Tom Cruise : pourquoi c'est le plus fascinant des égomaniaques hollywoodiens

La Rédaction | 21 février 2021 - MAJ : 21/02/2021 11:30
La Rédaction | 21 février 2021 - MAJ : 21/02/2021 11:30

Jack Reacher : Never Go Back, désormais disponible sur Netflix.

Regarder la carrière de Tom Cruise, c'est décrypter Tom Cruise lui-même.

Tom Cruise n'a pas une carrière comme les autres, et pas uniquement parce qu'il a aligné les collaborations prestigieuses, travaillé avec les plus grands noms hollywodiens, créé son propre mythe d'action man, et résisté aux âges et aux modes pour toujours défendre sa place, à 57 ans.

Sonder la filmographie de Tom Cruise, c'est y voir une des thématiques claires ressortir, pour dessiner les contours d'un portrait de l'homme et du businessman, à travers des choix pas anodins.

Relecture non exhaustive d'un CV riche, autour de quelques morceaux significatifs. 

 

Photo Tom CruiseTom Cruise et sa carrière : tout va bien, jusque là

  

LA COULEUR DE L'ARGENT

En 1986, Tom Cruise s'envole avec Top Gun, devenant la nouvelle coqueluche officielle du cinéma américain, le nouveau fantasme hollywoodien, le nouveau demi-dieu de l'industrie du spectacle. La même année, il est le héros de La Couleur de l'argent de Martin Scorsese. Il n'a même pas 25 ans, mais sa filmographie atteste déjà d'un désir de jouer sur les deux tableaux, entre art et business, public et critique.

Il rêve grand, et mène avec brio le début de cette bataille d'une vie avec ce film. A l'écran, il donne la réplique à Paul Newman, qui lui enseigne les secrets pour devenir un as de l'arnaque. Ou comment un acteur oscarisé de premier plan, alors âgé d'une soixantaine d'années, forme un jeune Tom Cruise à l'art du mensonge et des apparences. Difficile de ne pas y voir un passage de relai générationnel.

En coulisses, Cruise entame toujours sa quête de prestige auprès des plus grands. Après Coppola (Outsiders) et Ridley Scott (Legend), avant Oliver Stone (Né un 4 juillet) et bien d'autres, Scorsese est central dans son tableau d'honneur. Celui-ci a déjà été propulsé par Taxi Driver et Raging Bull quelques années avant, et être choisi par un tel cinéaste est comme un sceau.

 

Photo Paul Newman, Tom CruiseApprendre auprès des plus grands

 

ENTRETIEN AVEC UN VAMPIRE

On ne trouve probablement pas de film plus prophétique dans la carrière de Tom Cruise. Revoir aujourd’hui cet énorme succès de 1994, c’est constater combien l’acteur et sa carrière ont subi de métamorphoses successives au cours des 25 années écoulées. Et pourtant, plusieurs d’entre elles étaient annoncées dès ce récit baroque signé Neil Jordan. On y a souvent vu un grand trip égotique de Tom Cruise, qui y incarne une colonne d’ego et de séduction s’élevant jusqu’à Jupiter, mais les choses sont un peu plus complexes et intéressantes. 

En effet, Lestat ne symbolise pas seulement le charme irrésistible d’une super star à laquelle rien ne résiste, il annonce également sa chute puis sa résurrection. Des années avant le chaos personnel et professionnel qui manquera de lui coûter sa carrière au détour du canapé de Oprah Winfrey, Cruise prédit qu’il se brûlera les ailes, tout comme il prévient également qu’on n’aura pas raison de lui si facilement. 

À ce titre, la conclusion du récit est éloquente. Brad Pitt, héros évident mais trop sensible pour cet impitoyable Hollywood, n’aura d’autres choix que de disparaître, tandis que Christian Slater sert plus prosaïquement de nourriture à Tom Cruise. Personne n’arrête ni n’enterre l’artiste, il ingère jusqu’à la substance des êtres qui l'entourent pour revenir toujours plus fort, toujours plus jeune.

 

Photo Tom CruiseEt si c'était Lestat qui ressemblait le plus à Cruise ?

 

DES HOMMES D'HONNEUR & LA FIRME  

Est-ce vraiment un hasard si dans ces deux films sortis à un peu moins d’un an d’intervalle un fringant Tom Cruise affronte deux monstres sacrés du 7e Art ? Peut-être pas, tant les passerelles entre les personnages qui l’incarnent et les thématiques qui nourrissent ces récits sont évidentes. Jeune avocat découvrant que l’entreprise qui l'emploie et notamment Gene Hackman se livrent à de sombres activités, ou avocat militaire levant le voile sur les pratiques indignes d’un hauts-gradé joué par Jack Nicholson, Cruise incarne très littéralement un renouveau cinématographique désireux d’en finir avec un héritage trouble. 

Hackman et Nicholson sont deux mastodontes du Nouvel Hollywood, parenthèse enchantée du cinéma américain, qui n’hésita à mettre à mal les mythes, tant cinématographiques que collectifs, sur lesquels s’étaient bâtis les USA. En substance, le comédien semble nous dire qu’il arrive pour faire table rase du passé et remplacer un nuancier ténébreux par une lumière éclatante, mais les choses sont peut-être un peu plus compliquées. 

En effet, Tom Cruise ne cherche pas tant à supplanter ses aînés qu’à se mesurer frontalement à eux, entamant un dialogue ambigu, nourri d’ambition, d’admiration et de volonté de dépassement. Une démarche qui trouvera un écho tardif en 2006, quand il s’associe avec la productrice Paula Wagner pour racheter la société United Artists, qui fut un des fers de lance... du Nouvel Hollywood.

