Retour sur le bide monumental du mal-aimé Taram et le chaudron magique, un film d'animation renié par Disney et largement oublié du public.
Taram et le chaudron magique est arrivé à l’affiche en 1985, mais ce 25e classique d'animation des studios Disney a mis près de 14 ans à trouver le chemin des salles, à cause d’une production harassante qui a bien failli achever Mickey avant qu’il devienne l’ogre hollywoodien qu’on connaît. Le long-métrage de Richard Rich et Ted Berman est aujourd'hui encore considéré comme un des pires films du catalogue animé de la compagnie aux grandes oreilles et se cache depuis dans l'ombre des plus gros succès de la firme comme Le Roi lion, Aladdin ou La Reine des neiges.
Si le film n'est effectivement pas à la hauteur de toutes les attentes qui reposaient sur lui, c'est avant tout parce qu'il est le résultat défectueux d'un studio alors en pleine mutation, qui ne lui a laissé pratiquement aucune chance de succès.
Une histoire qui va mal tourner
CHRONIQUE D'UN BIDE ANNONCÉ
Les prémices de ce naufrage remontent ainsi à 1971, quand la compagnie a récupéré les droits des Chroniques de Prydain, un cycle de dark fantasy en cinq volumes signé Lloyd Chudley Alexander. Avec l’arrivée sur grand écran d’Harry Potter, Le Seigneur des Anneaux ou Narnia, on sait aujourd’hui qu’adapter de longues et populaires sagas littéraires au cinéma est un pari qui peut s’avérer aussi risqué que payant.
Mais à l’époque, Disney ne souhaitait réaliser qu’un seul film et avait pour habitude de s’appuyer sur des contes ou histoires peu denses qu’il pouvait remanier sans s’attirer les foudres d’une communauté de fans pré-existante. Le studio n’a donc probablement pas suffisamment mesuré l’ampleur de la tâche qui l’attendait pour trier et condenser une mythologie fantastique étalée sur un millier de pages en seulement 80 minutes.
Taram a rampé un bon moment pour arriver au ciné
Pour ne rien arranger, la mort de Walter Disney en 1966 a laissé Mickey orphelin et peu de projets d’envergure ont donc été lancé durant les deux décennies suivantes. Ces années moins productives ont marqué l’âge de Bronze de la société, une période où les films étaient globalement moins bien reçus que leurs aînés, avant d’être réhabilités… À l’exception de Taram qui est resté au placard.
Le projet d’adaptation a donc traîné dans un tiroir pendant deux ans avant de raviver l’intérêt de la compagnie, sous l’impulsion de Frank Thomas et Ollie Johnston. Avec Taram et le chaudron magique, ces deux membres des 9 Sages de Disney (des artistes désignés par Walter Disney à la fin des années 40 comme nouveaux gardiens du temple) pensaient avoir trouvé le nouveau Blanche-Neige et les Sept Nains, capable de marquer toute une génération et de renouer avec le Premier Âge d’or du studio (de 1937 à 1942). Bien évidemment, ça a foiré.
Quand Disney fait du travail de cochon
THE OLD GUARD
En plus de s’embarquer à reculons dans une adaptation des plus ambitieuses, la production a été sabotée par un combat de coqs entre l’ancienne garde du studio, dont les plus vieux étaient présents depuis Fantasia, et la nouvelle génération embauchée au début des années 70, dont faisait partie Don Bluth, précédemment nommé directeur de l’animation sur Les Aventures de Bernard et Bianca. Ce nouveau talent très prometteur et son ascension au sein de la compagnie n’ont donc pas manqué de vexer les vétérans du studio, qui se voyaient comme les successeurs légitimes des 9 Sages.
Bluth devait donc se charger de la réalisation, mais en 1978, Ron Miller (le gendre de Walter Disney) est arrivé à la tête de Walt Disney Pictures et a estimé que Bluth et son équipe n’étaient pas encore assez expérimentés pour prendre les rênes d’un projet aussi important. Il l'a donc retiré du projet, tout en décalant la sortie de quatre ans (de 1980 à 1984) pour donner la priorité à Rox et Rouky, réalisé par Ted Berman, Richard Rich et Art Stevens, qui a notamment marqué la dernière collaboration des 9 sages encore en activité.
