Alan J. Pakula, le grand maître du thriller politique et parano en cinq films

La Rédaction | 22 mai 2021
La Rédaction | 22 mai 2021

A cause d'un assassinat, Les Hommes du président... retour sur la carrière d'Alan J. Pakula, maître du thriller politique et complotiste.

Le thriller ramène évidemment les cinéphiles à Alfred Hitchcock, maître du suspense ayant sucé jusqu'à la moelle le genre tout au long de sa filmographie, cumulant les chefs-d'œuvre de tension et surprises. Et si aucun cinéaste n'a réussi à dépasser la maestria du Britannique, le cinéaste américain Alan J. Pakula a su revisiter le genre notamment en s'appuyant sur l'actualité américaine entre l'assassinat du président américain John F. Kennedy puis l'affaire du Watergate.

S'il s'est essayé à plusieurs reprises à d'autres genres (le western avec Le Souffle De La Tempêtela comédie avec Merci d'avoir été ma femme... ou le fantastique avec Dream Lover), Alan J. Pakula a donc surtout excellé dans le thriller politique, parano et complotiste. Un genre qui lui a permis de livrer plusieurs longs-métrages captivants, fascinants et dépeignant à merveille la crise institutionnelle (et humaine) américaine et notamment son système pervers.

Sans raison particulière, si ce n'est l'envie de parler du réalisateur, Ecran Large a donc voulu revenir sur la carrière de Pakula et notamment cinq films prouvant son grand talent.

 

photo, Denzel Washington, Julia RobertsL'Affaire Pélican pas dans les cinq, sûrement un complot d'État

 

Klute 

Ça parle de quoi ? Pour comprendre ce qui est arrivé à son meilleur ami disparu, un ex-flic entamant une reconversion comme détective privé se rapproche de la prostituée qu'il fréquentait.

Pourquoi il est important ? On aurait tort de dédaigner Pookie, premier long-métrage de Pakula, qui obtint deux nominations aux Oscars. Pour autant, il n’est pas interdit de penser que c’est bien avec Klute que démarre sa carrière, ou plutôt, qu’elle revêt le sens et la portée qui vont devenir sa signature. Son récit, encore empreint de l’héritage d’un certain film noir, n’épouse pas encore totalement le canevas de ce qui deviendra le grand cinéma américain du complot, mais en pose les bases avec brio, et travaille avec une immense finesse les notions de dévoilement et de paranoïa. 

De dévoilement, car Klute est une exploration aiguë du commerce des corps et du travail du sexe, du réseau de non-dits, de dominations enchâssées et d’interdépendances qui le constituent. Cette étude, menée avec un mélange de précision, de rigueur psychologique et d’humanité demeure aujourd’hui encore admirable d’acuité. De plus, elle constitue une exploration des sens et des pratiques volontiers dissimulées par la société puritaine américaine, qui en font, à la manière de Conversation Secrète, une épopée du mensonge particulièrement intelligente. 

 

photo, Donald SutherlandUne image sans cesse recomposée

 

Le long-métrage a également imposé Pakula comme un formaliste de haute volée. Rares sont les films à maîtriser à ce point leur découpage, et surtout à traiter une photographie aussi sombre. De son premier à son dernier photogramme, Klute est nimbé de ténèbres épaisses, impénétrables, poisseuses. Et pourtant, l’intégralité du récit demeure limpide, lisible. Spectral et pourtant splendide, le film est un défi plastique hors du commun, qui le pose comme un des jalons tant du Nouvel Hollywood que du cinéma américain en général. 

Pourquoi il faut l'aimer ? Parce que les héros de Klute sont parmi les plus énigmatiques et beaux du cinéma hollywoodien, pour leur mystère comme leur transparence. Il y a l'absolue franchise de Bree, sa manière d'évoquer et de témoigner des modalités de son métier de travailleuse du sexe, ses échanges sans fard avec sa psy. Et bien sûr il y a Klute, ce privé qui ne ressemble à aucun autre, qui laisse poindre ses colères, ses doutes, mais aussi ses principes. À mille lieues du cliché du détective ténébreux emprunt de rectitude morale, il est toujours sur une ligne de crête évanescente, et demeurera une source de questionnements jusqu'à la conclusion de l'intrigue.

 

photo, Donald SutherlandUn regard dur et humain

 

Il faut aussi l'aimer pour la vision complexe de l'Amérique que nous offre le metteur en scène, qui prend plaisir à constamment créer des cadres dans le cadre, enfermer ses personnages, ou au contraire éclater les lignes de fuite de l'image. Alors que le métrage donne un sentiment de réalité souvent étouffant, il demeure une expérience stylistique de haut vol, qui inspire encore les cinéastes désireux de générer des atmosphères oppressantes et anxiogènes.