 

Photo Tom CruiseUn homme d'honneur (et de box-office)

 

MISSION : IMPOSSIBLE

C'est le début d'une grande entreprise de contrôle total sur sa propre personne-marque-carrière. C'est là qu'il fonde sa société Cruise/Wagner Productions, pour entièrement assumer et prendre en main sa destinée. Et c'est un pari sur l'avenir qui a payé puisque 25 ans après, Mission : Impossible joue un rôle central dans la carrière de Tom Cruise.

Sa vision est énorme à l'époque. Le projet d'adapter la série des années 60 traîne depuis des années chez Paramount (avec qui Cruise/Wagner a un contrat d'exclusivité à l'époque), mais c'est Cruise qui lance réellement la machine, après avoir convaincu le studio de lâcher un budget de superproduction. Pour sa première production, il sera évidemment très impliqué à tous les niveaux, et mise sur un cocktail entre un grand film de divertissement et une équipe de prestige.

Sydney Pollack, avec qui il a tourné La Firme, est d'abord sur le coup, mais il se paye finalement Brian De Palma qui malgré des échecs récents, reste un cinéaste de renom. Avec lui sont engagés les scénaristes Steven Zaillian (La Liste de Schindler), David Koepp (Jurassic Park), et finalement le célèbre Robert Towne (Chinatown, Bonnie & Clyde). Et même si tout le monde sait que l'écriture a été un bordel monstre, avec un scénario réécrit pendant le tournage, la somme de talent est là.

 

photo, Tom Cruise, Jon Voight, Emmanuelle BéartDébarrassez-moi de ce groupe svp

 

En parallèle, Tom Cruise veut absolument satisfaire le plus large public, avec une intrigue pleine de surprises, et du grand spectacle. Il imagine la scène du restaurant avec l'aquarium qui explose, veut ce climax sur le toit d'un train, et tient à assurer lui-même le plus de cascades, ce qui deviendra sa marque de fabrique-storytelling.

Dans l'histoire, il joue le justicier ultime, celui qui se bat contre le système coûte que coûte - ce qui sera le grand motif de la saga. Il est surtout le héros unique, le seul qui en ressorte vivant ou propre. Ou comment transformer une série de groupe en véhicule à sa propre gloire, quitte à trahir l'héritage. La violence d'une équipe tuée dès le début et d'un Jim Phelps, héros d'hier et ennemi d'aujourd'hui, est parlante.

Le film est un immense succès, avec près de 460 millions au box-office. C'est le début d'une grande aventure, et la preuve que Cruise a vu son propre futur.

 

photo, Tom CruiseLe contrôle total, en une scène magistrale

 

JERRY MAGUIRE

Annoncer une chute, pour mieux décrire un retour en grâce est une constante dans la carrière de Tom Cruise, mais le film de Cameron Crowe va beaucoup plus loin et offre en creux un commentaire sur l’évolution de l’industrie hollywoodienne et le rôle qu’entend y tenir la superstar. Ce n’est pas par excès d’ambition que Jerry est recraché par le système, c’est précisément à cause de son humilité. Agent sportif désireux de rompre avec une organisation déshumanisée et systémique, il est viré, justement pour avoir voulu injecter de l’artisanat et de l’humanité dans une superstructure obnubilée par le profit. 

Plus d’une décennie avant l’avènement de la franchisation, Tom Cruise se dépeint en maître du jeu désireux de changer les règles, et ostracisé par son milieu, qui redeviendra un gagnant en imposant son propre tempo et en refusant de céder aux sirènes de l’époque. La métaphore est d’autant plus frappante que le personnage l’applique également à sa vie personnelle. La déclaration d’amour de Jerry à son assistante Dorothy (Renée Zellweger) est en réalité adressée au public. 

“You complete me” lance-t-il les yeux embués de larmes, comme pour mieux nous asséner qu’il sera toujours là pour nous, quels que que soient les vicissitudes d’Hollywood, et que jamais la star ne renoncera à enchanter le grand écran. Une note d’intention visionnaire, l’acteur étant souvent considéré comme le dernier grand divertisseur à l’ancienne, chef d’orchestre d’un spectacle total et sans équivalent à l’heure actuelle. 

 

photo,  Tom CruiseUn winner, un killer, mais un homme de coeur

 

EYES WIDE SHUT

Tout est étrange et presque tristement magique dans cet ultime film de Kubrick, image ultime du rapport destructeur et fantastique entre fiction et réalité. Le cinéaste choisit ce couple de stars avec l'intention évidente de jouer sur cette ambiguité, et les enferme symboliquement et exclusivement dans cette prison mentale pour un tournage sans durée déterminée - chose rarissime. Entre novembre 1996 et juin 1998, Cruise et Kidman ne tournent rien d'autre, voient défiler des acteurs qui sont parfois remplacés pour diverses raisons, et vivent dans une bulle.

A l'extérieur, de folles rumeurs naissent sur la production : Kubrick serait exigeant au point de retourner le film en songeant à l'abandonner, le tournage des scènes de sexe serait compliqué à cause de la jalousie du couple, un expert en sexe aurait été engagé pour leur apprendre l'hétérosexualité (à l'époque, les rumeurs d'homosexualité et faux mariage sont très présentes). La machine à fantasme est en marche, dans un curieux effet miroir savamment orchestré par le cinéaste, sans nul doute. Rêver les yeux grands fermés, comme dit le titre.

 

Photo Tom CruiseLe masque de la fiction (à moins que...)

 

Au terme d'une longue post-production, Kubrick projette le film aux acteurs, et meurt en mars 1999. Eyes Wide Shut sortira dans la foulée. En 2001, le divorce du couple est officialisé, après de grosses rumeurs, autour notamment de l'Eglise de scientologie qui aurait agi pour forcer cette séparation. Toujours, ce nuage de fumée entre réalité et fiction, avec une dose de fantasme qui semble sortir d'un film.

