heure où des grosses productions comme The Get Down et Sense8 ont été annulées, et où Disney a décidé de mettre un terme à leur collaboration pour lancer son propre service de streaming, la discussion est loin d'être terminée.

 

Photo Will Smith

Will Smith dans Bright, une superproduction Netflix

 

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commentaires

MystereK
17/08/2017 à 11:52

@Frank Poole,

Oui, erreur de ma part en tapant, 4.7 milliards (et non pas 20 milliard comme vous le dire à Fred) exactement, ce qui et toujours très en dessous des norme du marché, puique les dettes des autres acteurs s'élèvent à plusieurs dizaines de milliards. Ted Sarandos, prévoit même un dette à 15 milliards pour l'année prochaine, toujours en dessous des standards du marché. Mais en ce qui concerne les productions, il ne dépenses pas sur la dette, mais sur les revenus. A long terme, il n'y a pas de raison que cela plus difficle pour Netflix que pour les autres, du moment qu'ils continuent à avoir un catalogue prestigieux toujorus diposnible en ligne pour les amateurs. Ils ne sont pas différents des autres producteurs, une série ne peut pas durer indéfiniement et s'il voient que le coût est trop haut et que les clients ne regardent pas, ils arrêtent, comme pour Sense8 ou autres. A noter qu'ils ont offert au Wachgowski de terminer la série par un film de 2 heures, offre qu'ils n'ont accepté que tout récement.

Oui, Netflix a refuser des séries et d'autre leur sont passé sous le nez, comme pour n'importe quelle autre compagnie de production. Dans l'interview que j'ai lue sur un site italien, Sarandos expliquait qu'ils avait travailler pendant 3 ans sur The Handmaides Tale et qu'il l'on abandonnées pour des raisons de coûts, cela est plutôt bon signe qu'ils se rendent compte qu'ils n'ont pas les épaules pour tout produire.

Personne ne dit que Netflix sont les rois du monde, il se dit juste qu'ils offres une excellente platteforme alternative, tout comme HBO continue aussi à le faire, dans une moindre mesure qu'il y a 10 ans parce que le marché mue. Netflix n'a pas fini de croite, ils arriveront aussi un jour à leur appogée et quelqu'un d'autre va prendre leur place, en attendants, ils auront servi à ce qu'ils doivent servir : produire des films, mettre à disposition des films pour leur clients. Et si dans 10 ou 15 ans ils ne seront plus là, leurs films et leurs séries seront toujours là et le modèle va continuer à vivre via d'autres société, comme les majors elles-mêmes ou d'autres indépendants.

Frank Poole
17/08/2017 à 09:38

@FredFred

D'où, je répète : je suis très curieux de voir où en sera Netflix dans quelques temps. Leur offre, leur système, leurs abonnements, leurs abonnés, la concurrence, leurs productions sont voués à évoluer. En bien, mais pas que, certainement.
Je suis très curieux en partie parce que je vois beaucoup de gens être ultra satisfaits dans leur salon, crier sur celui qui "ose" critiquer ou même questionner Netflix. Ca aussi, on l'a vu par le passé : une nouveauté super cool est critiquée, c'est pas accepté, et finalement 20 ans après on a conscience de certaines limites. Rien n'est parfait.
Et si Netflix compte bien par la suite montrer des films en salles, c'est bien que Cameron ne dit pas de bêtises : l'expérience ciné devrait être un choix, une option, offerte au public (et je dirais même, aux réalisateurs... voir Scorsese qui en a parlé pour Irishman)

Et la chrono des médias, grand sujet. Mais c'est lié au statut des particulier, quasi unique au monde, qu'on a en France. Des pros te diraient en quoi la chrono des médias protège les différentes strates de production/création, dans un système qui fait beaucoup pour protéger les techniciens et artistes (pour en avoir parlé avec quelques uns afin de comprendre...). Y'a qu'à comparer avec d'autres pays.
Ca évoluera certainement par la force des choses, mais là encore, un peu lassant de voir disparaître les nuances au profit de "ça c'est super cool" et "ça c'est naze" (je parle pas de toi, mais des tendances générales dans ces discussions)

FredFred
17/08/2017 à 09:15

@Franck Poole
"Après tout, à une époque, HBO était le roi du monde. Quelques décennies auront suffit à ébranler ce "mythe", et nuancer la chose."
Effectivement : http://www.lefigaro.fr/medias/2017/06/20/20004-20170620ARTFIG00098-aux-etats-unis-netflix-a-plus-d-abonnes-que-les-chaines-du-cable.php

Après je recentre le débat : au fond, c'est celui de la chronologie des médias. Netflix est devenu si puissant qu'il bouscule des habitudes ancrées depuis des décennies. Leur position est claire : le choix, tout le choix au consommateur :
http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2017/06/15/netflix-nous-finirons-par-arriver-a-la-sortie-simultanee-des-films-en-salle-et-sur-internet_5145161_3236.html

Je ne parle pas évidemment de notre chronologie des médias en France, seul pays au monde où cette chronologie date...du Moyen Age (après tout, on paie bien une redevance TV comme au temps de l'ORTF !).

