Conjuring 3 : Sous l'emprise du diable - critique endiablée

Mathieu Jaborska | 8 juin 2021 - MAJ : 10/06/2021 14:30
Mathieu Jaborska | 8 juin 2021 - MAJ : 10/06/2021 14:30

Après avoir confié à ses protégés les spin-offs de la franchise qu'il a créée pour tâter du blockbuster indigeste, James Wan abandonne la réalisation de Conjuring aux mains de Michael Chaves et se contente des postes de producteur et de co-scénariste. Chaves ayant mis en scène un des pires opus de ce "Conjuring-verse", La Malédiction de la Dame Blanche, le projet n'inspirait pas confiance, quoique l'affaire dont il est adapté promettait un potentiel renouvellement de la formule. Conjuring 3 : Sous l'emprise du diable, le grand film de terreur de l'été 2021 ?

Quand on parle du diable…

Il fallait bien que la franchise s’attaque un jour à ce fait divers impliquant les Warren, source de fascination pour de nombreux Américains. En 1981, Arne Cheyenne Johnson tue le propriétaire de son logement. Lors de son procès, il plaide la « possession démoniaque », une première aux États-Unis, qui ne manque pas d’attirer l’attention des médias. En choisissant d’adapter cette partie de la carrière du couple auto-proclamé démonologue, les auteurs de Conjuring 3 semblent vouloir extirper la saga de son formalisme pur, la sortir du traditionnel récit de maison hantée qui avait prouvé ses limites dans la deuxième partie du cas Enfield.

 

 

Au-delà de l’opportunité d’élargir un peu l’univers développé jusqu’ici, l’affaire Arne Johnson promet d’enfin apposer un regard critique sur les évènements reconstitués. En effet, elle complète parfaitement le palmarès des Warren puisqu’elle cristallise elle aussi les modalités du divertissement américain, forcé de concilier foi religieuse et spectacle permanent. Wan ayant toujours fait primer - avec une expertise évidente - la technique sur le propos, c’était le moment parfait pour s’emparer de ces questions (alors que, paradoxalement, il reste à l’écriture).

 

photoProfession de foi

 

Et le film ne s’en prive pas. Son premier acte tout entier est dédié à l’exposition de l’ambitieuse problématique qui le traverse de toute part, déjà largement présente lors de la promotion : comment prouver légalement l’existence du diable, alors que la justice américaine, institutionnellement, reconnaît la religion catholique ? Ou comment le cas Johnson condense les contradictions idéologiques de l’Oncle Sam ?

Malgré quelques tics formels, les premières minutes laissent donc présager une richesse thématique jurant avec les deux premiers opus, d’autant que la décision d’affaiblir une des deux forces en présence réaffirme l’humanité du couple, naguère transformé en duo de super-héros du bénitier. Toutefois, une fois le procès en question débuté, patatras, tout s’écroule. Le scénario évacue la question qu’il n’a cessé de poser d’un simple gag référentiel pour s’inventer un nouvel antagoniste générique et complètement occulter les répercussions juridiques et médiatiques de l’affaire.

 

photo, Ruairi O'ConnorRuairi O'Connor, personnage fascinant et complètement abandonné

 

Conjuring 3 se dérobe tout entier à ses promesses et se contente d’agiter ses vieux épouvantails sortis du placard, sans même se donner la peine de les rendre plus menaçants que d’habitude. Une fois le premier tiers passé, le film se lance dans un tunnel de banalités horrifiques. Il relègue ses prémisses à un montage alterné poussif, grillant ses quelques cartouches narratives à grands coups de choix de casting suicidaires et de facilités mythologiques évidentes, jusqu’à un climax recyclant le pire de Wonder Woman (si, si), flashback sépia compris.

Que ce soit à cause des conclusions du véritable procès, n'allant que moyennement dans le sens de la saga, ou du cahier des charges de New Line et Warner, peu décidés à laisser leur poule aux œufs d’or faire des sorties de route, The Devil made me do it (vrai titre original !) finit par ne plus parler ni de diable, ni de contrainte, mais plutôt de jumpscares prévisibles et de malédictions de pacotille.