L'histoire de Cruise et Kidman est née dans le cinéma (il l'a castée pour Jours de tonnerre et l'a épousée un an après), et s'éteindra dans le cinéma. Avec Eyes Wide Shut, l'acteur a mis son corps, son couple, son âme au service du film, quitte à s'y brûler les ailes. Dans la tempête, l'homme aura glissé derrière l'acteur, dont la vie s'est déplacée vers l'écran de cinéma.

Voir aussi : Tom Cruise qui pète un plomb sur le canapé d'Oprah Winfrey pendant la promo de La Guerre des mondes, pour hurler son amour pour Katie Holmes.

 

photo, Nicole Kidman, Tom CruiseLe paroxysme de l'art qui imite la vie qui imite l'art

 

MAGNOLIA

Tom Cruise avait contacté Paul Thomas Anderson pour manifester son désir de travailler avec lui, et quand il reçoit le scénario de Magnolia, il hésitera, vu la nature du rôle. Il y a là un double mouvement fascinant : non seulement l'acteur passe sagement au second plan dans un film choral où il n'est qu'un rouage (et une pétale parmi d'autres sur l'affiche), mais il incarne en plus un odieux personnage, loin de son image de marque... mais incroyablement proche de lui, au fond.

Dans le chef d'œuvre de Paul Thomas Anderson, il est Frank T. J. Mackey, gourou masculiniste auto-proclamé, qui vante les mérites naturels du mâle dominateur. Il est suivi par des hordes de fans, et assure un show dans de grands numéros sur scène. Il remplit avec un plaisir manifeste son rôle, nourrit son propre mythe, quitte à porter le pire des masques pour se maintenir sous les projecteurs.

 

Photo Tom Cruise"Respect The Cock Tame The Cunt"

 

Derrière, il y a une blessure immense : celle du personnage abandonné par son père, et celle de Tom Cruise lui-même, traumatisé dans son enfance. Dans l'une des rares occasions où il s'est à ce point livré sur sa vie au-delà du show amoureux, il avait décrit son père comme une personne difficile, cruelle et violente avec sa famille. Lorsque sa mère a le courage de divorcer, il n'a que 11 ans. Il la suit et ne verra pas son paternel pendant une décennie. Il le retrouvera sur son lit de mort, à l'hôpital où il est rongé par un cancer, et accepte de revoir son fils uniquement s'il ne parle pas du passé.

Plus que jamais, Magnolia apparaît comme une vertigineuse thérapie en deux temps, où Tom Cruise incarne à la fois son père (le gourou qui écrase les autres, et notamment les femmes), et lui-même, pour l'impossible mais inévitable pardon de son géniteur ("I'm not gonna cry for you..."). Et cette lecture est certainement bien plus belle et forte que le simple "rôle à Oscar" souvent sorti pour ce film - qui lui permettra d'être nommé à l'Oscar du meilleur second rôle oui ok.

 

Photo Tom CruiseLe rôle d'une vie, ou presque

 

VANILLA SKY 

En 2002, Tom Cruise est un homme neuf, célibataire. Il ressort d'un divorce très médiatisé avec Nicole Kidman, qui a remis beaucoup de sa personne privée sur la place publique, et fissuré son image de perfection. Et Vanilla Sky ne peut que résonner avec cette situation puisque c'est l'histoire d'un homme à qui tout réussit, et qui voit tout lui échapper brutalement à cause d'une femme, laquelle brise son monde.

Le film s'articule autour du choc entre deux existences : d'un côté, celle d'un playboy enivré par le succès et sa confiance en lui, pris par une illusion d'immortalité symbolique ; de l'autre, celle d'un homme qui n'est plus que l'ombre de lui-même, a perdu ses attributs et refuse de voir la réalité en face. Tout se joue sur cette confrontation entre le fantasme et le réel, le passé et le futur. Il faut abandonner et enterrer une part de soi, trop belle pour être vraie, afin de pouvoir avancer.

 

photo, Tom CruiseDétachement intime

 

Que ce bel homme porte un étrange masque durant la majeure partie du film, pour cacher ses blessures physiques mais également psychologiques, en dit long sur le sens de cette renaissance symbolique. Se joue ici une quête d'identité, associée à l'image pure - le visage, celui qui a été collé sur les affiches des films, les couvertures de magazine, et autour duquel tout tourne. David Aames, comme Tom Cruise, est à un moment charnière de sa vie, et va devoir choisir. Le masque est comme une mue, qui malgré la peur et l'incertitude, doit être arraché pour permettre une renaissance. Et le saut de la foi final, c'est celui de Tom Cruise, qui accepte d'ouvrir les yeux, pour à nouveau envisager son existence nouvelle.

Tout ça a d'autant plus de sens que Cruise a eu envie d'un remake dès qu'il a vu Ouvre les yeux d'Amenabar, et qu'il a produit Vanilla Sky via sa société de production. Autant dire que tout, de A à Z, a été forgé par lui. Notamment le choix de sa partenaire Penelope Cruz, récupérée du film original... et qui deviendra sa petite amie à la ville pendant le tournage, comme largement diffusé dans les médias. De quoi vite reprendre en main son image de marque, et boucler la boucle en rappelant le succès (avant la chute) de David Aames au début du film.

 

photo, Tom CruiseUn masque, une mue, une renaissance

 

MINORITY REPORT

Longtemps développé par d'autres (notamment comme une suite de Total Recall), le projet d'adaptation de Philip K. Dick est finalement tombé entre les mains de l'acteur et Spielberg. Et c'était parfait puisque le héros Roy Anderson est un condensé de motifs et d’obsessions Cruisiennes.

