The Boy : La malédiction de Brahms - critique bien vernie

Mathieu Jaborska | 23 mai 2020 - MAJ : 23/05/2020 12:17
Mathieu Jaborska | 23 mai 2020 - MAJ : 23/05/2020 12:17

Sorti en 2016, The Boy de William Brent Bell avait récolté quelques bonnes critiques et pas mal de billets verts, malgré un budget d'à peine 10 millions de dollars. 4 ans après, le cinéaste est revenu avec The Boy : La malédiction de Brahms, une suite avec Katie Holmes et Owain Yeoman. Les poupées flippantes ont-elles toujours la cote ?

BRAHMS SHOCKER

Les quelques amateurs d’épouvante moderne à la mémoire d’éléphant le confirmeront : The Boy, l’original, malgré un cliffhanger de circonstance, n’appelait aucune suite. Surfant plus ou moins habilement sur la vague des poupées maléfiques relancée par Annabelle deux ans auparavant, il avait appliqué à la formule habituelle un traitement à twist recyclé d’au moins deux ou trois films (presque) fantastiques récents. De quoi se démarquer un peu d’une concurrence se complaisant dans sa médiocrité et une avalanche de jump-scares irritants.

Forcément, une telle structure, construite autour d’un retournement de situation précis, limite les possibilités de lancement de franchise. Mais impossible n’est pas William Brent Bell. Dos au mur, le réalisateur décide de retourner la pseudo-mythologie déjà établie et élargir son univers (ou du moins en créer un), pour justifier de faire revenir le surnaturel dans l’affaire. Au diable les incohérences d’un film à l’autre : Brahms est désormais bien maléfique, avec tournage de tête intempestif et travellings avant appuyés à la clef.

 

photo, Katie HolmesPoupée de cire, poupée de son

 

Ça commence avec un cambriolage vite expédié, traumatique pour le jeune Jude, qui refuse alors de réciter ses dialogues. Comme toute famille américaine très légèrement dysfonctionnelle qui se respecte, le trio de personnages principaux part se ressourcer à la campagne dans une grande maison coupée de tout. Forcément, le gosse mutique tombe sur la poupée Brahms, plus habitée que jamais.

Si on est gré à Stacey Menear de nous épargner une redite du twist, la façon dont l’intrigue défait les accomplissements du premier long-métrage est assez aberrante. Incroyablement sur-explicatives, les scènes font tout leur possible pour banaliser la situation, attrapant le récit dans un filet niant en réalité l’absolue intégralité des acquis de son prédécesseur. Le malaise de l'essai de 2016 devient une énième malédiction, et il n’est même pas question de ménager un minimum le spectateur pour l’induire en erreur.

 

PhotoHey Jude

 

La vérité, c’est que The Boy 2 est surtout un prétexte pour nous infliger un spectacle horrifique mainstream standardisé jusqu’à la moelle, reprenant au plan près un schéma directement dicté par des studios fans du Conjuringverse… et surtout de ses recettes. Le film fait tout son possible pour aplatir les quelques angles et éclaircir les minuscules zones d'ombre de l’original, histoire de se réapproprier sans problèmes légaux certains designs ou décors, et de les insérer dans un carcan tout autre - un carcan très peu artistique.

La malédiction de Brahms ne vise pas les quelques défenseurs du premier volet. Il vise un public méprisé, tellement blasé par les maigres frissons qu’il peut se procurer ici et là qu’il n’ira pas chercher plus loin que l’affiche. Et alors qu’un produit d’exploitation pur mais bien confectionné aurait au moins pu s’avérer divertissant, le résultat choisit de manquer également de respect envers ses spectateurs.

 

photo, Ralph InesonL'excellent Ralph Ineson, très loin de The Witch

 

POUPÉE BARBANTE

Coupable d’une fainéantise rarement vue sur un écran quelconque, le trop long-métrage ne se contente pas de trahir le premier opus et attaque directement la patience du pauvre fan de flippe que nous sommes.

Très, très vite agrémenté de fake scares et autres effets de manche ridicules dès lors qu’ils sont utilisés sans mise en place d’une tension quelconque, le scénario bat tellement de l’aile qu’il pourrait presque s’envoler. Forcé de faire avancer le récit régulièrement, il cumule à peu près tous les clichés du genre et ne se soucie même pas de les ressortir moins de deux fois. La quasi-intégralité des informations concrètes provient donc d’une suite imbuvable de recherches Google et autres manipulations informatiques, absolument irréalistes, vu la quantité d’archives auxquelles les personnages ont accès. Incapable de correctement distiller des enjeux imbitables, l’intrigue se contente de les afficher directement à l’écran.

 

photoPoupée cruche

 

Entre deux séquences de recherches, les fameux moments de terreur (et principaux arguments de vente de la chose) se déploient, motivés par d’autres platitudes comme l’inévitable ami imaginaire ou un chien grognon. Les cauchemars, prétextes parfaits, se multiplient, exhibant des effets spéciaux pas franchement réussis (la discussion sur Skype est digne d’un épisode de Maison à vendre), les petits sursauts recyclés de Katie Holmes et un sens du montage revu à la baisse. Mis à part un long plan reliant deux pièces de la maison, quasi-rien ne marche ; et ce n’est pas le climax, doigt d’honneur dressé envers le premier film mais aussi le concept même de crédibilité, qui va sauver un navire criblé de trou du naufrage.

Finalement, en dépit de quelques pistes narratives menant à un néant édifiant, personne n’a évolué, pas même le compte en banque des producteurs, puisque le film a à peine récolté le double de son budget grâce à une exploitation forcément freinée par la pandémie en cours. Peut-être que la VOD et une ultime séquence contractuellement obligatoire amasseront assez pour lancer la production d’un troisième opus.

Car d’un point de vue économique, The Boy 2 a atteint son objectif : faire d’un humble one-shot une franchise techniquement déclinable à l’infini. Ça valait bien le coup de forcer autant les choses.

 

Affiche française

Résumé

Avec The Boy : La malédiction de Brahms, Brent Bell transforme son petit film pas désagréable en produit industriel conçu pour faire passer à la caisse, sans même se préoccuper de rester cohérent ou de rendre le résultat intéressant.

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