Il faut l'aimer enfin, pour ce portrait en creux d'un amour naissant, pétri d'angoisses et de contradictions, alors que Jane Fonda et Donald Sutherland se rencontrent, s'affrontent et se sauvent mutuellement. Sur un chemin pavé de stéréotypes et d'images d'Épinal, les deux artistes proposent des performances exemplaires, empathiques et chirurgicales, tour à tour romanesques, venimeuses, et profondément humaines. Devant la caméra de Pakula, ils donnent à voir un pur moment de création, qu'ils n'auront peut-être plus jamais égalé dans leurs carrières respectives.

 

photo, Jane FondaBree, figure ambiguë et passionnante

 

À cause d'un assassinat

Ça parle de quoi ? Le journaliste Joe Frady décide d’enquêter sur une série de morts qu’il pense liée à un complot politique. Au cours de ses recherches, il se fait recruter par l'entreprise privée et occulte Parralax... 

Pourquoi il est important ? Avec sa caméra à l'épaule plongée au cœur d’un meeting politique, A cause d’un assassinat convoque une donnée documentaire essentielle pour aborder le cinéma d’Alan J. Pakula. À travers ses figures de journalistes, le réalisateur porte ses récits sur le pouvoir du regard et de l’analyse, surtout avec la démocratisation des sources audiovisuelles. Mais en filmant le sang d’un sénateur soudainement aspergé sur une baie vitrée, Pakula pousse encore plus loin cette réflexion, et réveille le traumatisme encore récent de la mort filmée de John Fitzgerald Kennedy, et les théories du complot qui l’ont accompagnée.

Dès lors, le cinéaste fait de Joe Frady (excellent Warren Beatty) le symbole d’un métier essentiel pour rétablir la vérité trouble de son pays, tout en marquant les fondations d’un cinéma profondément engagé. Si la postérité a préféré retenir Les Hommes du président, A cause d’un assassinat est pourtant la première phase fascinante d’un diptyque fondateur sur une Amérique en quête de sens.  

 

photo, Warren BeattyLa classe à Dallas comme on dit...

 

Pourquoi il faut l'aimer ? Alors que Lee Carter, une amie de Frady, vient lui rendre visite en lui expliquant qu’on essaie de la tuer, celui-ci la rassure, et lui promet que tout va s’arranger. Cut. La femme est immédiatement montrée, inerte, sur la table d’opération d’une morgue. Avec ce genre de partis pris esthétiques brutaux et rugueux, A cause d’un assassinat s’impose comme une merveille de découpage et de montage, en accord avec sa vision glaçante d’une politique corrompue.

Avec son travail de composition des cadres, ses lignes de fuite et sa symétrie, le film engendre un puissant sentiment de claustrophobie, y compris dans ses scènes en extérieur. Comme si son héros était en permanence observé, Pakula développe non seulement une tension paranoïaque, mais plus généralement une esthétique froide qui annonce déjà les dérives de l’ultra-surveillance, et un effacement progressif de l’humanité des personnages. Pour toutes ces raisons, A cause d’un assassinat est un thriller d’une efficacité redoutable, porté par une mise en scène brillante. 

 

photo, Warren BeattyLe Tintin des temps modernes

 

Les Hommes du président

Ça parle de quoi ? L'hisoire vraie de l'enquête journalistique menée par deux rédacteurs du Washington Post, Carl Bernstein et Bob Woodward, sur le scandale du Watergate.

Pourquoi il est important ? Alan J. Pakula continue sa vocation de cinéaste politique en s'emparant du scandale mythique du Watergate. Le plan de Richard Nixon et du parti républicain de mettre sur écoute les bureaux du parti démocrate (les adversaires politiques des républicains) a profondément influencé la politique américaine et la perception des électeurs concernant leurs dirigeants.

Il a également bouleversé les cinéastes américains qui comme Pakula se sont saisis de cet événement (Conversation secrète de Francis Ford Coppola ou bien Les Trois jours du condor de Sydney Pollack). Mais Les Hommes du président est assez singulier puisqu'il est sorti deux ans après la démission du président Richard Nixon, la dernière grande étape de l'affaire.

 

photo, Robert RedfordPeter et Steven ?

 

Néanmoins, on aurait tort de partir du principe que le long-métrage n'est qu'une reconstitution fidèle d'un événement historique. Même si Hollywood nous a habitués à ce type de production, Les hommes du président a sa propre identité qui se matérialise d'abord dans son récit par une intersection entre deux histoires : l'officielle que la télévision et le gouvernement dévoilent et la vraie, construite petit à petit par les deux journalistes. Cette structure s'applique enfin dans la mise en scène en jouant sur l'open space du Washington Post, principalement sur l'horizontalité des bureaux et la verticalité du plafond.

