Greenland : critique dramageddon

Geoffrey Crété | 30 juillet 2020 - MAJ : 30/07/2020 19:45
Geoffrey Crété | 30 juillet 2020 - MAJ : 30/07/2020 19:45

Le chaos est partout. Pour les spectateurs, avec la pandémie de Covid-19. Pour les studios hollywoodiens, avec leurs gros films à repousser. Et pour Gerard Butler, qui doit affronter une foutue comète dans Greenland, passé de simple petit film catastrophe (un budget modeste d'environ 50 millions) à événement dans le désert des sorties estivales pop-corn. Avant Tenet fin août, il y a donc la petite dose de spectacle hollywoodien, à déguster dès le 5 août en salles.

DEEP GERARD

Si Geostorm était le Armageddon de Gerard Butler, version Armaguignol de compétition, Greenland est son Deep impact à petite échelle. Pas de grande mission sauvetage de l'humanité, pas de grand héros MacGyver, pas de président dans les parages, pas de destruction porn à la Roland Emmerich. Greenland n'a pas le budget d'un Geostorm, gros Butler-nanar catastrophe à plus de 120 millions sorti en 2017, et tant mieux. L'action est ramenée à échelle humaine, et pas surhumaine, avec le besoin primaire de survivre, retrouver les siens, et fuir une apocalypse qui tombera d'une manière ou d'une autre.

Greenland emprunte modestement à La Guerre des mondes cette angoisse omniprésente, ce désespoir grandissant et ce retour à la vie terrestre la plus simple (et hollywoodienne), qui étreint les protagonistes dès le premier souffle annonciateur de l'horreur. Du début à la fin, il est question d'échapper à l'inévitable, comme des fourmis paniquées sous une loupe qui embrase le décor. Le tempo est celui des gens lambda, et pas des militaires, des politiques ou des warriors de l'espace. D'où un héros à peu près ordinaire, qui n'a pas le temps pour les punchlines, puisqu'il passera son temps à avancer, courir, et avoir peur, pour lui et sa famille.

Greenland n'a pas la beauté noire et totale de La Guerre des mondes, l'ampleur de Deep Impact, et encore moins la générosité débilos d'un Fusion. Il se place gentiment à la croisée des chemins, avec un parfum old school étonnamment sobre, cherchant plus à faire pleurer dans les chaumières en feu. Ça aurait pu être digne d'un gros téléfilm, mais il y a suffisamment de savoir-faire pour avoir envie de marcher dans la combine.

 

photo, Gerard Butler, Morena BaccarinLa fameuse technique des mains, vue dans Friends avec Susan Sarandon

 

COURS GERARD, COURS

Premier signe : Gerard Butler remballe sa combinaison de super-beauf-eighties pour prendre le polo du bon américain, certes plus combattant et courageux que la moyenne, mais pas au point de devenir une farce. C'est presque un exploit pour l'acteur, gentiment encroûté dans les histoires de guerres mondiales, soldats d'élite et autres périls internationaux, avec notamment la série La Chute de (insérer un truc important). Plus sobre, plus simple, et donc plus solide, il retrouve un peu d'oxygène dans ce rôle de bon papa, prêt à tout pour sauver sa femme et son fils. Il y a même des scènes où le bon gars est émouvant, et en retenue.

Greenland déraille à plusieurs reprises, passant par quelques-uns des clichés les plus bêtes du genre (un sauvetage de bon samaritain, une auto-flagellation comique pour défendre le sacro-saint mariage, un coup de foudre existentiel pour "un gars extraordinaire"), comme par la case prison du Monopoly. Mais jamais au point de totalement vaciller. Ce qui tient le récit apocalyptique, c'est bien le sentiment que personne n'est armé pour survivre, et que seule la magie hollywoodienne permet à ces héros d'avancer. L'étau cosmique qui se resserre sur les personnages, et ne leur permet même pas de profiter d'une pause chez papy Scott Glenn (tant mieux, vu les dialogues de cette parenthèse), donne le rythme. La tension ne faiblit quasiment pas, et rien que ça, c'est une réussite notable.

Comparé à la surenchère morbide et débilisante de Geostorm, Greenland joue la carte de la gravitas. Et peu importe si c'est cousu de fil blanc, aussi fin que les biceps de Gerard, et que ça ressemble à une journée d'emmerdes de Jack Bauer en vacances : ça marche. Morena Baccarin et Gerard Butler ont envie d'y croire, et ça donne envie de les suivre, et fermer les yeux pour se laisser entraîner par le scénario de Chris Sparling (derrière Buried et Nos Souvenirs de Gus Van Sant).

 

photo, Gerard ButlerComment ça j'ai pas de fusil à pompe dans ce film ?

 

LE JOUR OÙ LA TERRE COMÉTA

Mais a priori, pas grand monde n'ira voir du côté de Greenland pour simplement s'émouvoir de papounet qui se rachète une conduite, dans une énième leçon de vie (uniformisée). S'il y a de la méchante comète, il y a forcément de la casse, et c'est là que le film de Ric Roman Waugh peut décevoir. Le réalisateur d'Infiltré avec Dwayne Johnson, qui a filmé Gerard Butler dans La Chute du Président et le retrouvera pour une nouvelle mission d'élite dans Kandahar, n'est pas là pour épater la galerie. Il n'en a pas les moyens.

