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La Planète au trésor : le plus triste et gros échec de Disney

Par Prescilia Correnti
12 septembre 2020
MAJ : 21 mai 2024

Mal-côté, sous-estimé, oublié, La Planète au Trésor représente l’un des plus gros échec de Disney. Mais pourquoi tant de haine ?

La Planète au trésor, un nouvel univers : photo

Mal-côté, sous-estimé, presque oublié et resté trop longtemps dans l’ombre des plus populaires films Disney, La Planète au Trésor représente l'un des plus gros échecs de Disney. Mais pourquoi tant de haine ?

Nous sommes en 2002. C’est l’année de sortie de Spider-Man, Lilo et Stitch, Meurs un autre jour, Panic Room ou encore Harry Potter et la Chambre des secrets. Mais 2002, c’est aussi l'arrivée d’un long-métrage Disney qui aura mis plus de dix longues années à se faire : La Planète au Trésor.

Réalisé par Ron Clements et John Musker, le 43e film d’animation des studios Disney avait tout pour réussir : un duo de réalisateurs qui avaient, par le passé, prouvé leur talent en nous livrant La Petite Sirène, Aladdin ou encore Hercule, un casting plus que solide composé de Joseph Gordon-Levitt et Emma Thompson et une confortable enveloppe budgétaire de 140 millions de dollars.

Malheureusement, cette adaptation libre du livre de Robert Louis Stevenson ne récoltera pas le succès escompté. La Planète au trésor, un nouvel univers devient à sa sortie en salles l'un des plus gros échecs de Disney derrière Merlin l'Enchanteur (22 millions de dollars), A Goofy Movie (35 millions de dollars) ou encore Milo sur Mars (38 millions de dollars). Mais pourquoi est-ce que ça a autant bidé ?

 

photo"Tu vois au loin ? C'est notre renommée disparue dans les étoiles"

 

LA TÊTE DANS LES ÉTOILES 

La Planète au trésor, un nouvel univers c’est avant tout le pari d'une réalisation folle : une adaptation ambitieuse et futuriste du livre de Robert Louis Stevenson qui aura pris énormément de temps à se réaliser. À l'instar du roman, on y retrouve un jeune adolescent, du nom de Jim Hawkins (Joseph Gordon-Levitt), plus âgé et plus rebelle que son homologue dans les livres, qui a grandi en lisant des romans d’aventures sur le légendaire Capitaine Flint. Un corsaire à la renommée intergalactique qui s’est fait connaître pour ses raids sur les navires et pour avoir entreposé un trésor inestimable, récolte de toute une vie de piraterie, dans un endroit connu que de lui-même : la Planète au trésor. 

Des années plus tard, le jeune garçon a bien grandi, mais ses rêves d’enfant ne l’ont pas abandonné. À la suite d'une terrible succession d’évènements, la taverne de sa mère se voit pillée et brûlée, Jim parvient à récupérer une étrange sphère dorée qui, selon son ancien possesseur, serait la carte qui le mènerait à la légendaire Planète au trésor. L’aventure commence. 

 

photoQuand t'arrives à allumer le projecteur de ta classe 

 

Ce rêve d’adapter en un film d’animation une histoire aussi passionnante a longtemps animé deux ténors des rangs de Disney : Ron Clements et John Musker, qui depuis 1985 n'ont cessé de batailler pour porter ce projet sur grand écran. Le duo de réalisateurs a transformé le monde du long-métrage d'animation (et accessoirement la fortune de la Walt Disney Company) tout au long des années 1990. De La Belle et la Bête au Roi Lion, leurs œuvres ont été acclamées par des millions de spectateurs, ont établi des records au box-office et ont remporté une multitude d'Oscars pour leur talent artistique inégalé.

Au tout début de l'histoire, c’est Ron Clements qui a eu l'idée et qui a décidé d'attirer Musker à bord après leur travail commun sur Basil, détective privé en 1986. Clements a alors présenté son projet sur un film de "l'île au trésor dans l'espace" lors de la même réunion où lui et Musker ont présenté La Petite Sirène. Les deux acolytes y croyaient dur comme fer, mais ils étaient les seuls. Michael Eisner, le PDG de Disney de l’époque a grosso modo dit non. 

 

photoRon Clements et John Musker avant de se faire remballer par Disney

 

"C’est trop fou, on croirait une suite à Star Trek, les gens ne comprendront pas"  aurait-il clamé.Néanmoins, il pensait aussi que La Petite Sirène ne marcherait pas non plus, car : "c’est une suite de Splash." 