C'est un homme brisé, dont la famille a volé en éclat après l’enlèvement jamais résolu de son fils, dont il se tient pour responsable. Ce trauma a gangréné toute son existence. Si elle a motivé sa réussite professionnelle, cette tragédie l’a plongé dans une addiction aux drogues, à la douleur et aux souvenirs, dans laquelle il sombre un peu plus chaque jour.

Il est d’ailleurs particulièrement frappant que cette addiction prenne la forme du cinéma lui-même, puisqu’il revit inlassablement ses souvenirs grâce à une projection-hologramme, digne du septième art du futur. Réalisateur, producteur et monteur de ces séquences qu’il repasse en boucle, l’addict est un écho de la toute puissante figure du producteur, agençant lui-même toutes les pièces de son récit-puzzle.

Une logique qui l’amènera à vouloir modifier la matière première de sa réalité : la technologie faisant tourner Pré-Crime, dont il comprend qu’elle est au centre d’un complot le visant. A nouveau, Anderson se fait grand chef d’orchestre cinématographique, seul capable de trouver la vérité derrière des images mensongères qu'il pensait maîtriser et comprendre. Cette odyssée intime et policière se conclura par un happy end trop total pour être honnête, et qui contient une grande amertume - comme La Guerre des Mondes, autre notable collaboration de Cruise et Spielberg.

 

photo, Tom CruiseLe cinéma, révélateur ou dissimulateur ?

 

Anderson recréé une famille symbolique – un papa, une maman, une précog – mais il doit pour ça piétiner l’intégralité de sa vie professionnelle, et assumer que l’entièreté de sa vie comme de ses engagements reposaient sur un mensonge grossier. Obtenir un bonheur aux airs de fiction, au prix de la destruction terminale d’une carrière.

Comment ne pas faire le parallèle avec la star à la vie privée compliquée, émaillée de divorces et de rumeurs folles, à l’engagement absolu au cœur d’Hollywood, mais qui faillit être définitivement brisé en 2006 quand Paramount coupa les ponts avec sa société ? Les motifs invoqués dans les colonnes du respecté Wall Street Journal par le dirigeant du studio, Sumner Redstone, étaient l’addiction de l’artiste aux anti-dépresseurs, un comportement erratique et un prosélytisme excessif de l’Eglise de Scientologie. Quatre ans avant ce désaveu brutal, le grand Tom annonçait-il dans Minority Report combien sa carrière était sur le point de dérailler ?

 

PhotoUne quête aux airs de mutilation

 

LE DERNIER SAMOURAI

Le Dernier Samourai est autant révélateur du mythe qui entoure les interprétations de l'acteur que de la façon dont Hollywood traite des cultures différentes. Cruise y joue l'occidental pouvant introduire à un public américain et européen l'imagerie japonaise, imagerie que le film se charge d'exploiter et de caler dans le carcan de blockbuster. Indéniablement épique, l'histoire de la rédemption de Nathan Algren a fait couler beaucoup d'encre, et a achevé de transformer le comédien en symbole de l'industrie américaine, héros patriote capable de faire preuve d'altruisme, jusqu'à remettre en cause ses propres principes.

C'est également un long-métrage qui reflète parfaitement, avec la saga Mission : Impossible, la volonté de Cruise de vaincre par courage. S'il est aussi apprécié par les spectacteurs de grands spectacles, c'est parce qu'il met un point d'honneur à démontrer qu'il effectue ses cascades lui-même, au péril de sa vie. Les producteurs adorent : le divertissement se loge dès le début d'une promotion assurée par ses anecdotes. Les petits détails célèbres servant la gloire de l'acteur s'accumulent : il se serait préparé pendant deux ans, en apprenant l'épée et la langue japonaise, et bien sûr, il aurait échappé de peu à la mort, à cause d'une machine ne fonctionnant pas correctement.

Probablement véridique, l'histoire deviendra une sorte de légende, très significative par rapport à la façon dont Cruise parvient à maitriser son image et constituer toujours un atout pour un blockbuster aussi efficace que celui d'Edward Zwick. En 2003, il démontre une fois pour toutes sa capacité à se constituer lui-même comme une superstar, un ambassadeur même, et ce malgré une vie privée très médiatisée et parfois tournée en dérision. Héros américain, devant et derrière la caméra, il brillera toujours.

 

photo, Koyuki, Tom CruiseTom Cruise le petit matin

 

COLLATERAL

Il est tentant de voir dans Collateral un rôle qui aurait échappé à son interprète, un personnage qu’aurait tout à fait dirigé Michael Mann, empêchant l’artiste de livrer un énième commentaire sur sa personne ou son aura. Il faut dire que de nombreux éléments font du personnage de Vincent, tueur à gage charismatique glaçant de professionnalisme, une exception dans la filmographie de Tom Cruise.  

Quasiment inhumain, fonctionnant comme une machine à tuer dénuée de compassion, cet anti-héros meurt précisément par ce qui a fait la toute-puissance de Tom Cruise : un contrôle total, qui ne prévoit ni ne peut maîtriser ce que va déclencher dans sa mécanique rôdée à l’extrême l’arrivée d’un grain de sable humain. Le comédien ne triche pas sur son âge, va jusqu’à en porter visiblement les stigmates. Collateral décrit-il alors l’essoufflement de la machine Cruise, son obsolescence inévitable ? 

Pas tout à fait. En creux, ce monstre de Vincent est bien le vecteur chaotique qui va permettre au personnage de Jamie Foxx de prendre sa vie en main. Et s’il ne peut déjouer le destin, il peut encore agir tel un révélateur, éveillant l’univers à la manière d’un véritable défibrillateur. Enfin, la superbe conclusion du film semble accorder à Tom l’avantage de la poésie, comme si, même aux prises avec un rôle qui livre un décalque monstrueux de l’artiste, la grâce demeurait de son côté. 