Seul pays qui n'a rien compris à l'évolution du numérique et éternellement à la traîne...

Altair
16/08/2017 à 12:13

@Terminéator

A ce compte, chacun donne "sa' vérité.

Et y'a une différence : HBO et compagnie produisent des téléfilms ou mini-série (acteur ou réal de cinéma ne veut pas dire que c'est conçu comme du cinéma) et à moindre échelle. Netflix a des projets de blockbusters, comme Bright ou The Irishman de Scorsese, qui sont des films. Avec un budget de superproduction classique. Et par ex, tu ne pourras pas le voir sur grand écran, et tu n'auras donc pas le choix (Amazon produit des Woody Allen par ex, qui sont diffusés en salles eux).
C'est ça que Cameron critique. Et il a bien le droit d'avoir son avis, il partage son opinion. Si ça offusque certaines personnes, c'est pas vraiment de sa faute.

Et un peu étonné de ce concert de louanges de Netflix qu'on ne pourrait visiblement pas remettre en question vu l'unanimité. Oui c'est bien, ça a ses avantages, bien sûr. Bien sûr ! Mais faut peut-être arrêter de voir ça comme un système parfait. C'est pas la seule chaîne à faire des séries excellentes, c'est un business qui refuse aussi des projets qui sont récupérés par d'autres (Mr Robot), qui annule de belles séries pour des raisons de pure business, etc.

Terminéator
16/08/2017 à 12:03

Je ne vois vraiment pas où est le débat Et j'adore Cameron le metteur en scène Mais je trouve qu'il est souvent à côté de la plaque en tant que personne (SES vérités). Les gens auront toujours le choix d'aller voir un film En salle ou pas. Et le choix de les regarder sur Netflix ou pas. Netflix produit des films (ou téléfilms de prestiges de luxe ou ce que tu veux ...) que Les studios ne veulent pas produire ou de pures créations genre Stranger Things , à la bonheur !!! Quand Les chaînes câblées ( HBO , AMC ... ) produisent des (télé)films de prestiges et autres mini-séries avec des reals et acteurs de renoms et des moyens dignes d'un blockbuster , je n'entend pas les Cameron et compagnie s'offusquer de ne pas pouvoir voir ces œuvres en salle . Pourquoi En serait it autrement ici . Débat qui n'aura plus lieu d'être d'ici quelques années . Next ... cf: ça ne m'empêchera pas d'aller voir le Terminator 2 3D en salle et Bright sur Netflix

Frank Poole
16/08/2017 à 10:47

@Fred

Je n'ai pas dit que c'était anormal : je dis juste qu'on est dans une phase A de Netflix, une phase d'euphorie avec beaucoup de productions, beaucoup d'annonces, beaucoup d'appels à abonnements avec des séries/films très gros.
Encore une fois, je suis donc curieux de voir à quoi ressemblera l'offre d'ici quelques années.

Et Fargo est une série FX. Donc merci FX pour la pépite. Netflix la diffuse mais n'y a pas participé comme pour Stranger Things.

@MysteryK

En même temps Ted Sarandos dirait-il que son modèle n'est pas sain, que c'est pire que la concurrence ?
Et ce n'est pas en millions mais en milliards cette dette. Ce serait d'ailleurs plus que 4.

Ce que je dis pour faire simple : hier Netflix produisait Sense8, The Get Down, lançait et soutenait plein de créations. Puis, ils ont commencé à en annuler, pour des raisons qu'on ne peut que imaginer (puisque audiences non connues), mais qui sont logiques (impossible de tout produire, et ne pas regarder les chiffres). Ils s'empêchent toute mauvaise pub sur les audiences, par rapport aux studios avec le box-office et les chaînes habituelles (exemple : Gipsy avec Naomi Watts, annulée après une saison).
Aujourd'hui, ils produisent Bright à 90 millions, The Crown à 100 millions : c'est super, c'est spectaculaire, c'est prestigieux. Je me demande juste comment les échecs sont gérés en interne, et les conséquences que ça aura. Tout ne peut pas marcher, et un truc à 100 millions se doit de marcher plus qu'un autre à 10. Si Netflix est considéré comme la maison qui dit oui et sauve les projets en 2017, je suis curieux de savoir ce que ce sera en 2025, 2030, etc.

Et surtout le côté terre promise des artistes que serait Netflix me semble un brin exagéré. Encore une fois : le showrunner de House of Cards remercié, et visiblement parce qu'il ne voulait pas obéir. Et Netflix a refusé Mr Robot, The Handmaid's Tale et Transparent : ça n'a rien d'exceptionnel de passer à côté d'un succès/d'une pépite, mais pour ma part je me méfie du concept très artificiel de paradis créatif. Qui est né en grande partie à cause des studios eux-mêmes (qui ne permettent apparemment pas à Scorsese de faire son Irishman par ex).

Après tout, à une époque, HBO était le roi du monde. Quelques décennies auront suffit à ébranler ce "mythe", et nuancer la chose.

