Hellraiser en vidéo : édition culte pour une trilogie infernale

Simon Riaux | 12 septembre 2018 - MAJ : 12/09/2018 18:20
Simon Riaux | 12 septembre 2018 - MAJ : 12/09/2018 18:20

Trente ans après la sortie de son premier opus, la saga Hellraiser s’offre une ressortie remarquée et remarquable de ses trois premiers volets, dans un écrin parfaitement sanguinolent.

Le cinéma d’horreur ne manque pas de pépites tourmentées, mais Hellraiser tient une place résolument à part dans ce paysage infernal, et ce malgré quantité de suites de sinistre mémoire. Et c’est d’ailleurs là le premier mérite de ce coffret trilogie : nous rappeler pourquoi l’œuvre et son auteur demeurent des jalons très importants de notre culture cauchemardesque.

 

photoCoffret DVD ou coffret Blu-Ray, tous deux disponibles chez ESC Editions, en partenariat avec L'Atelier d'Image

 

PLAN CRU 

Hellraiser n’a tout simplement aucun équivalent au sein du 7e Art. Ce constat apparaît d’autant plus prégnant que les copies proposées sont magnifiques, et rendront grâce aux pupilles de tous ceux qui regardent ces trois créations inlassablement en DVD depuis des années.

Récit faussement faustien, au sein duquel des hommes et des femmes en quête de plaisirs et de mystères mettent la main sur un mystérieux dispositif, qui convoque devant eux les Cénobites, le récit explose quantité de conventions. Oubliez l’outrance goguenarde des années 80 et ses délires multicolores, Clive Barker introduit ici un bleu tranchant dans une Amérique proto-victorienne et propose une vision de l’enfer sado-maso, renouvelant tous les attendus des clichés sadiens.

Les Cénobites, anges et démons, chirurgiens et esthètes, allient douleur et plaisir dans une danse éternelle et indépassable, piège funeste qui se replie toujours sur ceux qui ont l'outrecuidance de les appeler. Condensé de nos fantasmes, instantané de nos peurs et désirs, autant qu'allégorie d'une société qui célèbre ceux qui écrasent ses membres les plus vulnérables, le récit triture sans vergogne quantité de poncifs et stéréotypes pour en livrer une relecture aussi virtuose que terrifiante.

 

photoOncle Frank, entre comédie de boulevard et meurtre rituel

 

Et si Hellraiser déploie dès ses cinq premières minutes une mythologie à nulle autre pareille, qui mêle comme jamais ultra-violence et sensualité pour aboutir à une forme d’érotisme unique, le metteur en scène sait s’inspirer de son parcours de romancier pour tordre immédiatement les principes établis. Son premier long-métrage se transforme alors pendant près d’une heure en drame petit-bourgeois, avec amant dans le placard et manipulation conjugale, autre structure, viciée à son tour par l’intrusion d’un principe de cannibalisme et une suite de saillies gorasses.

À ce titre, la définition exemplaire des copies confère au retour initial de Frank dans le premier opus une puissance oubliée depuis longtemps. Hellraiser est ainsi une œuvre emblématique des travaux de Barker, mêlant trouble des genres, érotisme, transgression, fascination pour la mutilation, la douleur physique, ainsi qu’une analyse au scalpel de l’intimité humaine.

 

photoLa terrible Configuration Lemarchand

 

FAIRE SUR TERRE

Mais ce coffret est loin de ne valoir que pour la première pépite de Barker et indiscutablement plus grande réussite de la saga. La faute à sept opus scandaleusement nuls, pour ne pas dire abominablement nazes, la franchise se traîne une réputation des plus glauques. Or, le moment est peut-être venu de réévaluer à minima les deux premières suites de Hellraiser.

Le deuxième volet, intitulé chez nous Hellraiser 2 : les écorchés est ainsi une continuation des plus intéressantes. Si sa gestation n’a pas été dénuée de tourment, la faute notamment à un agenda complexe, qui aura coûté à l’auteur le poste de metteur en scène, on retrouve l’écrivain aux commandes de l’intrigue et du développement de l’univers.