Puis, La petite Sirène est sortie, le succès a été au rendez-vous et les négociations ont de nouveau été lancées. Voilà que Ron Clements et John Musker évoquent de nouveau l’envie de porter La Planète au Trésor au cinéma, mais cette fois c’est Jeffrey Katzenberg, ancien directeur de la branche animation de Disney, qui le leur refuse. Tant pis. 

Ils ont donc continué leur bout de chemin et ont sorti Aladdin. Énième succès de Disney, le studio est de nouveau tout simplement subjugué par leur travail commun. Rebelote, le duo de réalisateurs retente leur chance, et c’est encore un non. Bouleversé, Ron Clements prend le taureau par les cornes et va s'adresser directement à Roy Edward Disney, neveu de Walt Disney et alors président de la Walt Disney Company (personne influente dans la maison, puisqu'il avait évincé Ron Miller du poste de PDG, et qu'il fera de même avec Eisner.)

 

photoClements face aux PDG de Disney en réunion

 

Roy E. Disney avait deux traits de caractère très importants qui allaient lui permettre d'approuver La Planète au trésor : un œil pour les projets innovants, mais risqués (Fantasia 2000, autre flop du box-office, en est l'exemple parfait) et une aversion pour Katzenberg. Alors si Jeffrey Katzenberg a rejeté La Planète au trésor, raison de plus de s'y intéresser de très près.

Qui plus est, nous sommes au début des années 2000, et Disney cherche à se défaire de sa formule qui a valu à les faire connaître. Avec Tarzan (1999) le studio essaie quelque chose de différent musicalement parlant. Sauf qu’il est bien difficile pour le studio aux grandes oreilles de trouver ce qui pourrait plaire au public, comme à l’ensemble de l’industrie. Il a donc soutenu Musker et Clements.

Alors, lorsque vint le moment de renouveler leur contrat en 1995, Musker et Clements - qui étaient pourchassés par les studios d'animation en pleine expansion de DreamWorks et de Warner Bros - acceptent de rester chez Disney Animation à une seule et unique condition : concrétiser leur projet et réaliser le film qu'ils poussaient depuis plus d'une décennie. 

En gros, les deux plus grands réalisateurs de Disney étaient fous du concept et ont fini par obtenir ce qu'ils voulaient grâce aux résultats du box-office des films Disney les plus rentables de l'époque.

 

photo Métaphore de Clements et Musker courrant derrière Disney

 

PROBLÈME D'ÉCOUTILLE

Un projet qui a été mûri aussi longuement par ses réalisateurs ne peut pas se rater ? Alors à partir de quel moment le film a foiré et a vrillé au carnage ? Au moment de la sortie du film, l'animation 2D était en voie de disparition et les techniques lourdes employées par Clements et Musker étaient de plus en plus coûteuses. 

La finesse visuelle du long-métrage est due en partie au fait qu'il a fallu près de deux décennies pour la mettre en production. Le film mélange l'animation CGI et l'animation traditionnelle, ce que de nombreux réalisateurs d'animation de l'époque ont tenté de faire. Bien qu'il ne soit pas toujours parfait, le résultat semble plus cohérent avec l'aspect général du film en raison du cadre et du genre. 

L'équipe de production de La Planète au trésor, un nouvel univers avait adopté une approche traditionnelle à 70 % et de science-fiction à 30 %, tant pour l'atmosphère visuelle du film que pour sa bande-son. En résulte des paysages spatiaux balayés, imprégnés des éléments chaleureux des illustrations de livres de contes du début du XXe siècle, une partition orchestrale nautique en plein essor juxtaposée à des riffs de guitare électrique et des extraterrestres portant des boucles et des ceintures d'inspiration victorienne - un mélange de choix éclectiques fusionnés de manière étonnante.

 

photoCroquis de ton pote dramaturge

 

"Si nous avions fait le film il y a 17 ans, nous n'aurions pas pu faire le film que nous avons réellement fait", a déclaré Musker dans une interview à SciFi en 2002. "Nous aurions simplifié le bras [De Silver, animé par ordinateur] et nous n'aurions pas eu de plans où Jim vole sur son hoverboard bricolé. Nous sommes donc heureux d'avoir attendu que la technologie nous rattrape."

