Hippocrate : quand Canal + tente son Urgences, ça donne l'une des plus belles surprises de l'année

Mise à jour : 17/12/2018 15:26 - Créé : 17 décembre 2018 - Geoffrey Crété
Geoffrey Crété | 17 décembre 2018 - MAJ : 17/12/2018 15:26
photo
43

Thomas Lilti adapte son film Hippocrate en série, avec Alice Belaïdi, Louise Bourgoin, Karim Leklou et Zacharie Chasseriaud.

C'est la période médicale. Avant la série HP sur OCS en décembre et le film L'ordre des médecins en janvier 2019, il y a eu Hippocrate, qui fait le pont entre le grand et le petit écran.

Création de Thomas Lilti, qui reprend vaguement le principe de son film Hippocrate sorti en 2014 et auréolé d'un beau succès (six nominations aux César et un prix pour Reda Kateb, plus de 950 000 entrées), la série du même nom suit un groupe d'internes, confrontés à la réalité d'un métier difficile, dans une situation encore plus délicate.

Notre avis sur la première saison de cette création originale Canal +.

 

 

URGENCE CRÉATION 

Alors que la planète sérievore se goinfre de Game of ThronesTrue DetectiveThe Handmaid’s Tale et autres The Haunting of Hill House, le paysage français semble toujours sinistré. Semble, car si beaucoup se plaisent à réduire la chose à Joséphine l'ange gardien et Plus belle la vie, avec au mieux Les Rivières pourpres comme preuve de diversité, la création bouillonne.

Ad VitamTransfertsVingt-CinqMissions, NuIrresponsableHolly Weed, et bien sûr les poids lourds Dix pour cent ou Le Bureau des légendes, sont là pour en témoigner. Hippocrate se rajoute à cette liste, depuis le bout de terrain occupé par les créations originales de Canal + (BraquoJour Polaire, ou Le Bureau des légendes).

 

photo, Louise BourgoinEntrée en matière

 

Le principe est pourtant d'une simplicité a priori ronflante : suivre un groupe d'internes dans un hôpital français. Leurs problèmes personnels et professionnels, leurs batailles contre le système et eux-mêmes, leurs patients attachants ou compliqués. Depuis le triomphe d'Urgences dans les années 90, qui s'est étiré sur 15 saisons et plus de 300 épisodes, la série médicale est un genre solide et une formule à succès, comme l'ont depuis prouvé Grey's Anatomy (15 saisons et le compteur tourne encore) et Dr House (8 saisons).

Bonne nouvelle pour Hippocrate : s'il fallait lui trouver une inspiration, ce serait du côté d'Urgences. Il y a bien sûr des amourettes que ne renieraient pas l'hospice de Meredith Grey, et quelques cas que House mettrait une quarantaine de minutes à décrypter, mais le principal est ailleurs. Dans l'urgence justement. Celle des vies, des examens, des ambitions, des effectifs réduits et des gardes tendues, des négociations avec la réalité et sa propre personne.

Dès les premiers instants, la série de Thomas Lilti happe, avec une simplicité et une justesse remarquable. Et l'aventure ne deviendra que plus solide et prenante au fil des huit épisodes de cette première saison.

 

photo, Karim Leklou, Alice Belaïdi, Zacharie ChasseriaudAlice Belaïdi, Karim Leklou et Zacharie Chasseriaud

 

ANATOMIE D'UNE FORMULE

Hippocrate démarre aux basques d'Alyson (Alice Belaïdi). Elle court après son RER, et avec elle c'est toute la série qui démarre dans une énergie naturelle et terre-à-terre. Quand elle arrive dans l'hôpital pour son premier jour auprès des deux autres internes, Chloé (Louise Bourgoin) et Hugo (Zacharie Chasseriaud), l'action a déjà commencé, et Alyson comme le spectateur prennent le train en marche. Tant mieux : ce décor de couloirs, de chambres et de salles éclairées aux néons, est bien connu.

