Il était une fois dans l'Ouest, Le Professionnel, Mission... les 10 plus beaux thèmes d'Ennio Morricone

La Rédaction | 6 juillet 2020 - MAJ : 06/07/2020 16:45
La Rédaction | 6 juillet 2020 - MAJ : 06/07/2020 16:45

Hommage à Ennio Morricone avec 10 morceaux géniaux, parmi beaucoup, beaucoup de grandes musiques.

Sergio Leone, Brian De Palma, Dario Argento, Samuel FullerHenri Verneuil, John CarpenterRoland JofféTerrence MalickBernardo Bertolucci, Georges Lautner, Pedro Almodóvar, Quentin Tarantino, Oliver Stone, Mike Nichols... retracer la carrière d'Ennio Morricone, c'est balayer des décennies de cinéma, avec une somme de collaborations et films prestigieux.

Pour rendre hommage à ce compositeur de génie, qui vient de disparaître à 91 ans, la rédaction a choisi 10 thèmes marquants. 10 musiques parmi des centaines de thèmes remarquables, mais 10 musiques qui ont marqué nos cinéphilies, et méritent d'être réécoutées en boucle.

 

photo Oscar d'honneurEnnio Morricone, Oscar d'honneur en 2007

 

IL ETAIT UNE FOIS DANS L'OUEST (1968)

Comment évoquer Ennio Morricone sans évoquer sa collaboration unique et magique avec Sergio Leone ? Lors d'une interview en 1974, le réalisateur de la trilogie du dollar expliquait "chercher à transmettre des émotions à travers la musique", le duo estimant "qu'il y a deux façons de recevoir un film pour le spectateur : la vue à 50% et l'ouïe, l'autre 50%". Indubitablement, leur duo est une quasi-singularité dans l'univers cinématographique tant les partitions de Morricone sont indissociables des films de Leone et inversement, les deux faisant corps à chaque instant.

Difficile donc de ne citer qu'un seul morceau des six films qu'ils ont fait ensemble tant la liste des perles est longue : les sifflotements entraînants de Pour une poignée de dollars et Et pour quelques dollars de plusle glorieux Ecstasy of Gold de Le Bon, la Brute et le Truand,  l'entraînant et galopant Cheyenne de Il était une fois dans l'Ouest, le lyrisme nostalgique du thème principal d'Il était une fois la révolutionl'émouvant thème de Déborah ou encore celui éponyme déchirant de Il était une fois en Amérique.

Si on ne devait en retenir qu'un seul, peut-être serait-ce celui mêlant L'homme à l'harmonica et Le grand massacre dans Il était une fois dans l'Ouest. Juxtaposition inévitable des destins des deux personnages incarnés par Charles Bronson et Henry Fonda, ce morceau est la quintessence de ce western. La guitare électrique se mêle à l'harmonica, l'agressivité perturbe la douceur, le Mal se joint au Bien... un monument de la musique et du cinéma.

 

 

L'OISEAU AU PLUMAGE DE CRISTAL (1969)

La grande qualité du thème composé par Ennio Morricone pour L’Oiseau au plumage de Cristal vient de son étonnante versatilité. Au premier abord, il s’agit d’un morceau authentiquement angoissant, où une voix d’abord faussement innocente devient le vecteur de l’étrange, puis de l’inquiétude et enfin de l’effroi. Le procédé est très classique, à fortiori au cinéma (on pense un peu à la comptine des Les Innocents), mais est rapidement subverti par les nappes sonores qui nuancent et transforment cette première note d’intention. 

Il en va ainsi de tout le morceau, qui s’avère sans cesse plus complexe et imprévisible. L’effet est entêtant, presque addictif, et fait merveilleusement sens une fois replacé dans le film. Comme cette incroyable séquence où héros et spectateur assistent à une scène à priori claire, à travers une vitrine, la musique ne cesse de nous guider, quand elle finit par nous perdre. Et c’est peut-être là l’origine des sonorités cristallines qui la parsèment, comme autant de lumineuses idées, visant à mieux nous aveugler. L'histoire aura retenu volontiers la collaboration entre Dario Argento et les Gobelins, féconde et iconique, mais on aurait tort d'oublier combien Ennio Morricone contribua à accoucher le style unique du metteur en scène italien.

