Le Roi Lion 2, Aladdin 2.. les suites de Disney, coups de génie ou abominations ?

Déborah Lechner | 20 février 2021
Déborah Lechner | 20 février 2021

On parle régulièrement des grands classiques d'animation de Disney, mais plus rarement des nombreuses suites au rabais sorties directement en vidéo.

Pour devenir un véritable empire et asseoir son statut de maître de l'animation, Disney a toujours dû gérer l'exploitation et la distribution de son catalogue de longs-métrages animés d'une main de fer. De la démocratisation des postes de télévision à l'émergence de la VHS, en passant par l'arrivée du streaming, de tout de temps, le studio a voulu profiter de l'émergence de nouveaux marchés pour gonfler ses finances, au risque d'entacher sa renommée au passage. 

Qu'on les renie, qu'on les ait oubliées, pardonnées ou à peine appréciées, les suites DTV (Direct To DVD) des classiques de Disney qui se comptent par dizaines font donc partie intégrante de cette stratégie purement industrielle. 

ATTENTION : les chiffres mentionnés ne prennent pas en compte l'inflation !

 

photoLe trésorier de Disney

 

L'ART DE FAIRE DU NEUF AVEC DU VIEUX 

S'il n'était pas rare que Disney réalise des suites pour ses courts-métrages à succès, comme les trois suites des Trois petits cochons dans les années 30, le studio n'avait pas osé s'attaquer à son sacro-saint catalogue de longs-métrages animés avant 1990. C'est Bernard et Bianca au pays des kangourous qui a ouvert le bal, treize ans après le film d'Art Stevens, John Lounsbery et Wolfgang Reitherman, qui jouissait d'une popularité grandissante après sa ressortie en 1983.

En 1977, Les Aventures de Bernard et Bianca avait encaissé 169 millions de dollars au box-office mondial, dont 71 millions à domicile (pour seulement 1,2 million de budget hors marketing) soit le plus gros succès national de la firme depuis Le Livre de la jungle en 1967. Le lancement d'une suite était donc principalement motivé par l'appât du gain. Même s'il entendait plutôt booster les productions lives destinées aux adultes (en particulier avec la filiale Touchstone Pictures) et étendre les parcs à thèmes pour renflouer les caisses de Disney, l'ancien PDG Michael Eisner a malgré tout donné son feu vert, espérant bien relancer la machine à billets. 

 

photoDisney déterre son trésor

 

La suite des Aventures de Bernard et Bianca a également servi de crash-test pour le Computer Animation Production System (CAPS), un système informatique qui permettait notamment d'encrer et de peindre numériquement les dessins des animateurs. Si ce procédé avait déjà été utilisé dans la scène finale de La Petite Sirène en 1989, c'était la première fois qu'il était utilisé d'un bout à l'autre d'une production Disney. Cet essai a donc fait grimper le budget à presque 38 millions de dollars hors frais marketing (c'est-à-dire presque autant que les 40 millions alloués à La Petite Sirène).

Mais comme le voulait Michael Eisner, l'emploi du CAPS a par la suite grandement facilité plusieurs productions à succès comme La Belle et la Bête, Aladdin ou Le Roi lion, qui ont marqué la renaissance du studio après une sérieuse baisse de régime. Cette volonté de s'éloigner d'un savoir-faire plus artisanal pour un meilleur rendement remonte en réalité à la sortie de Taram et le chaudron magique en 1985, après une production compliquée, chronophage et très coûteuse qui s'est soldée par un énorme bide commercial. On parle de tout ça en détail dans le dossier ici

 

photoPas de jaloux, il y aura des suites pour tout le monde

 

Sauf que cette stratégie n'a pas fonctionné pour Bernard et Bianca au pays des kangourous, sorti le même week-end que la comédie familiale Maman j'ai raté l'avion. Le film de Mike Gabriel n'a finalement rapporté que 47,4 millions de dollars au box-office mondial, devenant à ce moment-là le moins rentable du catalogue animé du studio, malgré des critiques globalement positives.

Il fallait de ce fait trouver une autre stratégie de production et d'exploitation pour réduire les coûts tout en maximisant les profits capitalisés sur d'anciens succès. C'est comme ça que sous l'impulsion de Michael Eisner, le public a découvert en 1994 Le Retour de Jafar de la filiale DisneyToon Studios, la toute première suite d'un classique de Disney et le tout premier film d'animation américain à sortir directement sur le marché vidéo. 