D'emblée, les personnages sont installés, et surtout cette Chloé autoritaire. Elle n'en est pas à sa première année, et n'a pas de temps à perdre : elle maîtrise ce monde, se contrefiche de ses collègues, et fonce direct vers la lignée d'arrivée. Comme elle, Alyson et Hugo sont des archétypes. Elle, la fille un peu tête en l'air, qui semble à peine à sa place, et n'a pas encore les codes. Lui, le fils d'une tête de l'hôpital, qui connaît justement parfaitement les codes, et dégage un parfum de piston. 

D'emblée, le chaos guette. Suite à un cas extraordinaire et une éventuelle épidémie, tous les médecins du coin sont en quarantaine. Les trois internes devront se débrouiller. Pas le temps de perdre du temps : Hippocrate commence là où certains épisodes mémorables d'Urgences commencent, dans une situation périlleuse, brutale, qui donne immédiatement une bonne impulsion.

 

photo, Alice Belaïdi, Karim LeklouKarim Leklou et Alice Belaïdi : espoirs du cinéma français actuel 

 

LES NERFS À LA VIE 

Les huit épisodes de Hippocrate ressemblent alors vite à une épopée de tubes, seringues et crises, sur un océan de corps et esprits à vif - du côté des patients, mais aussi des soignants. Au fil des heures, c'est comme si une magie était à l'œuvre : tout ça a beau avoir été vu et revu ailleurs depuis deux décennies, ça fonctionne à merveille.

Cette amourette entre deux internes, ces secrets de service, ces patients super-attachants et ces cas super-compliqués, sont des éléments incontournables du genre. Et difficile d'argumenter qu'il y a une quelconque surprise en terme d'enjeux et dramaturgie. La réussite de la série est donc d'autant plus impressionnante qu'elle se déroule dans un cadre archi-codé, autour de personnages tout aussi carrés.

 

photo, Zacharie ChasseriaudBouillon de vie et d'énergie dans les scènes en coulisses de l'hôpital

 

L'une des principales raisons est la sobriété du dispositif. Thomas Lilti est lui même médecin, et a puisé dans sa vie et ses expériences l'inspiration pour à peu près tous ses films. Pour sa première série, c'est la même chose, mais en mieux : tout ici respire le naturel et l'évidence. Si au cinéma, Lilti semble parfois limité par ses films à formule un peu trop carrée, il semble totalement s'émanciper en transposant la recette sur le format d'une série.

Il n'y a plus aucun sentiment de rigidité, mais au contraire une impression de valse aérienne, palpitante, d'une efficacité parfois folle. Et le souci du détail (qui va du jargon aux gestes, en passant par le refus d'embellir les acteurs en faire de beaux internes maquillés), va dans ce sens, et apporte une vraie vie aussi bien dans les chambres blanches que dans les zones festives réservées au personnel.

 

photo, Anne Consigny Anne Consigny et Geraldine Nakache en solides seconds rôles

 

QUATU-OR

L'un des grands atouts de Hippocrate est sans conteste son quatuor d'acteurs. Trop souvent cantonnée aux seconds rôles au cinéma, Alice Belaïdi a ici l'occasion de briller au premier plan. Elle apporte toute son énergie à ce personnage d'interne irrésistible, qui sert de repère au spectateur de par son naturel et ses réactions souvent décalées. A ses côtés, Zacharie Chasseriaud (vu dans La Belle vie) dégage également ce charme de jeune chien un peu fou.

Côté "adultes", Karim Leklou confirme après Coup de chaud et Le Monde est à toi qu'il est un acteur à suivre de près. Il joue sur une note déstabilisante au premier abord, mais qui participe pour beaucoup à l'identité de ce décor. Mais c'est surtout Louise Bourgoin qui tire son épingle du jeu, tant elle est renversante. C'est un ouragan qui emporte tout sur son passage, avec une illusion fantastique dès qu'il s'agit des gestes et du vocabulaire médical. Elle est d'une justesse extraordinaire, 

Surtout vue dans des comédies récemment avec Sous le même toit ou L'un dans l'autre, elle rappelle sa force de frappe avec ce superbe personnage, véritable cœur de la série. Si son arc peut sembler poussif au départ, il se révèle particulièrement fort et offre certaines des meilleures scènes de la saison - notamment un début d'épisode 7 absolument fou.

