The Haunting of Bly Manor : toutes les clés pour décrypter le nouveau cauchemar de Netflix

Simon Riaux | 10 octobre 2020
Simon Riaux | 10 octobre 2020

En 2018, Netflix impressionnait les amateurs de fantastiques et installait définitivement Mike Flanagan dans leur coeur grâce à The Haunting of Hill House. Avec sa suite, The Haunting of Bly Manor, le metteur en scène et scénariste s'est lancé un défi similaire, dont nous décortiquons les enjeux, influences et inspirations. 

The Haunting of Hill House adaptait deux oeuvres maîtresses pour tout amateur de fantastiques, à savoir La Maison Hantée de Shirley Jackson, mais aussi le long-métrage qui en était directement issu, à savoir La Maison du diable, réalisé par Robert Wise. Deux créations majeures, deux chefs d'oeuvres, dont l'artiste parvenait à se nourrir, sans les copier, ni les amoindrir, réunissant leurs trouvailles, leurs univers, pour les marier à celui imaginé par Flanagan. La gageure à laquelle le metteur en scène fait face avec la deuxième livraison de sa série anthologique est de l'exacte même nature.

En effet, The Haunting of Bly Manor est l'adaptation du Tour d'Ecrou du génial romancier Henry James, déjà porté à l'écran par Jack Clayton, à l'occasion du terrifiant Les Innocents. De nouveau encadré par deux créations célèbres et célébrées, comment Mike Flanagan a-t-il appréhendé ces matériaux d'origine, comment les a-t-il remaniés, repensés, ou adaptés ? C'est ce que nous allons voir.

ATTENTION SPOILERS !

 

photo, Victoria PedrettiLa météo britannique, le secret d'un moral ruisselant

 

FAIRE LE TOUR DE L’ÉCROU 

Le roman Le Tour d'Ecrou de Henry James place le lecteur dans une position pour le moins trouble, il lit le compte-rendu d'une soirée, au cours de laquelle les convives écoutent la lecture d'un récit indirect. Il s'agit de la reconstitution du témoignage d'une gouvernante, qui a eu la charge de deux jeunes enfants, peu de temps après la mort suspecte de sa prédécesseuse, et d'un valet. Tous deux entretenaient une liaison particulièrement mal vue, et semblent exercer sur les marmots une influence délétère par-delà la tombe. Alors que progresse le récit, la gouvernante en vient à se demander si les spectres du duo maléfique ne sont pas sur le point de prendre possession des deux jeunes gens dont elle a la charge. 

Tout le récit repose sur un jeu de dilemmes. Ce récit est-il fidèle aux mésaventures de la gouvernante ? Les enfants agissent-ils étrangement, où est-ce l'attitude de l'adulte qui induit chez eux un jeu pervers ? Cette femme est-elle authentiquement terrifiée par ce qu'elle croit voir, ou son trouble indique-t-il une attirance coupable pour le fantomatique valet, symbole de sexualité libérée et transgressive. Henry James laissera son lecteur trancher, comme il lui reviendra de juger les convives et leur interprétation des évènements.

 

Jack ClaytonQuand Deborah Kerr est aux prises avec l'angoisse

 

Le film de Jack Clayton est lui aussi profondément ambigu, mais Les Innocents choisit de ne pas s'encombrer de narration indirecte, de narrateur ou de voix off. Plutôt que de jouer sur l'ambiguïté de la possession, le long-métrage se focalise sur la question du regard, creusant la piste évoquée plus haut, à savoir celle de déterminer qui des enfants (en particulier le garçon) ou de la gouvernante est le jeu d'une influence mauvaise. La problématique du trouble érotique, réfréné et interdit devient centrale alors qu'il paraît de plus en plus clair que les sentiments de l'héroïne sont pour le moins problématique, et culmineront lors d'un baiser funèbre et monstrueux.

Deux oeuvres maîtresses, deux portraits de personnages emmurés dans des codes et des conventions qui les poussent vers la démence et font d'eux la proie de passions destructrices, et la victime d'un passé qui refuse de mourir. Comment Mike Flanagan a-t-il utilisé cette matrice complexe ?

 

Affiche officielleUn cauchemar inspirant

 

RECRÉER UNE MYTHOLOGIE  

Tout d'abord, et comme à son habitude, le réalisateur a opté pour une orientation claire : le fantastique. Point de doute ici sur la santé mentale des protagonistes, ou plutôt tout indique que leurs démons intérieurs ne sont pas la cause des évènements qui s'abattent sur le manoir Bly.

Dès son premier épisode, la série établit clairement que des évènements surnaturels ont lieu, et ce depuis bien longtemps. Mais plus que de prendre parti entre les différentes pistes laissées en jachère dans les oeuvres dont il s'inspire, le scénariste et réalisateur décide de les inscrire dans un univers plus vaste. Tout d'abord, s'il revient sur le concept de possession, c'est pour en livrer sa propre interprétation. Ici, un fantôme ne peut posséder qu'à condition que sa "victime" l'y autorise.

C'est une forme de lien amical ou amoureux, reposant sur un mantra : "it's me, it's you, it's us" ("C'est moi, c'est toi, c'est nous"), qui autorise le spectre à se lier moralement à un être vivant, et à errer ainsi avec lui, essentiellement dans ses souvenirs. Ce concept a deux avantages : tout d'abord, il permet à The Haunting of Bly Manor des jeux de montages et de temporalité complexes, alors que nous nous demandons si ce que nous voyons est réel ou un ré-assemblage de souvenirs, voire de fantasmes.

