Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City - critique au foie gras de zombie

Geoffrey Crété | 25 novembre 2021 - MAJ : 25/11/2021 13:21
Geoffrey Crété | 25 novembre 2021 - MAJ : 25/11/2021 13:21

Après six films Resident Evil avec Milla Jovovich, et dans une année très chargée (avec le jeu Resident Evil : Village et la série animée Netflix Resident Evil : Infinite Darkness), la saga de jeux vidéo cultes revient au cinéma dans Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City. Virage à 180° puisque ce nouveau film adapte directement les deux premiers jeux vidéo, avec Claire et Chris Redfield, Jill Valentine et Leon S. Kennedy pour affronter l'apocalypse zombie. Et si le rêve d'une adaptation digne de ce nom des jeux cultes Resident Evil reste encore loin, ce reboot évite la catastrophe en assumant une bonne tranche de série B.

resident evil origins

Le cadavre de la saga de Paul W.S. Anderson, enterrée en 2017, est encore chaud. Et nul doute qu'une armée de fans pisse encore dessus dans ses rêves, avec la conviction que le réalisateur a malmené et piétiné cette saga culte de Capcom. Mais rendons à César ce qui appartient à César : les délires de Milla Jovovich contre les zombies, clones et autres CGI au ralenti sont directement hérités des jeux. Pas des meilleurs certes, mais de ceux où Leon, Chris et compagnie affrontaient des ninjas, dinosaures et trolls à travers le monde, dans des histoires nanardesques.

 

 

Il y avait donc un boulevard pour (ré)adapter dignement les jeux vidéo, et revenir aux racines du mal avec la simple formule des débuts. Et le nom de Paul W.S. Anderson a beau apparaître comme producteur exécutif au générique, Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City existe en contre-pied total de sa saga. Réalisateur et scénariste, Johannes Roberts (47 Meters DownThe Strangers : Prey at Night) mixe les trames des premiers jeux vidéo, et assemble un best of de Resident Evil avec tous les ingrédients primaires.

Bienvenue donc dans un festin bien gras concocté par ou pour les fans, avec Claire et Chris Redfield, Jill Valentine, Leon S. Kennedy, Albert Wesker, William Birkin et sa famille, Brian Irons, Lisa Trevor, Brad Vickers, et quelques autres seconds couteaux. Il y a le manoir Spencer, mais également la ville de Raccoon City, son orphelinat sinistre et son commissariat décrépi. Il y a des zombies, des chiens-zombies, des lickers, et tout ce petit monde est réuni en moins de deux heures, avec un budget de 40 millions de dollars. Inutile de dire que Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City semblait se tirer d'office une cartouche dans les deux tibias.

 

Resident Evil : Welcome to Raccoon City : Photo, Kaya Scodelario, Avan JogiaResident Evil (à) 2

 

fan servi(ce)

Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City a été pensé, parfois contre tout bon sens, comme un plaisir de fan à tous les niveaux. Du conducteur de camion au climax dans un train, en passant par la forêt autour du manoir et le parking du commissariat, c'est un gigantesque jeu de piste régressif pour l'oeil averti. Le film déborde de références de tous les côtés, pour balayer les deux premiers jeux, mais également caser un maximum de clins d'oeil (les clés, le piano, le dialogue qui s'amuse de serpent géant et de requin, ou l'apparition d'un duo bien connu).

Réunir Claire, Jill, Leon et Chris, les quatre personnages iconiques des jeux, ressemble à un fantasme de gamer, et c'est vite ce que devient le film. Le réalisateur et scénariste Johannes Roberts aime Resident Evil, et cet amour est là dans chaque scène, même les plus laides et ridicules (mention spéciale à quelques choix musicaux délirants).

Il y a bien sûr des éléments réécrits et simplifiés, mais toujours sans froisser la mythologie. Du côté des personnages, c'est pour mieux servir l'action et la dynamique de groupe. Jill est moins candide, et s'impose ainsi comme une as de la gâchette très charismatique. Claire est plus torturée, grâce à un passé différent des jeux, mais peut ainsi mener le récit comme un bulldozer. Leon est plus chétif, mais c'est plus en accord le rookie qu'il est lors de sa première apparition. Et Chris, lui, garde son principal trait de caractère : ses muscles (et son lien avec Jill et sa soeur).

