Roma : le nouveau film d'Alfonso Cuaron, a été acheté par Netflix et ne devrait donc pas être à Cannes

Christophe Foltzer | 9 avril 2018 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Christophe Foltzer | 9 avril 2018 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Netflix et le Festival de Cannes ne sont clairement pas les meilleurs amis du monde. Et cette nouvelle édition devrait encore plus creuser le fossé entre eux. A moins que l'un ne tue l'autre avant la cérémonie d'ouverture.

Le monde change et particulièrement les moyens de diffusion des films. Tandis que Netflix a multiplié les coups ces derniers mois avec ses exclusivités privées de sorties de salles comme Annihilation, une certaine partie de l'industrie s'inquiète énormément de cette redistribution des cartes. Si nous n'allons pas virer dans l'alarmisme de bas étage en clâmant la mort du cinéma, il faut quand même reconnaitre que ce qui se passe est important.

 

Photo Sandra Bullock, George Clooney, Alfonso CuarónAlfonso Cuaron sur le tournage de Gravity

 

On se rappelle que l'an passé le Festival de Cannes avait dû plier face à Netflix car il voulait présenter des films disponibles uniquement en streaming. Et pas des petits hein, puisque l'on parle quand même de l'excellent Okja. Le Festival avait courbé l'échine mais attendait son heure. Et cette année, c'est la revanche puisque le Festival vient d'instaurer une nouvelle règle qui oblige chaque film en compétition à connaitre une sortie en salles en France.

 

Photo Tilda SwintonOkja

 

Une attaque que Netflix a pris directement contre lui, à raison d'ailleurs, et qui l'a poussé à mettre sur pied une terrible vengeance. Nous venons en effet d'apprendre que le nouveau film d'Alfonso Cuaron (Gravity), Roma, venait d'être acheté par Netflix à destination exclusive de sa plateforme de diffusion selon Vanity Fair.

Problème, le film était d'ores et déjà l'un des favoris du festival, dont la compétition sera dévoilée jeudi 12 avril prochain. Netflix vient de priver le Festival de l'un de ses temps forts tout en menaçant d'aller encore plus loin puisqu'il pourrait faire la même chose avec d'autres oeuvres en lice pour Cannes, comme Norway, le nouveau Paul Greengrass, Hold the Dark de Jeremy Saulnier, le documentaire They'll love me when I'm dead de Morgan Neville et la restauration du film inachevé d'Orson Welles : The other side of the wind.

Ça n'a l'air de rien dit comme ça, mais c'est bel et bien une véritable guerre qui se joue en ce moment dans le monde du cinéma. Une guerre entre deux époques où un Festival prestigieux est obligé d'évoluer avec son temps pour ne pas être laissé sur le bas-côté des transformations du marché. En plus d'être une manoeuvre extrêmement puissante de la part de Netflix qui veut clairement faire plier le Festival à ses exigences. Pas sûr que la plateforme y arrive cependant.

 

Photo the other side of the windThe other side of the wind

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commentaires
Le rol’
11/04/2018 à 04:12

@Glob
Well done...
Un p’tit vent de fraicheur et d’optimisme sur le tres grand n’importequoi de ce forum...

Sky Captain
10/04/2018 à 11:49

@Glob

+1

Merci pour ce post.

Shagon
10/04/2018 à 00:05

Débat stérile : si Mac Do sert des omelettes aux truffes, ça ne va pas tuer la gastronomie...

Netflix reste un video-club à domicile qui produit des films ou les achète. Ça s’appelle du «  direct-to-video » et ça ne surpassera jamais une salle de cinéma, même avec des films de luxe...

Thierry
09/04/2018 à 21:02

De la rupture : certains voient (sur Airsatz) dans le film d'Alex Garland, "Annihilation", le premier grand coup de maître de Netflix qui a su héberger en son sein un grand film rejeté et dédaigné par Hollywood. Il est tout à fait possible que nous assistions là, avec ce film (en sa qualité de signe et de symbole d'une nouvelle ère qui s'installe), et en ces temps de changements, à une véritable rupture, Hollywood et le système officiel français de production et de diffusion de films (dédaignant ici par exemple, et de facto le film "Roma"...) se trouvant dépassés par ces tous nouveaux usages qui font de nos écrans singuliers et personnels les nouveaux supports où se déploiera désormais le 7° Art. Il y a là véritablement l'émergence et l'apparition d'un nouveau paradigme, et c'est ce point d'inflexion profond, majeur et durable qu'il nous est donné de contempler.
Il faudra que les lois françaises concernant la diffusion des oeuvres changent, et rapidement encore, au risque de voir le système ancien gagner les rivages étranges de l'obsolescence sans doute non programmée, mais terriblement amère pour beaucoup.
Ah oui, au fait, merci Netflix pour......, disons "Roma". :))

Glob
09/04/2018 à 20:22

La guerre des clichés.

D'un côté un festival plein de défauts, qui a permis à des cinéastes d'émerger sur la scène mondiale et continue à le faire en compétition et en parallèle (Yorgos Lanthimos, Sergei Loznitsa, Kornel Mundruczo, Maren Ade, David Robert Mitchell...), et a plusieurs fois salué des gens très différents, car loin d'être exclusivement ce stéréotype d'auteur ronflant.

