Le mal-aimé : A la poursuite de demain, gros flop mais petite merveille de Disney à (re)découvrir

Geoffrey Crété | 29 juillet 2017
Geoffrey Crété | 29 juillet 2017

Parce que le cinéma est un univers à géométrie variable, soumis aux modes et à la mauvaise foi, Ecran Large, pourfendeur de l'injustice, se pose en sauveur de la cinéphilie avec un nouveau rendez-vous. Le but : sauver des abîmes un film oublié, mésestimé, amoché par la critique, le public, ou les deux à sa sortie. 

 

Affiche

 

"De la SF pour préados" (Le Nouvel Obs)

"Le film n'est jamais à court d'idées, mais de carburant dramatique" (New Yorker)

"Ce devait être de la science-fiction, cela s'apparente plus à une attraction pour parc de loisirs futuriste" (Le Monde)

"Un outil de propagande sur le bonheur autoritairement vendu par la firme aux grandes oreilles" (Les Cahiers du cinéma)

"On nage dans le cinéma de synthèse, face à une machine sous-emballée qui refuse de se calmer" (Positif)  

 

 

LE RESUME EXPRESS

Casey trouve une pin's magique : quand elle le touche, elle voit le monde fantastique de Tomorrowland, cité futuriste remplie d'inventions. Elle rencontre Athena, une petite fille-robot guerrier qui lui a donné le pin's après l'avoir choisie pour sauver le monde, et Frank, un inventeur ronchon qui a été viré de Tomorrowland, et sait le monde condamné.

Après avoir échappé à des robots tueurs, le trio se téléporte à Paris et utilise une fusée cachée dans la tour Eiffel pour aller dans une autre dimension : Tomorrowland.

Sauf que Tomorrowland est maintenant une ville abandonnée. Le méchant Nix les attrape et montre à Casey la machine qui prédit le futur de la Terre : la fin du monde. Mais c'est parce qu'elle refuse de l'accepter qu'elle a le pouvoir de le sauver. Athena se sacrifie pour faire exploser la machine et ainsi, stopper le désespoir.

Casey et Franck rouvrent Tomorrowland, et invitent tous les rêveurs du monde entier à y venir.

FIN

 

Photo Britt Robertson

   

LES COULISSES

En 2010, Lost se termine après six saisons. Co-créateur de la série avec J.J. Abrams et Jeffrey Lieber, Damon Lindelof n'a pas encore écrit Cowboys & envahisseurs, Prometheus, Star Trek Into Darkness ou encore World War Z, mais c'est un nom qui monte. Disney cherche donc à mettre en chantier un film de science-fiction avec lui : le succès de la franchise Pirates des Caraïbes ayant été magique, l'idée est de s'inspirer de l'univers Tomorrowland des parcs d'attraction. En 2011, le film est officiellement lancé sous le titre 1952.

Avec Jeff Jensen, passé sur Lost comme scénariste, Lindelof remonte aux origines de Tomorrowland, et notamment aux ambitions de Walt Disney lorsqu'il a imaginé le parc EPCOT (Experimental Prototype Community Of Tomorrow). En imaginant la mythologie qui sert de moteur au film, le duo écrira même un comic : Before Tomorrowland.

En 2012, Brad Bird est engagé pour réaliser le film. Charmé par l'optimisme de l'histoire, le metteur en scène oscarisé des écuries Pixar (Les Indestructibles, Ratatouille), sorti du succès de Mission : Impossible - Protocole Fantôme, est lancé dans la pré-production lorsque Disney lui propose Star Wars : Le Réveil de la Force. Bird hésite, pense un temps pouvoir enchaîner les deux, mais décline finalement avec une conviction : « C'est rare de pouvoir faire un film de cette taille qui est original, donc ce genre d'opportunité ne peut pas être manquée ».

Début 2013, après un mystère savamment entretenu, 1952 devient officiellement Tomorrowland. Britt Robertson est castée après notamment le refus de Shailene Woodley. En août, Bird et Lindelof présentent en grande pompe le film au D23, la grande convention Disney.

Judy Greer a tourné des scènes dans le rôle de la mère de l'héroïne, mais a été coupée au montage (elle apparaît dans une vidéo de famille). L'oncle de Casey et ses enfants étaient eux aussi dans le film, mais Brad Bird a coupé ces moments pour des questions de rythme.

