Resident Evil : le film abandonné (et ultra gore) de George Romero, qui aurait tout changé

Geoffrey Crété | 13 mai 2021
Geoffrey Crété | 13 mai 2021

Avant Paul W.S. Anderson et Milla Jovovich, Resident Evil a failli être un film de George A. Romero, réalisateur culte de Zombie.

Avant la saga de six films menés par Paul W.S. Anderson et Milla Jovovich, avant les films animés comme Resident Evil : Degeneration et Resident Evil : Vendetta, avant le reboot Resident Evil : Welcome to Raccoon City attendu en novembre prochain, et avant les séries Netflix, la saga Capcom a failli donner lieu à une adaptation digne d'un fantasme : un film écrit et réalisé par George A. Romero.

Fut un temps où le réalisateur culte de La Nuit des morts vivants, Zombie, Le Jour des morts-vivants et autres classiques du genre planchait sur ce qui aurait dû être la première adaptation de Resident Evil au cinéma. Que s'est-il passé ? À quoi ça aurait ressemblé ? Retour sur cette histoire connue, mais toujours aussi intrigante.

 

Photo ZombieAscenseur pour l'échafaud Anderson

 

AVANT ROMERO

Le premier film Resident Evil est sorti en 2002, mais l'envie était là depuis le premier jeu Resident Evil en 1996. Dès 1997, la société allemande Constantin Film (L'Histoire sans fin, Le Nom de la rose) avait acheté les droits et engagé un scénariste : Alan B. McElroy. Celui-ci avait écrit Halloween 4, et avait le vent en poupe puisqu'il avait co-écrit Spawn, événement de l'été 97 (et plus tard, il écrira Détour mortel).

McElroy reprend alors logiquement le principe du premier jeu : un groupe de soldats d'élite va enquêter sur de mystérieuses disparitions autour d'un laboratoire, isolé dans la forêt non loin de Raccoon City. Pendant la promo de Spawn, le scénariste expliquait à Starlog Magazine : "Je travaille sur Resident Evil, basé sur ce jeu terrifiant qui ressemble pas mal à Aliens. Ça parle d'une équipe de sauvetage qui doit aller dans un bâtiment de recherche scientifique où quelque chose a très mal tourné. Une équipe a été envoyée et immédiatement tuée, donc une deuxième équipe y va. Ce groupe un peu bordélique ne sait pas qu'ils sont des spécimens dans cette expérimentation."

 

photo"Wesker ?"

 

PlayStation Magazine donnera par la suite plus de détail sur ce projet alors intitulé Resident Evil : The Movie. Le scénario tournait autour de Chris Redfield, Jill Valentine, Barry Burton, Brad Vickers et Albert Wesker, leader du groupe, fraîchement sorti de l'asile pour bien annoncer la couleur. Vickers, lui, se révélait être un imposteur, infiltré pour retrouver sa petite amie, disparue avec le premier groupe envoyé sur place. Attaquée par des chiens mutants, la bande se réfugiait dans la bâtisse, et c'était le début d'un cauchemar à base de guêpes géantes, araignées géantes, et zombies.

Au final, les survivants Chris et Jill retrouvaient le scientifique, et découvraient que tout ça était un piège pour les infecter avec le Virus-T, afin de le répandre dans le monde. Le duo prenait l'antivirus, affrontait Wesker métamorphosé en Tyran, et s'enfuyait.

Un copier-coller du jeu en somme, même si le scénario ne mentionnait visiblement pas Umbrella, et misait beaucoup sur l'action. Il y avait aussi une scène avec Jill prenant une douche, parce que c'était les années 90.

Mais le projet est abandonné, et Robert Kulzer, le boss de Constantin, expliquait la simple raison : "C'était facile. Il fallait reprendre la formule du premier jeu, avec un commando qui arrive, tire dans tous les sens, blablabla. McElroy a plutôt bien fait son travail. On lit le scénario et on se dit qu'on a déjà vu ça. Et puis le deuxième jeu est arrivé, et d'un coup, le film basé sur le premier a l'air daté et ennuyeux."

 

Photo Claire Redfield, Leon Kennedy, Resident Evil 2 RemakeResident Evil 2 fois mieux

 

LE RÊVE ROMERO

Le carton du jeu Resident Evil 2 en 1998 démange encore plus Constantin Film. Le scénario d'Alan McElroy a été jeté, mais pas le temps de pleurer. Robert Kulzer expliquait à Fangoria avoir très vite étudié une autre idée, en théorie parfaite : "Allons voir George Romero et faisons le film de zombie ultime". Ce qui est officialisé courant 98, avec le maître comme réalisateur et scénariste.

