Martin Scorsese n'aime pas plus les director's cut que les films Marvel

La Rédaction | 17 octobre 2019
La Rédaction | 17 octobre 2019

À l’heure où il est commun de ressortir les blockbusters en salles augmentés d’une poignée de secondes ou de doper les ventes vidéo avec des montages étendus, Martin Scorsese explique pourquoi la pratique lui paraît artificielle.

Alors que le Tout-Hollywood est encore bouleversé par l'outrecuidance du réalisateur de The Irishman (qui a osé dire que Marvel n'était pas franchement sa came), Martin Scorsese s'en moque et continue sa tournée promotionnelle pour discuter de choses autrement plus intéressantes que les conditions d'emballage de la lessive industrielle. Ainsi, il s'est penché ces dernières heures sur le montage de nos films préférés.

Nombreux sont les films dont les montages souhaités par leurs réalisateurs ont été difficiles, voire momentanément impossibles, à faire. Qu’il s’agisse de La Porte du paradis, de Blade Runner ou de Cabal, certaines œuvres ont souffert de conflits durant leur production ou d’une sortie catastrophique amenant à un remontage, bref de conditions de fabrications explosives. Mais, aux yeux de Martin Scorsese, ce type d’évènements ne constitue pas l’essentiel de ce qui est aujourd’hui défini par l’appellation director’s cut.

 

photo, Martin Scorsese"C'est l'histoire d'un prêtre, d'une pute et d'un film Marvel..."

 

Et difficile de lui donner tort, entre le premier slasher venu, qui ajoutera un peu de sang numérique à son édition vidéo, les blockbusters comme Avengers : Endgame et Spider-Man : Far from home qui tentent de maximiser leurs revenus en ressortant dans des copies rallongées, le vocable a un peu perdu de son sens originel.

Interrogé par Entertainment Weekly, le réalisateur de The Irishman a expliqué son point de vue.

« Le director’s cut, c’est le montage du film, tel qu’il est sorti en salles, à moins qu’il n’ait été accaparé par les financiers et le studio. »

Pour autant, Martin Scorsese ne nie pas la pertinence de certains montages revisités. Mais sa réponse permet de comprendre avec quelle philosophie il aborde lui aussi son art, et pourquoi vous pourrez probablement vous gratter pour découvrir des versions alternatives de ses créations.

« Ce sont des choses qui arrivent, mais je crois qu’une fois les dés lancés, il faut savoir dire : "voilà le film que j’ai fait, selon les circonstances." »

 

TournageMarty, méditant à son prochain méfait contre Disney

 

Et si on lui demande quel serait un bon exemple de director’s cut, Marty a une idée bien précise en tête :

« C’est intéressant. Dans le passé, il y a quantité de films dont nous aurions souhaité voir des versions longues, parce que les scènes qui en avaient été retirées venaient du director’s cut, et pas du premier montage. Ça fait une grosse différence. Parfois, pour capitaliser sur le succès d’un film et l’exploiter complètement, on dit : "voilà le director‘s cut".

Vous devriez regarder Pat Garrett et Billy le Kid. J’ai vu la version intégrale quelques jours avant la sortie du film, pendant une réunion, sa durée était de quelque chose comme 2h20. Puis la MGM a sorti le film, et leur version durait 90 minutes. Tous, nous nous sommes exclamés : "Non, c’était un chef-d’œuvre !" et on a prié pour qu’il puisse être sauvé. Le monteur avait conservé une copie et le film tel que vous pouvez le voir aujourd’hui correspond à cette version. Ça c’est un director’s cut.

Et si le monteur nous avait dit qu’il avait encore 20 minutes de montage par-devers lui, j’aurais adoré pouvoir regarder ces 20 minutes. Donc je comprends très bien pourquoi le public est désireux lui aussi de poser les yeux sur 20 minutes de plus. »

Comme d’habitude, dès qu’il est question de cinéphilie, on peut faire confiance à Martin Scorsese pour causer. Son The Irishman sortira le 27 novembre prochain sur Netflix en France.