 

photoPinhead, chef des Cénobites

 

Et c’est bien celui-ci qui épate ici. Le deuxième chapitre déploie un monde à la fois plus clinique et inquiétant (l’asile et son extension), mais aussi plus grandiose et baroque (l’enfer). La mythologie croît encore et délivre une interprétation de l’Enfer passionnante, influencée par les structures démentes du peintre Escher. Seul Clive Barker lui-même dépassera en folie et poésie cette vision, dans Les Evangiles Ecarlates, bien des années plus tard.

Au final, Hellraiser 2 : les écorchés doit sans doute sa funeste réputation aux errements scénaristiques de sa deuxième moitié, qui enchaîne séquences gores, rencontres hasardeuses et allers-retours pas toujours logiques ou cohérents, afin d'ordonner une valse des personnages qu'on devine mal conçue. Le résultat s'avère donc bourré de trous d'airs, mais réserve quantité de visions inoubliables, qui retrouvent ici tout leur impact à la faveur d'une édition techniquement superbe.

 

photoL'Enfer selon Clive Barker

 

HAUTE MUTILATION

De même, Hellraiser 3, s’il jouit d’une réputation abominable, mérite d’être revu. Certes, il s’agit de l’épisode qui aura le premier tranché avec l’ADN Barkerienne, certes, sa dernière partie est bordélique au possible, oui, son côté rieur lui nuit parfois, et enfin, oui, le film souffre parfois de sa vulgarité.

 

PhotoCénobites et compagnie

 

Mais ce serait oublier que la vulgarité fait partie intégrante du sujet de cet épisode, comme de son univers, situé en grande partie dans une boîte de nuit tenue par un jeune merdeux cocké jusqu’aux oreilles. Monde saturé de bêtise et de superficialité, le décor de ce chapitre se prête justement à un déferlement d'excès en tout genre, peut-être délétère, mais qui font parfois terriblement sens. L’occasion d’un déferlement d’exagérations, de cruauté et de sévices, souvent très bien rendu techniquement.

Et tant pis si le film se pare trop souvent d’oripeaux évoquant un certain Freddy, le revoir aujourd’hui, c’est réaliser combien il conserve une dimension artisanale, et combien ce segment en particulier a été pillé par le cinéma horrifique des décennies suivantes. Véritable mine d’inspiration pour le torture porn, Hellraiser 3 : Hell on Earth oublie l’ambiguité chère à Clive Barker, commet le péché de marier le concept d’origine à la trivialité de son époque, mais il sera le dernier à bénéficier encore d’authentiques éclats de folie.

 

photoUn Pinhead moins cérémonial, plus narquois et rieur

 

BONUS MORTELS

Avant même les ajouts éditoriaux, notons combien cette édition gagne en valeur, puisqu'elle propose pour chacun des trois films sa version studio, mais surtout, les version intégrales, jamais vues jusqu'alors, incluant plusieurs minutes de sévices et de créations jamais rendues accessibles au public en France. Une édition historique donc.

Cette orgie en forme de divin carnage s’accompagne de deux bonus essentiels. Tout d’abord, les quatre heures de documentaire de Léviathan. Un objet regroupant quantité d’interviews des participants à la série, très difficilement accessible sous nos latitudes, ici dans un écrin idéal, puisqu’un disque lui est dédié.

De même l’ouvrage de Marc Toullec, qui s’intéresse lui à tous les films de la saga est plus recommandable que la majorité des livrets de ce type. Très dense, quand ils sont souvent une ode au remplissage artificiel, il est pour son auteur l’occasion de revenir en détail sur la genèse et les souffrances de chaque étape, analyser et rappeler le moindre soubresaut créatif.

 

photoDes films à regarder à la chaîne !