MystereK
16/08/2017 à 09:57

@Frank Poole

"Etant donné que Netflix a confirmé avoir énormément de dettes actuellement pour lancer cette machine, je suis curieux de voir où ça en sera dans quelques années"

Oui, et Ted Sarandos a rappelé que la dette de 4 milliard ed Netflix est très en dessous du niveau de la dette des autres soiciétés travaillant dans cette industries. Comme le souligne toujours Ted Sarandos, il n'utilisent pas d'argent qu'ils n'ont pas pour produire leur propre contenu, ils utilisent leur revenus et que leur modèle est l'un des plus sains du marché. Il ne fontionne pas au taux d'audience ou au box office comme les autres acteurs. Dans quelques années ? Ted Sanderos s'attends à voir les dettes augmenter, mais Netflix sera toujours sous le niveau habituel.

@Crystalboy

La télévision à largement démontré ces 15 dernières année qu'en terme de qualité elle pouvait faire aussi bien, voir mieux que le cinéma. Les séries comme Les Sopranos, Breaking Bad, Six Feet Under, True Detective, etc... sont bien meilleures que la majorité de la production cinématogrpahique.

Netflix est entre deux, ils proposent un mode de production intermédiaire entre le téléfilm (qui n'est pas un mot péjoratif) et le film de cinéma. Ce n'est pas l'étiquette qui fait la qualoité de l'oeuvre, mais la réalisation et il y a d'excellent "téléfilm" et des films cinéma réalisé avec des moyens inférieur au téléfilms qui sont également excellent, tout est question de talents des personnes impliquées, pas l'origine du métrage.

FredFred
16/08/2017 à 08:57

@Franck Poole
Netflix est obligé d'investir massivement (et oui il doit y avoir un certain nombre de flops) pour :
- d'une part alimenter son propre catalogue
- continuer son développement à l'international

Il faut juste voir que cette plate-forme de streaming que je consomme tous les jours m'offre une qualité d'image magnifique et des pépites comme Fargo ou Stranger Things.

Il y a déjà eu ce genre de débat à la sortie de la...VHS !!!

Kean
15/08/2017 à 18:40

@Mysterek
Bien vu, bien dit.

Frank Poole
15/08/2017 à 16:29

@Fred

Je ne suis pas "inquiet". Je peux avoir un avis nuancé, surtout quand on voit Netflix adoubé par tant de gens. C'est juste histoire d'avoir une discussion qui n'est pas dans les extrêmes anti-James Cameron et pro-Netflix par ex.

104 millions d'abonnés, oui, mais environ 20 milliards de dettes. Rapporté par le Los Angeles Times, quasi reconnu par Netflix, qui affirme devoir investir à fond et massivement pour avoir une telle position. D'où ma curiosité de voir ce qui sera proposé aux abonnés d'ici 10 ans par ex. Je n'ai pas parlé de "péril", je m'interroge sur le long terme, avec quelques données disponibles actuellement. Je disais que ce n'était pas viable car Netflix le reconnaît plus ou moins, et dit bien qu'actuellement il y a beaucoup d'argent dépensé pour s'installer et appeler les abonnés avec des produits spectaculaires.

Je ne parle pas d'opacité côté artistique, mais côté business. Un studio peut cacher le coût marketing d'un film (encore que beaucoup de médias américains avec des sources et des experts finissent pas le savoir parfois), mais le box-office est une donnée publique : impossible de cacher un flop comme Le Roi Arthur, ou un giga-succès comme Get Out. Même chose pour les chaînes : elles donnent leurs audiences, ce qui permet de voir quelle série marche, quelle autre ne marche pas, et quelle est la stratégie de la chaîne (annuler une série qui marche peu ou au contraire la soutenir, par ex). Netflix refuse catégoriquement de donner les audiences : impossible de savoir réellement si Sense8 est plus regardée que Stranger Things, ou si War Machine a été un succès, ou si Bright (leur grosse prod avec Will Smith, refusée par les studios avant et qui a coûté plus de 100 millions) aura été une bonne opération.

Qu'Amazon et Disney investissent là-dedans prouve que ça marche, et d'ailleurs je n'ai pas dit le contraire. Actuellement évidemment que ça excite tout le monde, que ça coupe l'herbe sous le pied des studios, que ça permet à des réalisateurs et scénaristes d'exister ou négocier sévère (voir Fincher et le budget initial de House of Cards).
Mais ce n'est pas non plus un secret que dès qu'un truc marche, tout le monde essaie de copier, sans forcément questionner le modèle ou voir plus loin. Cf la mode des univers étendus : Marvel ça marche, donc essayons avec DC, mais aussi La Momie, Conjuring, Stephen King, etc.
D'autant que faut pas trop chanter les louanges de Netflix, qui est et sera certainement comme les autres, avec ses défauts et avantages. Le showrunner de House of Cards a été viré comme ça arriverait sur une chaîne classique, des ratés comme The Get Down (budget énorme, et vite annulé après une pause de mi-saison) montrent que le contrôle créatif est parfois bancal comme sur une chaîne classique...
Donc oui, on peut tout à fait s'interroger sur la réalité derrière le paradis des artistes et des spectateurs que serait Netflix.

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