Pakula s'empare de la perspective, telle une métaphore d'un puzzle que le spectateur doit remplir, grâce à l'utilisation à plusieurs reprises de la demi-bonnette (une lentille convergente que l'on ajoute à l'objectif). Ce trucage est ici découpé de telle sorte que la vie autour de nos personnages est parfaitement visible pour le spectateur, comme si le film mettait en exergue le cours des événements et son agitation.

 

photo, Robert RedfordLa rédaction d'Ecran Large

 

Pourquoi il faut l'aimer ? Sorte de prolongement d'À cause d'un assassinat, Les hommes du président apparaît au moins plus accessible pour la linéarité de son récit et l'évidence de son propos. Oeuvre engagée, elle compte l'acteur et producteur du film, Robert Redford impressionnant dans son rôle de journaliste rigoureux. Il est aussi bien accompagné par Dustin Hoffman, véritable vague déferlante de talent. L'acteur prouve ici qu'il était vraiment capable de tout jouer. Ce duo d'acteur est si iconique qu'il a eu le droit à un traitement tout particulier pour la parodie de Dominique Mézerette et de Michel HazanaviciusLa Classe américaine.

Véritable étude du complot et de la politique américaine, Les hommes du président est une perle du cinéma américain des années 70 et son influence n'a fait que s'accroître avec le tempsSteven Spielberg, dans son génial Pentagon Papers sur le traitement de la guerre au Vietnam du Washington Post, conclut son long-métrage par un plan large du Watergate en train d'être vandalisé. Un ultime hommage au film de Pakula et à cette partie de l'histoire politique américaine.

 

photo, Dustin HoffmanUne ouiche Lorraine Robert ?

 

Le Choix de Sophie 

Ça parle de quoi ? Stingo, un écrivain récemment installé à New York se lie d'amitié avec un couple fort étrange. Il s'agit de Sophie, Polonaise récemment installée aux États-Unis et de son amant Nathan. Mais un secret plane au-dessus du charmant trio.

Pourquoi il est important ? Un film lent qui, tout d’abord, pourrait sembler sans enjeux majeurs autre que l'histoire d'amour et d'amitié et qui ainsi dénote avec le reste de la filmographie souvent moins chaleureuse de Pakula. Si on sent peser sur les épaules des personnages le fantôme encore très présent de la Seconde Guerre mondiale, la vie se fait douce et sans trop de heurts dans cet immeuble rose de New York. La large première moitié du film tisse un triangle amoureux lent et langoureux qui tranche avec le cynique souvent froid de Pakula.

 

photoLenteur et moiteur

 

Avec son ambiguïté sexuelle, le film offre une réflexion en avance sur son temps qui expose une vie à trois sans jamais tomber dans le graveleux ni dans le jugement. Le trouble des relations amoureuses, qui sont rarement la priorité du cinéaste, davantage accès sur le politique et ses scandales, surprennent. Le Choix de Sophie offre dans sa première partie une comédie de mœurs douçâtres dont la violence monte en puissance avec une telle subtilité qu’on ne la voit presque pas arrivée grâce à la maitrise du suspense du cinéaste. 

Mais derrière la douceur, l’amour et l’amitié, quelque chose de pourri. Pakula expose par bride l’enquête sur le passé de Sophie à propos duquel il brouille les pistes en nous offrant des flash-back fantaisistes. Car l’amour c’est bien, mais l’investigation c’est mieux. Pakula ne quitte pas ses domaines de prédilection en attaquant Le Choix de Sophie, au contraire il arrive à marier avec beaucoup de doigté son naturel regard cynique sur l’humanité et la presque comédie-romantique de l'ouverture.  

 

photoLe début de la fin

 

Pourquoi il faut l'aimer ? Pour la performance de Meryl Streep qui incarne la folie putréfiée de Sophie, pour son accent et pour sa légèreté avec juste ce qu’il faut de décalé. Le bijou qu’est le personnage de Sophie et la performance de son interprète est mis en valeur par l’écrin que lui a créé un Pakula patient. Jamais il ne précipite le récit afin de lui apporter plus de rythme au risque d’amoindrir le personnage.

Le Choix de Sophie offre une lumière qui sublime son actrice sans jamais l’idéalisée et des scènes dans les camps de la mort qui ne force ni la pitié ni la haine. Une capacité à la juste mesure qui fait que Meryl Streep brille comme jamais. Le Choix de Sophie peut alors offrir une lente avancée vers l’insupportable là où tout commençait si bien.