A noter de nombreuses références, notamment dans le magasin geek Blask from the Past où Casey rencontre des robots. Star WarsLa Planète des singes, Flash Gordon, Planète interdite... mais aussi Le Géant de fer et Les Indestructibles, réalisés par Brad Bird, et Les Simpson, où il est également passé.

 

Photo Thomas Robinson

 

LE BOX-OFFICE

Echec. A la poursuite de demain a officiellement coûté 190 millions, sans compter le marketing qui s'élève généralement à la moitié du budget au grand minimum. Au box-office, le film n'a pas franchi la barre des 210 millions dans le monde, dont seulement 93 aux Etats-Unis. Selon les analystes, Disney aurait ainsi perdu entre 120 et 140 millions.

Le blockbuster de Brad Bird s'est ainsi placé dans la triste lignée d'autres échecs du studio Disney, après John Carter (250 millions de budget pour 284 au box-office en 2012) et Lone Ranger (215 de budget pour 260, en 2013).

Dans la foulée, le réalisateur Brad Bird partageait sa déception et questionnait l'industrie dans sa globalité avec Entertainment Weekly : « Je ne suis pas contre les suites. Beaucoup de mes films préférés sont des suites. Mais je m'inquiète quand ça concerne la moitié des gros budgets qui sortent... Chaque studio devrait se permettre un certain nombre de films à franchises, mais aussi essayer des choses plus risquées. (...) Pour des raisons qui m'échappent, le film n'a pas parlé au public. Je ne voulais pas que le studio se prenne une gifle pour avoir fait quelque chose d'original, et qu'ils aient ensuite du succès en répétant de vieilles idées. Il semble que ce soit exactement ce qui s'est passé cet été. (...) J'aimerais que notre film soit remboursé pour récompenser Disney, pour qu'ils continuent à faire des films originaux à côté de leurs franchises. »

George Clooney et le scénariste Damon Lindelof pointent du doigt le cynisme ambiant pour expliquer l'échec.

Plus récemment, Lindelof déclarait ne rien regretter, et être fier du résultat : « Je n'ai pas encore vraiment de réponse sur ce qu'on aurait pu faire différemment pour que ce soit fantastique, mais au moins on a essayé... »

 

Photo George Clooney, Britt Robertson

La scène de la maison : inoubliable et fantastique

 

LE MEILLEUR

S'il fallait une preuve récente que la haine de Disney, nourrie dans des propositions insensées par le succès du MCU, est un brin exagérée, ce serait A la poursuite de demain de Brad Bird. Rares sont les blockbusters à pouvoir être honnêtement qualifiés de merveilleux, et les films à 200 millions à être sortis de l'imaginaire de scénaristes, et non d'un livre, d'une série, d'un jeu vidéo ou d'une franchise établie. En ça, le film est un voyage fantastique, imprévisible et enchanteur.

Bien sûr, le film est tiré des parcs Disney, comme Pirates des Caraïbes en son temps. Mais contrairement à la franchise avec Johnny Depp, adaptée d'une attraction, A la poursuite de demain puise son inspiration dans quelque chose de plus grand : Tomorrowland, qui représente une certaine idée du monde et du futur, au-delà des manèges. Là réside une caractéristique centrale du film : son grand concept, son optimisme et sa noble naïveté.

Il y a quelque chose de grandiose et profondément enchanteur dans cette histoire de pin's magique, qui transporte dans une dimension parallèle pleine de promesses et de science. Plus de deux heures de merveilleux et de drôlerie savamment orchestrés, preuve évidente du talent du réalisateur des IndestructiblesLe Géant de fer et Mission : Impossible - Protocole Fantôme. Lorsque Casey touche pour la première fois la broche, découvre ce champ de maïs et ce paysage digne du Magicien d'Oz, puis se prend un mur qui la coupe dans son élan et stoppe la musique, c'est formidable. Le sens du timing comique est fantastique, et l'imagerie est tout bonnement fabuleuse. Un vrai spectacle familial dans le noble des sens.

