Pixar est obligé de faire des suites et le boss Pete Docter explique pourquoi

Antoine Desrues | 7 janvier 2021
Antoine Desrues | 7 janvier 2021

Alors que Soul est disponible sur Disney+, le directeur de Pixar Pete Docter est revenu sur la stratégie du studio, et son besoin de sécurité économique.

Si Pixar s’est rapidement imposé comme l’un des studios les plus brillants et importants de ce début de siècle, la décennie passée a indubitablement mis un frein à son âge d’or. La firme a certes sorti quelques grands films durant ces dix dernières années (Toy Story 3Vice Versa ou Les Indestructibles 2 pour ne citer qu’eux), mais ses créations originales et leur imaginaire débridé ont pris une moindre place au fil du temps. De 2010 à 2020, Pixar a sorti pas moins de treize longs-métrages, dont sept ont été des suites.

Dans un portrait de The Hollywood Reporter, Pete Docter, le nouveau chef de création du studio (en plus d’être l’un de ses réalisateurs phares, avec Monstres & CieLà-haut ou encore le récent Soul) a admis que les suites ont été un peu trop présentes dans le planning de Pixar. Pour autant, si l’auteur a toujours été en quête d’histoires originales, les suites et autres spin-offs sont devenus essentiels pour maintenir la balance économique de la société.

 

photoOn va s'en payer une tranche...

 

“Par le passé, nous avons eu une grande quantité de suites, trop d'un coup. Maintenant, nous avons plein d’idées originales, pour lesquelles je suis très excité, mais pour la sécurité financière, nous devrions sans doute ajouter quelques suites là-dedans. Parfois c’est dur, parce que les projets créatifs ont leur propre vie, et ils peuvent bien s'envoler ou non”, a-t-il expliqué.

A priori, cela peut faire mal de voir une telle tête pensante se transformer en bon petit soldat corporatiste, mais la situation est bien plus complexe. D’un côté, Pete Docter a dû prendre la direction de Pixar en urgence, suite au départ du grand manitou John Lasseter à cause d’accusations pour des comportements inappropriés. Si d’aucuns ont pu considérer le réalisateur de Toy Story comme l’âme du studio, son renvoi a clairement laissé un vide qu’il a fallu combler.

De l’autre, la prospérité de la lampe sautillante lui a permis d’ouvrir ses portes, notamment à des talents venus de cultures diverses, afin de dépeindre des univers plus inclusifs. Le court-métrage Bao de Domee Shi, et son histoire centrée sur une mère sino-canadienne, en a sans doute été l’exemple le plus probant. Néanmoins, il est maintenant essentiel pour Pixar de maintenir à flot cette expansion, qui a d’ailleurs coïncidé avec celle de Disney.

 

photoToujours plus vite, toujours plus loin, toujours plus fort ?

 

Par ailleurs, les chiffres ne mentent pas, et les suites de Pixar ont souvent connu un succès public conséquent, même lorsque la critique n’a pas été au rendez-vous. Les Indestructibles 2 et Toy Story 4 sont même devenus les deux plus gros succès au box-office mondial du studio d’animation, avec plus d'un milliard de dollars de recettes au compteur.

Et puis, il ne faut pas oublier que Pixar a su être poussé dans ses retranchements, à commencer par Pete Docter. Si la société a toujours su construire des récits à même de toucher les enfants et leurs parents, le réalisateur de Vice-Versa a osé plus d’une fois traiter de thématiques complexes pour un jeune public, qu’il s’agisse de la vieillesse ou de nos émotions brutes. Dans ce domaine, Soul a clairement été une note d’intention inégalée, tant le film s’est permis un niveau d’abstraction encore jamais atteint par le studio. À Ecran Large, la démarche a beau ne pas nous avoir totalement convaincus, on n'a pu que reconnaître la prise de risques.

Il paraît donc évident qu’un projet comme Soul peinerait à voir le jour sans une contrepartie rassurante comme Toy Story 4. Pixar a été embarqué dans l’expansion florissante de Disney, et a dû très vite s’adapter aux desiderata de son nouveau PDG, Bob Chapek, et sa volonté de mettre en valeur la plateforme de streaming Disney+. La multinationale a d’ailleurs annoncé de nombreux projets sur son service liés aux franchises Pixar, à l’instar d’un spin-off de Toy Story, intitulé Lightyear.

 

photoVers le streaming et au-delà

 

“On nous a demandé tôt cette année de travailler notre jeu et de produire plus. Donc on est passé au niveau supérieur, et on fait en gros autant pour le streaming que pour la salle”, a déclaré Pete Docter.

Pour ceux qui craignaient que Pixar n’ait pris un rythme de production trop important, il semblerait que la situation va encore s’accélérer. 2020 a d’ailleurs été une année marquée par la sortie de deux œuvres du studio (En avant et Soul), au point de rapprocher son planning de celui d’une autre possession de Disney : Marvel. En attendant, le cas Pixar s’avère particulièrement révélateur de la franche transition opérée par Disney en matière de production. Reste maintenant à savoir si Pete Docter saura conserver sa créativité et celle de ses équipes dans ce contexte qui lui semble peu favorable.

Et puisqu’il n’y a pas que Pixar dans la vie, on a concocté un joli dossier autour de 10 films d’animation aussi passionnants pour les marmots que leurs parents.

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commentaires

DjFab
07/01/2021 à 19:01

C'est une manière de dire que Disney les a forcé à faire des suites pour faire un max d'argent !

reth
07/01/2021 à 17:10

Ha le fameux avant c'était mieux. C'est surement vrai. Quand un film ne rapportait pas d'argent il suffisait d'aller a la chasse au mammouth pour manger. La réalité économique était surement différente dans les montants réclamés par les producteurs mais quoi qu'il en soit pour continuer il faut gagner de l'argent.
PS: ayant dépassé le demi-siècle a titre personnel, non avant ce n'était pas forcément mieux. Différents seulement.

Moyen
07/01/2021 à 16:30

Avant pour faire un film, ils ne se posaient pas autant de questions.
Ils faisaient et point barre, ça ne marchait pas autant que prévue tant pis c'était au moins créatif !
Le nombre d'entrée ne reflète en rien la qualité d'un film, c'est du marketing/pub et du bouche à oreille, mais à la sortie combien on réellement aimé le film .
Dommage qu'ils pensent ainsi à présent et que le pognon a tout gagné.

Ankytos
07/01/2021 à 15:56

D'accord avec reth, cela semble un discours assez franc et empreint de réalisme tout en ménageant la part d'innovation nécessaire à la création. Si tous les producteurs ou studios avaient la même démarche, à savoir produire des "coups sûrs" peu innovants pour se permettre des projets plus risqués à côté, je serais moins agacé par les pléthoriques suites/reboot/remakes/franchises.


07/01/2021 à 15:54

En mettant ces films sur la plate forme, ils ont déjà perdu ma voie. Bon on s'en fout, c'est une de moins sur des millions.

reth
07/01/2021 à 15:01

Je trouve les propos de Pete Docter cohérent et honnête. Economiquement parlant compréhensible. D'autant qu'une suite reste, chez pixar, de bonne qualité. Si cela permet de faire des création s + risqués pourquoi refusé. Certains acteurs font cela depuis longtemps.

Antoine Doisnel
07/01/2021 à 14:49

L

Antoine Doisnel
07/01/2021 à 14:49

La fin de Soul est elle ce qu'elle est afin d'appeler une suite celons vous ?

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