 

photo, Martin ScorseseLe blasphémateur à l'oeuvre

 

 

commentaires

Nicotine46
24/10/2019 à 18:38

J'ai justement vu Pat Garrett il y a quelques jours, la version soit disant longue mais celle-ci faisait 2h environ. Dois-je comprendre qu'il y a une version DC encore plus longue ?

Birdy
18/10/2019 à 11:29

Scorsese représente à lui seul le cinéma de mon adolescence. J'aurais pu partir sur une île déserte avec ses films, et être heureux ( si tant est qu'il y ait de quoi les mater).
Alors quand il parle, j'écoute, et je la ferme.

BadTaste
17/10/2019 à 20:04

@Paehon : Pareil.

Weekly
17/10/2019 à 19:44

@Starfox Pour Apocalypse Now, les playmates de mémoire c'était une bonne scène, par contre la plantation française détruit complètement le rythme (parfait) de la version ciné. Apparemment, le récent final cut garde ce passage, donc je pense qu'on peut rester avec la version ciné comme référence...

Par contre je vais me faire cracher dessus mais j'assume : pour moi, la version ciné (international cut) de Blade Runner est à mon sens supérieure au (faux) director's cut et au final cut. Je ne supporte pas le délire autour de la licorne (à mon sens inintéressant) et la colorimétrie modifiée du final cut...

Bayhem
17/10/2019 à 18:12

Bah mon cher Marty, moi, j'aimerais vraiment voir ton Director's Cut de Gangs of New York ! Parce que ça doit valoir le déplacement !

Et @numberz
Yep, je suis d'accord avec toi et le défend : Kingdom of Heaven passe de "moué, pas top" (pour être sympa) en version salles à "top 5 des films de tonton Ridley" en version longue.
Certains films méritent vraiment la version du réal !

Si vous avez l'occas et ne l'avez pas vu, voyez la version studio de Brazil, appellée "Love Conquers All" (dispo sur le Criterion DvD de Brazil), ça vaut tellement le coup de voir comment les mêmes plans peuvent donner un film qui est l'encontre de ce que veut le réal !

Oh et puis, troll juste pour faire hurler les fans de comics (dont je fais partie, mais reconnaissons qu'ils hurlent souvent ceux-là, quel que soit leur "camp"): #releasethesnydercut.
Allez, bisous.

Hakimbey
17/10/2019 à 17:16

@Okay

Pas du tout dans le genre de Casino et les Affranchis. Qu'est ce que tu entends par là ? C'est plus contemplatif ? Est ce que le rajeunissement numérique est réussi ?

Okay
17/10/2019 à 14:58

Vu The Irishman à Lyon dans le cadre du Festival Lumières avec la présence de Martin Scorsese, alors... ne vous attendez pas à voir un film dans le genre Casino ou encore Goodfellas, mais très bon aussi et il me tarde de le revoir. Pas d'inquiétude on est très très loin du film de parc d'attraction ^^ ceux qui veulent voir un film dans la pure tradition des films de "gangsters" seront sûrement déçus, mais les cinéphiles eux seront ravis. La photo et la réal dans son ensemble est un délice. Acteurs au top et coup de coeur pour la performance d'Al Pacino, il envoie franchement du lourd.

M1pats
17/10/2019 à 14:35

C est pas bien de critiquer DC Martin

Paehon
17/10/2019 à 14:16

"Les avis c'est comme les trous du cul, tout le monde en a un."

Je ne peux regarder Aliens qu'en Director's cut personnellement.

Starfox
17/10/2019 à 13:32

La meilleure version d'Apocalypse Now, c'est celle de 79.

Toutes les séquences avec les playmates pendant le typhon, la plantation française, tout ça c'est chiant en fait, ça casse le truc.

Le seul ajout qui vaut le coup dans les versions longues d'AN, c'est quand on voit Kilgore pour la première fois, on voit son hélico attérir et il en sort comme un star en mettant son chapeau. Le plan est dément.

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