The Nevers : un retour super-héroïque et féministe réussi pour Joss Whedon ?

Maeva Antoni | 12 avril 2021 - MAJ : 12/04/2021 15:11
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photo, affiche

La nouvelle série fantastique The Nevers de HBO Max est arrivée et peine à nous accrocher à ses super-héroïnes.

Ancien faiseur de miracles du petit écran avec Buffy, tueuse de vampires ou Firefly, demi-dieu de Marvel avec AvengersJoss Whedon a été cloué au pilori à la sortie de Justice LeagueEt depuis la disgrâce de Justice LeagueWhedon croule sous les accusations de harcèlement et d'abus de pouvoir que ce soit sur Justice League justement ou même sa série BuffyAprès DC, Joss Whedon était pourtant parti pour un grand retour à la télévision sur HBO Max avec The Nevers, série de super-héroïnes dans le Londres de l'époque victorienne.

Devant les scandales, après avoir créé la série, écrit et réalisé le pilote, et réalisé également deux autres épisodes (le 3 et le 5), Joss Whedon a donc quitté la production de The NeversQuant à savoir s’il a quitté la série de son plein gré ou si HBO l’a gentiment poussé dehors pour se distancier du scandale... le mystère reste entier. Mais avant son départ, Whedon a eu le temps de concocter une série emplie de personnages féminins forts comme il les aimeOn fait le point.

ATTENTION SPOILERS !

 

photo, Ann SkellyVide et hagard

 

IF THE APOCALYSPE COMES,"TOUCHED" ME

Le premier épisode de The Nevers est un peu comme un feu d’artifice. À l’ouverture, on est happé par la lumière et la promesse qu’offrent les premières étincelles. Mais rapidement on s’ennuie, le feu crépitant manque de rythme et ressemble aux dizaines de feux d’artifices déjà vus précédemment. Finalement, on termine sur un bouquet final qui, s'il est plus explosif et plus cadencé, n’a pas toujours beaucoup de sens et manque d’harmonie. Un final de poudre aux yeux (littéralement) qui donne autant qu’il le peut comme pour s’excuser d’un spectacle si peu attractif après de si belles promesses. En somme, la mèche de The Nevers est un peu mouillée et peine à seulement pétarader.  

Comme souvent avec Whedon, The Nevers est une série féminine sinon féministe. Les héroïnes fortes et surnaturelles de The Nevers semblent se rêver comme héritières de Buffy Summers. Hélas, la mythologie de la nouvelle série de Joss Whedon semble bien plus pauvre, molle et fade que les créations précédentes du showrunner. Après un épisode de une heure, The Nevers ressemble à un biscuit anglais trop longtemps trempé dans une tasse d’Earl Grey.  

Le problème vient autant du scénario convenu que des héroïnes mal utilisées. Le duo de tête mené par Amalia True (Laura Donnelly) et Penance Adair (Ann Skelly) est fade. Le duo star pâtit d’un manque d’investissement de Donnelly qui offre à Amalia un visage mono-expressif qui la rend aimable comme une porte de prison et d’un scénario qui a la fâcheuse tendance à faire passer le pétillant de Penance pour un air ahuri.

 

photoTout feu tout flemme

 

Surtout, The Nevers nous donne un effet de déjà-vu assez désagréable. L’orphelinat d’Amalia aurait beaucoup de mal à ne pas nous rappeler le manoir du professeur Xavier dans la franchise X-Men. En effet, une horde de personnes avec des pouvoirs divers qui se cachent dans une grande bâtisse à l’abri du commun des mortels peu ouvert d’esprit, ça rappelle vaguement quelque chose. 

Mais le manque d’originalité du scénario n’est malheureusement pas sauvé par un rythme trépidant qui ne laisserait pas réaliser les manquements de l’histoire. Malheureusement, The Nevers laisse dans son premier épisode la part belle aux explications et aux longs dialogues peu dynamiques. Un bon récit offre des éclaircissements au fur et à mesure des épisodes en doses homéopathiques. Il faut d’abord ferrer le poisson avant de le cuisiner.  

Les rares scènes qui bougent un peu plus se résument, les deux fois, à la même chose, ce qui n’est pas pour rassurer pour la suite. Les deux moments où il se passe quelque chose (un peu d'action quoi) dans The Nevers exposent Amalia True qui castagne des méchants et qui prend un peu cher au passage. Cela ne suffit pas à rassasier.

