La Planète des singes : la trilogie qui enterre les franchises

La Rédaction | 15 janvier 2021 - MAJ : 09/03/2021 15:58
La Rédaction | 15 janvier 2021 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Quand la Fox a annoncé son souhait de rebooter La Planète des singes, pas mal de dents ont grincé. Le film original demeurant un indéboulonnable classique et le remake de Tim Burton ayant globalement déçu, personne ne voyait d’un très bon œil l’arrivée d’une nouvelle version, surtout alors que le mouvement de franchisation et de récupération nostalgique à Hollywood prenait son essor.

Et pourtant, trois ans après la sortie de son ultime volet, la trilogie fait figure de cas particulier au sein des blockbusters actuels. Tant par son succès public et critique, que par le soin qui a présidé à sa fabrication et la qualité globale de chacun de ses épisodes, tout concourt à l’imposer comme un cas d’école et une véritable leçon de savoir-faire. 

Alors qu’Amazon Prime accueille ces jours-ci le film original adapté de l’oeuvre de Pierre Boule ainsi que les trois volets de son reboot, l’occasion était trop belle de revenir sur les choix et spécificités qui en font une création à part. 

 

PhotoD'une génération à l'autre

 

CHANGER DE POINT DE VUE

Produite en pleine guerre froide, quand la crainte de l’arme atomique formait la toile de fond d’une grande partie du cinéma de genre anglo-saxon, et de la science-fiction en particulier, le film de Franklin J. Schaffner jouait du vertige de l’humanité imaginant sa propre fin à la suite d’un holocauste nucléaire, et de l’homme blanc plus spécifiquement. Ainsi, représenter Charlton Heston et ses semblables esclavagisés, la même année que la promulgation aux Etats-Unis du Civil Right Acts, n’était pas tout à fait innocent. 

L’excellente idée de ce reboot aura donc été d’opérer une totale bascule de point de vue. Les singes, via leur leader César, étant désormais notre centre d’attention, mais aussi le réceptacle des conflits, enjeux dramatiques et émotionnels du récit. La chute de l’humanité n’a plus valeur de catastrophe édifiante ou d’allégorie formatrice. L’apocalypse civilisationnelle est une donnée inévitable, voire même souhaitable du point de vue des singes, véritables héros de la trilogie, capables d’empathie pour les humains, mais majoritairement insensibles à leur sort, perçu comme une pirouette de l’évolution profitable au plus grand nombre. 

 

photo"C'est quand même pas top votre Puy du fou là"

 

Ce changement de point de vue ne va pas sans une nouvelle lecture politique, centrale dès La Planète des singes : L'affrontement, qui reprend la structure classique du western, en choisissant (comme dans certains westerns pro-indiens des années 50) de prendre fait et cause pour les primates, qui reprennent ici le rôle traditionnellement tenu dans le genre par les natifs américains. Sauf que désormais, leur défaite n’a plus rien d’un fait acquis, et c’est bien les humains qui se voient signifiés leur obsolescence.

Une décision plus radicale qu'il n'y paraît, car si les hommes passent dès le second volet au deuxième plan, ils n'en disparaissent pas pour autant. Et mettre le spectateur face à une galerie de protagonistes progressivement effacés, se transformant en silhouettes impuissantes ou caricaturales, est un défi exigeant. Et il faut toute la finesse de jeu d'un Jason Clarke pour jouer cette progressive disparition, cet anti-héroïsme touchant, qui laisse la place à César et ses fidèles, pures créations de cinéma et hommages à sa nécessaire suspension d'incrédulité.

 

photo"Excellente cette soupe de pangolin"

 

DÉFI TECHNOLOGIQUE

Si le remake de Tim Burton a prouvé avec une certaine classe que maquillages et trucages à l’ancienne étaient toujours capables de nous impressionner, la nouvelle trilogie de La Planète des Singes a réussi un sacré tour de force technique.

Si la performance capture n’a pas été inventée à l’occasion, loin de là, la trilogie l’a poussée dans ses derniers retranchements. Interactions extrêmement complexes entre personnages virtuels et réels, niveau de détail ahurissant, travail sur le photoréalisme qui esquive avec génie la « Uncanny Valley » (ou « vallée de l’étrange », quand le réalisme souligne paradoxalement les micro-défauts d’une image ou création artificielle) : les effets spéciaux de la saga comptent parmi les plus impressionnants aboutissements techniques de ces dernières années.