Pour la patience Paluka de faire évoluer le récit du triangle amoureux jusqu’à l’enfer des camps de concentration sans que cela ne semble ni opportuniste ni cheveu sur la soupe. Dans un presque huis-clos qui devient de plus en plus suffocant dans cette maison rose, Pakula parvient avec une caméra toujours en retrait à laisser toute la place à la psychologie des personnages sans jamais forcer l’action. 

  

photoL'amour avant la haine

 

Présumé innocent

Ça parle de quoi ? Le brillant procureur Rusty Sabich est chargé d'enquête sur le meurtre de sa jeune et ambitieuse collègue. Mais lorsque deux procureurs concurrents découvrent qu'il a eu une liaison explosive avec elle, Rusty devient soudainement le suspect numéro 1.

Pourquoi il est important ? Probablement parce que c'est le dernier film réussi (L'Affaire pélican est hyper classique et Ennemis rapprochés plutôt très raté) du réalisateur et surtout parce qu'il a signé son grand retour dans le genre du thriller. Après avoir eu une longue période creuse après la sortie du salué Le Choix de Sophie, entre son fantatisque Dream Lover, son drame familial Les Enfants de l'impasse et sa comédie romantique A demain mon amourAlan J. Pakula a donc pu se relancer dans le genre qu'il a maîtrisé le mieux dans sa carrière : le thriller.

 

Photo John Spencer, Harrison FordUn sacré casting pour le retour aux sources de Pakula

 

Un thriller très différent de sa trilogie paranoïaque qui a fait exploser sa carrière puisque Présumé innocent, loin d'être une simple enquête policière ou investigation journalistique se transforme en film de procès. Le moyen pour Pakula de s'ouvrir de nouvelles portes en conjuguant son amour du thriller avec le (souvent) plus théâtral film judiciaire. Un mélange qu'il réussit plutôt très bien, lorgnant les plates-bandes de grands films du genre type Autopsie d'un meurtre d'Otto Preminger, et qui permet surtout au cinéaste de continuer sa violente critique de la société américaine.

Avec Présumé innocent, Alan J. Pakula continue sa dissection du système américain à travers les guerres politiques qui le pervertissent et qui, ici, gangrènent la Justice et ses représentants (et pas seulement). Il décrypte ce monde loin d'être honnête et, au contraire, particulièrement malveillant, vicieux et corrompu. Bref, un long-métrage important pour l'Américain, retrouvant son statut de dénonciateur du rêve américain et son pessimisme légendaire sur les institutions du pays.

 

Photo Harrison FordL'heure du procès a sonné

 

Pourquoi il faut l'aimer ? Pas uniquement pour son fond, puisque Présumé innocent, en dépit de brosser un pamphlet engagé (plutôt prenant) sur la Justice américaine, repose tristement sur un récit assez classique pour le genre. Évidemment, Pakula n'est pas un manche et son scénario (co-écrit avec Frank Pierson) est plutôt bien ficelé, explorant à la fois les coulisses procédurales tout en y injectant un jeu d'indices, de fausses pistes et de rebondissements très ludiques pour les spectateurs (jusqu'à un ultime twist que peu auront vu venir).

Toutefois, il y a quelque chose de très formaté dans la manière dont les échanges entre les personnages sont amenés. Pareil pour la mise en scène peu inspirée et très classique, même si on peut supposer que son manque de dynamisme est sûrement là pour appuyer le renoncement et la résignation inhérents au propos du film.

 

Photo Greta ScacchiGreta Scacchi, magnétique

 

En revanche, une chose est sûre, le long-métrage peut compter sur le parfait Harrison Ford, aussi assuré que troublant (et inversement) dans la peau de ce procureur devenu accusé. Et pas seulement, puisqu'il est entouré d'une myriade de personnages secondaires : Brian Dennehy excellent en procureur général vicieux, Raul Julia majeur en avocat, Bonnie Bedelia en femme éplorée, John Spencer et Bradley Whitford (avant À la Maison-Blanche) et surtout Greta Scacchi envoutante en victime pas si inoffensive. Rien que pour eux, le long-métrage vaut le coup d'oeil.

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commentaires
Birdy en noir
24/05/2021 à 11:46

Ainsi qu'une remise en compte perpétuelle de sa politique intérieure et extérieure. Aucun autre pays n'est capable ainsi de s'autopsier sans se censurer.

Birdy en noir
24/05/2021 à 11:45

C'est aussi un cinéma qui savait prendre le temps, planter son atmosphère, et faire confiance à son histoire. Ca parait bête dit comme ça, mais cela fait aussi partie de l'ADN du cinéma américain.