 

photoBizarrement, ça sent mauvais cette histoire

 

DU DISNEY LOWCOST 

Le Retour de Jafar, qui se positionne comme une suite directe du Aladdin de 1992, a été un second essai gagnant pour Disney avec 1,5 million de copies vendues en deux jours, presque 10 millions sur tout le territoire nord-américain pour 150 millions de bénéfice à domicile (ce qui en a fait la VHS la plus vendue de l'année). Après son exportation à l'étranger, le film s'est finalement vendu à près de 15 millions d'exemplaires pour environ 300 millions de recettes. Tout ça pour un budget risible de 5 millions de dollars, contre les 28 millions hors marketing d'Aladdin, qui avait empoché 504 millions au box-office mondial. 

Mais avec un budget aussi minime, difficile de proposer quelque chose d'aussi qualitatif que les sorties cinéma. La piètre qualité de l'animation a donc tout de suite été pointée du doigt. Si Disney avait une certaine réputation d'orfèvre avec un haut niveau d'exigence, cette première suite DTV a commencé à durablement compromettre cette image d'excellence.

 

photoRéaction légitime devant les DTV de Disney

 

Comme pour Bernard et Bianca au pays des kangourous, aucun animateur ou scénariste du premier Aladdin n'est revenu pour le deuxième opus. Pire encore, la distribution vocale a été changée pour plusieurs personnages, dont le très populaire Génie doublé en VO par Robin Williams, qui a ensuite pris la voix de Dan Castellaneta et perdu une grande partie de son charisme. Le Retour de Jafar cristallise ainsi les nombreux défauts qu'on peut imputer à pratiquement toutes les suites et autres midquels. 

Mais Michael Eisner a bien compris que la cinémathèque déjà existante de Disney était un atout à exploiter, partant du principe que ceux qui ont aimé les classiques voudront forcément voir les suites. Tout l'inverse de la philosophie de Walt Disney qui les considérait comme du temps gâché et une entrave à l'innovation prônée par la compagnie. La machine est tout de même lancée et les suites s'enchaînent à un rythme frénétique, dépassant même celui des sorties cinéma. 

 

photoCoup de génie ou coup dur pour Disney ?

 

Si certains films se démarquent du lot (sans pour autant dépasser l'oeuvre originale), une cadence plus industrielle se met en place avec pour seul but de vendre, proposant ainsi des histoires fades, moches, peu inventives, voire carrément paresseuses. Ce qui fait qu'aujourd'hui encore, ces films sont pour la plupart décriés, comme les mal-aimés Pocahontas II : Un monde nouveau ou Le Bossu de Notre-Dame 2. Mais Disney a tout de même conscience du problème, à tel point que Dumbo 2 a carrément été annulé en 2002 alors que sa production était terminée. 

Au début des années 2000, certaines suites ont donc essayé de se donner les mêmes moyens que les films originaux. Le premier à retenter l'essai est Peter Pan 2, retour au Pays Imaginaire, dont la qualité a convaincu les producteurs de plutôt miser sur une sortie en salles. Cette nouvelle escale au Pays Imaginaire n'a cependant pas déplacé les foules comme escompté et n'a enregistré "que" 115 millions de dollars au box-office mondial, dont seulement 48 aux États-Unis, pour un budget de 20 millions. 

 

photoUne des nombreuses trahisons de Disney

  

Mais comme le film n'est pas non plus un crash commercial, Disney a continué un an après avec Le Livre de la jungle 2. Les scores se maintiennent alors, avec 186 millions de recettes globales (dont 47 aux États-Unis) pour un même budget de 20 millions, refroidissant considérablement la firme. Bambi 2 aura ainsi droit à une sortie sur grand écran à l'international, mais pas à domicile.

Après La Belle et la Bête 2, 101 Dalmatiens 2, Frère des ours 2, Tarzan 2 et encore trop de suites (ou midquels), le rachat de Pixar signe heureusement la fin des DTV avec l'arrivée de John Lasseter à la tête du département d'animation de Disney. Ce dernier conspue ces films et entend bien redorer le blason de la compagnie (jusqu'à son renvoi dans le sillage du mouvement Me Too). Si Rox et Rouky 2 : Amis pour la vieLe sortilège de Cendrillon ou Le Secret de la Petite Sirène sont trop avancés pour être annulés, Lasseter parvient tout de même à tuer dans l'oeuf Mulan 3, Chicken Little 2, Pinocchio 2, Blanche Neige 2Les Aristochats 2 et même un prequel de Bienvenue chez les Robinson

 

photoRetour difficile pour Mowgli

 

BOUÉE DE SAUVETAGE 

Si la démarche opportuniste et vénale de Disney a donc ruiné la réputation de la firme, elle lui a surtout permis de prospérer et de traverser le désert des années 2000. À l'aube du 21e siècle, la société doit se renouveler et apporter plus d'audace à son catalogue, sans pour autant y parvenir. Dinosaure est une première douche froide, suivie de Kuzco, l'empereur mégaloAtlantide, l'empire perduLa Planète au trésor, un nouvel universFrère des oursLa ferme se rebelle et Chicken Little.

