Hippocrate saison 2 : critique électrochoc sur Canal+

Geoffrey Crété | 5 avril 2021 - MAJ : 10/04/2021 11:57
Geoffrey Crété | 5 avril 2021 - MAJ : 10/04/2021 11:57

Il n'y a pas que Grey's AnatomyDr House et autres Good Doctor dans la vie médicale des séries TV. Déjà, il y a The Knick, encore et toujours. Et il y a aussi Hippocrate, tirée du film éponyme écrit et réalisé par Thomas Lilti, qui avait rencontré un beau succès en 2014. Plus de deux ans après une première saison renversante, la saison 2 revient dès le 5 avril sur Canal +, pour huit épisodes sous très haute tension, toujours menés par Louise Bourgoin, Alice Belaïdi, Karim Leklou et Zacharie Chasseriaud.

ATTENTION PETITS SPOILERS

NOUVELLE VAGUE

Le calme avant la tempête n'aura même pas duré une minute. Un petit Mozart, une petite suture, un petit espoir, et déjà une vague arrive sur Hippocrate pour emporter les personnages. Le silence d'une chambre laisse place à la symphonie du chaos des couloirs, avec une inondation qui condamne le bâtiment de l’hôpital Poincaré de Garches, dans les Hauts-de-Seine, à être évacué. À l'extérieur, il y a une vague de froid. À l'intérieur, c'est un raz-de-marée à gérer. La médecine interne rejoint donc les urgences, à la fois pour investir les lieux et prêter-main forte à l'équipe dirigée par un nouveau visage de cette saison : le docteur Brun, incarné par Bouli Lanners.

C'est le début d'un grand huit de huit épisodes, et d'une tornade qui emporte Alyson (Alice Belaïdi), Hugo (Zacharie Chasseriaud), Chloé (Louise Bourgoin) et Arben (Karim Leklou). Et c'est la grande force de la série : cette capacité à créer un mouvement continu, donnant la sensation de prendre un train en marche et de ne plus s'arrêter, épisode après épisode. C'est une histoire de patients, de scanners, de dossiers et d'urgence(s), mais c'est aussi palpitant qu'un thriller.

Hippocrate rappelle les grandes heures d'Urgences, la grande et incontournable série créée par Michael Crichton. Mais Thomas Lilti et ses coscénaristes Anaïs Carpita et Claude Le Pape confirment dans cette saison 2 qu'ils ont trouvé leur tempo, et leur voix. Et elle résonne plus intensément encore que dans l'excellente première saison.

 

photo, Bouli Lanners"On dirait pas, mais je suis pas là pour rire"

 

STRESS PRÉ-TRAUMATIQUE

C'est simple : difficile de décrocher un seul instant durant ces huit épisodes, réalisés par Thomas Lilti (Médecin de campagne, Première année). Cette sensationnelle force narrative est si puissante qu'elle donne l'impression d'une saison en apnée. Gérée d'une main de maître, elle alterne entre des moments très tendus (une femme à réanimer, un service à réorganiser) et des respirations indispensables (une pause clope, un silence à la fenêtre), entre des émotions très douces et des éclairs de brutalité réaliste.

Un caisson à oxygène qui devient terriblement anxiogène, une fracture ouverte qui donne le tournis, une plèvre à percer de toute urgence : le voyage sera rude pour le quatuor, et notamment Alyson et Hugo, en première ligne. Comme dans la première saison, l'attention aux détails et le soin documentaire (Thomas Lilti est médecin avant d'être cinéaste) apportent une brutalité froide terriblement efficace.

 

photo, Alice BelaïdiOh ça va, c'est qu'une plèvre

 

La saison 1 était construite autour de l'arrivée des nouveaux et l'explosion en plein vol de Chloé, avec un problème majeur dans la narration : une fois que le personnage de Louise Bourgoin tombait à terre, elle emportait toute la série avec elle. La saison 2 a retenu la leçon, et avance d'un bloc, dans un crescendo de plus en plus intense et terrible.