 

Resident Evil : Welcome to Raccoon City : Photo, Tom Hopper, Robbie Amell, Nathan Dales, Hannah John-KamenLes presque 4 Fantastiques

 

Le cas Wesker est encore plus significatif : caricature de traître vicieux et pas discret pour un sou dans le premier jeu, il devient ici ce qu'il a toujours été sur le papier, soit un camarade devenu ennemi. De quoi éviter les errances Z, et donner un minimum de consistance à la bande, écrite aussi rapidement que dans les jeux - c'est-à-dire en avance rapide. Et si personne n'a véritablement le temps d'incarner quoi que ce soit à l'écran, Kaya Scodelario, Hannah John-Kamen, Robbie Amell et Tom Hopper s'en sortent bien, quand Avan Jogia lutte avec le personnage le plus faible.

Malgré des réécritures qui feront trembler l'église des fans, le film surnage ainsi aisément dans un océan d'affreuses adaptations qui n'ont quasiment rien à voir avec les jeux vidéo. Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City ressemble à un Resident Evil, et pas n'importe lequel : celui des débuts, qui oscille entre le plaisir bête des séries B et le petit frisson facile. À ce titre, quelques scènes dans le manoir assurent le service (certes minimum), avec une petite montée de rage et une idée ou deux de mise en scène. Jamais de quoi créer une véritable peur, parfois avec un sens de l'espace légèrement absurde, mais toujours avec une envie de s'amuser avec les éléments en place.

 

Resident Evil : Welcome to Raccoon City : photoLes morsures de l'aube

 

les yeux plus gros le ventre

Mais une fois qu'il a distribué toutes les cartes, le réalisateur et scénariste Johannes Roberts doit jouer. Et c'est là que le film se prend un mur, visible à deux kilomètres, comme les biceps de Tom Hopper (révélé dans Umbrella Academy, si c'est pas un signe). En moins de deux heures, Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City est incapable d'utiliser dignement ses quatre héros, ses monstres et ses vastes décors. Le plaisir de voir tous ces éléments réunis en un film laisse alors place à la frustration.

Pourquoi utiliser le commissariat si c'était pour le réduire à un hall (dévoilé au détour d'un plan numérique malheureux), un parking et deux couloirs ? Pourquoi montrer l'orphelinat si c'était seulement pour quelques flashbacks et un passage express ? Pourquoi jouer l'incontournable fuite finale en transport, si c'était pour faire encore moins intense que Paul W.S. Anderson dans son premier Resident Evil ?

Pourquoi donner autant de place au chef Irons, personnage sorti d'un nanar des années 80, alors que d'autres personnages (au hasard, Leon) avaient besoin de plus de place ? Pourquoi virer Barry Burton de l'équipe, mais garder Annette et Sherry, totalement dispensables ? Et pourquoi Lisa Trevor, elle aussi inutile et totalement réécrite ?

 

Resident Evil : Welcome to Raccoon City : Photo,  Robbie Amell, Hannah John-Kamen, Tom Hopper*joue l'ébahissement face à un hall immense*

 

C'est d'autant plus dommage que le film (qui se déroule en 1998, comme les jeux, et en quelques heures) assume parfois avec malice son parfum old school. Les racines de Resident Evil sortent des séries B, et Johannes Roberts s'en amuse avec un plaisir évident, aidé par la photographie de Maxime Alexandre (collaborateur d'Alexandre Aja, également passé sur The Haunting of Bly Manor) et la musique de Mark Korven (The Witch, The Lighthouse).

Grâce à une petite réécriture rappelant La Nuit des fous vivants de Romero, cette ville pluvieuse sortie d'un bon vieux Stephen King gagne notamment une dimension inquiétante, qui sied parfaitement avec la parano trimballée par Claire et centrale dans la mythologie. Mais tous ces espoirs sont finalement balayés, notamment dans une dernière ligne droite insensée, où des scènes entières semblent manquer.

 

Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City : photoCG-aïe

 

Et sans surprise, les CGI sont particulièrement laids dès que Johannes Roberts ne peut plus les camoufler dans l'ombre. Pour une amusante idée de licker qui approche dans l'obscurité des néons, il y a deux ou trois scènes affreuses, avec en point d'orgue le boss final absolument désastreux.