Deuxièmement, le scénario peut dès lors s'amuser à réinterpréter cette idée de l'emprise. De même, symboliquement, il est assez beau de la part d'une série, qui a décidé d'utiliser les classiques comme sa matière première, d'envisager l'inspiration et l'aspiration du passé comme un indéfectible lien amoureux.

 

photo, Victoria PedrettiDeux personnages bien tombés

 

Enfin, Flanagan a souhaité ajouter à cette fusée spectrale un tout nouvel étage, afin de ne pas en rester au seul dispositif du couple de domestiques prisonniers de leur amour. Pour les capturer dans l'immensité de Bly Manor, donner à leur sort une pure dimension tragique, il a décidé de faire d'eux les victimes d'un fantôme en souffrance, la terrible Viola. Héritière première de la bâtisse au temps de sa gloire, au milieu du XVIIe siècle, elle doit à une mort horrible et à la trahison de son époux puis de sa soeur (ou plutôt la certitude d'avoir été trahie) sa malédiction.

Confite dans le ressentiment et la haine, elle est devenue après sa mort le centre de gravité des lieux, attirant à elle dans une spirale sans fin tous ceux qui meurent sur place. Une situation d'autant plus terrible que quand elle se retrouve face à nos deux amants sur le point de quitter leur maître et de les voler, c'est pour mieux leur imposer une nouvelle domination, hantée cette fois.

 

photo, Victoria PedrettiSûr les poupées, c'est une référence à Annabelle, trop culte ce film (lol)

 

PASSERELLES ET ÉCHOS 

Comme dans The Haunting of Hill House, Mike Flanagan s'est amusé à parsemer son récit de clins d'oeil visuels à ses prédécesseurs, ou d'échos plus structurés à leurs trouvailles, ou signatures stylistiques. C'est particulièrement évident dès l'ouverture de cette nouvelle saison, où résonnent les premières notes du thème principal des Innocents, à savoir une comptine à la fois triste et glaçante. Réorchestrée dans The Haunting of Bly Manor, elle devient à la fois une sorte d'incantation, à mi-chemin entre prière amoureuse et malédiction inquiétante, selon les différentes versions que nous propose le récit.

Que cette saison ait souhaité se frotter (avec une réussite discutable) au défi du noir et blanc doit aussi être pris comme une volonté de rendre un vibrant hommage aux univers dont provient son inspiration. Durant l'avant-dernier épisode, qui nous propose de découvrir les origines de Viola, il est frappant de constater comment la mise en scène joue sur les arrière-plans et les transparences, pour essayer d'émuler le travail de Jack Clayton dans Les Innocents.

Resté comme un vibrant exemple des émotions esthétiques que peuvent fournir les contrastes et les gris du noir et blanc, son film inspire ici clairement un segment tout en clair obscur, qui a choisi pour sa révérence un long flashback en forme de clef.

 

Jack ClaytonDémence et reflets

 

Les nombreuses apparitions de spectres derrière des fenêtres, notamment dans les épisodes 2 et 3 sont encore des hommages directs aux séquences les plus terrifiantes du long-métrage, lorsque l'image du valet apparaît subrepticement derrière la porte. Il est d'ailleurs faussement anecdotique que l'héroïne de la série se nomme Dani Clayton.

Dans le livre de James, elle demeurait anonyme, dans le film, elle se nommait Miss Giddens... et Mike Flanagan a choisi de donner le nom du cinéaste Jack Clayton à la protagoniste qu'interprète Victoria Pedretti. Un hommage bien sûr, mais aussi une manière de nous dire qu'elle est désormais aux commandes de sa destinée, et que malgré la dimension tragique de cette dernière, jamais plus elle ne sera un vulgaire fétu, balayé par des forces prêtes à l'écraser.

 

commentaires

Luc
16/10/2020 à 11:04

Je mettrai un bon 9/10 a cette serie. Qui est a voir et qui reste dans la tête. Je ne suis pas un fan absolu du genre, mais je trouve qu il y a dans cette serie beaucoup de profondeur et de tension. On est en tension quasi permanente, les histoires d amour qui s y trament dans tres belles et les acteurs bien choisis. Un régal, mais comme quelqu un l a deja dit plus haut, c est a suivre avec beaucoup d attention. Bon visionnage !

Sergio
15/10/2020 à 12:12

Première partie de la saison plutôt prenante. Puis patatra jusqu’au deux derniers épisodes lonnnngs et écrit avec les pieds.

Dru
12/10/2020 à 14:14

J’avais bien aimé la première saison mais là le manoir de Bly (saison2) m’a donné une claque on est tt de suite immergé dans cette histoire grâce à la narration et dès le début on s’attend à découvrir tout les secrets de cette série, du manoir, des personnages.
Bien sûre l’histoire est complexe, il faut suivre. Si vous regardez ce genre de série tout en jouant à coin master, candy crush ou autres c’est sûre vous allez rien piger. Et si vous vous attendez à du sang ou que ça découpe à tout va, ça n’est pas ça non plus, on est pas dans American Horror Story. Après chacun ses préférences. D’ailleurs je conseille à tout le monde de regarder la dernière saison de AHS « 1984 ». Mais dans The haunting of Bly manor on est dans un autre registre de l’horreur, presque poétique. On est dans le fantastique-horreur il faudrait trouvé un mot qui combine les deux lol. En tout cas cette deuxième saison est parfaitement splendide ;)
Et j’ai hâte d’en voir une troisième

Nesse
12/10/2020 à 11:25

Je me suis ennuyé devant cette saison 2 aucune surprise.
Victoria Pedretti, insupportable dans la série You et dans The haunting.

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