En réalité, l'idée ne sort pas de nulle part puisque Romero a été engagé par Capcom pour réaliser une publicité pour le jeu Resident Evil 2. Diffusée au Japon, elle met en scène Leon Kennedy (Brad Renfro) et Claire Redfield (Adrienne Frantz) affrontant des zombies dans le commissariat de Raccoon City. Une rencontre logique, puisque le créateur de la saga Shinji Mikami est cinéphile, et que le cinéma de Romero l'a de toute évidence inspiré.

Romero est peut-être le pape du zombie, mais il n'est pas gamer. Il fait donc appel à l'ancêtre de Twitch : il regarde des vidéos d'un assistant jouant au jeu, et se familiarise ainsi avec l'univers. À l'époque, il explique à A.V. Club que ce sera d'abord un film d'action, avant d'être un film de zombies : "C'est obligé. Ils sont plus faciles à tuer. Ça doit être effrayant, évidemment, mais je ne veux pas y aller trop fort. Je ne veux pas faire un autre film de zombie. Je préfèrerais faire un bon film d'action avec des zombies".

 

 

Il écrit un premier scénario en six semaines, là encore en reprenant le cadre du premier jeu. Le film devait s'ouvrir sur un enregistrement vidéo, montrant le chaos dans les laboratoires d'Umbrella, cachés sous le manoir. Jill et Chris sont les héros de l'histoire, mais avec quelques différences : ils sont en couple, vivent à Raccoon City (désormais en Pennsylvanie), ont un ranch dans la campagne. Il est d'origine amérindienne, et il ignore que sa chérie est un agent sous couverture de l'unité d'élite S.T.A.R.S. De quoi largement modifier la dynamique du duo, et s'éloigner des jeux.

Après de mystérieuses attaques sanguinaires dans les environs de la ville, Jill est envoyée par Wesker pour enquêter sur le manoir Spencer, qui était surveillé de près. Elle survit de justesse après que son groupe a été dévoré par des créatures mutantes. Vu que la situation devient incontrôlable, Wesker décide de faire évacuer Raccoon City avec une fausse excuse.

En bon bonhomme, Chris n'obéit pas, et retourne à son ranch où le bétail a été massacré par des créatures. Il entend que tout ça viendrait du manoir Spencer. Pour cet homme proche de la nature, qui a grandi dans le coin, la zone n'est pas étrangère. Il se rend donc sur place pour retrouver Jill. Ça tombe bien, Wesker et son équipe viennent d'y arriver. Parmi eux : Barry Burton, décrit comme afro-américain, et Rebecca Chambers.

 

photoJill, agent secret donc

 

La bande de Wesker entre par le hall et Chris, par les sous-sols, avant de tous se retrouver. Tout le monde pense que Jill a été tuée, mais bien sûr que non. À mesure que les survivants descendent les étages du labo, c'est un total cauchemar : des zombies, des chiens-zombies, des singes-zombies, des chevaux-zombies, des corbeaux-zombies, des requins-zombies, un gros serpent-zombie, des plantes-zombies et des Hunters. Histoire de booster la formule et profiter du deuxième jeu, le personnage d'Ada Wong est également là, mais c'est une scientifique d'Umbrella. 

Comme dans le jeu, Wesker se révèle être un vilain traître. Il finit par tuer Barry, avant d'être décapité par le Tyran. À la fin, Jill file un lance-roquette à Chris, qui détruit le boss final. Le duo s'enfuit avec Ada, le manoir explose, mais les survivants découvrent que Raccoon City est envahie de zombie, car l'apocalypse est là.

Dernier détail : le scénario fait référence à La Nuit des morts-vivants, film culte de Romero, montrant que son cinéma existe dans cet univers.

 

photo Resident EvilChris, amérindien donc

 

LE problème ROMERO

À l'époque, tout le monde veut aller très vite, et l'idée d'une sortie en 1999, en même temps que le jeu Resident Evil 3 : Nemesis, est dans l'air. Pourquoi ça ne s'est pas fait ? Tout simplement parce que Romero ne voulait (ou pouvait) pas se plier à l'exercice du pur film commercial.