 

photo, Ruairi O'ConnorQuand tu marches sur un Lego

 

Wan above one

C’est d’autant plus dommage que Chaves n’est pas James Wan. Et si ce dernier s’est lui-même chargé avec son collaborateur David Leslie Johnson de saborder le scénario pour ne faire reposer sa production que sur les fameuses « scènes de terreur », l’auteur de La Malédiction de la dame blanche peine à singer le style de son mentor. Il ne reste plus à Conjuring 3 qu’une enfilade de séquences supposément horrifiques, s’enchaînant à un rythme si métronomique qu’on les jurerait organisées par un algorithme.

Heureusement, le réalisateur peut compter sur Michael Burgess, acteur reconverti à la photographie avec pas mal de réussite. Son travail avait déjà distingué Annabelle : la Maison du mal des autres clones de la saga, mais il se surpasse sur ce troisième opus, profitant de sortir enfin du huis-clos pour apporter toute une palette de nuances au traditionnel jeu sur le clair-obscur cher à la licence. Il fallait bien ça pour compenser l’absence de relief de la réalisation, qui, écrasée par le poids de l’excellent premier film, tente vainement de rendre hommage au travail de son auteur.

 

photoSolo de Break dance

 

En apparence facilement duplicable, la mise en scène de Wan ne supporte pourtant pas qu’on la ramène à l’académisme en vogue, surtout quand on ne réplique que partiellement son ludisme et qu’on la charcute à grands coups d’inserts intrusifs. Là où les premières minutes de Conjuring 2 nous emmenaient dans des tunnels de flippe dont les longs plans ne nous accordaient aucun répit, Conjuring 3 ne peut s’empêcher de multiplier les contrechamps dans les situations les plus stressantes. Une traque du « reaction shot » regrettable, puisqu’elle amenuise les meilleurs effets et ajoute encore un peu de prédictibilité aux innombrables jumpscares de l’essai, tous artificiellement boostés par un mixage sonore toujours plus bourrin.

Après sept films, les tours de manche répétés ad nauseam commencent forcément à perdre de leur efficacité, et les pièges visuels tendus par le metteur en scène sont bien trop grossiers pour tromper un public rompu à l’exercice. Chaves en est si conscient qu’il tente maladroitement de compenser la faiblesse de certaines scènes par un jeu de références frontales, assez inédites et parfois amusantes. La diversion fonctionne de temps à autre.

 

photo*Tubular bells starts playing*

 

La citation de L'Exorciste relève moins du sacrilège que du clin d’œil, puisque la séquence qui suit est probablement la plus marquante du film. Elle ajoute une couche de spectaculaire aux blasphèmes caractérisant le genre. Quant à l’inspiration assumée de The Jane Doe Identity, elle était inévitable, tant le très sympathique huis-clos de André Øvredal risque d’influencer le cinéma d’épouvante pour encore plusieurs années.

Finalement, c’est lorsqu’il convoque des références plus légères que l'académisme du métrage ressort le plus. Ainsi, la resucée d’une des séquences les plus iconiques du Cauchemar de Freddy ne fait que mettre en évidence la pauvreté de la tentative d'hommage. Complètement délirante, la saynète culte de Renny Harlin ne se contentait pas d’un « visage_flippant.JPEG » et d’un jumpscare feignant. Il tentait tant bien que mal de surprendre le spectateur. Le surprendre vraiment.

 

photo, Julian HilliardDégat des eaux

 

La recette du mal

Finalement, Conjuring 3 traduit bien les faiblesses de la vague de films d’épouvante dont il est censé représenter le pinacle. À force de reposer sur les mêmes marottes mythologiques, dans ce cas théologiques (ce que nous avions appelé le catho-porn), sans jamais oser les remettre en question, ceux-ci ont fini par ne plus se définir que par leurs stéréotypes. Et lorsque le sens a disparu, sacrifié au profit de la forme, seuls subsistent des carcans tout faits, dans lesquels les films se glissent par eux-mêmes, tuant dans l'oeuf toute logique... et toute frousse.

