Ex machina : rencontre avec Alex Garland

Simon Riaux | 3 juin 2015
Simon Riaux | 3 juin 2015

Quand le scénariste et romancier Alex Garland arrive à Gérardmer pour présenter Ex_Machina, notre sang ne fait qu'un tour. Il est l'homme derrière La Plage28 Jours plus tard ou encore Sunshine. Un britannique énervé, dont la prose tendue n'est pas étrangère à l'actuelle rayonnement britannique dans le domaine du genre et de la SF. Forcément, quand on le croise au Festival de Gérardmer, le résultat est une rencontre délicieusement électrique.

Assis dans un confortable canapé du Grand Hôtel, Alex Garland semble ne pas tenir en place. Ce n'est pas tant son corps impavide et maîtrisé qui traduit l'énergie qui le meut, que les mots qu'ils débitent à toute vitesse, dans un anglais tour à tour châtié et percutant. L'homme se défend d'être un grand littéraire abreuvés de bons mots, se vit plutôt comme un créateur-éponge, un curieux polyvalent et exigeant.

Devenir réalisateur, chef d'orchestre ? "Bullshit ! Ce n'est pas pour rien que les génériques de fin durent aussi longtemps. C'est une force collective un film. J'en faisais déjà partie avant, c'est toujours le cas aujourd'hui. Le metteur en scène arrive un peu avant d'autre membres de l'équipe et à une responsabilité devant cette dernière. Mais il ne peut accomplir quelque chose que si tout le monde travaille ensemble."

Quand on lui demande s'il faut voir dans l'importance des dialogues de Ex_Machina une déformation professionnelle de l'écrivain, il n'est pas d'accord non plus mais nous offre une réponse des plus intéressantes.

"Ce film est parti d'une dispute. Une violente dispute. J'ai un très bon copain qui bosse dans le domaine de l'Intelligence Artificielle. Ce qui est un terme bâtard au passage. Il est convaincu qu'on ne pourra pas créer de réelle conscience artificielle, qu'on ne pourrait pas lui conférer de singularité humaine.

Je pense le contraire. On en a longuement parlé. Pendant des semaines, on a échangé des mails, on est allé loin, pendant longtemps. Et au fur et à mesure, cette discussion est devenue une structure, sur laquelle j'ai rajouté des éléments, ça s'est transformé lentement en scénario. "

 

Mais Garland n'est pas non plus sûr de lui, il ne craint pas d'étaler ses limites, ses questionnements.

"Je suis un libéral de gauche, comme le personnage de Caleb, c'est mon positionnement politique. Nathan, le démiurge, lui est un réaliste très froid, qui n'a aucun problème pour accepter et disséquer une réalité froide. Quand il parle, je trouve ce qu'il raconte horrible, vous aussi sans doute. Mais en fait je crois qu'il a raison.

J'adhère aux principes et à l'éthique que défend Caleb, mais je me rends compte grâce au film que beaucoup de ses prises de positions ont à voir avec un certain aveuglement, des questions d'orgueuil, une forme de jugement puritain qu'il plaque sur les choses. Je suis d'accord avec lui. Mais je crois que Nathan, qui peut paraître comme un salaud et un manipulateur, dit la vérité."

Quant à savoir si l'auteur se situe dans la tradition d'une SF pessimiste, craignant la prochaine révolution technologique, notre interlocuteur bat cette hypothèse en brèche. Oui, dans son film, les machines ne sont pas particulièrement bien intentionnées, mais il ne faut pas y voir une condition sine qua non de leur nature.

ATTENTION SPOILERS

On pourrait croire que le robot de mon film n’a pas d’empathie parce qu’il poignarde l’un des personnages et piège l’autre, mais en fait, je crois qu’il n’a juste pas d’empathie pour ces deux personnes là précisément. Il a de l’empathie pour les japonais, mais pas pour ces deux gars. C’est rude mais c’est ce que nous faisons dans la vraie vie, nous ressentons de l’empathie de manière « sélective » pour les personnes qui nous entourent.

FIN DES SPOILERS

 

Détail amusant, Alex Garland aura probablement été le dernier réalisateur à pouvoir travailler facilement avec Oscar Isaac et Domhall Gleeson, qui ont tous deux rejoint par la suite le tournage de Star Wars : Le Réveil de la Force.

"Vous savez quoi ? Quand l’annonce du casting de Star Wars VII est tombée, tout le monde savait sur le plateau qu’Oscar et Domhnall allaient en être. Il n’y a pas de secret dans le cinéma, quand vous êtes bons, vous pouvez tout faire. Un démiurge créateur de robots comme un apprenti jedi. Ces gars sont très demandés à l’heure actuelle, je suis content de les avoir eus dans mon film."

Homme de sciences plus que de lettres, lorsque nous évoquons avec lui L'Ève Futur de Villiers de l'Isle-Adam, avec lequel son film entretient des liens très étroits, l'artiste reconnaît ne pas connaître le texte français, tout en admettant qu'il convoque ici un mythe tenace et essentiel dans la fiction moderne.

"Je souhaiterai vous répondre « oui », mais ce n’est pas le cas. C’est un peu comme les mathématiques, j’ai beaucoup de limites dans mes connaissances littéraires hélas, je ne connais pas ce roman. Mais c’est intéressant, non ? Ça veut dire que c’est une histoire qui reste, qui a besoin d’être racontée."

 

Pour retrouver notre critique de l'excellent Ex Machina, c'est par ICI.

Merci à Universal, Florence Debarbat et Sylvie Forestier.

 

 

Tout savoir sur Ex Machina

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