Christophe
24/05/2021 à 11:07

Merci pour cet article, il est toujours bon de rappeler des films américains des années 1970 qui ne fassent pas l'apologie d'une idéologie libertaire réactionnaire.

Cependant, à mon avis, "A cause d'un assassinat" et "Les Hommes du président" sont trop vantés comme films politiques, tout comme "Conversation secrète" (très bien) et "Les Trois Jours du condor" (très moyen). Assassinat et Conversation sont extrêmement vagues, attaquant une grande société fictive (visant on ne sait quelle société). Dans le premier, la mafia n'a aucun rôle et qu'est-ce que c'est que cette entreprise de tueurs Parallax Company ?? Si c'est censé évoquer la mafia, elle peut dormir sur ses deux oreilles... un film modeste comme "Qui a tué le président ?" en dit finalement un peu plus sur l'assassinat de Kennedy.

Ensuite il ne faut pas se leurrer sur un point avec "Les Hommes du président" : le scandale du Watergate est un scandale parfaitement dérisoire (Noam Chomsky raconte que lorsqu'on a appris ensuite que le minuscule Parti des travailleurs avait été espionné pendant de longues années, tout le monde s'en est fichu). Dérisoire en soi, puisque les Républicains n'ont même pas eu le temps d'écouter les Démocrates, mais surtout relativement aux autres horreurs commises par Nixon (le bombardement du Cambodge, du Laos et du Vietnam pendant les négociations, soutien aux dictatures sudaméricaines).

"Les Trois Jours du condor" est beaucoup plus bidon : il attaque la CIA (ou fait semblant) sur une magouille autour du pétrole et en fait non, ce n'est qu'une partie de la CIA, alors quoi l'agence reste propre ?.... en outre le macguffin est un vrai macguffin : parfaitement inintéressant pour le spectateur, seulement pour le personnage.

Le cinéma américain des années 1970, malgré la fin du code de censure en 1966, malgré la libération des moeurs, est en fait incroyablement peu politique, en s'attaquant à de vrais sujets d'actualité (comme Costa-Gavras, Rosi, Petri...). Les meilleurs films politiques de la période sont en fait réalisés par des anciens, génération années 50, voire avant : Robert Aldrich, Sidney Lumet, Richard Brooks, Martin Ritt... "L'Ultimatum des trois mercenaires" est le film le plus violent sur les raisons politiques de la guerre du Vietnam. Les films sur la corruption de la police et ceux où interviennent les services secrets ("Le Gang Anderson", "Un après-midi de chien") de Lumet sont passionnants. "Meurtres en direct" accuse directement la CIA dans ses opérations clandestines au Moyen-Orient. "Norma Rae" décrit les difficultés du syndicalisme. Et "The Intruder" et d'autres... mais pas la génération du Nouvel Hollywood qui ne devait pas comprendre grand chose à la politique...

Bob
23/05/2021 à 17:10

Un réalisateur qui n’a pas une carrière particulièrement prolifique et qui, pourtant, a réussi à imposer son nom comme référence en à peine quelques films.

Ça fait un bien fou de revoir ces films.
Et puis ça fout un peu le bourdon aussi de constater qu’on prend un méchant coup de vieux quand on se met à regretter le manque de diversité du cinéma (hollywoodien?) actuel.

J’ai les mêmes "mois thématiques" que vous, dites donc ! :p

jorgio6924
23/05/2021 à 10:37

C'est très dur de regarder ce film pour moi.
Surtout depuis que Peters a bouché les chiottes...

Aktayr
22/05/2021 à 22:01

C'est vraiment appréciable que vous rédigiez des articles qui ne soient pas forcément liés avec l'actualité (je mets à part la rubrique des mal aimés). Merci en tout cas pour ce dossier qui me fait redécouvrir une partie de la filmo du regretté Alan J Pakula

Denthegun
22/05/2021 à 19:38

Joe Chipp@
Je partage complètement.

Stivostine
22/05/2021 à 19:11

Mort dans un accident de voiture, c'est con

Gregdevil
22/05/2021 à 13:14

Tu vas faire équipe avec Péter et Stéven !

Joe Chipp
22/05/2021 à 13:13

Très sympa comme liste, surtout sur un cinéaste comme Pakula que les gens ont tendance à le résumer à un ou deux films, bravo à vous !
Il y a un truc qui me fascine en plus dans A cause d'un Assassinat c'est que le film frôle le quasi fantastique dans sa dernière partie, avec une invasion progressive de l'indicible qui donne des sommets de paranoïa comme toute la séquence finale qui est incroyable

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