 

photo, Ann SkellyUne belle montagne de bric-à-brac

 

PAS TOUCHÉES PAR LA GRÂCE 

Entrons dans le vif du sujet, ce qui est supposé nous cueillir, nous exciter : les super-pouvoirs.  Mille fois hélas, le premier épisode de The Nevers met l’accent sur des pouvoirs un peu nazes voire parfois à la limite du ridicule. On retrouve, par exemple, une fillette de plusieurs mètres de haut, une autre qui parle un mix stéréo de toutes les langues de la planète et enfin (la préférée de l'auteur de ces lignes) une qui a le pouvoir particulièrement nul de casser des tasses avec son esprit. On est loin de réchauffer la mauvaise soupe qu’est The Nevers avec des pouvoirs aussi barbants et un peu bêtes.  

L’héroïne, Amalia True pourrait sauver le tout. Avec sa capacité à lire l'avenir, Amalia apparait comme la plus puissante de cette troupe de cirque. Mais son pouvoir est tellement mal bricolé qu’il est, pour le moment, sans intérêt. Son véritable pouvoir semble plus d'être la fille cachée de Jason Statham que de voir le futur puisqu’elle passe plus de temps à mettre des tatanes qu’à lire dans sa boule de cristal mentale.  

Si les héroïnes ont tristes mines, les méchants de leurs côtés ne relèvent pas la sauce. De sans saveur à carrément ridicule, les vilains de The Nevers présentés jusqu'ici rendent le tout pataud et pâteux. Le Docteur Szell local (Denis O'Hare) ne fait pas très peur. Ici, le médecin qui fait des expériences sur les “touchés” est suffisamment édulcoré pour rappeler davantage le Dr Mamour que le Dr Mengele. On peut passer sur le cliché du flic bourru de Ben Chaplin et l’aristocrate libidineux de James Norton qui semble avoir oublié qu’il n’est plus ici dans La Chronique des Bridgerton 

 

photoUn duo pas très complice

 

La grande méchante de cette saison, comme on l’imagine aisément, sera probablement Maladie (Amy Manson). Il faut reconnaitre que le jeu de l’actrice n’aide pas son personnage. La super-vilaine semble tout droit sortir de l’asile d’Arkham, mais pas dans le bon sens du terme. Ce personnage qui apparait comme une sorte de mélange entre un Joker sous LSD et un mauvais méchant de M. Night Shyamalan est affligeant 

De plus, The Nevers ne semble pas assumer son état de série d’époques. Les dialogues apparaissent totalement anachroniques sortant régulièrement le spectateur de l’ère victorienne qui est dépeinte. Les mots d’esprits contemporains prononcés par des femmes en corsets crée une vraie distance avec l’histoireCe qui marche pour Kaamelott ne vaut pas pour tout le monde.  

Mais là où le bât blesse véritablement dans cette construction anachronique, c’est le petit côté profiteur de The Nevers. Il est difficile de ne pas lire en filigrane le mouvement #MeToo dans cette lutte pour l’indépendance pas subtile pour un sou. Avec un gouvernement exclusivement masculin qui a davantage peur de l’émancipation des femmes que de leurs super-pouvoirs, The Nevers surfe sur une vague trop loin dans le temps pour elle. Si cela avait été fait avec doigté pour rappeler que le combat des femmes est universel l’impression de sauter sur l’occasion n’aurait pas été la même 

 

photo, Laura Donnelly"Qu'est-ce que je fous là ?" 

 

NEVERS SAY NEVERS

Il est clair désormais que The Nevers croule sous les défauts, mais il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Si la mythologie et les personnages sont un peu foutraques et sans saveurs, les éléments qui les entourent sont eux, ce qui sauve la série.

Les machines et les effets sont suffisamment plaisants et ingénieux pour nous faire passer un bon moment visuellement parlant. Les rues pavées de ce Londres du 19e siècle n’écrasent pas tant que cela la perspective ou les personnages par leurs effets fonds verts raplapla. Il y a toujours un côté tellement charmant dans le Londres d’antan qu’on est un peu obligé d’en admirer sa beauté, quels que soient les légers défauts de l’illusion. 

Le charme du décor parvient presque à nous faire faire abstraction des effets spéciaux en carton pour les pouvoirs comme celui sur la fillette géante, bricolés à grands coups de perspective qui donne un petit côté Chérie, j'ai rétréci les gosses bien gênant De plus, les costumes y sont également pour beaucoup, les héroïnes de The Nevers cherchent la bagarre dans leurs plus beaux atours et pour une génération jean-baskets ces toilettes élégantes ont quelque chose de toujours fascinant.    