 

 

 

LES MOISSONS DU CIEL (1978)

Terrence Malick n’aime rien tant que revisiter de grands morceaux classiques en les injectant dans ces œuvres, mais régulièrement, il sait tirer le meilleur de la musique originale. Et il faut dire que dans Les Moissons du Ciel, sa collaboration avec Ennio Morricone aboutit à plusieurs morceaux déchirants, qui feraient presque oublier les incursions vertigineuses de l'Aquarium de Camille Saint-Saëns.

Non seulement la partition du compositeur italien se marie idéalement avec la mise en scène grandiose de Malick, mais Morricone accomplit une performance d’autant plus étonnante qu’elle peut paraître contre-intuitive. Dans un film qui donne la part belle à la nature, et se questionne sans cesse sur comment son surgissement transforme les destinées humaines en fétus de paille, la musique, à la manière des sauterelles, surgit ou disparaît avec une versatilité aussi étonnante que poétique. On mesure ici le génie de Morricone, dont les notes parviennent à s’adapter à ce cahier des charges aussi complexe qu’imprévisible, pour mieux embrasser un des plus grands films du réalisateur. 

 

 

LE PROFESSIONNEL (1981)

Le morceau intitulé Chi Mai est aujourd’hui un des plus connus et reconnaissables du répertoire de Morricone, véritable signature du Professionnel, plus grand succès de Jean-Paul Belmondo dans les années 80. Pourtant, son histoire est bien plus mouvementée que celle d’une bande originale classique. Le compositeur ne l’a pas écrit pour le film de George Lautner, puisque le morceau date de 1971, et devait initialement accompagner le long-métrage Maddalena. Chi Mai sera finalement utilisé simultanément par la mini-série britannique The Life and Times of David Lloyd George et le film de Georges Lautnerdiffusée et sorti en 1981.  

Le succès sera immédiat et dépassera de loin les frontières des écrans, puisque rien qu’en France, le single s’écoulera à plus de 900 000 exemplaires cette même année. Au-delà de cette success-story, ce parcours sinueux témoigne du génie musical de Morricone, qui, s’il a su composer des morceaux se mêlant organiquement à la mise en scène de certains auteurs, était également capable de générer des thèmes si puissamment évocateurs qu’ils dopaient la mise en scène et non l’inverse. Enfin, les amateurs de nourriture pour chiens et de parodies Nulesques auront apprécié les détournements de cette musique devenue légendaire. 

 

 

THE THING (1982)

Pour une fois, ce n'est pas John Carpenter qui compose la musique d'un film de John Carpenter - et c'était la première fois. Parce que le studio n'a pas voulu lui donner cette casquette en plus, parce qu'il avait déjà beaucoup à gérer avec budget conséquent, ou parce qu'il voulait simplement réaliser un fantasme de fan, le réalisateur va lui-même convaincre Morricone à Rome.

La collaboration entre les deux sera amusante : sans avoir vu le film, Morricone compose plusieurs morceaux dont un thème que Carpenter lui demande de simplifier, avec sa musique de New-York 1997 comme inspiration. Voyant que Carpenter commence à composer quelques bribes de musiques pour le premier montage, Morricone se demande ce qu'il est censé apporter de plus, mais s'adapte au maximum aux goûts très électroniques du cinéaste. Lequel dira avoir lui-même rajouté quelques nappes sonores aux morceaux, afin de leur donner une ultime touche.

Les versions des différents artistes impliqués ne concordent pas toujours à propos de ce travail, mais peu importe : l'unique collaboration entre Morricone et Carpenter a donné l'un des thèmes les plus marquants du cinéma de genre, étonnamment simple et pourtant terriblement angoissant. Difficile d'imaginer ce simple thème qui accompagne ce cauchemar halluciné, et qui semble tourner en boucle à l'infini, comme pour mieux souligner la sourde horreur sans issue où sont les personnages.

Et dire que cette musique a à l'époque été nommée aux Razzie Awards, et que Morricone était doublement nommé avec aussi Butterfly...