La massive intoxication au carbone qui débarque à la fin du premier épisode envahit l'hôpital et la série, littéralement et symboliquement, pour peu à peu serrer les protagonistes à la gorge. Des conflits naissent et des failles sont révélées, jusqu'à l'erreur ultime, en périphérie, là où personne ne regardait. En restant accrochée à cet événement, de ses premiers patients sur le parking jusqu'aux conséquences sur les soignants, la saison 2 tient un cap redoutable.

Présent dans la première saison, le personnage d'Igor, interprété par Théo Navarro-Mussy, est ici au premier plan. Symptôme criant d'un système qui ne tourne pas rond, il prend le relais de Chloé pour la partie émotionnelle. Et difficile de résister à la force implacable des derniers épisodes, où tout se joue pour le groupe. Il y a bien quelques moments plus faibles, principalement pour justifier le retour d'Arben, mais rien qui ne freine le rythme de la saison.

 

photo, Théo Navarro-MussyCouler en silence

 

FÉROCE TRANQUILLE

La grande force de la série est aussi de ne jamais perdre ses personnages. Ils sont écrits et dessinés par petites touches dans l'action, dans cette course sans fin. C'est un travail d'orfèvre d'autant plus impressionnant que ni la mise en scène, ni les dialogues, ni les acteurs et actrices ne soulignent les effets. Il suffit d'une pause avec un yaourt ou des cordons bleus, d'un silence dans un couloir désert ou d'une discussion légère, pour recentrer l'attention sur les humains derrière les blouses.

Hugo qui résiste à sa mère (Anne Consigny) comme pour questionner sa trajectoire trop parfaite, Chloé qui retrouve le fantôme de sa mère chez une patiente, Alyson rongée par une empathie qui vire à la panique dangereuse : l'écriture trouve un bel équilibre entre la démonstration et la subtilité, sans tomber dans la sensiblerie trop courante dans les séries médicales.

Hippocrate flirte parfois avec ses limites (un brin de romance par ci, un retour qui arrange bien par là), mais privilégie toujours une belle simplicité, au plus près des visages. Mieux encore : les scénaristes ne cèdent pas aux facilités et coups de baguette magique pour accélérer l'intrigue et les arcs des personnages.

 

photo, Karim Leklou, Zacharie ChasseriaudNi une peluche, ni un ewok : un enfant

 

L'exemple de Chloé est le plus significatif. Bulldozer de la première saison, elle avait été stoppée net dans son ascension par sa malformation cardiaque. Reléguée à la bureaucratie au début de la saison 2, à cause des séquelles graves de son opération, elle a perdu le goût de se battre, de soigner les autres, et quasiment d'exister elle-même. Sa trajectoire sera naturellement celle d'une guérison psychologique, d'une reprise de pouvoir sur son corps et son mental, avec des obstacles posés dès le premier épisode.

Mais Chloé est d'abord un personnage avant d'être une héroïne. Avant de se relever, elle devra affronter et encaisser beaucoup de doutes, de silences et surtout de vide. Dans une mauvaise série, elle se serait remise d'aplomb en quelques épisodes, à grands coups de sauvetage et situations explicites. Ici, elle aura besoin de beaucoup de silences, de non-action et de dialogues avec elle-même, que le spectateur devine derrière ses yeux. Il lui faudra finalement une saison entière (jusqu'au mémorable "On me reclasse pas") pour y parvenir, et ainsi donner à cette résurrection une vraie force. Et Louise Bourgoin tire encore une fois son épingle du jeu, avec une force tranquille renversante.

Ce temps précieux laissé aux personnages (et donc aux scénaristes) permet à Hippocrate de résister aux codes habituels. Et c'est aussi grâce à ça que Chloé, Arben, Hugo et Alyson sont si touchants et si intéressants : ils ne semblent pas avancer pour les besoins artificiels d'une intrigue. Il suffit de voir comment le personnage du docteur Brun (particulièrement bien interprété par Bouli Lanners) échappe au stéréotype qu'il semble d'abord être, pour voir la sensibilité infinie des scénaristes pour ces hommes et femmes.