 

photoSauvées par la beauté environnante

 

Il faut donner une mention spéciale pour les inventions de Penance qui offre une dimension steam-punk pas piquée des hannetonsSi la vapeur est ici remplacée par l’électricité, les drôles de machines métalliques de Miss Adair, en particulier la voiture du début d’épisode, sont aussi esthétiques que joliment décalées. Si cette fois encore il faut faire abstraction de l’énormité volante et étincelante de la toute fin, le reste des gadgets “electric-punk” de la série offre un angle James Bond à l’ancienne qui est plutôt amusant.  

Mais surtout, si on a envie de laisser une chance à The Nevers après ce premier épisode décevant, c’est parce qu’on sent tout le potentiel de cette mythologie fantastique. Avec ses héroïnes, son décor et son esthétique, on a quand même envie d'y croire. Si Amalia apparait comme antipathique, la joviale Penance est attachante et donne envie de suivre son arc narratif. Ce qui manque le plus à The Nevers c’est le rythme au-delà de l’originalité. On a plus qu’à espérer que le tout s’enflamme rapidement.

Un nouvel épisode de The Nevers chaque lundi sur OCS dès le 12 avril 2021 en France

 

photo, affiche

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commentaires lecteurs votre commentaire !
Blobby
17/04/2021 à 12:01

Comme d'autres commentateurs, je trouve la critique un peu sévère. Certes, il n'y a sans doute rien de révolutionnaire dans cet épisode pilote (je trouvé étonnant que personne n'évoque Miss Peregrine), mais c'est bien réalisé, bien joué, et il y a suffisamment de mystère pour que j'ai envie de voir la suite.
J'avais trouvé le pilote de Lovecraft Country excellent, mais la suite de la série m'a de moins en moins convaincu. En démarrant un peu moins fort, peut-être que The Nevers tiendra mieux la distance...

elaomek
16/04/2021 à 10:56

Je trouve cette critique très sévère, l'originalité de cette série est plus tot sympa, et j'admet qu'il y a quelques clin d'oeil à d'autres séries ou films mais nous devons admettre que depuis le covid nous n'avons plus grand chose à nous mettre sous la dent.Alors moi je dit 4 étoiles et j'attend avec impatience la suite en espérant de ne pas être déçu.

Yellow submarine
15/04/2021 à 23:05

Bordélique et inégal mais je ne saurais trop dire en quoi j’ai envie d’en savoir plus.

Vous n’en parlez pas mais le dévoilement de l’origine des pouvoirs à la fin donne furieusement envie de voir la suite. Enfin si la révélation n’intervient pas après 6 saisons.

Jomini
14/04/2021 à 11:43

Ça fait très carton-pâte...

Avant, HBO faisait dans la qualité, mais ça, c'était avant...

Punkette
13/04/2021 à 20:48

Bin moi, j’ai aimé. Tout en fait. Les actrices - et acteurs - magnifiques. Les pouvoirs qui, à défaut d’être extraordinaires, rendent ces femmes différentes - j’aimerais bien pouvoir me battre de la sorte, parler 10 langues, être une inventrice de génie. #mee too? Je ne sais pas. C’est un homme qui a écrit la critique? C’est bizarre comme réflexion. En fait, je me suis laissée embarquée, par les personnages - hommes et femmes - , l’histoire, les décors, les dialogues, la poésie, le potentiel qui se cache derrière chaque personnage, la musique, oui, celle d’une série dans laquelle j’ai très mais alors très envie de me plonger. Encore plus depuis que j’ai lu cette critique qui a tous les défauts qu’elle impute à la série....

Ilesttoutàfaitnormaldavoirunavis
13/04/2021 à 10:52

@Zuzu007 il semblerait que vous et le rédacteur ayez vu la même série, vous avez juste un avis différent, spoiler : ce n'est pas grave.

Cette expression "on a pas vu la même chose", c'est le cancer d'internet.

Zanta
13/04/2021 à 08:27

Le pilote de Buffy était aussi oubliable... donc wait and see.

Mera
13/04/2021 à 03:57

2021 - L'Odyssée de l'humiliation de Joss Whedon.

RobinDesBois
12/04/2021 à 21:56

@Zuzu007 tu as éveillé ma curiosité. Je vais essayer de voir cet épisode.

Zuzu007
12/04/2021 à 18:39

Pas génial, mais très sympa, des super héros genre xmen en plus léger et au 18 ème siècle, avec un petit côté les mystères de l'ouest, sa le fait plutôt pas mal

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