Taram et le chaudron magique ou le film sacrifié par Disney
Sentant qu’il ne parviendrait pas à s'imposer face aux anciens de Disney et mécontent des productions en cours, Don Bluth quitta le royaume désenchanté à la fin des années 1970 pour fonder son propre studio, emportant dans ses bagages plus d'une dizaine d'animateurs et réduisant donc grandement les effectifs de la maison de Mickey. Peu de temps après son départ, le réalisateur a donné une interview au Los Angeles Times dans laquelle il a déclaré :
"On était juste un groupe qui aimait l'animation et qui avait le sentiment qu'elle s'était dissoute en quelque chose d'assez inepte. On voulait que les choses fonctionnent, mais il est difficile de remodeler une vieille société. C'est comme essayer de plier un vieux chêne."
Il réalisa par la suite plusieurs films à succès comme Brisby et le secret de NIMH, Fievel et le trésor perdu ou encore le très estimé (surtout dans cette rédaction) Petit dinosaure et la vallée des merveilles, tandis que sa maison de production devint un sérieux concurrent pour la compagnie aux grandes oreilles.
Disney a boudé Don Bluth et a sûrement regretté
Taram et le chaudron magique ne s'est donc remis sur les rails qu'en 1980, avec l’arrivée du vétéran Joe Hale à la production, mais également du nouveau venu John Musker (futur co-réalisateur de La Planète au trésor ou Hercule) à la réalisation, ainsi que du jeune Tim Burton au design des personnages. Mais les conflits internes ont refait surface au moment où les réalisateurs de Rox et Rouky ont été greffés à la production, les anciens s'opposant aux nouveaux en voulant un long-métrage plus classique et conforme à la marque Disney. Les dirigeants leur ont donné gain de cause, provoquant le départ de Musker (parti sur Basil, détective privé) et laissant en partie l'ancienne garde décider de la direction du projet, pourtant censé être novateur.
HORROR PICTURES SHOW
Malgré le départ de Don Bluth et John Musker, l’objectif de Ron Miller était bien de se moderniser en se démarquant des précédents films, avec une ambiance beaucoup plus mature et épique. À cette époque, les films d'aventures à effets spéciaux cartonnaient au cinéma, notamment Les Aventuriers de l'arche perdue, ou Star Wars, et attiraient les adolescents que Miller a donc voulu intégrer au public cible, à l'instar de TRON, quelques années plus tôt.
Une fois attachés à la production, Ted Berman et Richard Rich sont cependant retombés dans une certaine zone de confort, reprenant des standards de l'animation Disney. Si aucune chanson n'a été ajoutée et que le film est fondamentalement plus lugubre que les précédents, avec une ressemblance évidente au Seigneur des Anneaux de J.R.R Tolkien, les personnages drôles et extravagants pensés par Burton ont laissé place à des protagonistes beaucoup plus sérieux et quelconques, dessinés par Milt Kahl, un des 9 Sages sorti de sa retraite, qui avait travaillé sur Pinocchio, Bambi, Cendrillon ou encore Alice au pays des merveilles.
Si la forme est retournée à un style plus consensuel, le film se risquait malgré tout à raconter une histoire un peu moins enfantine en présentant des séquences plus horrifiques autour du Prince des Ténèbres et de la résurrection de son impressionnante armée de morts.
Une des nombreuses planches de Burton
Cette audace a pris un sérieux coup dans l'aile en 1984 avec l'arrivée de Jeffrey Katzenberg à la tête de Walt Disney Pictures et de Roy Edward Disney au poste de directeur du département d'animation. Tous deux n'avaient pas de grand intérêt pour Taram et le chaudron magique ou même l'animation, et lors des projections, Katzenberg a exigé un nouveau montage pour supprimer les scènes les plus violentes (12 minutes de coupe environ d'après le producteur), au détriment de l'intrigue et des arcs narratifs déjà peu étoffés des personnages. La rumeur veut même qu'il se soit enfermé dans la salle de montage pour retirer lui-même les passages qui le dérangeaient, au grand dam des animateurs et de Joe Hale.