 

photo, Louise BourgoinToujours le personnage le plus passionnant

 

PATIENCE covid

La saison 2 est-elle placée sous le signe du coronavirus, qui a logiquement envahi les séries du genre, comme Grey's Anatomy ? Non. Les scénarios avaient été largement écrits avant la pandémie, et le tournage avait commencé avant le premier confinement. En revanche, la réalité a rattrapé et en partie modifié la fiction.

Pendant que l'équipe filmait les fausses crises d'Hippocrate, la vraie pandémie envahissait l'hôpital réel, de l'autre côté de la porte. La production a finalement été brutalement stoppée, et Thomas Lilti a repris son rôle de médecin, dans l’hôpital Robert-Ballanger, à Aulnay-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis. Là où sa série est tournée.

 

photoL'avenir est radieux

 

À ce stade, les deux derniers épisodes de la saison 2 n'étaient pas encore écrits, et la question d'intégrer la Covid s'est posée. L'équipe de scénaristes a préféré l'écarter jusqu'aux ultimes instants, pour en faire non pas un moteur dramatique, mais un horizon où disparaissent les personnages dans les dernières minutes. Avec des paroles lourdes de sens, de Chloé, évidemment : "Je pense que c'est que le début".

En espérant surtout que ça ne soit que le début d'Hippocrate, et que la série continue sur cette fantastique lancée.

 

Affiche

Résumé

Avec cette saison 2 palpitante et puissante, menée d'une main de maître à tous les niveaux (notamment dans l'écriture), Hippocrate s'impose pour de bon comme l'une des meilleures séries actuelles. Et pas uniquement françaises, ou médicales.

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Lecteurs

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commentaires
Serge
11/04/2021 à 13:25

Excellent, des episodes parfois un peu longs, mais tout est très proche de la réalité, on souffre parfois, bravo aux acteurs

Nadal Nadal
11/04/2021 à 10:23

Excellente série française très fière du vécu pendant des années bravo j espère d autres saisons

DS
11/04/2021 à 00:22

Unr journée entière de visionnage de la série
Quand on.commence on ne s'arrête plus
C'est vrai qu"il y a une certaine invraisemblance dans les gestes soignants mais une telle humanité des personnages et des relations fait oublier ces défauts
Une vraie réussite

Joujou
09/04/2021 à 21:07

J’ai regardé les 8 épisodes pratiquement d’une traite.
Cette 2ème saison nous entraine plus loin ,l’état d’âme des personnages est étudiée par petites touches .
Les acteurs sont excellents ,très sobres dans le jeu.
Félicitations,en espérant une saison 3.

veronik
09/04/2021 à 09:13

je trouve que cette série ne dit pas la vérité car dans la réalité les trois quart des gestes sont effectués pas les infirmières, dans la série on voit les internes faire des pansements triturer des perfs, conditionner un malade bilanter, prendre ses constantes, "eplucher" un grand brulé
ramasser des malades tombés d'un brancard, tout ça je ne l'ai jamais vu;
faire dire à une infirmière qu'elle n'ouvrait pas un dossier......
j'ai travaillé en réa ,urgences, grands brulés, cardio, bloc, post op, je n'ai jamais vu( ou rarement, la nuit quand l'ambiance s'y prète), un interne s'impliquer dans le soin infirmier, même jamais vu faire un ecg alors je crois que l série , pour créer du mouvement donne aux internes le boulot des ide car les filmer dans leur bureau concentrés sur les dossiers ( ce qui est indispensable ), c'est moins fun

Stevanin
06/04/2021 à 23:58

Exceptionnel cette deuxième saison est formidables comme la première le nouvel arrivant, le Docteur Brun est magnifique, tous les comédiens sont top, bravo pour le scénario, la mise en scène, c'est un sans faute !

Amnorian
06/04/2021 à 08:43

En accord complet avec l'auteur. La saison 2 est meilleure que la première (qui était déjà excellente) et démontre une qualité et un vécu frappant.
On retrouve Urgence sur certains éléments, mais surtout la marque du réalisateur. Les personnages sont touchant (la directrice également) et j'ai vraiment hate de voir une autre saison d'une série réussi, encore un autre succès de canal+

Wolfie
05/04/2021 à 11:12

Cette note est une bonne nouvelle !
Hâte de pouvoir la regarder.
Merci

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