De l'autre, un service qui a plein de qualités, mais n'est pas cet espèce de fantasme absolu que beaucoup lui plaquent dessus, comme l'el dorado des artistes (le showrunner de House of Cards a été viré parce que Netflix voulait tirer sur la corde de l'intrigue, The Get Down a été annulée après une pause suspecte, Sense8 a été annulée, Orange is the new black prolongée au-delà du raisonnable et de l'intérêt artistique pourrait-on dire).
Oui, ils déboursent plein, plein d'argent pour des films et séries, mais ne faisons pas les naïfs : ce n'est pas juste pour l'amour de l'art, c'est pour pousser aux abonnements, et damner le pion aux studios. C'est un business, comme ça l'est partout (et c'est "normal"). La preuve que la machine marketing marche : maintenant on entend "c'est sur Netflix ?" comme on entend "t'es sur Facebook ?" ou "Tu me passes ton iPhone ?" (comprenez : on a tous ça, on consomme tous pareil). Quand je vois certains hurler de manière aussi spectaculaire et extrême à la domination de l'antéchrist Disney, je me demande pourquoi on n'a pas de crainte sur celle de Netflix, qui comme n'importe quel autre système de production a ses ennemis, sa politique, ses choix, et peut naturellement mener à une uniformisation. Sans compter que ça accélère la montée déraisonnable des budgets et achats, comme le deal dingue pour la série du Seigneur des anneaux qu'Amazon a remporté face à Netflix, sûrement au prix de ces conditions limite absurdes. Ca me rappelle un truc : Harvey Weinstein (uniquement d'un angle pro ici hein) quand il a explosé le business des films indé à Sundance, accueilli comme un prince par les réal et prod, et qui a finalement changé les règles du jeu et transformé (en bien mais aussi en mal) la chose, avec le désir de dominer le territoire quitte à débourser des sommes folles, étouffer des concurrents bien sûr mais aussi des films et artistes (et je parle pas de son caractère mais des sommes déboursées pour occuper le terrain et tout grapiller, parfois par principe). Faudra à ce titre voir, avec le recul, ce que Netflix offre. Combien de % de films réussis ou intéressants et "nobles" chaque mois/année ? J'accuse pas, je m'interroge. Parce que faire dans les extrêmes manichéens, ça devient vite stérile.

C'est super qu'ils aient financé un Scorsese, mais peut-on réellement ne pas comprendre qu'un studio ait été moyen excité par le Bright à 100 millions d'Ayer/Smith ? Doit-on oublier que comme Netflix, des studios et prod investissent des milliards (ou millions quand ils sont du côté des auteurs plus modestes, qui cherchent pas forcément à être dans le spectacle) chaque année pour soutenir des artistes, des cinéastes, qui pourront devenir après le phénomène qu'on pourra classer dans nos coups de coeur ? Peut-on réellement dire que tout abonné Netflix paierait plus que quelques centimes pour voir un film, ou une série, si on divise abonnement/nombre de choses regardées ? Peut-on s'interroger sur le business plan, l'avenir, ce qui adviendra après côté choix de financement et priorité ?

Bref, c'est complexe et intéressant. Bien trop pour dire Cannes po bien bobo alcoolisés, Netflix super bien artistes et kiff.

FredFred
09/04/2018 à 20:06

La guerre des anciens et des Modernes.
D'un côté un festival ringard où le misérabilisme et la condescendance affichée avec ses people bourrés de fric.
De l'autre, une plateforme qui investit 8 milliards dans la création audiovisuelle.
Quant aux écrans, vous me faites bien marrer ! Combien y a t-il de salles Dolby Vision en France ? Combien y en a-t-il en Dolby Atmos ?
J'ai tout ça sur Netflix, alors les salles pourries avec leur projo Full HD...

captp
09/04/2018 à 18:48

Voir un film au ciné ou chez soit n'a quand même rien à voir.
Perso je souhaiterai que les 2 s'entendent car je pense que personne n'a à y gagner à se déclarer la guerre et certainement pas nous.
Cannes à joué au con l'année dernière en balayant netflix avec un air salement condescendant et la netflix est en train de les cogner fort dans les rouleaux si tout cela ce fait...
Qu'ils discutent ensemble que chacun lâche du lest et c'est le cinéma qui en sortira gagnant.

Une question bête mais qu'aurait à y perdre netflix de sortir leur films au ciné?4 mois après ils le mettent dans leur catalogue .... Je me demande si ils gagneraient pas plus de thune même.
À condition de faire de bon film hein ....

terry fraymaw
09/04/2018 à 18:42

qui en a encore quelque chose à carrer du festival de cannes en vrai ?

maxleresistant
09/04/2018 à 14:19

Perso j'adore, même si j'adore les salles de cinés, je ne peu plus défendre ce format de diffusion devenu trop cher et gavé de pub.
Netflix joué la concurrence, c'est au reste du marché de réagir.

Pseudo81
09/04/2018 à 13:45

@STEVE, Oui mais des films pour lesquelles je suis prés a payer 10 euros, y 'en a pas tout les mois sur Netflix, même pas un par an...

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