Ex Machina : critique robotique

Simon Riaux | 30 mai 2017 - MAJ : 12/01/2020 13:46
Simon Riaux | 30 mai 2017 - MAJ : 12/01/2020 13:46

Alex Garland passe pour la première fois derrière la caméra, pour autant il est loin d'être un nouveau venu dans le monde du cinéma. Romancier auteur de La Plage, scénariste de 28 jours plus tard et Sunshine, l'écrivain britannique est rompu à la conception de récits nerveux et ramassés, où les genres se mêlent et implosent. Un bagage suffisant pour s'attaquer à un des thèmes fondateurs de la science-fiction ?

CHERCHER LA FEMME 

Quand un brillant jeune homme est choisi par son patron, nabab de l'informatique reclus dans un loft au beau milieu de la jungle, pour être le premier à tester une intelligence artificielle révolutionnaire, ce sont les fantômes de Blade Runner, Metropolis, 2001, l'Odyssée de l'espace ou plus encore Ghost in the shell qui s'animent. Alex Garland les invite sans les craindre, leur ajoutant moult références littéraires, convoquant avec intelligence Villiers de L'Isle-Adam et son Ève Future, ou la prédation masculine des grands contes européens.

 

 

Photo Oscar IsaacOscar Isaac, aussi fascinant que toxique


En néo-réalisateur attentif, il soigne son cadre avec maniaquerie et un sens du découpage aigu. En résulte un film certes attendu mais toujours fin, qui choisit non pas de révolutionner des thèmes rebattus, mais de les mettre à jour. Ainsi, son personnage d'Elon Musk 2.0, incarné par un Oscar Isaac parfaitement vénéneux renouvelle avec ce qu'il faut de perversité la figure classique du démiurge. Le scénario quant à lui dépasse enfin les strictes questions d'intelligence artificielle pour vulgariser efficacement les notions de singularité et de conscience artificielle, appelée à devenir centrale, en science-fiction, mais également dans un futur très proche.

 

 

Photo Oscar Isaac, Domhnall GleesonDomnhall Gleeson et Oscar Isaac

 

TROUVER LE GARÇON

 

Mais cette fable cruelle ne se contente pas de manier avec science les concepts qui l'ont précédé. Alex Garland se livre également à une foisonnante réflexion sur le genre, invoquant ici Barbe Bleue, là les grands débats éthiques qui animent nos sociétés. À travers ces deux personnages masculins qui auscultent leur altérité et leur désir pour des entités féminines à priori parfaites, il fait exploser les conceptions mâles et femelles au fur et à mesure que le script dévoile que ses anti-héros ne sont finalement capable d'empathie, d'affect, voire d'excitation que pour des ersatz d'eux-mêmes, des faux semblants. Et le métrage de se transformer en conte mathématique, dont chaque protagoniste forme la face d'une figure géométrique qui nous échappe sans cesse.

 

 

photo, Alicia VikanderAlicia Vikander

 

Si on se réjouit sincèrement de découvrir un jeune metteur en scène aussi appliqué, cultivé et désireux de rendre hommage à un genre fondateur, on regrettera en revanche qu'Alex Garland ait bien plus de mal à tenir les articulations de son récit. Son jeune héros est ainsi mû par des pulsions très attendues, mais peu incarnées, qui nuisent finalement au rythme de l'ensemble, déjà très lent. Enfin, si les spectateurs les plus cultivés se régaleront de l'abondance de citations, les autres risquent de trouver le résultat gentiment ennuyeux, voire largement écrasé par ses glorieux aînés.

 

 

Affiche

Résumé

À l'heure où science-fiction rime trop souvent avec blockbuster hystérique, retrouver le genre sous la forme d'un conte d'anticipation soigné et respectueux du spectateur est un petit plaisir qui ne se refuse pas.

Lecteurs

(4.0)

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commentaires

sylvinception
12/07/2015 à 13:49

@yamix et jaco.
Pour votre info sachez que je publie la plupart de mes commentaires au boulot, étonnant non ??
Sinon je vois dirais bien d'aller vous faire foutre, mais vu la façon dont vous marchez, ça a sans doute été déjà fait, et plus d'une fois.
Entre vous peut-être ??

Bisous les tarlouzes!! ;-)

Ann Perkins
03/06/2015 à 12:53

@Zanta
Justement j'aurais dit le contraire, pour moi il rentre trop dans les clous, surtout avec cet Ex Machina assez sommaire. Tout ça est devenu très, très carré et classique, et donc beaucoup moins beau et marquant que ses premiers scripts

Zanta
02/06/2015 à 21:52

C'est moi, ou Garland semble vraiment prendre son envol après ses deux très perfectibles scripts pour Boyle.
"Never Let Me Go", "Dredd", et maintenant ce qui s'annonce comme un des meilleurs films de ce début d'année.
Si seulement ça pouvait tenir en salle jusqu'à la fête du cinéma... ça pourrait très bien marcher.

Yamix
02/06/2015 à 20:25

jaco +1

Sylvinception, jamais vu un hater pareil. Aucune considération pour quoique ce soit ou qui que ce soit. Triste pseudo geekos renfermé devant son écran.
Sort un peu mec, le soleil est là (enfin presque partout)...

jaco
02/06/2015 à 17:40

sylvain l'aigri de service qui ne fait que balancer des commentaires négatifs (sa vie doit être géniale)

Rodfab
01/02/2015 à 13:48

Avec la bande annonce j'ai l'impression de voir la même histoire que le film "The Machine"

Monsieur J.
29/01/2015 à 21:32

Pas plus que les tiens ! Tu veux que je t'en cite... Sylvinj'veuxêtreuncomique.

sylvinception
29/01/2015 à 11:57

"Aie, robote"...
Purée trop fort le jeu d'mots!!

Nan je rigole, c'est naze.

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