 

 

MISSION (1986)

En 1986, Ennio Morricone ne le sait pas encore, mais il n'écrira plus jamais de musiques pour le grand Sergio Leone puisqu’Il était une fois en Amérique sorti deux ans plus tôt sera son dernier film. Il n'empêche qu'avant de perdre un ami cher, le compositeur italien livrera l'une de ses plus belles partitions loin des ambiances de western ou des envolées douloureuses et déchirantes de l'épopée américaine avec Mission.

Le film de Roland Joffé, auréolé de la Palme d'Or en 1986 et porté par Robert De Niro (encore lui après Il était une fois en Amérique), repose évidemment sur une ambiance à la fois plus divine et plus sauvage. Suivant deux frères jésuites espagnols en pleine mission en Amérique du Sud auprès des autochtones, le long-métrage est un drame historique et surtout atmosphérique. La partition de Morricone composera donc sa musique avec des sons tribaux d'un côté (Ascunsion) puis des chants grégoriens de l'autre (Ave Maria Guarani).

Puis, il finira par unir ses deux entités si différentes (les prêtres et les autochtones) en mêlant habilement des sons de tambours traditionnels et flûtes de pan à des coeurs célestes et chants d'églises. En résulte les sublimes On Earth As It Is In Heave, Vita Nostra et River dont Morricone dira avoir eu peur qu'ils ne soient pas à la hauteur des images de Joffé. Dieu qu'il se trompait.

 

 

LES INCORRUPTIBLES (1987)

Rien que le générique de début donne des frissons, tant il est spectaculaire, nerveux, riche, et ressemble à un bouquet final. Mixant son célèbre harmonica et les instruments habituels du cinéma hollywoodien, avec une brutalité étourdissante aux couleurs étonnamment sombres et inquiétantes, Morricone ouvre le bal des truands avec un grand morceau.

Première collaboration entre le compositeur et Brian De Palma, qui a toujours eu un goût prononcé pour la musique (avec notamment Bernard Herrmann et Pino Donaggio), Les Incorruptibles regorge de thèmes mémorables. De la douceur du thème de Ness And His Family au faste grandiloquent d'Al Capone, en passant par l'allégresse de Victorious, c'est une bande originale magnifique. Un sommet dans le genre, qui donne la sensation d'une liberté totale offerte à Morricone et De Palma, pour composer un opéra de gangster sensationnel.

 

 

CINEMA PARADISO (1989)

Sans être nécessairement la plus éclatante de sa carrière, la bande originale d’Ennio Morricone à destination de Cinema Paradiso demeure une des plus évidemment émouvantes de toute sa carrière, en cela que sa genèse, mais aussi sa réception émotionnelle, se fondent totalement avec la matière narrative du film. Une histoire de transmission quasi-filiale entre un vieux projecteur et un jeune garçon, l’amour de l’artisanat, du regard qui l’accompagne et se transmet. 

Ainsi, le fameux Love theme, élément central, est composé par Andrea Morricone, fils du maestro, transposant jusque sur la partition les thématiques du film. Et entendre le maître retravailler la proposition de son fils, pour lui donner au fur et à mesure de l’intrigue une puissance narrative incroyable, a de quoi tirer les larmes aux yeux. Enfin, on appréciera aussi au sein de cette bande originale une belle richesse, une grande variété dans les approches de Morricone, notamment lorsqu’il doit accompagner l’incendie du cinéma, à coups de violons, qu’on a rarement entendus aussi vifs et éclatants chez lui. 

 

 

 

MISSION TO MARS (2000)

Ennio Morricone a travaillé trois fois avec Brian De Palma (avec Les Incorruptibles et Outrages), et leur collaboration spatiale est souvent oubliée, la faute à un film bancal qui est plus moqué qu'étudié. La musique de Mission to Mars est pourtant parmi les plus belles et sensationnelles du musicien, qui utilise toutes les cordes de son arc pour composer des thèmes fabuleux. Aussi à l'aise dans la simple poésie que dans le suspense absolu, Morricone offre de grands moments de pure musique qui, conjugués aux moments de purs cinémas de De Palma, donnent lieu à des instants magiques.