 

Andy SerkisLe catalogue des BG mécheux

 

À l’heure où quantité de blockbusters n’hésitent pas, Marvel en tête, à se présenter au public malgré un cruel manque de finitions, voire en dupliquant leurs effets d’un film à l’autre (coucou Black Panther), il est particulièrement difficile de prendre en défaut La Planète des Singes à ce titre, l’ambition plastique des deux segments réalisés par Matt Reeves force l’admiration. 

Dans La Planète des Singes : Suprématie, dont l’essentiel de l’action se déroule en hiver, on en aurait presque l’impression que les responsables des effets spéciaux ont cherché à relever les défis les plus complexes possibles. Que les personnages réels et virtuels interagissent avec force détails et précision, la franchise nous y avait habitués. Mais il faut voir le faciès de César réagissant au grésil, les silhouettes empesées des singes réduits en esclavage et le travail sur la masse des corps pour réaliser que jamais le photoréalisme n’avait été poussé aussi loin, et avec un tel degré de réussite. 

 

photo, Jason ClarkeLa civilisation prend l'eau

 

TENIR LE CAP 

Du MCU en passant par John Wick (qui nous prépare actuellement deux suites et une série dérivée), le constat est le même partout : une marque à succès se doit d’être déclinée jusqu’à plus soif. De suites en spin-off, les univers étendus règnent, allant jusqu’à se décliner en séries pour mieux couvrir tout l’espace susceptible d’attirer le public le plus large. Une orientation industrielle souvent synonyme de manne pour les studios qui auront su en tirer parti, mais aussi de débâcle scénaristique pour les spectateurs en quête de narration ambitieuse. 

Malgré ce contexte industriel favorable aux déclinaisons à l’infini, la récente trilogie La Planète des Singes a su se tenir, et proposer un récit clos. Trois chapitres, explorant chacun une dimension de l’univers, soulignant une thématique bien précise, et revisitant un genre cinématographique précis. De la SF parano en passant par le western jusqu’au pur film de guerre mâtiné de péplum biblique, la saga s’est réinventée sans se disperser. 

 

photoLe déconfinement, une allégorie

 

Mieux, quand s’achève le troisième long-métrage, la narration paraît à ce point aboutie qu’elle protège la saga de toute incartade dans les outrances Z que connut la première franchise, où l’on eut droit aux télépathes de la fin du monde, aux sectes humaines bizarroïdes, ou aux dystopies parfois très cheap. Preuve que la trilogie semble désormais intouchable, même le rachat de la Fox par Disney ne l’a pas atteinte.  

En effet, quelques sources anonymes annonçaient dès février 2020 un possible reboot dirigé par Wes Ball sous l’égide de tonton Mickey. Ce dernier avait confirmé l'avancée du projet au mois de mai 2020, mais on est sans aucune nouvelle officielle de la chose, et tout indique que si elle devait bien se faire, elle n’entretiendrait aucun lien avec la récente trilogie. 

  

Photo Woody HarrelsonUn méchant qui ne fait jamais le singe

 

PLAISIR CINEPHILE

Le premier film, le plus fragile techniquement et le plus attendu narrativement, mélangeait divers aspects du cinéma carcéral, de la SF parano et de la fable écolo, mais il est frappant de voir comment la dizaine d’années qui nous séparent de lui l’ont inscrit dans une certaine branche d’anticipation. Tant son rapport à l’écologie qu’à la figure de l’épidémie, du rôle de la zoonose dans celle-ci ou du regard sans fard jeté sur une humanité incapable d’appréhender sereinement son écosystème donnent au récit une étonnante pertinence. 

Parmi les premiers blockbusters à digérer la charte esthétique acclamée de The Last of Us, La planète des Singes : L'affrontement citait abondamment le western fordien, ainsi que des classiques du genre tels que Danse avec les loups ou La Flèche brisée, un mélange aussi ludique qu’immédiatement identifiable, y compris pour le grand public qui, même s’il n’a pas forcément passé des centaines d’heures à s’abreuver de westerns, évolue au milieu de codes culturels qui en ont repris les ingrédients abondamment. 

 

PhotoA la guerre comme à la neige

 

L’alliage le plus risqué, et peut-être le plus abouti du strict point de vue de l’écriture, est celui expérimenté par Reeves dans La Planète des Singes : Suprématie. Le cinéma de guerre classique (Le Jour le plus Long), mais aussi le plus audacieux (Croix de fer) s’y faufile, pendant que des classiques du Nouvel Hollywood sont revisités avec malice. 

