Resident Evil Village : test des enfers sur PS5

Geoffrey Crété | 5 mai 2021 - MAJ : 06/05/2021 17:18
Geoffrey Crété | 5 mai 2021 - MAJ : 06/05/2021 17:18

Huitième épisode numéroté d'une saga qui a en réalité donné une trentaine de jeux, Resident Evil : Village est la suite directe de Resident Evil 7, dernière révolution en date dans l'univers de la franchise Capcom. Loin des zombies, d'Umbrella et de la mise en scène des débuts, ce nouvel opus retrouve donc Ethan, encore dans de beaux draps tachés de sang (et autres substances), dans un village d'Europe. Test de ce nouvel épisode, sur PlayStation 5.

resident evil : mirage

Pourquoi des lycans ? Pourquoi une dame de 3 mètres avec des griffes comme Wolverine ? Pourquoi des sortes de vampires, composées de milliers de mouches mutantes ? Pourquoi un homme capable de contrôler le métal comme Magneto ? Pourquoi un bossu ? Beaucoup de questions, qui cachent la question à mille points : pourquoi le titre Resident Evil alors qu'Umbrella et le Virus-T semblent désormais bien loin de ce mystérieux village d'Europe, où la neige cache quelques traînées de sang et autres substances pas très catholiques ?

 

 

Resident Evil : Village n'est pas le premier opus de la saga à susciter de telles interrogations, et à ce stade, mieux vaut être en paix avec ça. La franchise a largement muté pour se renouveler, s'adapter aux modes, et survivre, avec quelques révolutions au compteur. La dernière en date : Resident Evil 7, avec vue à la première personne, nouveau personnage, et nouvelle source d'horreur dans les bayous de la Louisiane. Aucun rapport avec la série, du moins jusqu'à la conclusion, où Chris Redfield débarquait comme un cheveu sur la soupe des enfers, pour sauver Ethan Winters et montrer le logo Umbrella sur son gros hélico viril.

Village retrouve tout ce petit monde trois ans après, alors qu'Ethan vit quelque part en Europe avec sa femme Mia (donc la fin canon de RE7 est celle où elle n'a pas été tuée, ce qui rend le choix entre elle et Zoe parfaitement inutile), et leur fille Rose. Même pas le temps de souper que Chris re-débarque avec ses gros muscles, pour tout foutre en l'air et kidnapper le héros sans explication. Direction le fameux village dans les montagnes, gardé par la mystérieuse Miranda et sa famille dérangée, au centre d'un puzzle cauchemardesque légèrement chaotique. Et si ce Village n'était pas forcément un bon Resident Evil, mais un bon jeu d'horreur ?

 

photo"HAHAHAHAHAHAH tu es dans la merde" (réplique numéro 4)

 

LE VILLAGE des damnÉs

Ça ne parle pas espagnol, mais c'est tout comme : ce Village rappelle immanquablement Resident Evil 4. La neige fondue à la place de la terre battue, avec Ethan qui veut sauver sa fille Rose à la place de Leon qui doit secourir Ashley, la fille du président. Capcom l'avait assumé, et c'est évident à l'écran avec un personnage plongé dans une communauté pieuse et rurale, quelques gros clins d'oeil comme un passage en bateau face à une bestiole maritime, le retour de l'inventaire-quadrillage, et la présence d'un marchand capable de se cacher dans des recoins totalement absurdes.

Zéro surprise pour quiconque a touché à l'épisode d'avant : le gameplay est calqué sur la précédente aventure d'Ethan, sans (r)évolution notable. Il y a des herbes, des machines à écrire, des munitions et des flingues de diverses tailles. Il y a des munitions et autres grenades à crafter, en ramassant des babioles à droite à gauche. Il y a bien quelques ajouts (le marchand est également cuisinier, et propose quelques plats magiques, à condition de ramener de la viande), mais rien de profondément neuf dans l'équation.

Idem pour la durée de vie, avec une bonne dizaine d'heures au compteur (moins pire que Resident Evil 3 remake donc). Il y a aussi les mêmes limites, comme les ennemis qui s'arrêtent sur le seuil des salles de sauvegarde - une bénédiction pour nos coeurs fragiles, mais un gros frein pour l'immersion, notamment dans le château Dimitrescu.

 

photoLes Griffes de Lady D

 

Le territoire est donc très familier, avec néanmoins quelques bonnes surprises dans la direction artistique. Car ce village qui ressemble à un hiver ordinaire en Mayenne n'est qu'une porte d'entrée pour l'univers, qui s'étend bien au-delà du réel. À l'abri du soleil glacial, Ethan va plonger dans des enfers à géométries variables, comme Alice tombée dans le puits du lapin.