Ce mélange d'éléments de design traditionnels et de science-fiction, d'animation traditionnelle et d'animation par ordinateur, place le long-métrage dans une catégorie visuelle comme aucun autre film de Disney. C'est l'un des films les plus beaux visuellement du studio, et certainement un film qui utilise efficacement son support pour repousser les limites du genre.

Même les plus beaux films Disney précédents - la cathédrale méticuleusement peaufinée et détaillée dans Le Bossu de Notre-Dame, la savane balayée pleine de chaleur du Roi Lion ou la salle de bal illuminée dans La Belle et la Bête - étaient ancrés dans une certaine réalité, certaines attentes du genre. La Planète au Trésor, quant à lui, a pris le chemin des étoiles et a créé un monde encore jamais vu dans un film d'animation auparavant.

 

photoTon daron quand il a réparé le radiateur du salon 

 

Le long-métrage de Clements et Musker est un délice visuel, une capsule temporelle du début des années 2000 qu'aucun autre film d'animation de l'époque n'a attend jusque là. Il repousse avec audace et sans détour les limites visuelles du genre, comme aucun autre film de Disney ne l'a fait depuis. Mais le fait est que La Planète au trésor est un raté, l'une des dernières entrées dans le pivot d'action-aventure et de science-fiction de l'animation du début des années 2000, qui n'a jamais tout à fait trouvé sa place. Si elle avait réussi, peut-être que les années suivantes d'animation auraient pris un autre ton, une autre tournure.

La raison ? Disney savait où l'argent allait. Les films d'animation en 3D de Pixar et Dreamworks faisaient un tabac au box-office et dans les critiques. La technologie utilisée pour les films d'animation entièrement en 3D comme Toy Story était moins chère et prenait moins de temps que le démarchage en profondeur avec l'animation traditionnelle par-dessus.

 

photoLe personnage qui hantait tes nuits petit 

 

Alors, pourquoi continuer à dépenser plus de temps et d'argent que nécessaire pour animer quelque chose d'aussi détaillé et réfléchi alors que vous pouvez aller animer un film entier avec des images de synthèse plus rapidement et à moindre coût ? Malgré la sensation de chaleur et de fluidité de l'animation traditionnelle que les films en 2D ont apportées au fil du temps, l'échec de la configuration de La Planète au Trésor a clos le débat. Les films d'animation Disney en 2D ont diminué par rapport à leurs homologues en 3D, jusqu'en 2011 où le film d'animation traditionnel Winnie l'Ourson a été le dernier film en 2D dans une vague de Disney CGI.

Enfin, pour l'anecdote l’un des aspects les plus intéressants de La Planète au trésor est que le duo, Ted Elliott et Terry Rossio, ceux derrière la trilogie Pirates des Caraïbes, avait élaboré un premier jet de scénario. Ils ont révélé qu'ils avaient fait une ébauche de scénario pour les réalisateurs Ron Clemens et John Musker juste après avoir terminé Aladdin, mais que celle-ci avait été mise en veille. Depuis, plus de son ni d'image.

 

photoMeilleur duo "père-fils", on ne veut rien entendre 

 

CRASH À L'ARRIVÉE

La Planète au trésor a bénéficié d’un budget de production de 140 millions de dollars pour un budget marketing s'élevant à 40 millions de dollars. À domicile, le film a entamé son exploitation le 27 novembre 2002, lors du fameux week-end de Thanksgiving. Débutant sa course au box-office à la quatrième place, La Planète au trésor a déçu pour son premier week-end dans les salles avec seulement 16,5 millions de chiffre d'affaires.

En fin de course, La Planète au trésor n'a engrangé que 38,1 millions de dollars. Pour donner une idée, le film n'a même pas réussi à dépasser de vieux films Disney comme Oliver et Compagnie ou The Great Mouse Detective tous sortis dans les années 1980. C'était donc clairement un bide. 

À l'étranger, La Planète au trésor s'en sort (un peu) mieux. Notamment en France et au Royaume-Uni qui sont les deux pays qui lui ont rapporté le plus avec 16,8 millions de dollars de recettes dans l'Hexagone et 10,1 millions en Grande-Bretagne. Globalement, le 44e long-métrage Disney a récolté 71,4 millions de gain à l'étranger. Avec un chiffre d'affaires mondial d'un peu plus de 109,5 millions de dollars, et une perte pour Disney se chiffrant, grosso modo, à 40 millions de dollars, La Planète au trésor est devenu l'un des plus grands flops de Disney. 