 

Photo Tom CruiseLa solitude du tueur de fond

 

LA GUERRE DES MONDES

Une idée se dessine distinctivement au fil des films de Tom Cruise : celle d'un homme seul et sans attache, comme le dernier de son espèce, voire une pure figure tragique. Centrale dans l'équation héroïque hollywoodienne, la famille est un fantôme qui plane sur ses personnages, pour les hanter, les détruire, et en révéler les failles profondes. La Guerre des mondes est majeur à ce niveau, puisqu'il y incarne un père divorcé et incapable d'assurer sa mission auprès de ses deux enfants, un adolescent en colère et une petite fille quasiment devenue une étrangère. L'apocalypse alien sera un ultime test pour lui, entre sauvetage de l'extrême et lutte pour la prise de contrôle de leurs existences.

Jusque là, il pourrait y avoir une histoire de rédemption et reconquête classique, qui se termine sur le loup solitaire réadopté par son clan, et reconnecté aux siens. Mais le film de Spielberg s'achève sur une scène plus troublante, où le héros retrouve bien sûr son fiston miraculeusement en vie, mais reste lointain dans la rue, hors du périmètre familial. La musique, posée dans ce cadre d'horreur encore bien frais, vient ajouter une touche de profonde tristesse à ce héros abîmé, condamné à ne pas rejoindre la meute. Condamné à vivre avec lui-même, et avec l'idée qu'il aura fallu attendre la quasi fin du monde pour qu'il prenne enfin, un peu, la mesure de ses responsabilités de père.

Entre l'histoire personnelle de Tom Cruise avec son père et celle de Spielberg (le divorce de ses parents l'a marqué, a forgé son rapport compliqué à son père, et l'idée est omniprésente dans ses films), La Guerre des mondes porte les maux familiaux des deux hommes.

 

Photo Tom CruiseL'apocalypse selon Saint-Steven

 

TONNERRE SOUS LES TROPIQUES

La superstar est alors au cœur de la super-tourmente. Décrit comme à moitié fou, probablement fini, Cruise est devenu un facteur de risques, plus qu’un synonyme de rentabilité assurée, soit l’équivalent hollywoodien d’une condamnation à mort. La voie royale (récemment empruntée par Mel Gibson) dans ce genre de situation consiste à passer sous les radars quelque temps, avant de jouer la carte de la rédemption. 

Mais le grand Tom ne peut décemment pas faire comme tout le monde, descendre de l’Olympe parmi les mortels pour admettre ses faiblesses. On l’accuse d’être un nabab monstrueux ? Et bien il jouera les nababs monstrueux. Le rôle de Les Grossman est un caméo, mais il demeure à ce jour un des aspects les plus connus et appréciés de Tonnerre sous les Tropiques. Ben Stiller, ami de Tom, lui avait offert une hilarante parodie de M:I 2 où il jouait son cascadeur attitré, et renvoie ici l’ascenseur. 

L’acteur a la possibilité de démultiplier tous les travers atroces qu’on lui a prêtés, de s’en habiller pour mieux moquer le star-system, Hollywood et lui-même. L’effet est instantané et s’il ne replace pas instantanément le producteur et comédien au sommet de la chaîne alimentaire, il prouve à tous ses contempteurs qu’il est loin d’être fini, tout en démontrant que l’artiste est toujours capable de s’attirer les faveurs du public avec une facilité déconcertante.

Voir aussi : Tom Cruise dans Rock Forever

 

Photo Tom CruiseQuoi ma gueule ? Qu'est-ce qu'elle a ma gueule ?

  

NIGHT AND DAY

A l'époque, Tom Cruise est dans l'embarras après un Mission : Impossible 3 très mal géré de son côté, qui a finalement mis un terme à la collaboration entre Paramount et Cruise/Wagner. Le studio rompt tout lien avec lui, et parle ouvertement de son comportement problématique dans les médias - une référence à son craquage amoureux-hystérique chez Oprah Winfrey avec Katie Holmes, et ses propos sur la psychiatrie qui rappellent son engagement scientologue. L'aspect financier du deal, très avantageux pour l'acteur qui touche même une part des ventes DVD, a probablement pesé dans la balance.

Dans la foulée, les échecs au box-office de Lions et agneaux et Walkyrie n'ont pas aidé. Il recherche donc activement un film d'espionnage, formule facile pour récolter l'amour, et hésite entre Salt (qui sera finalement réécrit pour une femme, Angelina Jolie), The Tourist (encore avec Angelina Jolie oui), et Knight and Day, trois projets passés entre les mains de plusieurs acteurs, réalisateurs et scénaristes. La recette d'un bon ratage en somme (plus de dix scénaristes sont apparemment passés sur Knight and Day).

Quand Cruise se décide, Cameron Diaz est déjà là, et ils ont tourné ensemble dans Vanilla Sky. Il demande des changements dans le scénario, notamment pour l'aspect comédie qui permettra de se démarquer des Mission : Impossible. Mais la superstar a perdu quelques points business et malgré ce pouvoir, il accepte un salaire bien inférieur à ses habitudes (11 millions apparemment, contre 20, avec une part sur les bénéfices en cas de vrai succès).

 

photo, Tom CruiseUn couple parfait sur le papier, mais bizarroïde à l'écran

 

D'un point de vue extérieur, Night and Day est un coup prémédité : il s'agit de renouer avec un succès a priori facile, de reprendre le contrôle de son image publique, qui a oscillé entre le trop sérieux (Lions et Agneaux, Walkyrie) et le trop dingo (sa vie privée). Tom Cruise est donc remis en avant comme un héros, mais aussi un fantasme accessible, qui transforme la vie d'une femme "ordinaire". Dans le détail, toujours le même refrain : c'est un espion solitaire (rogue), qui avance contre le système pourri de l'intérieur, et trace sa route avec un haut sens moral.