Là où Resident Evil 7 était un peu enfermé dans son décor de bayous, Village s'amuse beaucoup plus, profitant d'une certaine liberté dans l'horreur. D'où quelques images et visions dépaysantes, et à peine dévoilées dans la promo, qui assaisonnent le cauchemar à plusieurs sauces. Pour les cinéphiles, ce sera un petit plaisir, les développeurs piochant leur inspiration à droite à gauche pour offrir des parenthèses ludiques. Et sur PS5, ce cauchemar frappe surtout par ses jeux de lumière, susceptibles de provoquer pas mal de surprises et sueurs froides.

 

photoQuand tu vois le prix de la PS5

 

MONSTRES et compagnie

Après l'action pure et dure (et débile) de Resident Evil 5 et Resident Evil 6, RE7 avait opéré un virage à 180° pour revenir en grande partie vers le survival. RE8 cherche à réconcilier la famille, et trouver un équilibre. Il y a donc du shoot et des massacres sanguinolents, mais également des énigmes dignes d'un bon escape game, et des moments de pure angoisse dans le noir. Il y a de gros boss titanesques à détruire, mais aussi des affrontements construits sur la réflexion. Il y a des moments pour exploser des têtes en criant, et d'autres pour simplement fuir, se cacher et retenir sa respiration.

C'est comme un best of de la saga, d'autant plus que l'aventure est construite comme un cauchemar à la carte, autour de ce village gardé par plusieurs personnages. L'énigmatique Mère Miranda est protégée par Lady Dimitrescu et ses filles, Donna Beneviento et sa petite copine Angie, Salvatore Moreau, et Heisenberg et ses hordes. Chaque antagoniste domine un petit royaume, et chaque royaume est une nouvelle fenêtre sur l'horreur, avec ses propres règles.

Une dynamique ronflante, puisque le chemin est tout tracé malgré l'illusion initiale de liberté, mais qui permet au jeu de maximiser les chances de séduire. Avec un tel panel, difficile de ne pas aimer au moins une partie de Resident Evil : Village, et d'en ressortir avec quelques images et séquences mémorables, selon sa sensibilité. Que ce soit pour une arène digne de Transformers, des frissons dignes d'un bon Conjuring ou une nouvelle version de Mister X/Nemesis qui colle aux basques, RE8 fait tout pour être aimé - au moins un peu, le temps d'une parenthèse plus ou moins longue.

 

photoLes époux Warren sont demandés à l'accueil

 

VICE REPETITA

Le problème, c'est que Resident Evil : Village doit assurer un voyage au-delà de ces étapes, et arranger quelque chose avec ce pot-pourri d'horreur. Le cauchemar passe par des couleurs gothiques, fantastiques, voire cyberpunk, mais ces univers sont uniquement des étapes vers la destination d'Ethan : sauver sa fille, et comprendre ce qui se passe avec Mia et Chris Redfield.

Sauf que le jeu semble avoir été pensé en morceaux, grossièrement recollés pour créer une mythologie parfaitement incongrue autour de Miranda et sa famille infernale. Après une première partie longue et bien ficelée, mais largement déflorée entre la promo et les démos, une part du mystère s'envole subitement : grâce à un marchand qui se transforme en maître du jeu, tout le chemin est éclairé (même certains gros secrets), et sans même la liberté d'organiser soi-même son cauchemar à cause d'une ridicule histoire de clés. D'un coup, ce village semble minuscule, avec une marge d'erreur et errance tellement réduite que l'excitation descend de trois niveaux.

 

photoQuel est le fuck

 

Non seulement RE8 reprend la formule de RE7 (trouver et abattre chaque membre de la famille, dans son QG), mais il s'obstine en plus à répéter la même formule avec quasiment chaque antagoniste, voire à l'intérieur de chaque univers. Chaque voyage rappelle la triste et vaine tendance de la saga à repousser les limites du Z en termes de boss-méga-maxi-mutant-force 3. Chaque affrontement se termine par un artefact majeur à ramasser. Et chaque artefact est un pas de plus vers le boss de fin. Hormis une variation où le cauchemar prend une forme inattendue et largement plus intéressante, c'est un parcours trop téléguidé pour créer suspense et tension.

La belle et excitante variété des décors ne pèse pas lourd face à cette répétition, qui laisse finalement peu de place à chaque antagoniste pour exister et terrifier. Difficile de ressortir de ces petits mondes sans une pointe de frustration, après avoir détruit un personnage terriblement inquiétant et intrigant, qui aura été écrasé en peu de temps.