Ces films marquent peu les mémoires, n'emballent pas tellement la critique et ne décollent pas au box-office. La planète au trésor est même un des flops les plus retentissants de la société avec 140 millions de budget pour à peine 110 millions de recettes dans le monde, dont 38 à domicile. On parle en détail de cet autre désastre dans le dossier juste ici

  

photoDisney en disgrâce 

 

À ce moment, le studio ne peut clairement plus compter sur ses productions originales pour se remplir les poches. La compagnie se repose donc essentiellement sur les parcs à thèmes, les nombreux produits dérivés et le triomphe des co-productions Pixar (Monstres & Cie, Le Monde de Nemo, Les Indestructibles, Cars) dont Disney assure la distribution et le marketing. L'autre poumon économique reste le marché de la télévision et de la vidéo (sans même prendre en compte la location). Tous deux sont d'ailleurs inextricables, puisque certaines suites ne sont que des compilations d'épisodes, notamment Le retour de Jafar ou Cendrillon 2 - Une vie de princesse dont la série a été rejetée. 

L'avantage avec la stratégie de Michael Eisner, c'est que les échecs (qui n'en sont jamais vraiment) impactent finalement très peu les finances du studio, en tout cas en comparaison des sorties cinéma qui peinent à alourdir le porte-monnaie de Mickey. La sous-traitance des studios d'animation éparpillés aux quatre coins du monde, notamment en Australie, a également permis de revoir les frais de production à la baisse, tandis que le faible coût des VHS et DVD assurait des ventes relativement stables malgré la mauvaise qualité des films.

 

photoQuand on apporte le livre de comptes à Mickey 

 

Aujourd'hui encore, Le retour de Jafar fait partie des plus grosses ventes aux États-Unis en format physique. Tout comme Le Roi lion 2 : L'Honneur de la tribu, dont les ventes records pour une suite sont estimées entre 13 et 15 millions d'exemplaires pour près de 300 millions de recettes, soit la deuxième plus grosse vente physique de 1998 derrière Titanic. On peut également s'attarder sur le succès de Mulan 2 - la mission de l'Empereur, qui a été le DVD d'un film animé le plus vendu en 2005. 

Michael Eisner a réussi à créer une demande avec l'émergence d'un nouveau support de distribution (Le Roi Lion 2 était une des suites les plus attendues de l'Histoire), alors même que les DTV étaient encore considérés quelques années auparavant comme un repère de mauvaises séries B, de films érotiques ou d'oeuvres de niche peu rentables en salles. Le Retour de Jafar a donc inversé la tendance (de même que Le Petit Dinosaure 2 sorti la même année) et les rayons cassettes sont devenus une étape obligatoire pour chaque famille.

  

photoDes lionceaux pour sauver la mise

 

Et même si Lasseter a mis fin aux suites bas de gamme, la stratégie du direct-to-video a été conservée pour la création de spin-offs (La Fée Clochette), ce qui avait déjà été expérimenté avec la franchise Winnie L'Ourson. Le but était de proposer uniquement des suites de qualité au cinéma (notamment pour les Pixar, La Reine des neiges 2 ou Ralph 2.0) et même des spin-offs de Cars, avec les deux Planes qui sont sortis en salles sous la bannière DisneyToon Studios. 

Avec la sortie du film Pixar Soul en décembre 2020, le réalisateur et nouveau chef de la création, Pete Docter, a lui-même reconnu que ces suites étaient devenues essentielles pour maintenir une sécurité financière. En une décennie, Pixar a en effet sorti 13 longs-métrages, dont sept sont des suites, certaines ayant dépassé le milliard de dollars au box-office mondial comme Toy Story 4 ou Les Indestructibles 2

 

PhotoPixar à la rescousse

 

DISNEY+, LE DESCENDANT DES DTV

Exploiter une histoire et des personnages qui sont déjà ancrés dans la culture populaire n'est donc pas apparu avec la récente vague de remakes en live action, qui n'est qu'une évolution naturelle d'une stratégie de capitalisation bien plus ancienne.