Cameron Diaz ne cesse de lui demander qui il est, et il ne répondra jamais vraiment. Ce n'est pas une personne, mais quasiment une idée. Il est là encore déraciné, et a accepté de se couper de sa famille pour embrasser sa mission, son destin même. Qu'il envoie de l'argent à ses parents n'est pas anodin. Par ailleurs, Cruise est le grand metteur en scène de l'histoire, celui qui crée les ellipses (en endormant l'héroïne, mais aussi le spectateur, ou du moins ses neurones), transporte l'action et dirige le récit (il la choisit elle, et le titre le désigne pour plusieurs raisons). Tout ça dans un parfum old school assumé, puisqu'il semble même arrêter les balles pour un bisous. Mais toujours, il y a cette sensualité mécanique, froide, du bout des lèvres, comme si même torse nu, Tom Cruise était une carcasse héroïque symbolique, sans chair, sans famille ni enfants.

Avec environ 262 millions au box-office pour un budget officiel de 117 millions, c'est un échec à ce niveau de superproduction. Et c'est un symbole qui poussera l'acteur à se retrancher dans son domaine maîtrisé : fini la comédie, et plus de Mission : Impossible.

 

photo, Tom Cruise, Cameron DiazMoi mâle, toi femelle

 

OBLIVION

Tom Cruise réalise avec effroi qu'il n'est qu'un clone parmi d'autres, au service d'une entité toute puissante qui dicte sa conduite et a même forgé un mariage d'apparence avec une ravissante rousse. Il pensait être l'élu, le trésor, mais constate qu'il n'est qu'un produit formaté. Dès qu'il sort de sa zone, au-delà de son nombril et sa mission, il rencontre son double, et est renvoyé à sa pauvre nature. Le sous-texte est tellement évident que c'en est presque trop facile.

Tom Cruise a ouvert la voie à d'autres acteurs, qui ont fleuri au fil des générations dans la chaîne alimentaire hollywoodienne. Le système, symbolisé ici par ce triangle cosmique qui feint son humanité pour mieux cacher son cynisme, en a fait un simple outil au service d'une mission qui le dépasse. Il croyait servir le meilleur, mais alimente le pire. Il pensait être dans le camp noble, mais était en réalité manipulé par les puissants. "Ils ont pris l'un de nos meilleurs éléments, et l'ont retourné contre nous, sans âme, sans humanité", commente Morgan Freeman.

Mais le héros résiste, et lutte contre l'institution en laquelle il a jadis eu confiance. Joseph Kosinski est un jeune réalisateur, Oblivion est un scénario original tiré de sa propre BD, et Cruise résiste à l'appel des super-héros. Tom Cruise plie (Oblivion est très loin du box-office de Man of Steel, Iron Man 3 et Thor : Le Monde des ténèbres, sortis la même année), mais ne rompt pas.

 

PhotoC'est digne du meme de Spider-Man

  

EDGE OF TOMORROW

Un homme qui ne peut pas mourir. Un homme qui, littéralement, apprend de la moindre de ses erreurs, jusqu'à maîtriser chaque pas, chaque geste, chaque seconde. Un moins que rien sorti de force de la masse, et mis sur les rails d'un triomphe. Un homme lambda que son perfectionnisme poussé à l’extrême transforme en soldat, en athlète, puis en héros.

C’est ce qui ressort du film de Doug Liman, qui en plus de s’imposer comme une adaptation parfaite du concept vidéoludique du « Die and Retry », travaille là encore le concept même de Tom Cruise par le biais de la science-fiction. Dans Oblivion comme dans Edge of Tomorrow, Cruise semble jouer Cruise, ou du moins son alter-ego de cinéma, qu'il trimballe de film en film côté blockbuster. Sauf qu'ici, c'est avec une ironie, une légèreté et un second degré inédits, comme si l'acteur avait pris du recul sur sa propre image, se permettait d'en rire, et d'y ajouter une once d'humanité. Après des décennies passées à sauver le monde et créer une armure héroïque en acier trempé, que quasi rien n'a réellement fissuré (la présence toujours très limitée des femmes et enfants, pour rester un loup solitaire), le voilà revenu au rang d'un homme ordinaire, transformé en extraordinaire.

Avec une idée forte, en fond : peu importe l'âge, la modernité (Emily Blunt en guerrière ultime), le visage de l'ennemi, ou le monde qui change autour de lui, Tom Cruise ne renoncera jamais et restera une icône increvable.

 

photo, Tom CruiseLet's try again

 

JACK REACHER : NEVER GO BACK

Jack Reacher était une déclaration d’amour aux polars musculeux des seventies. On imaginait que ce deuxième volet suivrait la même voie, mais il semblerait que ce qui motive son producteur et comédien principal soit de tout autre nature, tant le scénario s’inquiète d’abord de commenter la vie privée de son maître d’œuvre. 

La séparation de Tom Cruise avec Katie Holmes a eu des airs de désastre médiatique, entraînant dans son sillage une myriade de rumeurs quant au comportement de la star et notamment sa gestion de la parentalité. Mariage arrangé, père absent, omniprésence de la scientologie... Hollywood et les tabloïds bruissent d’innombrables récits plus ou moins documentés, plus ou moins crédibles. Le film entend donc, dès ses premières minutes, mettre en scène le rapport de Cruise avec les femmes, mais aussi la paternité.  