 

Photo Britt Robertson

Britt Robertson, révélation du film 

 

A la poursuite de demain offre un cocktail renversant d'aventure, d'humour et d'action, avec des scènes sensationnelles. L'attaque dans le magasin, l'évasion de la maison, le décollage de la tour Eiffel ou encore la première visite de Tomorrowland : des morceaux brillamment mis en scène et écrits, visuellement ébouriffants, qui offrent ce sentiment trop rare pour être ignoré d'un ailleurs, façonné au cœur du système hollywoodien.

Si George Clooney assure le service sans réelle surprise, Britt Robertson et Raffey Cassidy lui volent la vedette. La première, avec ses faux airs de Jennifer Lawrence et une carrière qui aurait pu décoller, tire le meilleur d'un rôle a priori difficile, et apporte suffisamment d'humour et tendresse pour ne pas faire de Casey une pile électrique insupportable. La seconde se révèle parfaitement époustouflante en robot, capable d'incarner toute la force de cette petite chose faussement innocente tout en jouant avec finesse l'humour décalé et les émotions tendres d'Athena. Son histoire d'amour avec Franck, et notamment ses face-à-face étranges avec George Clooney, apportent une belle étrangeté à l'histoire.

Dans la course éternelle au nouveau Spielberg, Brad Bird mérite certainement sa médaille avec ce spectacle old school qui aurait pu porter la marque Amblin. De l'utilisation de la musique (superbe composition de Michael Giacchino) à la vision pure de l'enfance, en passant par ce goût joyeux pour les gags et cette énergie folle, A la poursuite de demain possède une force et une patte très rares à ce niveau de blockbuster.

 

Photo Britt Robertson

Britt Robertson et Raffey Cassidy, les deux armes comiques du film

 

LE PIRE

A la poursuite de demain souffre certainement de son appétit énorme et la nécessité de ne pas y perdre le spectateur. L'introduction, où Franck et Casey présentent les enjeux dans un ping pong verbal un peu poussif, ressemble à une obligation de studio pour ouvrir sur la star George Clooney (qui apparaît réellement bien plus tard, après quasiment une heure). Car le film démarre véritablement lorsque le petit inventeur arrive à la foire, où il rencontre Athena et Nix, puis le monde fabuleux de Tomorrowland. Lorsque Franck et Casey reviennent avec leur sketch, le charme est comme brisé. Nul doute que dans une autre version, A la poursuite de demain commençait directement avec Franck enfant puis enchaînait avec Casey sur sa moto.

Reste qu'en 15 minutes, le film jongle entre plusieurs temporalités, avec du flashback à l'intérieur de flashback. Pour un blockbuster, les premiers pas sont particulièrement étranges et inhabituels, avec des signaux peu clairs.

 

Photo Hugh Laurie

Le méchant Nix, point faible du film

 

Mais le véritable problème vient du troisième acte du film, lorsque les héros retournent à Tomorrowland et que le méchant interprété par Hugh Laurie arrive dans l'intrigue (c'est-à-dire une demi-heure avant la fin : là encore, un choix étrange qui ressemble à une obligation). Un antagoniste pâle et peu inspiré, qui dénote dans l'univers coloré et fou.

Avec lui, A la poursuite de demain prend avec lui un chemin plus balisé, avec de longs échanges explicatifs pour déballer l'intrigue. Le mystère s'évapore en partie avec ces tunnels de dialogue trop fades et limpides. Le climax, malgré son côté Portal très amusant, se révèle finalement bien moins spectaculaire que la scène de la maison, et moins original que la tour Eiffel. C'est probablement la vraie faiblesse du film : après une première partie excitante et folle, le climax paraît trop simple et classique.

 

Photo Raffey Cassidy

 

SCENE CULTE

 

 

RETROUVEZ L'INTEGRALITE DES MAL-AIMES DANS NOTRE RAYON NOSTALGIE

 

A la poursuite de demain- L'affiche du film

  

 

commentaires

Jhudson
21/10/2017 à 22:19

Le méchant du film a le malheur de montrer clairement que si on ne fait rien la terre est condamné , pour qu'enfin quelqu'un réagisse !

Alors que les gentils le savent mais eux veulent avertir gentillement le monde ,qui est une bonne méthode pour que personne ne réagisse , la niaiserie n'a jamais fait réagir quelqu'un !