Après les ressorties en salles (qui servaient aussi de supports promotionnels à différents produits), et l'apparition des VHS qui a ouvert un nouveau marché (Le Roi lion restant le film le plus vendu de tous les temps en copie physique), la firme a simplement trouvé un moyen plus frontal et efficace pour surfer sur la nostalgie de son public. Toujours dans le but de s'assurer une pérennité économique et une visibilité constante

Le support numérique s'est progressivement substitué au support physique et Disney+ peut donc être considéré comme le descendant des DTV avec une logique similaire à celle instaurée par John Lasseter. Si certains remakes bénéficient de budgets comparables à ceux de blockbusters en vue d'une sortie en salles comme AladdinLe Roi Lion ou Mulan, d'autres comme La Belle et le Clochard ou le prochain Cruella, probablement jugés moins porteurs, sont destinés au streaming avec des budgets bien moins conséquents. 

 

photoLe darwinisme sauce Disney

 

Cette stratégie des suites et spin-offs en DTV a donc sans conteste été une réussite commerciale dont la portée se constate encore aujourd'hui avec les nombreux remakes en live action, l'arrivée de Disney+, ses nouveaux contenus et sa remontée dans la guerre du streaming. Et même si cela a entraîné une certaine lassitude et irritation du public, les recettes des derniers films sortis en salles et le nombre croissant d'abonnés sur la plateforme donneraient presque raison à la firme dans sa démarche aussi opportuniste que visionnaire. 

Sinon, en matière d'exploitation forcée de la part de Disney, Pixar pourrait bien être la prochaine marque que le studio va user jusqu'à la moelle, comme on en parle par ici.

Tout savoir sur Disney

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.
Vous aimerez aussi
commentaires
Adam
21/02/2021 à 10:35

Pseudo1 m a devancé pour le retour de Jafar qui ne fait pas compil d épisode.

Enfant, j’ai énormément apprécié Aladin 2 même si le dessin et l animation étaient moins bons car ça faisait plaisir de retrouver le génie, Jafar et Iago avec de bonnes chansons.
Et c est tout l’inverse qui s est produit avec le roi lion 2 où la seule chose à sauver était le graphisme ( en même temps je venais de matter les vhs de timon et pumba).je haïssais tout le reste : les nouveaux personnages, les chansons, l’histoire

brucetheshark
21/02/2021 à 09:21

@Ethan, la reine des neiges, c'est parfait contre exemple... C'est le seul a être meilleur que l'original (même si j'avoue préféré Bernard et Bianca au pays des kangourous au 1er)

Opale
21/02/2021 à 09:17

Des bouses opportunistes signées Disney. Aucun intérêt.

Neo
20/02/2021 à 22:22

Plus jeune je me souviens avoir apprécié « Aladdin et le Roi des Voleurs », l’histoire était plutôt sympa et certaines scènes se révélaient vraiment réussies. Du moins tout ça c’est dans mes souvenirs^^. Après évidemment que les suites étaient présentes pour surfer sur le succès de leurs prédécesseurs, mais mine de rien cela avait de quoi entretenir la magie dans les yeux des plus petits à défaut de convaincre les plus grands. Ce qui est peut-être l’essentiel.

Ethan
20/02/2021 à 19:33

Les suites sont toujours en dessous du premier. Parfois un peu en dessous tel que La Reine des neiges 2

@pseudo1
20/02/2021 à 16:22

la flemme de chercher mais j'ai en effet déjà lu cela ils ont monté des formats courts en film d'environ 1h20 je crois cela m'avait surpris aussi j'avais la vhs petit, j'ai le souvenir qu'il faisait moins cheap que d'autres suites, même enfants on les trouvait pas top pour certains surtout niveau animation.

Pseudo1
20/02/2021 à 15:45

Euh, on a la source pour Le Retour de Jafar et le fait que c'était une compilation d'épisodes de la série animée ?? Ou c'est une coquille dans l'article ?

Zanta
20/02/2021 à 15:42

Un mystère demeure... Certes, l'animation peut être bâclée pour des raisons financières. Mais le scénario ? Ca coûte pas cher de développer une bonne histoire !

Nyl
20/02/2021 à 14:33

De toutes les suites, je pense que c'est le Roi Lion qui s'en sort le mieux. Les autres sont soit corrects (mulan 2 et petite sirène 2 (même si son scénario est juste le 1, sans la romance)) ou détestables et oubliables (pocahantas 2, bossu de notre Dame 2, belle et la bête 2...)
L´histoire suit bien l´histoire du 1 et de voir comment Simba arrive à gérer son passé, tout en essayant d'être un bon roi en suivant les traces de son père, et père (bien que surprotecteur , mais vu son histoire, je ne peux pas lui en vouloir.)


20/02/2021 à 13:35

Moi j'aime bien le Roi Lion 2.

Plus
votre commentaire