Plusieurs scènes ont ainsi dû être réanimées et la production gonfla en panique les effectifs pour tout terminer dans les temps, au point de laisser passer plusieurs erreurs techniques, certains renforts n'étant pas suffisamment formés. Au final, le film jongle inévitablement sur un mauvais équilibre en étant peut-être trop effrayant pour les jeunes enfants, mais pas assez épique du tout pour les adolescents et jeunes adultes, malgré son classement PG, une première pour Disney.
Photo rare des animateurs de Taram et le chaudron magique quelques semaines avant la sortie
CHAUDRON ROUILLÉ
Taram, qui se voulait comme le renouveau du studio, est malheureusement un film tiède, qui pèche par sa trame simpliste et ses nombreux personnages atrocement inutiles, en particulier le Seigneur des Ténèbres, qui ne fait rien de tout le film à part parler et marcher lentement pour se donner un air grave et inquiétant, avant de mourir aussi bêtement qu'un insecte dans un attrape-mouche. Taram est quant à lui un piètre héros, qui n'a aucun mérite, tandis que ses amis peinent à trouver leur place dans un récit qui n'a tout simplement pas besoin d'eux.
Mais le film brille heureusement par sa technique, son esthétisme et la richesse de ses décors, qui n'ont d'ailleurs pas manqué de faire suer les animateurs. Quand Don Bluth était encore sur le projet, il s'est lui-même rendu compte du boulot que l'adaptation allait demander, mais aussi des moyens qu'il faudrait déployer pour la réaliser. Pour ne rien arranger, il a été décidé que le film se ferait sur une pellicule de 70 mm, un procédé désuet chez Disney qui n'avait pas été utilisé depuis La Belle au bois dormant (et qui sera définitivement abandonné juste après), tandis que l'imposante caméra multiplane du studio a été ressortie pour donner plus de profondeur aux dessins.
La goutte d'eau qui fait déborder le chaudron
Ces ambitions ont demandé un effort dantesque de la part des équipes, en plus d'un scénario sans cesse aseptisé, découpé, ajusté et recollé dans tous les sens durant presque tout le processus de fabrication. Si bien qu'un an avant la date de sortie, le film a été repoussé à 1985, alors même que la production avait déjà été ralentie par la grève des animateurs quelque temps auparavant.
Voyant probablement le drame se profiler, Joe Hale a voulu attirer le public en usant des nouvelles technologies à l'instar des films populaires des années 1980, ce qui fait de Taram et le chaudron magique le premier film d'animation sorti en salles comprenant des images numériques, en plus d'éléments filmés en live, comme la fumée verte qui s'échappe du chaudron.
Si l'idée d'une projection holographique pour faire surgir les cadavres hors de l'écran a été jugée trop complexe et coûteuse à mettre en place, l'utilisation d'inserts par ordinateur et l'enregistrement du son en Dolby ont malgré tout fait grimper le budget à près de 44 millions de dollars (hors inflation), alors qu'il était au départ estimé à seulement 15 millions, hors frais marketing. Le film maudit a donc gagné le trophée de la production la plus chère du studio à l'époque, alors même qu'elle n'a rapporté que 21 millions à domicile (hors inflation).
UN MAL POUR UN BIEN
La production de Taram et le chaudron magique a donc tué dans l'oeuf tout espoir de succès, mais les conséquences auraient pu être beaucoup plus dramatiques pour Disney. Les deux anciens patrons, Michael Eisner et Jeffrey Katzenberg, considéraient en effet l'animation comme une perte de temps et d'argent. À leur arrivée au sommet du château, les deux hommes entendaient plutôt relancer les sorties de films en prises de vue réelles, allant de pair avec la création de la filiale Touchstone Pictures, qui donna un bon gros coup de fouet à la compagnie.
Alors que les animateurs de Taram ont dû déménager en bas de la rue après que leur bâtiment ait été reconverti en bureaux pour les productions de films live, le nouveau mot d'ordre était de faire des films animés moins chers et plus rapide à réaliser, après le calvaire que venait de traverser la firme. Le studio a d'ailleurs eu honte de son oeuvre, au point où les fans ont dû se mobiliser pour la sortie VHS du film en 1998.