 

On pourra arguer que l’auteur est parfois d’une indulgence ou d’une empathie un peu exagérée envers ses divers sujets, mais c’était probablement la seule approche tenable pour retracer l’histoire contrariée d’une saga qui n’osa jamais demeurer à la hauteur du génie subversif qui l’enfanta.

Jalon monumental de l’horreur et promesse dévastatrice, car impossible à tenir, Hellraiser a trouvé ici son plus bel écrin, une configuration Lemarchand à la hauteur de sa légende.

 

photoUne édition chirurgicale

commentaires

Simon Riaux - Rédaction
13/09/2018 à 10:03

@Stridy

Pas sûr qu'il manque de ténacité.
Il est avant tout écrivain et peintre, il y a aussi de fortes chances pour qu'il estime que la quantité d'énergie dépensée afin de créer au cinéma est disproportionnée surtout au vu du nombre de fois où il s'est fait avoir.

Stridy
13/09/2018 à 07:37

Quel dommage que Barker n'ait pas pu mener à bien ses autres projets.

Je crois qu'il est aussi maudit qu'un Del Toro mais ce dernier est sans doute plus tenace...

Bubble Ghost
12/09/2018 à 23:26

O.K., énorme film culte des années 80. Et sacrément original et barré, avec ça. Mais personnellement, je lui préfère largement Nightbreed, avec Cronenberg dans un rôle génial... Voir même Lord Of Illusions, qui est pourtant très moyennement réussi. Et je trouve aussi dommage que Clive Barker est arrêté la réal'. On a vraiment perdu quelqu'un d'unique avec une vision des choses qui manque beaucoup aux cinéma de genre... Enfin, c'est que mon avis :D

Mx
12/09/2018 à 18:48

J'ai découvert le premier film il ya peu de temps, et quelle claque, le réal est suffisament doué pour faire passer la pilule "année 80", et la mise en scène est carré comme il faut, et quelle histoire, on a souvent tendance à loublier, mais le cinéma, c avant tout une histoire, et là ou barker réussit quand tant d'autres yes-man ont échoué, c qu'il met en scène une vraie histoire, intelligente, pertinente, subversive et diablement humaine avan tout, sur le fond comme sur la forme.

La quintessence du cinéma d'horreur, une date, tout simplement!

"I HAVE SEEN THE FUTURE OF HORROR. HIS NAME IS CLIVE BARKER......"

STEPHEN KING

Alcatrazz
12/09/2018 à 18:41

@Matt
Merci pour les infos :) Là j'avoue que ça met l'eau à la bouche!

Matt
12/09/2018 à 18:18

@ Alcatrazz
Hellraiser 2 en version Director's Cut et version ciné. Foncez sur ce coffret, il est tout bonnement superbe.
De plus les commentaires audios de Barker pour Hellraiser I et celui de Randel (et Atkins le scénariste) sur Hellraiser II sont de véritables miners d'informations.
Enfin sachez que la fameuse scène avec les Cénobites en médecin est incluse et fut (à juste titre) retirée du film pour la "médiocrité" de sa réalisation. Une curiosité en somme.

Spock
12/09/2018 à 18:12

Version intégrale + version courte pour les 3 films !

Alcatrazz
12/09/2018 à 18:07

et pardon pour mon 1er message raté (c'est parti tout seul)

Number6
12/09/2018 à 18:06

Vu le premier et second lors d'une soirée halloween sur grand écran et depuis je suis fan de cet univers. Le 3eme est pas mal aussi. Petite tendresse pour le 5eme,avec une ambiance policière fantastique et glauque.

Alcatrazz
12/09/2018 à 18:06

J'aimerais bien savoir si Hellraiser II est la version intégrale ? (on se tape à chaque fois la version censurée de 10 minutes en France, expurgée de ses scènes les plus croustillantes!)
Ah et tant que j'y suis, la dernière photo de votre article (Pinhead en chirurgien) est tirée d'une scène non finalisée d'Hellraiser II et qui donc ne figure pas dans le film (mais que l'on peut voir sur youtube)

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