Robert Kulzer, de Constantin Film, le résumait parfaitement dans Fangoria : "Avec Romero, on aurait pu faire un super film de zombie, avec un public très, très restreint. On n'aurait pas pu le montrer dans les cinémas normaux, on n'aurait pas pu le passer à la télévision et on aurait dû le vendre dans la section des films interdits aux moins de 17 ans. Là on peut faire un film à 2 millions, mais pas un gros film et événement".

Car la version de Romero est violente et gore. Il y a des têtes de zombies explosées, des intestins de chevaux qui se répandent sur le sol, un pauvre homme dévoré vivant par un chien, un zombie rongé par de l'acide, un homme à moitié digéré par le serpent, des gens empalés, et des images de chair et membres arrachés et grignotés comme dans tout bon film du réalisateur.

 

Photo"Tu vas là-bas, vers le producteur"

 

Romero avait évidemment conscience des problématiques commerciales. À GameSpot, il parlait de la question de la classification. Sortir un film sans passer par ce comité de vérification n'est pas impossible, mais réduit considérablement ses chances d'être exploité aux États-Unis : "J'ai eu l'avantage, lorsque j'ai fait mes films de zombies, de ne pas avoir à les faire classifier. Je pense que pour la sortie américaine, Resident Evil sera Rated R, parce que c'est un film cher, et personne ne prendra le risque de le sortir sans classification".

Sachant que Rated R est déjà un gros frein en termes d'exploitation, puisque le public adolescent de moins de 17 ans n'y a pas accès sans être accompagné. Le réalisateur le sait : il parle déjà d'une version censurée pour certains territoires, et compte sur une version longue, fidèle à sa vision.

Le producteur Bernd Eichinger, de Constantin Films, n'est pas du même avis. Il racontait à Spiegel Online : "Romero fait effectivement exploser les têtes comme des melons, ce qu'on ne voit pas tous les jours. Plus sérieusement, dans le contexte, bien sûr que c'est dans la nature du genre, il y a beaucoup de violence. La violence pour moi, c'est censé être autre chose. Si plein de sang jaillit sans raison après une décapitation pour faire vrai, je déteste".

 

photoAprès avoir envoyé la V15

 

Romero se plie aux demandes et réécrit plusieurs fois, mais l'envie n'est plus là. En 1999, il racontait à The Chicago Tribune : "Ça a été le bordel. J'ai rendu plusieurs versions, et vous savez, toujours la même histoire hollywoodienne. Je ne sais pas si c'est enterré ou pas". Dans la foulée, le producteur de chez Capcom, Yoshiki Okamoto, tirait à balles réelles sur le réalisateur : "On sait qu'un film se fera un jour. Son scénario n'était pas bon, donc Romero a été viré".

En 2000, le cinéaste concluait sur l'affaire, dans DGA Magazine : "On pensait que c'était dans le sac. Je pensais que Capcom aimait, et tout le monde aimait le scénario. Mais le type qui dirige Constantin, ce n'était simplement pas ce qu'il voulait faire. Je pense qu'il ne connaissait rien aux jeux vidéo, ou quoi que ce soit. C'est le mec qui a fait La Maison aux Esprits, et je pense qu'il n'avait pas saisi l'esprit des jeux". Pour lui, le producteur veut un film prestigieux, et c'est ça qui bloque (ce même producteur qui choisira Paul W.S. Anderson donc, oui).

Sur son site internet, Romero remet une couche :

"Resident Evil a été une honte. On s'est décarcassé pour écrire plusieurs versions de ce scénario. Je parle de marathons, 72 heures sans pause. Je voulais vraiment faire ce projet. J'avais réalisé une pub pour Resident Evil 2, et me retrouvais sur un plateau avec des zombies, j'étais accro. Au fond de moi, je savais que Resident Evil était une copie de La Nuit des morts-vivants. Je n'avais aucune base légale, mais j'étais amer. Et tiraillé... parce que j'ai aimé le jeu. Je voulais en partie faire le film pour dire, 'Regardez ! VOILÀ comment on s'y prend !'"

 

photoRomero vs producteur

 

APRÈS ROMERO

Après deux projets qui ont fini dans le mur, Constantin Films est à deux doigts d'abandonner. Le réalisateur Jamie Blanks (Urban Legend, Mortelle St-Valentin) est évoqué, mais rien de bien sérieux. La boîte allemande a déjà injecté beaucoup d'argent pour rien, et envisage de ne pas renouveler l'option pour les droits avec Capcom. Sauf que Paul W.S. Anderson arrive dans l'équation.