Le chaos est surtout dans la cellule familiale, séparée, malmenée et amochée par les rencontres, les mauvaises surprises, et les épreuves qui ajoutent quelques gouttes de sang et ecchymoses à leurs panoplies. Pour tout amateur de visions infernales, de paysages ruinés et de villes atomisées, il faudra se contenter de quelques maigres rations. Preuve d'un point de vue accroché aux héros ordinaires : les images les plus classiques du genre sont cantonnées aux écrans de télévision, aux horizons rougeoyants, ou à un passage obligatoire sur la situation. Cette absence du géant, pour suivre les petits humains à terre, apporte une touche anxiogène parfois très efficace.

 

photoIt's raining, merde

 

Le plus gros morceau de bravoure est justement une affaire de gros morceaux, qui tombent comme des parpaings sur des voyageurs. À côté de ça, il y a quelques grosses explosions, un passage périlleux dans les airs, deux trois souffles dans les plaines, mais rien qui ne puisse satisfaire les esprits les plus sadiques qui veulent voir l'humanité punie, longtemps et méchamment. De toute évidence, ce côté du spectacle n'est pas ce qui intéresse le réalisateur et le scénariste.

La course contre la montre apocalyptique est donc sobre, simple, sans décrochages pour voir le chaos à l'autre bout du monde, ni money shot où un monument explose. Ce qui compte ici, c'est l'amour, la bonté, l'espoir, et la tension face au chaos. Parfois, ça donne envie de lever les yeux au ciel, en se disant qu'une bonne comète fera vraiment du bien dans ce royaume des gentils. Mais le plus souvent, on n'y pense pas, et on suit ce bon Gerard en sueur, qui donne l'impression que demain, on pourrait tous partir comme lui pour sauver son petit monde.

 

Affiche française

Résumé

Greenland ne réinvente pas la roue de l'apocalypse, et ne cherche pas à rivaliser avec les méga-blockbusters du genre. Il préfère ramasser le chaos autour des héros, dans une aventure simple, carrée, emballée avec efficacité, à défaut de grande inventivité ou folie.

Autre avis Simon Riaux
L'investissement de Gerard Butler , l'intensité des conflit et la tension qui s'emparent progressivement du récit permettent à ce film catastrophe attendu mais soigné de nous faire oublier son budget modeste.

Lecteurs

(3.2)

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commentaires

Rusty
09/08/2020 à 13:33

Un nanar ! Le terme est plus élogieux que navet. Le nanar permet de tourner en dérision les dialogues ( affligeants) et les acteurs ( qui donnent l'impression de jouer tous les rôles sauf ceux de personnages d'un film catastrophe). Une bonne daube qu'il est préférable de digérer en s'en moquant !

MickeymousE
05/08/2020 à 21:43

Franchement heureusement qu'il n'y a rien au cinéma du direct-to-video

caribou
05/08/2020 à 20:19

Vu cet aprem , et pas vu que la bande annonce comme la plupart des cinéphiles a 2 balles qui peuple ce forum , Et ce n'est pas un plaisir coupable mais un bon film ou l'humain l'emporte sur le spectaculaire a outrance. Avec beaucoup de suspense et de rebondissements. Que du plaisir pour ma part. Bien sur ça n'est pas aussi con et bourrinos que la chute de londres , ( désolé je n'aime pas le paté trop gras , tout le monde n'est pas fin gourmet ) Donc je conseille , pour compenser l'avis trés pertinent de ceux qui ne l'ont même pas vu. .

lemon0
31/07/2020 à 22:54

Je viens de lire plaisir coupable dans un post. J'ai revu "la chute de Londres" hier et bon, ça envoie du pâté quand même avec Gerard qui sauve le monde libre. Il y croit toujours et c'est ça qui est cool avec lui

STEVE
31/07/2020 à 09:20

Rien que dans la bande-annonce on voit le pompage de la Guerre Des Mondes

coco
31/07/2020 à 08:33

C'est parce que vous avez un plaisir "coupable" pour Butler ou parce qu'il n'y a rien d'excitant au ciné ces 3 étoies ? =D

Vu que je j'ai le pass, je le note pour une petite balade ciné avec The Vigil

Madolic
31/07/2020 à 08:31

"La fameuse technique des mains, vue dans Friends avec Susan Sarandon"
On adore la ref Geoffrey ;p

Kelso
31/07/2020 à 01:43

Je suis vraiment étonné que c'est un scénario "original", je l'ai déjà en commentaire avant mais c'est presque la même histoire que le roman "Les coureurs de la fin du monde" à part que dans le roman le mari est séparé à un moment de sa femme et sa fille et qu'il doit se dépécher (donc courir d'où le titre du roman) d'arriver à les rejoindre pour prendre les bateaux qui les emmèneront en sécurité. Comme dans le film apparement il est plus questions des mauvaises rencontres qu'ils feront sur le chemin que des météorites. Sinon le film m'a l'air pas mal du tout et je suis curieux de le voir pour savoir si mon impression de ressemblance avec ce roman est vraiment justifiée.

johnparker59
31/07/2020 à 00:09

Eh bah perso je le verrais ce films, déjà pour l'intrigue mais aussi pour soutenir l'industrie cinématographique! :P

Numberz
30/07/2020 à 23:41

Ça me donne envie. J'avais apprécié le film de Netflix How it ends. On doit être dans la même veine.
D'ailleurs, c'est aussi un angle que j'apprécie dans la série Japan sink 2020, le côté centré sur les héros et la catastrophe autour. Emmerich a essayé sur 2012,mais là c'était du roller coaster comparé au film de Netflix et apparemment à celui ci.

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