Ainsi, on se délecte de la partition de Woody Harrelson, antagoniste idéal et écho glacé du colonel Kurtz d’Apocalypse Now, tandis que le volet carcéral de l’intrigue revisite le chef d’œuvre Papillon. Mais avec son leader charismatique en proie au doute, ses fidèles, et l’affrontement homérique qui conclut la saga, on verse cette fois dans l’épopée biblique qui, de Ben Hur aux 10 Commandements, demeure l’emblème de l’âge d’or Hollywoodien. Un parcours éclatant, qui transforme la trilogie en bac à sable rêvé pour tout cinéphile qui se respecte.

Tout savoir sur La Planète des singes : Suprématie

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commentaires
Grahf
10/03/2021 à 10:57

Hilarant de voir les "cinéphiles" du dimanche critiquer comme si ils étaient de suprêmes connaisseurs. Tous les goûts existent, mais à priori les personnes qui n'ont pas les mêmes goûts qu'eux sont des ignorants adeptes de mauvais cinéma. J'exècre ces mous du bulbe qui n'ont aucune ouverture d'esprit ni aucun respect pour l'opinion des autres, et qui, surtout, pètent nettement plus haut que leurs c**.
Retournez voir vos films en noir et blanc et vos films d'auteurs et laissez les gens apprécier un autre genre de cinéma tout aussi bon. La trilogie planète des singes est excellente, n'insultez pas les autres d'avoir su l'apprécier.

Alger
18/01/2021 à 03:37

Pas mal respect

amdsfilms
16/01/2021 à 11:05

une trilogie magistral, Avé César

Izm342
15/01/2021 à 19:56

C'est quoi C8 ?

Steph2bordeaux
15/01/2021 à 19:48

Si ces trois films sont très aboutis visuellement et techniquement, d'un point de vue narratif on est quand même sur du très linéaire et sans surprise. Alors oui, c'est bien emballé, c'est un peu sombre mais le second et troisième film, on reprend les histoires de cow-boys et d'indiens en gros. Et oui, je vais oser le dire, on n'est guère plus haut que Marvel et ses films. Sérieusement. Un film photo ne suffit pas à rendre un film plus sombre (DC et Warner, ne détournez pas le regard), il faut que le scénario suive.

Guéguette
18/12/2020 à 14:07

Parce que ce film est gogol, qu'il est hyper lisible et prévisible, et qu'il ne dit rien. C'est ce que les gens veulent actuellement.

MArc
18/12/2020 à 13:48

Césarest particulièrement réussis en motion captures.

Mais puisque l'article compare la réussite technique de cetet trilogie face au MCU, je trouve que dans legenre, Thanos est très réussi.

Ca n'empèche pas le fait que certains films du MCU et black Panther en particulier, ne semblent pas terminé techniquement parlant (car le studio va bien trop vite dans ses productions et certains films, auraient mérité un bon mois de taf en plus).

Mais un peu d enuances entre les personnages et les films c'est cool aussi.

Cobra2008
18/12/2020 à 08:04

Je ne comprends vraiment pas l'engouement pour cette trilogie
techniquement , rien à redire
les 2 premiers épisodes sont vraiment bien, mais le dernier... un pétard moullé, j'ai eu l'impression que rien n'avait évoluer, en terme de conflit (planétaire j'entend) par rapport u second opus. le film est pour moi trop centralisé et on a pas vraiment l'impression d'une invasion de la planète par les singes.
Ce n'est que purement subjectif, je sais bien car je reconnais la qualité des 3 films mis je trouve qu'il manque dans ce 3ème opus un aspect plus grandiose dans le conflit entre les humains et les singes.

Cacouac
18/12/2020 à 00:47

Matt Reeves nous balance, l'air de rien, l'une des plus belle proposition de cinéma de ces dernières années, dans le cadre pourtant étriqué du "blockbuster pété de pognon", en créant deux films à l'ancienne, sans esbroufe, sans céder aux rebondissements de remplissage, totalement respectueux de son matériaux d'origine et éperdument dédié à son personnage mythologique, à César, à son lent sacrifice et son chemin de croix nécessaire.
L'un des plus beau putain de personnage qu'Hollywood a créé ces dernières décennies...

Angra
09/12/2020 à 20:02

Je suis un inconditionnel de cette trilogie. Quand j’étais enfant et que j’ai vu pour la première fois La planète des Singes avec C. Heston j’ai adoré cette histoire. J’ai acheté le livre de P. Boule, acheté les BD et tous le reste. Par contre les suites pas aimé du tout et la version de Burton.........hormis les effets spéciaux, mon dieu quelle purge. J’aimerais bien un reeboot du premier de 68 avec les effets visuels actuels et surtout avec des êtres humains vraiment régressifs (pas de belles blondes bien peignées comme chez Burton par exemple).

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