 

photo, Louise Bourgoin Louise Bourgoin, cœur de la série

 

Cette qualité d'écriture se retrouve un peu partout, comme lorsque cette infirmière Martine (Sylvie Lachat) s'exclame "T'aurais pu me le dire, je peux comprendre tu sais", ou avec ce beau personnage de patient transgenre, interprété par l'excellent Shawn Delair. L'hôpital où travaillent ces internes est spécialisé dans le "F to M", la réassignation sexuelle du féminin au masculin, mais ce n'est jamais un sujet tartiné à l'écran.

Il faudra d'ailleurs attendre plusieurs épisodes avant que ça ne soit concrètement discuté par les personnages, et toujours avec finesse. La scène où Chloé est interrogée par Laurin sur son agressivité vis-à-vis de ce sujet est particulièrement intelligente, et loin du manichéisme redouté.

Une sensibilité et une finesse qui donnent une vraie allure et identité à Hippocrate, pour ne pas s'enfermer dans le genre. La décision de ne pas avoir un patient par épisode par exemple, mais d'étirer leurs histoires sur plusieurs épisodes, ajoute à la fois en crédibilité et en efficacité. 

 

photo, Shawn DelairShawn Delair, parmi les belles surprises de la série

 

Série médicale facile et "à l'américaine" sur le papier, belle réussite touchante voire étourdissante à l'écran : Hippocrate est assurément l'une des surprises de l'année. Une de celles qui, au-delà de prouver à certains que la série française est capable du pire comme du meilleur (comme partout ailleurs), donne une belle impulsion dans la création, côté Canal +.

Etonnamment, le format de Hippocrate semble correspondre parfaitement au style de Thomas Lilti, qui brille plus ici que dans ses films, comme le récent Première année. C'est aussi un terrain idéal pour Alice BelaïdiKarim LeklouZacharie Chasseriaud et surtout Louise Bourgoin, sensationnelle, qui incarne à merveille la fausse simplicité et vraie vigueur de la série.

Hippocrate, diffusée sur Canal + et Canal + Series jusqu'au 1er janvier.

 

Affiche

commentaires

Dise Nore
23/12/2018 à 05:26

Que c'est ennuyeux. Aucun sujet autre que les archétypes rabâchés maintes et maintes fois. La santé est un sujet majeur, et les auteurs ne prennent aucun risque, à se demander si les laboratoires n'ont pas subventionné cette série.

mimirm
20/12/2018 à 10:57

magnifique serie interpretation magistrale on s y croirait attachant joue divinement bien
ns n avons rien a envier au américains super super super

vivement la suite on attend avec impatience

bravo a ts les acteurs

Paul
19/12/2018 à 15:02

J'ai beaucoup apprécié cette série Française pour son réalisme,sa justesse,et le talent de ces jeunes comédiens,notamment LOUISE BOUGOIN,éblouissante.

Gatien
18/12/2018 à 13:09

Je me suis arrêté après le 1er épisode : la faute aux jeunes internes qui ressemblent à des gilets jaunes parachutés à un concours de littérature. Même débutants, ne sont-il pas sensés connaître en partie la théorie ?

Geoffrey Crété - Rédaction
18/12/2018 à 11:30

@zanta

Je suis d'accord, après ce pic de l'épisode 7, ça retombe un peu. Ca casse un peu la dynamique, mais ça n'en reste pas moins une très belle série pour moi - en très grande partie.

zanta
18/12/2018 à 11:24

Excellents six premiers épisodes - acteurs, intrigues -, mais ça dérape à la fin.
Oui, la séquence d'ouverture de l'épisode 7 est trépidante, mais tout retombe bien plus bas en termes de gestion d'intrigues par la suite.
Le dernier épisode est même carrément raté.
Dommage, mais ça fait attendre la saison 2 sans impatience.
...
(Sinon, Nakache dans un rôle dramatique, je peux pas. Pas crédible pour un sou.)

Satan Lateube
18/12/2018 à 09:11

"Hippocrate démarre aux basques d'Alyson (Alice Belaïdi). Elle court après son RER"
Alors pour chipoter, la série se déroule dans l'Hopital Raymond Poincaré à Garches, 92, qui n'est pas desservi par le RER mais par le train de banlieue.
Voilà voilà, c'était ma contribution intéressante du jour.

votre commentaire