Entre les grands mouvements symphoniques classiques (A Heart Beats in Space) et les parenthèses plus étonnantes aux tonalités modernes, la BO de Mission to Mars est d'une grande richesse. Le morceau Towards the Unknown est à ce titre particulièrement génial : pour cette terrible scène de cauchemar en apesanteur, et sous des airs sobres, Morricone sort l'artillerie lourde pour composer un grand morceau de tension, qui se dessine peu à peu. Sons électroniques et orgue résonnent au milieu d'un silence évocateur, avant qu'entrent peu à peu en scène d'autres instruments. Le crescendo est fantastique, et tout s'éteint finalement comme ça a commencé, avec un silence faussement doux, puisque le pire est à venir. Assurément l'un des plus fascinants morceaux de musique de SF de ces 20 dernières années.

 

 

LES 8 SALOPARDS (2015)

Quand il se décide à opter pour une musique originale, Quentin Tarantino fait appel à un mythe. Et il n’est pas interdit de penser qu’Ennio Morricone a beaucoup fait pour Les 8 Salopards, tant le film lui doit énormément. On pouvait fantasmer un retour du musicien aux thèmes qui firent sa gloire dans les années 60, lorsqu’il collabora avec Sergio Leone... mais il n’en est rien. Récit claquemuré dans un décor quasi-unique, de loin le plus bavard du réalisateur et comptant parmi ses plus longs, le métrage est un défi dans tous les domaines, qui ne pourra tenir que si son ambiance le porte. 

Et cette dernière ne serait rien sans la fabuleuse introduction qu’embrasent les notes de Morricone, lesquelles nous dévoilent l’intention du récit, bien plus proche du film d’horreur viscéral que du western classique. Compositeur et réalisateur n’auront dès lors plus qu’à en parsemer le film, orchestrant ici et là des variations sur ce thème angoissant, pour réactiver le malaise baroque généré par cette incroyable ouverture. Détail pas si anodin, Tarantino poussera l'immersion cauchemardesque jusqu'à sortir des cartons des morceaux inutilisés de The Thing.

 

 

commentaires

Hunter Arrow
14/07/2020 à 11:31

Il y a les grands compositeurs et il y a ceux qui sont encore au dessus tels que John Williams et Enio Morricone. Ce dernier va nous manquer.

Porsche72
09/07/2020 à 16:03

A quand l hommage sur la tele?

Miami81
08/07/2020 à 11:26

C'est clair que pour le Professionnel, c'est presque la musique qui transcende totalement le film au final. Un coup de chapeau à Lautner qui a su placer miraculeusement la musique aux bons endroits et qui a su se référencer aux productions américaines maître en la matière.

gouyou31
08/07/2020 à 09:47

la BO de ORCA est superbe aussi

Clay
07/07/2020 à 16:29

Le score de MissIon est beau à pleurer.

zetagundam
07/07/2020 à 13:00

@captp
mon souvenir est peut être défaillant même si je me souviens d'avoir été choqué sur l'instant.

Sinon, merci pour le lien

Pat Rick
07/07/2020 à 12:16

La musique de 1900 est magnifique aussi.

captp
07/07/2020 à 11:37

@zetagundam : hum! j'ai plutôt compris que sa musique était tellement importante qu'il la voulait avant pour synchroniser la scène au maximum avec.
https://www.cinematheque.fr/video/1299.html à 19 min il en cause et le tout est juste passionnant si t'aime léon ;)

zetagundam
07/07/2020 à 10:27

@Kouak
Effectivement, d'après un document sur Leone diffusé sur Arte, celui demandait d'abord à Morricone de composer la musique avant de tourner les scènes car Sergio Leone ne faisait pas confiance au Maître (par contre, le pourquoi n'a pas été expliqué)

zetagundam
07/07/2020 à 10:22

Etant la haute opinion que le Maître avait de lui-même, ce qui peut être pardonner quand on a son talent contrairement à d'autres qui devraient se faire tout petit voir même oublié (voir la news sur le film préféré de M1pats), je suis étonné qu'il ait donné son autorisation pour que sa musique soit utilisé pour de la nourriture pour chien

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