Oscars 2021 : la Chine est amère et ignore la victoire de Chloé Zhao pour Nomadland

Salim Belghache | 28 avril 2021 - MAJ : 28/04/2021 12:35
Salim Belghache | 28 avril 2021 - MAJ : 28/04/2021 12:35

Le sacre aux Oscars du film Nomadland de Chloé Zhao aurait pu être l'occasion pour la Chine de faire sa publicité, mais la réaction a plutôt été froide.

Les victoires du film Nomadland aux Oscars 2021 ont été l’événement de cette année de cinéma. En effet, la réalisatrice chinoise Chloé Zhao a remporté l’Oscar du meilleur film en tant que productrice du long-métrage, mais également celui de la meilleure réalisation. Une performance particulièrement célébrée puisque la réalisatrice est la première femme chinoise et asiatique à décrocher le prix de la réalisation.

Nomadland met en perspective la traversée d’une femme incarnée magnifiquement par Frances McDormand (qui a également obtenu l'Oscar de la meilleure actrice) à travers l’Amérique et la réussite de ce projet n’a pas été du goût de tout le monde. La Chine n’a effectivement pas apporté son soutien et a très peu relayé la consécration de sa compatriote.

 

photo, Frances McDormandUne petite pause sur la plage

 

Tout d’abord, les premières réactions ont très largement tardé comme le rapporte The Hollywood Reporter. Le porte-parole officiel du gouvernement ne s’est pas exprimé sur cette actualité dans les heures qui ont suivi la cérémonie, tout comme le journal Le quotidien du peuple (organe de propagande officiel du parti communiste chinois), le service presse de l’État et enfin, le tabloïd populaire Global Times.

Seul le site d'information privé 163.com s’est emparé très rapidement de l’affaire et n’a pas manqué de tourner l’article dans le sens du gouvernement, en déclarant notamment que Chloé Zhao était la seconde cinéaste chinoise à gagner l’Oscar du meilleur réalisateur, après Ang Lee. Toutefois, le réalisateur de Tigre et Dragon et de L'Odyssée de Pi est considéré, à raison, par l’Académie des Oscars comme taïwanais, puisque ce dernier est né au sud de Taïwan. Une occasion manquée de saluer l'excellence du cinéma chinois.

 

photo, Frances McDormand"Ils sont chiants..."

 

Ensuite, selon Deadline, Global Times a tout de même publié un éditorial le lundi soir, heure locale, titré : Nomadland rappelle à ceux qui sont pris par la rivalité entre l'Amérique et la Chine de garder la foi. Bien que l’article de presse ait salué la prouesse de Chloé Zhao, le titre évocateur présage parfaitement le point de vue très marqué politiquement de l'article :

"Nous espérons qu’elle pourra devenir de plus en plus mature. […] L’aggravation des relations bilatérales restreint les échanges culturels entre les habitants des deux pays. Les personnes qui essaieront d’explorer ces opportunités dans ce domaine rencontreront des problèmes et des troubles jamais vus dans le passé. Ils auront des difficultés à plaire aux deux côtés."

 

photo"Je vais les massacrer wesh !"

 

Finalement, cette réception timide n’a rien d’étonnant et traduit plus que jamais, la position prise par la Chine concernant Nomadland. En effet, les bribes d’interviews accordées par la réalisatrice au magazine Filmmaker et sur un site australien n’ont pas été appréciées par le gouvernement chinois. Chloé Zhao aurait notamment déclaré que la Chine est "un endroit où il y a des mensonges partout". Cette citation a énormément déplu et a coûté la promotion du long-métrage en Chine. Celui-ci n’a d'ailleurs pour l’instant aucune date de sortie de prévue sur le territoire en question.

Le matricule de Chloé Zhao est donc plus que jamais discuté en Chine et la cinéaste va devoir s’armer de patience lorsque Eternals, son entrée chez Marvel, sortira dans son pays d’origine. Elle s’attaque effectivement à un héros ouvertement homosexuel, ce qui en Chine aura forcément du mal à passer du fait de la politique peu ouverte (doux euphémisme) du pays à ce sujet. D'ici là, Nomadland est prévu pour une sortie dans les salles françaises, le 9 juin 2021, alors qu'Eternals est pour l'instant envisagé pour le 3 novembre 2021 en France. Pour patienter, vous pouvez lire notre critique de The Rider, son précédent long-métrage.

Tout savoir sur Nomadland

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commentaires
Ethan
29/04/2021 à 19:36

Ce qui faudrait c'est de favoriser les cinémas des pays européens. Le cinéma italien rayonnant dans les années 60 a disparu.
Les films américains c'est bien mais y en a beaucoup trop, sans parler du streaming.
Il faudrait un peu rééquilibrer les choses.

@Kyle
Oui et non. Déjà on est trop dépendant du cinéma américain. La cancel culture déteint sur nous. Les valeurs également.
Certains grands acteurs ayant fait plus que leur preuves n'ont jamais été récompensés tel que Tom Cruise, Gérard Jugnot

@Simon Riaux
Il faut y voir aussi une tendance, une mode : les françaises depuis Cotillard
La liste est longue

Lupanar
29/04/2021 à 16:05

Vers l'au delà et l'infini

Simon Riaux - Rédaction
29/04/2021 à 16:02

@Lupanar

Toujours viser le soleil bébé.

Lupanar
29/04/2021 à 16:01

Simon Riaux : quelle ambition !

Simon Riaux - Rédaction
29/04/2021 à 15:40

@Lupanar

Je nous souhaite la même durée de vie, et un lectorat aussi sympathique.

Lupanar
29/04/2021 à 15:37

Écran large = télé Z de la critique ciné

gegelevrai
29/04/2021 à 12:42

apparemment le bot est passé par là ^^

Simon Riaux - Rédaction
29/04/2021 à 10:26

@Mokuren

Oui il y a de ça, et puis peut-être aussi une volonté d'attirer à Hollywood de nouveaux talents. L'industrie américaine a régulièrement renouvelé ses pratiques et ses formes en intégrant des cinéastes étrangers. Leur donner des Oscars n'est sans doute pas la plus mauvaise manière d'échanger avec eux.

Mokuren
29/04/2021 à 09:08

Bonjour,
J'aimerais bien aussi connaître le sentiment d'EL sur le fait que la Corée du Sud s'invite une nouvelle fois aux Oscars.
Yoon Yeo Jung est une actrice bien connue des amateurs de culture pop coréenne. On la voit au cinéma, dans des dramas et même dans des variety shows coréens.
Je vois aussi dans son Oscar, et dans celui de Bong Joon Ho auparavant, une manière pour Hollywood de reconnaître la Corée comme un acteur majeur en matière de soft power. Cela n'enlève rien au fait que ces Oscars récompensent le travail individuel et le talent exceptionnel de ces personnes, bien sûr. Mais il ne faut pas se leurrer : à Hollywood, la puissance et l'influence d'un pays jouent un rôle dans la reconnaissance qui est accordée à ses talents.
M.

Laule
29/04/2021 à 01:30

La Chine fait ce qu'elle veut les gauchos.

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