Car la couardise du scénario du long-métrage, qui passe de fait complètement à côté de son sujet, va de pair avec l’uniformisation de sa structure et de ses effets. Pour créer de nouvelles sources de terreur (au hasard, le satanisme), il faut savoir explorer leurs limites, leurs implications. Et c’est exactement ce que ce troisième opus échoue à accomplir. Il effleure à plusieurs reprises la remise en question des dogmes catholiques des Warren (l'exposition, le personnage de l’ancien prêtre, miroir de leurs personnalités passées, le traitement réservé à Ed), mais ne s’en éloigne jamais. Et ces dogmes finissent donc par devenir des archétypes, dont l’absurdité finit par générer plus de rires que de sursauts.

 

photo, Patrick Wilson, Vera FarmigaÇa n’a pas trop de sens, mais c'est religieux, alors ça va

 

Toutes les qualités de Conjuring 3, en tête desquelles la performance du duo d’acteurs principaux, toujours impeccables, sont donc vaines à partir du moment où les Warren deviennent un prétexte mercantile. C’est pourquoi cet univers peine autant à renouveler son bestiaire, encore une fois à la peine, entre maquillages à peine utilisés pour rehausser les jumpscares et boss final anecdotique.

La toute fin du climax, sur le papier ultra-spectaculaire, se rattrape en fait encore aux mêmes figures, prouvant une dernière fois que se conformer aveuglément à une franchise sans même tenir ses promesses ne fait naître que de la frustration, mais sûrement encore plein de billets verts. Parce que ça reste un film made in USA, et que comme les vrais Warren le savaient très bien, les relents bibliques éculés et médiatisés y font souvent fortune.

 

Affiche officielleRéponse : non.

Résumé

Conjuring 3 donne enfin l'occasion à la saga de raconter quelque chose... avant de sombrer dans le jumpscare facile et le mercantilisme de bas étage. La déception n'en est que plus cuisante.

Autre avis Simon Riaux
Jamais aussi efficace qu'un James Wan, Michael Chavez n'en demeure pas un moins un conteur appliqué, qui sait s'inspirer des meilleurs pour proposer quelques plaisants frissons. Dommage qu'il abandonne son passionnant concept en cours de chemin pour revenir sur les rails balisés d'une licence essorée.
Autre avis Arnold Petit
Alors qu'il promettait de traiter l'horreur à travers le prisme juridique en s'intéressant aux contradictions idéologiques des États-Unis, Conjuring 3 se contente de servir la même chose qu'à chaque fois sans essayer de faire mieux. C'est d'autant plus frustrant que la bande-annonce avait déjà tout montré.
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Lecteurs

(3.2)

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commentaires
Sascha
12/06/2021 à 16:05

La déception totale... Très mauvais film d'horreur (mais bon petit thriller). Aucune scène qui mette vraiment le trouillomètre à 0, la musique beaucoup moins prenante qu'avant. Même si cela est bien filmé, on est aussi en dessous de ce qui se faisait dans les 2 premiers.

La Suspension consentie de l'incrédulité est totalement à la ramasse : on ne croit jamais à cette histoire de satanisme.

Bref, un coup manqué. J'espère quand même qu'on aura un 4ème épisode qu saura retourner sur les bons rails

Kyle Reese
11/06/2021 à 00:09

Tout à fait d’accord avec la critique. Trouillomètre à zéro. Ca commençait plutôt bien, mais ensuite après quoi, 20 minutes que c'est long, lent et ennuyeux, banal, j'ai limite failli m'endormir. L'histoire ne convient pas à cette franchise je trouve, on s'embête dans cette enquête qui manque totalement d'originalité. Heureusement que la photo est très classieuse, les acteurs convaincant. La musique bof, les références, clin d’œil ou emprunts ou citations n'apportent strictement rien et sont tous largement en dessous. Rien ne fiche la frousse, un comble.
Jane Doe Identity est 1000 fois supérieur à ça, L'exorcisme est à des années lumières de ce 3 ème opus. Grosse déception, car il y avait de quoi faire: conjurer le mal (ou ici la malédiction) par l'amour que se porte les héros, et les victimes, belle idée sauf que les 3/4 du métrage c'est encéphalogramme plat, la faute à ... pas d'idée, rien, que dale, nada. C'est beau mais on ne ressent pas le mal comme dans un True Detective saison 1 par ex qui pourtant ne montre quasiment rien.
Et niveau mise en scène c'est d'un banal, aucun plan ne reste en mémoire, je n'ai retenue qu'une belle idée de plan sur la fin au moment ou la malédiction est brisée.