En réalité, le réalisateur propulsé par le succès de Mortal Kombat en 1995 était déjà dans le coin depuis quelque temps. Tombé amoureux du premier jeu Resident Evil, il avait découvert, avec son producteur Jeremy Bolt, que Constantin Films avait acheté les droits, et déjà engagé George A. Romero.

Anderson décide quand même d'écrire un scénario, intitulé Undead, en hommage aux jeux. Il racontait à Fangoria :

"C'était vraiment un plagiat de Resident Evil. J'allais faire une version qui allait m'amener un procès. Il y avait exactement les mêmes éléments : le manoir dans les bois, le labo sous-terrain, une grosse multinationale faisant des tests génériques... Un très mauvais plagiat. Pour être honnête, j'ai entendu des rumeurs comme quoi ça ne se passait pas bien avec Romero, et que ça n'allait peut-être pas se faire. Donc j'écrivais Undead avec un oeil sur ce qu'il se passait avec Resident Evil."

 

photoAnderson guettant Romero, discrètement

 

Paul W.S. Anderson connaissait déjà Constantin Films, et avait failli travailler avec eux. Après le douche froide Romero, Bernd Eichinger décide donc de donner sa chance à cette version alors intitulée Undead :

"Ils étaient sur le point de laisser tomber, et je leur dis que j'adorerais le faire. Ils m'ont dit qu'ils avaient déjà dépensé énormément d'argent et ne voulaient pas dépenser encore, et je leur ai répondu que j'écrivais ça dans mon coin. Je me suis dit que s'ils aimaient, on pouvait le renommer Resident Evil et le faire. Sinon, j'ai un film Undead, et j'irai le faire avec d'autres."

L'ironie étant que ce qui séduit le producteur est en partie hérité du mauvais plagiat à l'origine : il n'y a aucun personnage tiré des jeux, puisqu'il ne pouvait pas les réutiliser sans les droits. La marge de liberté est telle que le projet est un temps assumé comme un prequel, avec le titre Resident Evil : Ground Zero.

 Photo Milla Jovovich, Resident EvilLe pitch de Paul W.S. Anderson en une image

 

APRÈS ANDERSON

Le reste appartient à l'Histoire : le premier Resident Evil est un carton en 2002, avec plus de 100 millions de dollars au box-office pour un budget d'environ 30. Et avec une classification Rated R (interdit aux moins de 17 ans non accompagnés). Il y aura ensuite Apocalypse, Extinction, Afterlife, Retribution et Chapitre Final, avec au final plus d'un milliard encaissé au box-office, et Paul W.S. Anderson en grand manitou (il a réalisé quatre épisodes, mais tout produit et écrit).

Jill Valentine, Chris et Claire Redfield, Leon Kennedy, Ada Wong, Barry Burton et Wesker finiront tous par passer faire coucou, dans l'ombre d'Alice Jovovich, personnage original donc, imaginé par le réalisateur et scénariste.

 

photo, Sienna GuilloryJill version Anderson

 

À peine la saga Paul-Milla était terminée qu'un reboot était annoncé, toujours produit par Constantin Film. La société de production allemande n'a pas attendu que le cadavre soit froid pour repartir à zéro, et très vite revenir sur les rails : ce nouveau film sera directement adapté des premiers jeux, et centré sur les protagonistes cultes.

Réalisé et co-écrit par Johannes Roberts, épaulé par Greg Russo (co-scénariste de Mortal Kombat), Resident Evil : Welcome to Raccoon City mettra en scène Claire Redfield (Kaya Scodelario) et son frère Chris (Robbie Amell), Jill Valentine (Hannah John-Kamen), Leon S. Kennedy (Avan Jogia), Ada Wong (Lily Gao) et Wesker (Tom Hopper) seront de la partie. Il mixera les deux premiers jeux de la saga, évidemment sous forme d'origin story, et avec une pointe d'inspiration du remake de Resident Evil 2 pour la modernité.

En somme, tout le monde revient au projet d'origine, une vingtaine d'années après : réellement adapter les jeux Resident Evil. Ne reste plus qu'à espérer que ce nouveau film sera à la hauteur des deux premiers opus sur console, encore parmi les meilleurs de la série.

Retrouvez notre test de Resident Evil : Village.

Tout savoir sur Resident Evil

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commentaires
Cooper
15/05/2021 à 13:45

Je crois que c était le rêve de tout le monde a l époque que Romero réalise ce film, dommage...

Gotang
14/05/2021 à 08:17

Superbe article

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