Une idée qui va phagocyter l’essentiel de l’intrigue, cette dernière se focalisant toujours sur la nature de l’engagement de Cruise envers les personnages joués par Cobie Smulders et Danika Yarosh. La narration se fait tout à fait schizophrène et méta, tentant de présenter le héros comme une figure paternelle légitime et investie... tout en établissant sans ambiguité que Jack n’est pas le véritable géniteur de la jeune Samantha. Paradoxe étonnant autant qu’impasse scénaristique, cette obsession du film en dit long sur le désir ardent de l’acteur d’écrire lui-même l’histoire.  

 

photo, Tom CruiseUn cowboy pas si solitaire...

 

LA MOMIE

A 54 ans et après une carrière extrêmement riche, Cruise n'a plus rien à prouver. Quoi de plus logique de le mettre à la tête du long-métrage conçu par Universal pour lancer un des univers partagés qui voudraient dominer Hollywood comme l'a fait le MCU ? Le résultat : un échec artistique et un score très décevant qui aura tué dans l'œuf la suite de la franchise, pourtant vendue en fanfare avec un parterre de stars. Et lorsqu'on cherche des coupables, beaucoup de doigts pointent vers la star.

Connu pour être très impliqué sur les tournages, l'acteur aurait-il été trop loin ? Un article de Variety l'accable. Selon leurs sources, le studio lui aurait garanti un contrôle total, pouvoir qu'il n'aurait pas manqué d'utiliser. Cruise aurait même été le véritable réalisateur du film, bien aidé par sa relation avec Alex Kurtzman, déjà scénariste sur Mission : Impossible III. Pire, il aurait engagé lui-même deux auteurs pour corriger le script en sa faveur, Christopher McQuarrie et Dylan Kussman. Leur version qualifierait Nick Morton de "jeune homme", détail amusant.

La suite du tournage et la post-production auraient également été transformées par ses proches, comme le précisent les intervenants interrogés par Variety. Il faut dire que le film est clairement un monument à la gloire de son comédien, une bataille entre le super-héros voulu à l'origine (la Momie), et l'intrépide bouffeur d'écran censé la confronter, parfois aussi balèze qu'Ethan Hunt. L'ego de Cruise commencerait-il à détruire les films qui le mettent en scène ? Difficile à dire, mais sa main-mise artistique sur Hollywood est indéniable. En l'occurence, La Momie prouve que sa personnalité écrasante peut parfois prendre trop de place.

 

Tom Cruise"Puisque je te dis que ça va bien se passer"

 

LA SAGA Mission : Impossible

Impossible de passer à côté de la franchise lancée en 1996, lorsque Tom Cruise a co-fondé sa société Cruise/Wagner pour voler de ses propres ailes. L'acteur et producteur (et scénariste officieux) a trouvé là son fond de commerce ultime, qui lui permet d'accomplir tout le nécessaire : défendre une place de choix dans l'industrie (surtout face aux super-héros), nourrir son propre mythe en continu, et mettre en scène son pouvoir année après année.

C'est pour ça qu'après Brian De Palma, John Woo, J.J. Abrams et Brad Bird, Christopher McQuarrie est désormais aux commandes de la série. C'est un collaborateur de confiance, qui suit Tom Cruise depuis une dizaine d'années : il a écrit ou co-écrit Walkyrie, Edge of Tomorrow, La Momie, Top Gun : Maverick, a réalisé Jack Reacher, et était venu sauver la mise sur Protocole fantôme en réécrivant le scénario pendant le tournage. Cruise a brisé avec lui le beau cycle des cinéastes en lui donnant la moitié de la saga au moins (il pilote Mission : Impossible 7  et Mission : Impossible 8) ; mais il a trouvé un roc, sur lequel il peut tranquillement continuer à construire sa propre statue.

 

photoLa saga Tom Cruise

 

Ce n'est pas un hasard si dans chaque épisode, Tom Cruise joue un Ethan Hunt rejeté, trahi ou manipulé par sa hiérarchie, et qui fait cavalier seul (ou presque) pour sauver le monde, quitte à s'y perdre. L'acteur a beau être un rouage du système hollywoodien, il écrit finalement sa propre histoire dans la solitude et la marginalité.

Et difficile ne pas voir un parallèle entre Ethan Hunt et Tom Cruise. L'homme a été éprouvé par des problèmes étalés sur la place publique hollywoodienne, de ses divorces à sa chère scientologie. En 2006, Paramount avait ainsi mis fin à son contrat d'exclusivité avec Cruise/Wagner, en visant l'homme derrière l'acteur (ses problèmes de dépression, son prosélytisme, son comportement). En 2008, c'est Paula Wagner qui a quitté la boîte, alors que le duo avait mis les pieds chez United Artists.

Le golden boy était-il devenu mouton noir ? Peut-être. Mais comme l'increvable Ethan, Tom s'est relevé, et a continué à tracer sa route.

 

photo, Tom CruisePas de larmes, que des lames

 

Autre symptôme de la solitude : l'absence quasi totale de vie personnelle d'Ethan à l'écran. Hormis Mission : Impossible 3 qui rejoue Alias en mode mineur, avec Michelle Monaghan, Ethan est un loup solitaire, sans vie sentimentale ni sexuelle. Comme Tintin, ce personnage n'a ni le temps, ni l'envie, ni le besoin d'exister au-delà de ses missions et ses amis.

Il est réduit à un héros pur et dur, un corps fonctionnel, qui n'est pas là pour embrasser, enlacer ou caresser (sauf si l'opération l'exige), mais pour taper, encaisser et se relever. Ses réussites ne se comptent pas en conquêtes, mais en pirouettes, en sauts, en cascades. C'est ça le vrai décompte héroïque, pour Ethan et surtout Tom Cruise, qui met en scène ses exploits en promo.