Rarement vu une morale aussi crétine ,c'est a se demander si le film n'a pas subi un reformatage du studio se rendant compte que le film a un message qui pourrait déplaire a certain!

Car le méchant ne semble pas aussi méchant que cela il est plutôt réaliste, a part qu'il tue gratuitement quelques personnes.
On dirait que ça a été rajouté par le studio pour le rendre vraiment méchant et aussi empêcher toutes ambiguïtés !

Le film passe donc complétement a coté de son sujet, car incohérent .

Holly Body
31/07/2017 à 00:02

Ayn Rand et Tomorrowland ?
Ouais mais non. Du tout en fait.

Pistache
30/07/2017 à 23:39

Une vomissure que l'on aurait dit tout droit sortie d'un rêve mouillé d'Ayn Rand.
Flop mérité.

lucious best
30/07/2017 à 19:05

à mon avis si le dernier acte se déroulant dans le fameux "tomorrowland" est perçu comme décevant est peut être un choix métatextuel délibéré de la part de bird et lindelof...en effet le film est à la fois un hommage et un pamphlet de la machine à rêve disney dont cet utopie où se retrouvent les plus grands penseurs du monde est le reflet flagrant...ainsi les passages "révés" de tomorrowland par la jeune casey ainsi que les scènes au parfum nostalgique dévoilant l'enfance de frank ,sont autrement plus spéctaculaires que la découverte du "tomorrowland" d'aujourd'hui... soit une amère constation sur le hollywood actuel (presque tout hollywood appartient à disney de toute manière) où les productions sont souvent prémachées , survendues et au final souvent decevantes car sacrifiant l'imaginaire ,le rêve au détriment de la facilité de la promotion et des cinematic universes, sequels, , reboots ou remakes en tous genre assurant le succès lucratifs des films aux executifs qui n'osent plus prendre de risque, d'avoir foi en la puissance d'une oeuvre originale... en somme la découverte de cet utopie ne peut être que décevante car elle est en déclin, seul l'éspoir que de veritables rêveurs reprennent un jour les choses en main subsiste...c'est ce que le denier tiers du film raconte...enfin je crois, et ça ne tiens quà moi...

Rorov94
30/07/2017 à 14:20

C'est pas les critiques ni le public qui décident de la réussite d'un film de sf,c'est LE TEMPS!
Blade runner,outland,dune,silent running,the last starfighter,sunshine:échecs b-o mais n'ont pas pris une ride!
Total recall(1990),wing commander,flash gordon,saturn 3,lockout...tomorowland viens de rejoindre ce club du kitcsh!
La sf n'a pas droit à l'erreur picturalemment parlant.

bennnn
30/07/2017 à 12:18

Un équivalent moderne a Retour vers le futur.

Un inventivite de tous les instants.

1 minute de Tomorrowland contient plus d’idées que la majorité des blockbusters en 1h

schtroumpf
30/07/2017 à 07:44

C'est beau, vraiment, mais je me suis beaucoup ennuyée. Je suis désolée mais je n'ai ressenti aucune empathie pour les personnages. Difficile alors d'apprécier un film même s'il est plastiquement irréprochable.

Geoffrey Crété - Rédaction
29/07/2017 à 20:18

@Snake

C'est plus l'écriture de la dernière partie et la gestion des différentes forces en place, que le fond (et notamment le discours et le sens de ce méchant) qui pose problème à nos yeux. Parce qu'effectivement il est loin d'être inintéressant en théorie !

Snake
29/07/2017 à 20:14

très bonne analyse du film, même si je ne suis pas totalement d'accord avec vous sur le méchant du film, la troisième partie est certes poussive mais les propos de l'antagoniste et ses motivations sont très intéressantes, elles nous questionnent et peuvent même nous faire adhérer a son propos, très loin du manichéisme qu'on reproche à disney ou au spectacle de divertissement en général.

Flash
29/07/2017 à 16:41

Le début était vraiment pas mal du tout et me laisser présager un bon film de SF à l'ancienne comme dans les années 80.
Hélas, je me suis fait chier comme un rat mort sur la dernière heure.
Un beau ratage.

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