Resident Evil : Village devient alors un train fantôme parfois très efficace, mais dont la petite magie se dissipe toutes les heures, sitôt que la lumière du jour revient à l'écran entre deux parenthèses cauchemardesques.

 photoBat-cave à vin

 

UMBRE(PAS)LÀ

Autre ressemblance avec Resident Evil 7 : le (non) rapport avec la saga, plus ou moins bien arrangé ici. Chris Redfield occupe certes une place plus centrale, avec quelques surprises pour amadouer les fans, mais son rôle de ridicule bonhomme caché dans l'ombre en fait un cousin d'Ada Wong, avec ses trois répliques mystérieusement mystérieuses, et son beau manteau avec col relevé. Resident Evil a toujours eu le goût de la série B tendance Z, et le rappelle ici avec plusieurs scènes presque drôles, où le héros d'hier apparaît dans les pires endroits, avec la volonté de ne surtout pas donner d'informations claires. Il faut le voir donner une arme massive à Ethan, avant de lui demander de rester discret avec, pour se dire que cette bêtise est proche du génie.

Le scénario crée bien sûr un pont inattendu (car légèrement abracadabrantesque) avec la mythologie Resident Evil, et c'est là encore dans une pirouette mineure, au détour d'une scène, pour boucler la boucle. Sans ça, RE8 aurait eu le même visage. Chris Redfield, lui, aurait pu porter n'importe quel autre nom, vu qu'il n'a pas grand-chose à voir avec le personnage du premier jeu, dilué depuis dans plusieurs épisodes bordéliques.

 

photoMystérieux homme-mystère

 

Les expériences génétiques, laboratoires high-tech et complots dignes d'un film avec Gerard Butler ont laissé place à des histoires de foi, magie et créatures hallucinées, nés dans des expérimentations bien plus obscures que celles d'Umbrella. D'où un bestiaire qui n'obéit désormais à rien d'autre que le désir de remâcher des pans entiers de la pop-culture, des vampires aux lycans en passant par Frankenstein. Les ennemis sautent encore parfois à la gorge d'Ethan, mais plus par automatisme, comme les zombies d'hier, que par nécessité vu leur tronche étrangère.

La saga avait vite ouvert les portes du cauchemar pour tracer sa route, en passant du manoir des origines à la ville de Raccoon City (Resident Evil 2 et Resident Evil 3 : Nemesis), puis à l'Europe (Resident Evil : Code Veronica, Resident Evil 4), l'Afrique (Resident Evil 5) et le monde entier, entre terres et mers. À moins d'aller sur Mars pour un cross-over avec Doom, la série devait trouver une autre parade pour survivre. Le retour aux sources américaines dans Resident Evil 7 était ainsi un renouveau dans l'univers, profondément repensé, quitte à être défiguré. Et ce n'était pas une parenthèse : Village continue sur cette voie, et enfonce le clou.

 

photoPuisqu'on vous dit que ça a un rapport avec Umbrella

 

SILENT EV-hIlL

Mais au-delà de cette galaxie Umbrella qui s'est étirée jusqu'à devenir un gag, une sensation troublante : Resident Evil ressemble finalement plus à Silent Hill qu'à Resident Evil. Le spectre de la saga culte de Konami planait sur la deuxième partie de RE7, avec cette étrange Eveline comme clé de l'horreur, mais Village y va franco. Papa déterminé à sauver sa fille disparue, paysages embrumés, habitants illuminés autour de Miranda, créatures nées d'une thérapie freudienne ratée, épilogue doux-amer qui ouvre une porte nouvelle, et bien d'autres révélations ténébreuses : presque tout est là.

Alors que la saga Silent Hill crève en silence depuis des années, Resident Evil tente de toute évidence de rallumer le cierge d'une horreur psychologique, intime, voire existentielle, en mettant en scène des personnages déchirés entre la terre et les enfers, et devenus malgré eux le réceptacle de forces qui les dépassent. Malgré des océans de sang et autres morceaux de chair semés sur la route, et quelques lignes droites de pure action qui semblent avoir été ajoutées par obligation contractuelle (un peu comme l'assaut de l'hôpital dans le remake de RE3), Resident Evil : Village s'accroche à ces personnages.

 

photoGrilles dans la brume

 

C'est une vraie tragédie qui se joue pour Ethan (et pas que), écrite avec de gros sabots certes, mais très loin du bête héroïsme classique de la saga. Le jeu se termine même sur une note émotionnelle faussement douce, après l'inévitable conclusion spectaculaire vue mille fois dans la saga. Et c'est sur une note très arty, avec un court-métrage animé à la Tim Burton-Henry Selick, que le récit s'ouvre et se ferme. Une page se tourne, et comme à chaque fois, il y a l'espoir d'un nouveau chapitre, meilleur.