Une réputation au ras des pâquerettes
En plus de symboliser la lutte idéologique entre les doyens et une nouvelle génération qui a redoré le blason de l'écurie Disney les deux décennies suivantes (au même titre que Rox et Rouky), Taram et le chaudron magique a aussi marqué la fin d'une certaine conception plus artisanale du studio. Une stratégie qui a fonctionné par la suite avec des succès toujours très populaires comme La Petite Sirène, La Belle et la Bête, Aladdin ou Le Roi Lion, qui ont d'ailleurs tous eu droit à leur projet de remake en live action.
Si Taram est difficile à réhabiliter malgré quelques qualités indéniables, Les Chroniques de Prydain pourraient néanmoins refaire un passage sur grand écran 35 ans après le flop de leur première adaptation. Disney aurait en effet en tête d'inclure la franchise à son interminable liste de remakes live, en espérant donc que la firme ne réalise pas l'exploit de faire encore pire.
La suite est réservée à nos abonnés. Déjà abonné ? Se connecter
Ce qui est bien avec Disney+, c’est que l’on peut voir et revoir les classiques sans dépenser un rond autre que l’abonnement.
Parce que franchement, si j’avais payé pour voir ce film, je l’aurai eu mauvaise.
Je comprend l’échec critique et public de cette chose, il n’y a RIEN qui va dans ce film. Je dirai même que c’est un exemple de ce qu’il ne faut pas faire dans un film.
Deja, c’est juste un segment d’une saga. On ne connait ni le lieu, ni le contexte. Les personnages n’ont aucun passé, aucune caractérisation, ils n’ont aucun charisme. Le meilleur personnage, c’est le chaudron, c’est dire.
Le héros est juste un gamin sans ambition, craintif, immature et qui refuse même à la fin d’évoluer et de quitter sa ferme. Pour le souffle épique, on repassera.
La bestiole poilue est elle une publicité vivante pour l’euthanasie des animaux domestiques. Il ne dégage aucune sympathie. Le barde est complètement inutile, de même que le quota de princesse obligatoire.
On dit que le film est réussi quand le méchant l’est mais là, ce n’est pas le cas. L’antagoniste n’a aucun charisme, aucune originalité. Sa psychologie est au degré zéro. On est juste dans le « regardez moi comme je suis méchant ah ah ah ! ». Pathétique.
Quand à la truie, elle a fait un excellent barbecue par la suite vu son utilité puisqu’elle disparait aux deux tiers du film.
Disney a par la suite foiré certains de ses films mais au niveau de Taram, jamais. le film est très mal équilibré. Trop effrayant pour les plus jeunes, trop mièvre pour les ados et la source d’une dépense inutile pour les parents. S’il doit y avoir un remake, laissons faire Tim Burton au moins…
Le pire c’est que ce dessin animé est peut être une des choses les plus réussi de Disney! (en terme qualitatif… mais il est vrai qu’en 1985 on entrait dans une époque ou le dessin animé allait évoluer! Pourtant, dans les années suivantes, Disney a balancé des trucs encore plus nazes et miteux que ce Taram en la matière!)
Et dans cette époque actuelle ou la souris aux grandes oreilles nous abreuve de remakes et films en live… le plus souvent foireux, celui-ci est certainement le mieux placé pour offrir une idée de reprise intelligente et permettre de réhabiliter ce film « mort-né » et qui pourtant avait des choses à offrir au jeune public!!!!!!
Idem je l’adorais quand j’étais gosse. J’aimais aussi beaucoup Merlin et j’ai appris sur EL que ça avait été un bide à l’époque. J’étais persuadé qu’ils avaient été des grands succès en salle.
Un de mes préférés de Disney lorsque j’étais gamin. Je ne savais pas que ça avait été un échec.
Je ne connais pas l’oeuvre d’origine, et j’ai peu de mémoire du dessin-animé mais dans mes souvenirs ce n’etait pas nul du tout, et si c’est bien le cas c’est vraiment dommage qu’il ait été un bide.