Dans les jeux, le hall du manoir et du commissariat sont immenses, et au centre de labyrinthes fous. Dans le film, ils ressemblent à de grands cagibis numériques. C'est à l'image d'un film où tout semble finalement bien minuscule et factice, alors même que les ambitions de réunir deux jeux (voire trois) étaient énormes. Mais Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City s'écroule sous son propre poids, et le petit plaisir régressif devient alors un sprint désespéré et désespérant. Comme s'il n'y avait pas de lendemains. Comme s'il fallait tout mettre, tout montrer, tout utiliser, même au détour d'un plan. Quitte à bâcler la moitié, et cramer toutes les cartes d'un coup - ce que le film assume à la fin, dans un exercice kamikaze qui fait peur pour l'éventuelle suite.

 

Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City : Affiche française

Résumé

En revenant à la source du mal, Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City peut embrasser sa dimension de pure série B et titiller les fans avec un festival d'hommages et références. Mais ce sprint quasi désespéré pour tout réunir en un film, quitte à griller trop de cartes et bâcler quasi toutes les idées, laisse un arrière-goût amer.

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Lecteurs

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commentaires
Sascha
29/11/2021 à 22:40

Alors... Alors... Si le film était sorti en 2000/2001 : oui, il est bien.

Mais alors Là... C est une purge. Effets spéciaux dégueulasses, incohérences en pagaille, humour de merde qui tombe tj à plat, climax final de m**de, plans risibles et tellement ridicule que ça en devient un cas d école. Et scène post générique ridicule et tellement convenue et attendue qu'elle aurait dû rester à sa place (avant le générique).

C est dommage car le début de la saga est plutôt respectée (sans compter les grooooos clins d oeils treeeees appuyés).

Bref, comme dirait Dewey : Je ne m attendais à rien et je suis quand même déçu

Paladin
29/11/2021 à 10:30

J'y suis allé avec un esprit bienveillant.
Et bien c'est une catastrophe !
Un exemple.
Il y a 3 habitants civils dans la ville de raccoon.
TROIS.
Les voisins de chris (2), la serveuse du diner (1). Et c'est tout (le chauffeur compte pas il est de passage).
A la limite le lanceur d'alerte (qui n'est pas malade au fait, pourquoi ? bah on s'en fout...)
Les rues sont TOTALEMENT vide. Ok il est tard mais tout de même...
3 personnes sont partis avant la fin. On les comprends.
Sérieux regardez la fermeture de raccon dans RE2 (qui est pourtant très mauvais) et la fermeture de raccoon dans celui là... 2 gardes, 3 mecs qui tentent de passer et... c'est tout.
Léon c'est une victime (et la scène du camion mais d'où qu'il se réveille pas ?!), Et wesker pour moi il est ridicule.

Pour moi c'est un zéro pointé. Le film a eu un soucis de prod c'est pas possible...

Groupe de un
27/11/2021 à 19:15

Il y a un début et une fin... et entre les deux, je ne sais pas trop quoi.

Janpass
27/11/2021 à 12:17

Johannes Roberts a t-il vraiment compris l'histoire de résident evil, son cerveau a t-il bien eu toutes les infos un ange passe ( Ou ça)
comme il a dit "Vous allez voir ce que vous allez voir, nous disait-on. Pour le voir, on le voit. On voit qu'encore une fois Hollywood s'est foutu de notre gueule."
Personnellement fans de la saga résident evil pour ce qu'ils veulent connaitre l'histoire évité de perdre 10 euros et 1h40 de vie certain youtubeur raconte l'histoire originel de la saga, pour moi la meilleur adaptation de jeu fait au cinéma est silent hill....

Chonrei
26/11/2021 à 18:12

Ils ont peut-être cherché à mettre trop de choses dans le film. Rien que l'opus 1 contenait suffisamment de péripéties pour un film complet en permettant aussi de développer moins de personnages mais mieux.

Stavos
26/11/2021 à 15:27

De manière général les acteurs du film dont plutôt moyen, même Hannah John-Kamen qui est d'ordinaire assez juste, mais Kaya Scodelario est profondément nulle. Dès qu'elle joue dans un truc sa prestation nivelle le projet par le bas, elle n'a absolument aucun talent et sa carrière est un mystère insoluble.

MadMonday
25/11/2021 à 13:56

C'est embêtant. À la lecture de cette critique, je suis presque pris par l'envie d'aller le voir, malgré la quasi certitude d'être déçu...

Sess
25/11/2021 à 12:35

Ton réaliste, intro intéressante... puis ça devient navrant, catastrophique.
Même pas un plaisir coupable. A en regretter les anciens. Evitez de perdre 1h40.
Cheap, mou, acteurs nazes, rien à sauver.
Zéro pointé. Sans moi pour la suite.

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