 

photo"On avait pourtant un bon projet"

 

Avec un bon petit budget marketing de 40 millions consacrés uniquement pour sa promotion, il est difficile de comprendre comment et pourquoi le film s'est autant planté. "Peut-être n'avons-nous pas fait un assez bon travail pour inciter le public à venir" déclarait le président de Disney estimant même que le film était peut-être "trop sérieux dans son aspect global et dans son marketing. Nous aurions peut-être dû mettre l'accent sur d'autres éléments pour le rendre amusant et excitant".

Il est bien là le problème : le principal facteur en réalité se porte sur la concurrence. L’entreprise aux grandes oreilles a sûrement sous-estimé l’ampleur de la franchise qu’allait devenir Harry PotterAlors que le film était déjà à sa troisième semaine d’exploitation dans les salles, le public cible du film, composé de jeunes enfants et d'adolescents, n'avait probablement aucune idée de ce qu'était réellement La Planète au trésor. Les jeunes étaient plus enclins à acheter des billets pour un film dont ils avaient déjà entendu parler.

 

photoClements et Musker face au résultat du box-office 

 

À la suite de cet échec cuisant, une théorie a longtemps circulé selon laquelle Disney aurait délibérément mal géré la sortie espérant que le film exploserait. Ainsi, ils pouvaient s'en servir comme excuse pour finalement arrêter de travailler sur des films d'animation traditionnels au profit de films d'animation par ordinateur et ainsi licencier des centaines de personnes. 

Si le public cible était attiré par les animations informatiques de pointe, Disney a prouvé que cela n'avait pas vraiment d'importance, après que Lilo et Stitch (qui a eu l'une des meilleures campagnes de marketing de tous les films de Disney avec près de 80 millions de dollars) ait connu un succès retentissant au début de l'année.

En comparaison, Lilo & Stich a engrangé pour son premier week-end d'ouverture 35 millions de dollars. À quelques milliers de dollars, on était au résultat domestique total de La Planète au trésor. Au cours de ses semaines d'exploitation, Lilo & Stich a terminé avec 145 millions de recettes aux US, 127 millions à l'étranger et 273 millions à l'international. 

 

photoDisney, désormais hermétique aux projets trop ambitieux 

 

Dans l'ensemble, l'animation SF est un genre risqué et le public a évité les films comme Final Fantasy : Les Créatures de l'esprit (notre dossier par ici), Titan A.E., Astro Boy, tandis que des longs-métrages comme Monstres contre Aliens et WALL·E ont eux clairement attiré les foules. Ces derniers seraient plutôt considérés comme des erreurs dans la matrice bien que cela soit probablement dû au fait que ces films sont beaucoup plus comiques et moins sérieux. Du côté de Disney, depuis Tarzan, les longs-métrages d’animation Disney ne faisaient plus autant l’unanimité, en partie à cause de la venue des dessins animés en images de synthèse et du succès de Dreamworks avec Shrek.

Le 43e long-métrage Disney est donc sorti au moment où le public s’était désintéressé de Disney et préférait se tourner vers d’autres studios de cinéma d’animation. Au final, La Planète au trésor, un nouvel univers était sans doute un peu trop en avance sur son temps, non ? Laissez lui donc une deuxième chance.

 

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Commentaires
19 Commentaires
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wiwi oh wi

#Songe
Oh merci c’est vrai ! C’est tellement la même engeance que je les confonds.
Je vais me refaire Rox et Rouky pour la peine.

Songe

#wiwi
C’est Atlantide de Disney qui est un repompage de
Fushigi no umi no Nadia…
La Planète au trésor n’as aucun rapport

Quelji

Lol il est dans mon top 3!

Heremui

Il est surtout sortie la même semaine que le seigneurs des anneaux les deux tours en plus d’Harry Potter et la chambre des secrets en France en tout cas

Heidi

Nous on l’aime beaucoup celui là, tout comme Merlin l’enchanteur…

Ronrongaming

Moi j’adore ce Disney !

Dydou

Mon Disney préféré

Numberz

Honte pas vu non plus.
Des annees 2000 en sf anime me suis arrêté a titan ae

Flash

Jamais vu et le.pire c’est que j’en avais aucun souvenir avant cet article.

Roger

Ça reste un de mes Disney préféré avec Atlantide, kuzco, hercule, Aladin et vaiana.