-----> SPOILER <----

Le plan ou L'époux Warren possédé s'apprête à tuer sa femme à coup de masse et qui la seconde, une fois redevenu lui-même fracasse l'autel au dessous duquel elle s'était réfugié sans que nous le sachions. Ca c'est une belle idée d mise en scène. mais il en aurait fallu bien plus des comme ça.

-----> FIN SPOILER <----

Bref, à ne garder que Conjuring 1 & 2 , le 3 ne procure aucun début de frissons.

Beerus
10/06/2021 à 22:11

Pour ma part je n'ai pas trouvé le film mauvais, je pige pas les mauvaises critiques.

prof west
10/06/2021 à 07:26

C'est ce que je reproche a Wan c'est d'avoir (un peut laché) la réalisation ces dernières années pour se consacrer plus a la prod quelle dommage, car le talent est la....

Simon Riaux - Rédaction

Bonjour eu non je ne suis pas prof c'est juste un pseudo qui vient du film Re-Animator Mr West aka professeur West.

cdlt

Momo
09/06/2021 à 20:54

@Yes

Je n'ai pas vu le film et je ne répondais que a T qui suposait que WB a peut être influencé le scénario pour qu'il ne dérive pas trop du cahier des charges "jump scares" . Je me base que sur la critique

"une fois le procès en question débuté,tout s’écroule. Le scénario évacue la question pour s’inventer un nouvel antagoniste générique et complètement occulter les répercussions juridiques et médiatiques de l’affaire. Conjuring 3 se dérobe tout entier à ses promesses et se contente d’agiter ses vieux épouvantails sortis du placard,"

Il n'y peut être pas de maison hantée, mais il garde tjrs les mécanismes des conjuring verse .

Yes
09/06/2021 à 19:16

@Momo

Je comprends pas grand chose à tes posts ci dessous mais The Conjuring 3 n'est pas une histoire de "maison hanté", rien à voir même, on est dans une histoire de possession démoniaque et de magie noire

Et Wan est le grand chouchou de Toby Emmerich (président de Warner Bros. Pictures) donc t'inquiète il est plus que bien chez WB le James

Momo
09/06/2021 à 15:13

@Simon Riaux

Merci

Je répondais au message d'en dessous, où il disait que Wan avait des idées pour ce 3eme opus mais que WB l'a forcé a revenir sur la "maison hantée" bloquant ses idées

Si Chavez pourrait se trouver fragiliser si il se faisait virer . Wan est je pense assez influent pour rebondir si il se fait, de plus WB a plutôt confiance en lui, ils lui ont confié Aquaman et le laisse produire un film "original" Malignant.

Tom’s
09/06/2021 à 14:42

Pitié je vous en conjure stop !! Blague douteuse comme les films, pour faire simple, rien n’arrive à la cheville de l’exorciste de Friedkin aprs quoi le film cours, le film de 73 avait des personnages, un contexte, dècors et filmé de manière réaliste,tout l’inverse de ces films qui m’en sorte d’office surtout ceux là censé se passer dans les 70’, mais à l’épouvante 2000’

Simon Riaux - Rédaction
09/06/2021 à 12:40

@Momo

Attention, Wan n'a été viré de nulle part et certainement pas de chez Warner, dont il est une des dernières vaches à lait. Il est d'ailleurs producteur de tous les produits licenciés Conjuring à venir.

Il travaille tout simplement sur Malignant, sa nouvelle licence, toujours chez Warner.

Momo
09/06/2021 à 12:24

Je pense que Wan a les reins assez solides si WB le dégage.

Moi j'avoue que des que j'ai vu que cétait pas lui qui reprenait Conjuring,ca m'a mit un doute, qui se confirme on dirait. Le 2 était en dessous du 1er, mais il y avait des bonnes idées

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