Resident Evil est loin d'avoir l'éclat ténébreux et la folie baroque de Silent Hill (ou à la limite, celui de Homecoming ou Downpour), mais cette direction plus noire a de quoi intriguer. C'est en tout cas ce qui reste de cet amusant cauchemar d'une dizaine d'heures, qui laisse la même curieuse impression que Resident Evil 7 : une première partie particulièrement simple et tendue, et une dernière ligne droite de surenchère bête et même pas méchante, comme un monstre à deux têtes.

 

photo

 

Résumé

En cherchant un équilibre entre l'action de Resident Evil 4 et l'horreur de Resident Evil 7, Village propose un cauchemar à la carte très amusant, avec quelques très bons pics de peur et d'adrénaline. Mais le jeu se perd dans ce pot-pourri horrifique et bordélique, très simple à aimer pour quelques morceaux, mais difficile à véritablement apprécier dans sa globalité.

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commentaires
Geoffrey Crété - Rédaction
12/05/2021 à 21:22

@Giro

Impossible d'en parler frontalement dans le test lors de sa publication, et ce serait bien dommage de spoiler ça. Mais on l'évoque, dans les liens avec Silent Hill notamment, et la direction que semble prendre tout ça avec la fin.

Giro
12/05/2021 à 20:54

@La redaction

Un mot sur la scene post generique ?

Tnecniv
07/05/2021 à 02:52

" ceux jeu n a rien a voir avec la license résident évil,des vampires,des loups garou,des sorciére et autre bizarrerie,dans le prochain il vont mettre des dragons,des elfes et des nains "

Alors c'est justement le désaccord que j'ai avec un pote, lui me dit que ce qu'il attends d'un RE ce sont les mécaniques de jeu, à savoir le côté huis clos, le côté raide et avare en munition/soins, et les énigmes. ce que je peux comprendre, sauf qu'à un moment comme tu le dit dans ton com, il y a un lore derrière, même si l'on peut reprocher le glissement de la licence vers l'action depuis le 4, si c'est pas à outrance comme à partir du 5, ça me dérange déjà moins qu'un lore complètement chamboulé qui tire limite sur le surnaturel ... et déjà depuis le 4 ( qui fait malgré tout parti de mes RE favoris ) ça partait un peu ailleurs, mais alors depuis le 7, que j'ai arrêté à la moitié, et sans compter la vue à la première personne, il n'y a rien qui me fait penser à un RE . C'est pas mauvais dans l'ensemble, l'ambiance ( je parle du 7 ) est bonne, mais c'est pas ce que j'attends d'un RE, du coup je n'ai pas pu continuer contrairement aux derniers remakes ... forcément. De plus, je pense que c'est un peu con de mixer des éléments ( je parle sur le plan, scénaristique ) des ancien RE avec les 2 derniers , je trouve pas ça cohérent , je pense que capcom aurait du oser le reboot complet ou alors partir sur une nouvelle licence horrifique, parce que là, cette licence est rincée de chez rincée depuis le 5, et encore ... certains diraient depuis le 4 .

Renarde Sauvage
06/05/2021 à 10:37

Je suis trop froussarde pour jouer à ce genre de jeu mais le style de Geoffrey est tellement génial que j'ai lu la critique en entier, avec moulte délectation.

Arsh
06/05/2021 à 09:59

@Monsieur Vide
S'il l'avait précommandée, il y avait de très grandes chances d'en avoir une dès les 3 premières semaines. En fait, c'est surtout ceux qui n'ont pas préco qui n'arrivent pas à en avoir.

Monsieur Vide
06/05/2021 à 09:34

Kyle Reese, tu as réussi à choper une console nouvelle génération ?


06/05/2021 à 01:11

ceux jeu n a rien a voir avec la license résident évil,des vampires,des loups garou,des sorciére et autre bizarrerie,dans le prochain il vont mettre des dragons,des elfes et des nains

LeConcombreMoisi
05/05/2021 à 23:50

Ouais c'est nul en gros. Comme d'hab.

Kyle Reese
05/05/2021 à 21:34

Je sens que je vais aimer, si j'arrive à passer outre les processus de sauvegardes que je trouve un un peu dépassé et qui m'ont toujours gavé dans les RE. Je suis en fait très attiré par tout l'aspect gothique de celui-ci avec les références qui vont bien, plus que l'aspect zombiesque. Les notes sur les sites de jeux vidéos sont assez hautes, donc avec un 3 étoiles ici il reste en haut de ma liste. Pas sur de pouvoir y jouer rapidement, je rode à fond dans Night City actuellement et ça risque de durer un moment.

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