Cette froideur du corps est un motif majeur dans la filmographie de Tom Cruise, et c'est particulièrement clair dans la saga Mission : Impossible, qui refuse d'aller sur ce terrain romantique, pourtant très ordinaire en matière de blockbuster. De là à y voir un parallèle avec Tom Cruise à la ville, qui depuis ses divorces très médiatisés entretient une image publique désormais détachée de la carte postale familiale...

 

photo, Tom Cruise, Michelle MonaghanLe sexe peut attendre

 

Le retour de Julia à la fin de Protocole Fantôme semblait rouvrir la brèche intime, comme pour rectifier le tir, mais Fallout a vite refermé ce chapitre. Elle continue sa vie humaine, mais lui reprend en paix son existence de machine de guerre, désormais sans attache terrienne. Le seul autre objet de désir à l'écran, Ilsa Faust, n'est pas une simple femme : c'est un alter ego d'Ethan, qui obéit aux mêmes règles. Les baisers font partie des missions, et les corps sont des armes avant tout.

Pour le reste, épisode après épisode, Ethan/Tom semble rejouer le même combat gagné d'avance. Un peu comme la franchise Mission : Impossible qui s'étire avec les épisodes 7 et 8 à l'horizon, la saga Tom Cruise semble destinée à tourner en boucle, comme une thérapie sans fin. L'exploit ultime d'un corps froid mais virtuellement immortel, qui continue de courir et castagner à 58 ans.

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commentaires

Matrix r
22/02/2021 à 19:18

Bel article. Tom est un forever young

Ethan
22/02/2021 à 13:01

Sur les années 80 je trouve bien plus intéressant Rain man et Cocktail.
Bizarre de ne pas citer ces 2 films.

La couleur de l'argent je n'ai pas du tout adhérer à Paul Newman en Professeur d'arnaque. Mais c'est juste un avis

Moijedis
22/02/2021 à 08:59

Tom Cruise ou l’art d’avoir une magistrale carrière sans avoir de talent .

Ethan
22/02/2021 à 08:10

Je souhaite apporter un avis différent

Fan de la première heure, j'ai grandi avec ses films et je m'en lasse pas. Je trouve que son cinéma le plus abouti se situe de 1983 à 2005 car il alternait davantage les genres de films. Par la suite c'est surtout Night and day qui a redonné un second souffle à sa carrière... : Protocole fantôme Jack Reacher et Barry Seal s'inscrivent dans cette perspective.

Concernant Ethan Hunt vous oubliez Nyah Nordoff au niveau de sa vie sentimentale
La vie sentimentale d'Ethan Hunt existe aussi en dehors de ses missions :)

Maintenant vous accordez beaucoup d'importance à McQuarrie qui selon moi enlève le charme à l'esprit Mission impossible. De plus les mérites de Protocole fantôme reviennent avant tout à Brad Bird plutôt qu'à McQuarrie

Slater-IV
22/02/2021 à 00:14

L'acteur est intéressant, voire fascinant dans la gestion de sa carrière, mais clairement, cet homme, ce Lestat des temps modernes, me fait peur.

Pourquoi ? Parce qu'il a atteint la maturité suffisante pour donner au grand public exactement ce qu'il attend (notamment dans les 3 derniers MII). Du divertissement soigné, lavant les cerveaux tout en douceur, tout en prenant soin de montrer le visage d'un héros qu'il n'est assurément pas : une personne altruiste et humaniste.

De tous ses rôles, il semblerait que celui de Less Grossman soit probablement le moins compliqué à jouer de sa carrière.

Paradoxalement, j'apprécie au plus au point un grand nombre de des films (de par sa seule présence, qui plus est). Je pense également que sa carrière d'actioner est bientôt terminée, son projet megalo de film dans l'espace, si il vient à voir le jour, sera probablement la dernière pierre de son édifice filmique.

En bref, un *** d'egomaniaque, à l'histoire aussi facinante qu'effrayante.

Ruri
21/02/2021 à 19:40

Merci beaucoup de bien analyser sa carrière et sa grande qualité plutôt que de critiquer encore et encore sa religion et sa paternité.

Tom en mode Auto Cruise Control
21/02/2021 à 19:34

cela fait quanf même pres de 20 ans que Cruise ne joue plus guere, que du marketing et des films milimetres ,industriels
pas beaucoup de film marquants depuis debut 2000, c'est devenu une Star t Up Cruise, a part Barry Seals ou film avec des nazis Walkyrie, Collateral ,et Minority Report, tres bons, le reste est tres moyen, ou genant ( mummy)

Ghob_
21/02/2021 à 18:55

Article intéressant, mais qui fait un peu doublon avec un autre dossier, il me semble, écrit sur T. Cruise il n'y a pas si longtemps.
Mais effectivement, c'est un cas particulier et assez passionnant à sa façon. On peut ne pas aimer le Cruise acteur, mais ce qu'il véhicule derrière et ce qu'il dit de la grosse machine hollywoodienne (et sa place dans ce gros bordel) est vraiment intéressant. Bizarrement, l'un de mes rôles préférés de l'acteur est sa prestation dans Collatéral : d'une part parce que c'est l'un des meilleurs Mann post-Heat, mais aussi parce que c'est l'un des rares rôles à contre-emploi de l'acteur. Et malgré tout ce qu'on dire sur lui, Tom Cruise est un excellent acteur, qui le prouve ici avec l'art et la manière.

Bref, il y a beaucoup à dire et vous l'avez fait de bien belle façon, merci vous EL !

TonyGuya
21/02/2021 à 16:19

Pas mal l'article chapeauro l'artiste !

Xcice
21/02/2021 à 13:04

Bravo vraiment, superbe article de fond et sans manichéisme. Tom Cruise est vraiment un cas à part à Hollywood

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